Parution : 16/06/2006
ISBN : 2 930402 21 0 280 pages 16 x 20 cm 22.00 euros Port : 2.20 euros |
Julie Urbain - Marie-Louise De Roeck - Paul Lootens
Tutti Cadaveri
Le procès de la catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle
8 août 1956. Une catastrophe minière touche la mine du Bois du Cazier, à Marcinelle, près de Charleroi... 262 hommes de 12 nationalités différentes y perdront la vie. Seuls treize mineurs survivent. « Tutti cadaveri ! » est le cri d’horreur d’un sauveteur italien après quinze jours et nuits d’espoirs et d’efforts.
Au procès de Marcinelle, 109 parties civiles veulent connaître la vérité. Pour elles, une condamnation des patrons charbonniers, responsables des conditions d’exploitation de la mine, s’impose. Le procès débute à Charleroi en 1959, est poursuivi en appel à Bruxelles en 1960 pour arriver devant la Cour de Cassation en 1961. Dans un lourd silence médiatique, l’Arrêt final marque un acquittement quasi général. Au-delà des débats judiciaires, le procès de Marcinelle est un véritable révélateur des stratégies patronales mises sur pied en cas d’accident de travail. Jamais le matériel vétuste et la pression sur les hommes, tributaires d’une politique de rendement insoutenable, ne seront retenus tout au long de ces trois années de procédure. À travers l’étude des archives des avocats et de l’administration des mines, nous découvrons l’histoire d’un procès redouté par le patronat et le gouvernement dans le contexte explosif de la crise charbonnière. Près de 50 ans se sont écoulés depuis ce tragique tribut des mineurs à la richesse du pays. Ce livre se veut aussi un salut à leur honneur, une contribution facilitant la lecture des arcanes de l’appareil judiciaire et de son incapacité à faire œuvre de justice dans le cas des accidents du travail. Une analyse d’une brûlante et douloureuse actualité… Paul Lootens est syndicaliste à la FGTB.
Julie Urbain est historienne. Marie Louise De Roeck est enseignante. |
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Tutti cadaveri. Un livre sur le procès de la catastrophe du Bois du Cazier (Marcinelle) Marcinelle, 8 août 1956 : 262 hommes de 12 nationalités perdent la vie dans la catastrophe minière la plus meurtrière qu’a connue la Belgique. Sur 275 mineurs descendus au fond ce matin-là, seuls treize seront sauvés. « Tutti cadaveri » (tous des cadavres) : ce sont les mots du sauveteur Angelo Berto, ne pouvant contenir sa peine. « Allen dood » (ils sont tous morts) ajoutera un sauveteur flamand… Cinquante ans après, Marie Louise De Roeck, enseignante, Julie Urbain, historienne et Paul Lootens, syndicaliste à la FGTB, ont réalisé une étude fouillée du procès qui a eu lieu en 1959, 30 mois après la catastrophe. Jusqu’ici, aucun écrit n’a été consacré à ce procès. Des photos et des documents inédits illustrent l’ouvrage. Après le livre, Marie Louise De Roeck a écrit une pièce de théâtre en collaboration avec le dramaturge Jean Louvet. Cette pièce sera jouée par des élèves des écoles secondaires de la région de Charleroi (voir encadré). Tout ce projet en hommage aux mineurs est soutenu par des secteurs importants de la FGTB : le Comité des mineurs, l’Interrégionale wallonne de la FGTB, l’Interprofessionnelle, la Centrale générale de Charleroi, la Centrale générale nationale, les métallurgistes, la CGSP, le SETCa et Cenforsoc. C’est d’ailleurs lors d’un congrès régional de la FGTB que le livre a été présenté . Et c’est là que j’ai rencontré deux des trois auteurs. Pourquoi l’étude du procès est-elle tellement importante ? Marie Louise De Roeck. Le déroulement du procès est une occasion unique d’avoir des témoignages. Aucune autre occasion ne permet d’avoir un si grand nombre de documents. Même s’il y a certaines fausses pistes, le procès est un débat contradictoire. Et par l’analyse, le débat, on peut recouper ce qui s’est dit, voir ce qui est mensonge et ce qui est vérité. Donc, on peut retrouver un grand pourcentage de la vérité. Combien de familles se sont constituées parties civiles ? Paul Lootens. 195 femmes, enfants ou parents de victimes du Bois du Cazier se sont portées parties civiles. Ces familles étaient défendues par un collectif d’avocats, proche du Parti communiste et soutenues par des associations de défense des immigrés italiens, et par la Centrale des mineurs de Charleroi. Qu’apprend-on durant le procès sur la sécurité dans les mines ? Paul Lootens. Que le rendement passe avant la sécurité. Le « Règlement minier » était constamment bafoué par le patronat et il était négligé par le Corps des mines (organisme gouvernemental chargé de la gestion des mines). Dans beaucoup de mines, on invoquait « l’usage » pour transgresser la réglementation minière. Pour être rentable, il fallait accepter le non-respect du Règlement minier. Même au Parlement, les députés disaient que s’il fallait appliquer le règlement minier, on devrait fermer. Comment s’est produit l’accident ? Paul Lootens. L’accident s’est produit à l’étage 975, lorsqu’un wagonnet plein, qui devait pousser le wagonnet vide hors de la cage, s’est bloqué. Les deux wagonnets dépassaient ainsi la cage. Un mineur a essayé de régler le problème, mais la cage a démarré sans prévenir et avec une très grande force. Les wagonnets ont arraché une poutre, qui a heurté les câbles électriques et les conduites d’huile et d’air comprimé. Les câbles écrasés ont produit un arc électrique qui a enflammé l’huile qui s’échappait de la conduite, et les coffrages en bois ont pris feu. L’incendie très violent s’est propagé partout et les mineurs sont morts d’intoxication. Etait-ce le premier accident ? Paul Lootens. Non. Le 7 août 1906, une cage s’est écrasée et 9 mineurs ont été tués. Le 7 mars 1930, un coup de grisou a tué 16 autres mineurs. Lors de l’enterrement de ces 16 mineurs, la police a interdit aux mineurs présents de prendre la parole en hommage à ces victimes et de dénoncer les conditions d’insécurité ! Les conditions d’insécurité au Bois du Cazier avaient-elles déjà été dénoncées avant la catastrophe ? Paul Lootens. Oui. En 1954, un syndicaliste italien, Gastone Lodolo, avait fait une conférence à la Maison du Peuple de Dampremy sur l’insécurité dans les mines. Une semaine plus tard, il a reçu l’ordre de quitter le territoire parce qu’il « nuisait à l’économie du pays ». Il a refusé, a été arrêté, emprisonné et expulsé. Quelle a été la tactique patronale au cours du procès ? Marie Louise De Roeck. La thèse du livre, et qui a été défendue par les parlementaires de gauche et les avocats,est que le patron, le Corps des mines, le ministère des Affaires économiques et le gouvernement de l’époque ont tout fait pour éviter la condamnation en masquant la faute dans l’organisation du travail. Comment les débats se sont-ils déroulés ? Paul Lootens. Ils étaient très techniques. Un journal de l’époque titre que le procès était « asphyxié » par les techniciens. C’était une bataille d’experts, des discussions scientifiques interminables. Quelle a été la sentence ? Marie Louise De Roeck. Presque cinq mois après le début du procès, le 1er octobre 1959, le tribunal a acquitté tous les prévenus. Dans le jugement, il n’y a pas un mot, ni à la mémoire des mineurs, ni pour estimer qu’une plus grande sécurité du travail était nécessaire. L’objectif du procès était de disculper les prévenus. La plupart des familles sont allées en appel. L’arrêt de la Cour d’appel a reconnu une seule faute au directeur des travaux, qui a été condamné à six mois avec sursis. Vous parlez dans le livre d’un précédent tout à fait différent Marie Louise De Roeck. Oui, c’est le procès de la catastrophe du Many à Seraing, en octobre 1953, qui a fait 26 tués et 14 blessés. Ce procès a eu lieu en juillet 1956, un mois avant la catastrophe de Marcinelle. Paul Lootens. Pour commencer, que c’est la mobilisation extrêmement courageuse des familles des victimes, du collectif d’avocats (qui ont travaillé bénévolement tout au long du procès), des syndicats, des associations italiennes et des parlementaires de gauche qui a permis de connaître la vérité sur la catastrophe. Myriam De Ly
Solidaire ,
06/05/2006
Le 28 avril a été officiellement reconnue en Belgique Journée commémorative des victimes des accidents du travail. Cette année, les organisations syndicales belges FGTB, CSC et CGSLB, ainsi que les organisations internationales CISL et CMT, sans oublier l’Organisation internationale du Travail, ont choisi d’associer cette journée au 50^e anniversaire de la catastrophe de Marcinelle qui devait faire 262 victimes le 8 août 1956. MARCINELLE 1956 Tutti cadaveri : les morts de la bataille du charbon 8 août 1956 à 8 h 15, au niveau 975, un mineur pousse un wagonnet dans la cage d’ascenseur. La faute à pas de chance ? A qui la faute ? A la fatalité ? Au mineur qui a poussé le wagonnet ? Au type qui a remonté l’ascenseur ? Au non respect des consignes ? A la conception même du puits ? Aux ingénieurs qui n’ont pas relevé le danger de placer à proximité les uns des autres des câbles et conduits potentiellement dangereux en association ? L’enfer de Marcinelle Gastone Lodolo, un mineur originaire du nord de l’Italie, arrivé en 1953, fut témoin de ces manquements à la sécurité. Militant syndical, il fera en 1955, dans une assemblée syndicale, l’inventaire des infractions aux règles de sécurité qu’il a vues de ses yeux. Il dénonce les mauvaises conditions de travail, la pression des porions pour produire et encore produire au détriment de la sécurité la plus élémentaire, la médecine du travail qui remballe les blessés ou les renvoie au travail trop tôt. 28 avril, journée mondiale contre les accidents du travail C’est la raison pour laquelle les organisations syndicales nationales, FGTB, CSC, CGSLB, et internationales, à savoir la Confédération internationale des syndicats libres et la Confédération mondiale du Travail, ainsi que l’Organisation internationale du Travail, ont décidé d’associer la commémoration du 50^e anniversaire de la catastrophe de Marcinelle à celle des victimes des accidents du travail qui se tient désormais chaque année le 28 avril. Agenda Anonyme
Syndicat, mensuel de la FGTB,
mai 2006
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