Parution : 27/09/2006
ISBN : 2-930402-35-0 224 pages 12 x 20 cm 18.00 euros Port : 1.80 euros |
Marco Van Hees
La fortune des Boël
Un énorme patrimoine. Une immense dette sociale
Les Boël cultivent le secret. Cette famille, une des plus riches de Belgique, est pourtant à la tête d’un puissant groupe financier, tandis que ses membres siègent aux conseils d’administration de plusieurs grandes multinationales européennes.
Qui sont les Boël ? Quelle est l’étendue de leur patrimoine ? Et surtout, comment ont-ils construit leur énorme fortune ? Marco Van Hees suit la façon dont ces barons de l’acier ont transformé leur empire industriel en un empire financier, jusqu’à quitter totalement l’activité sidérurgique qui est à la base de leur enrichissement. Il décrit aussi l’étendue des liens matrimoniaux tissés par les Boël avec de nombreuses familles aussi illustres que fortunées. De même qu’il examine les rapports étroits que les générations successives de la famille Boël ont entretenus avec la sphère politique et divers autres réseaux d’influence. Paradoxalement, cette grande famille libérale, qui pourfend l’interventionnisme excessif de l’Etat, a largement profité de deniers publics. Quant à sa politique lors de la Seconde guerre mondiale, elle n’est pas dépourvue de zones d’ombre. Que l’ouvrage éclaire grâce à un document qui n’avait encore jamais été publié. Marco Van Hees, licencié en sciences politiques, est actuellement employé au ministère des Finances et journaliste. Il habite La Louvière, ville où les Boël ont commencé à amasser leur fortune grâce à la sidérurgie. Il est l’auteur de l’ouvrage C’est pas nous, c’est eux. Les fondements idéologiques de l’anti-tiers-mondisme (éd. Dialogue des Peuples, 1990).
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Les Boël. Une famille scandaleusement riche
En transformant son royaume sidérurgique en un empire financier, la discrète famille Boël est devenue une des plus riches de Belgique. Un livre-enquête révèle qui sont ces Boël et, parfois moins avouable, comment ils sont devenus richissimes… Pour vivre très riches, vivons cachés. Chez les Boël, on a appliqué ce précepte à la perfection, ou presque. Connu par les boursicoteurs et quelques milliers de chômeurs de La Louvière, le nom des Boël est subitement devenu célèbre dans toute la Belgique lorsqu’une certaine Delphine, fille d’un certain Albert II, est apparue dans la rubrique “accident de parcours dans la haute noblesse belge”. Mais, hormis cet épisode people, la culture du secret a toujours été scrupuleuse pour les héritiers de Gustave Boël, capitaine d’industrie sidérurgique dans la région du Centre. C’est cette discrétion mêlée d’un flair financier et d’une certaine froideur sociale qui a permis à ces barons de l’acier de se transformer en empereurs de la haute finance belge et internationale, façon Albert Frère. Les petits secrets des Boël seront pourtant moins opaques la semaine prochaine, quand sortira le livre-enquête de Marco Van Hees, La Fortune des Boël. Diplômé en sciences politiques de l’ULB, devenu contrôleur des impôts, ce Bruxellois habite à La Louvière depuis six ans. A force de rencontres, de lectures, puis d’investigations, il a pu révéler la méthode Boël. L’histoire débute à La Louvière, quand Gustave Boël hérite en 1880 des Etablissements métallurgiques Boucquéau à la mort de son patron, sans enfant. Ce qui deviendra les Usines Gustave Boël sera durant plus d’un siècle le berceau de l’enrichissement des Boël. Très tôt, Gustave diversifie ses activités : il lance d’autres usines métallurgiques (à Charleroi, à Braine-le-Comte), investit dans des charbonnages ou dans le verre (les Glaces de Moustier-sur-Sambre qui, après fusions, deviendront Glaverbel). A sa mort en 1912, un de ses fils, Pol-Clovis Boël, poursuit la diversification. Il se lance notamment dans la chimie avec la Safea (engrais azotés) et investissant dans l’Union Chimique Belge (UCB) de la famille Janssen et dans l’empire Solvay. Et puis surtout, en 1928, en parallèle aux usines, les Boël créent une entité financière : l’Union financière Boël, ancêtre des holdings financiers de la famille (Sofina, Henex, Moustier, toutes cotées en Bourse) qui sont aujourd’hui les moteurs de l’immense fortune des Boël. C’est dans l’entre-deux-guerres que les Boël prendront pied dans la haute finance, en entrant à la Banque de Bruxelles ou à la Société Générale. Durant sept décennies, les énormes bénéfices dégagés par les usines seront injectés dans cette entité financière qui place ses billes dans des sociétés où les Boël deviennent le plus souvent administrateurs. En 1929, le roi a aussi octroyé le titre de baron à Pol-Clovis. Ce qui n’est pas un détail. Grâce à ce titre de noblesse, la famille Boël va pouvoir réaliser des unions matrimoniales, disons ciblées. A l’époque, la noblesse détient encore le gros du pouvoir économique et politique (qui se confondent souvent). Or chez ces gens-là, on préfère se marier entre soi. Ces alliances matrimoniales très “patrimoniales” feront du clan Boël un arbre à six branches principales: les Boël eux-mêmes, les Janssen, les Goblet d’Alviella, les Emsens, les Feyerick et les Grutering. A ces branches majeures viendront se greffer – toujours par mariages – une série d’autres familles quasiment toutes nobles et si pas, très riches : les Solvay, les d’Oultremont, les de Jonghe d’Ardoye, les Davignon, les Bracht, les Tesch, les de Meeûs d’Argenteuil… Une toile d’araignée familiale qui donne le tournis financier. Dans le Top 20 des familles les plus riches de Belgique publié en 2005 par le magazine Trends-Tendances, on trouve, outre les Boël (12e au classement), quatre autres familles qui ont des liens matrimoniaux avec les Boël : les Solvay (2), les Emsens (7), les Janssen (10). Les Boël sont également actionnaires et administrateurs dans les sociétés de quatre autres richissimes familles belges : Colruyt (4), Eternit (S), Delhaize (11) et Lippens (17). Sept familles du Top 20 belge “unies” aux Boël par des liens matrimoniaux et/ou financiers ! En 1999, les Usines Gustave Boël sont reprises par Duferco, ce qui met un point final à toute activité sidérurgique et industrielle de la famille Boël. Avant cela, ventes et fermetures s’étaient succédé à un rythme effréné, en faisant d’énormes dégâts sociaux : 3.000 emplois rien qu’à l’usine de La Louvière. Et des dégâts environnementaux : les Boël ont laissé des friches industrielles ultrapolluées. Le patriarche, Pol Boël, 80 ans, est aujourd’hui le seul Louviérois de la famille. Domicilié dans son château, il siège encore au Conseil communal de La Louvière. Le 8 octobre, il “poussera” la liste MR. Mais le véritable patron actuel de l’empire Boël est Richard Goblet d’Alviella, un ex-banquier. Ce qui donne une idée de ce qu’est l’actuelle galaxie Boël : un groupe financier qui fait fructifier ses participations dans une constellation de sociétés via son principal holding, la Sofina. Une occupation bien plus lucrative que l’activité industrielle : la fortune boursière des Boël est aujourd’hui estimée à 818 millions d’euros ! De 2000 à 2005, ce pactole a grossi de 126 millions d’euros, soit près de 5,1 milliards de francs belges ! Pour avoir une idée de la puissance de la famille Boël, il suffit de citer quel-ques-unes des sociétés dans lesquelles les Boël détiennent des participations et, le plus souvent, des sièges d’administrateurs : Danone, Suez, Colruyt, Delhaize, Eternit, UCB, Solvay, Belgacom, Total, Dexia, Fortis, Heineken… • Mariages ciblés Pourquoi ce livre sur les Boël ? Les Boël, écrivez-vous, ont une “immense dette sociale”. Mais ils ont fourni de l’emploi à des milliers de gens… Devaient-ils continuer d’investir dans une sidérurgie en plein déclin ? Vous parlez d’exploitation. Jusqu’où allait-elle ? L’exploitation continue, notamment au Congo ? Vous mettez également en cause l’atti-tude de la famille Boël durant la guerre… Les Boël se sont enrichis sur le dos de la collectivité, dites-vous. Comment ? Et la collectivité continue de “payer” les Boël ? Ce qui est frappant chez les Boël, c’est cette obsession du mariage “intéressant”, si possible avec des nobles. Les Boël ont aussi toujours été présents en politique… Peut-on dire que votre livre décrit une partie du mal économique wallon ? La fin de votre livre est un plaidoyer pour un impôt sur la fortune, qui n’existe pas en Belgique. Vincent Peiffer
Télémoustique ,
28/09/2006
Riche comme un... Boël
Le livre du Louviérois Marco Van Hees atterrira en librairie dès ce 2 octobre. Juste avant les élections. Ce qui n’est pas un hasard. L’auteur (fonctionnaire au ministère des Finances) ne fait d’ailleurs pas mystère de son appartenance au PTB (Parti du Travail de Belgique). Entretien. Riches, les Boël mais lourds d’une dette sociale à l’égard de La Louvière: c’est là le propos de votre livre. Expliquez-nous ? Dans la première partie de mon bouquin, je me penche sur l’énorme patrimoine des Boël, 12^e au top 20 des familles les plus riches de Belgique et dont la fortune est estimée à 818 millions d’EURO. J’explique comment ces barons de l’acier ont transformé leur projet industriel en empire financier. Comment ils ont encaissé 25 millions d’EURO en 2006 rien qu’en dividendes. L’importance et l’étendue des liens matrimoniaux tissés par les Boël avec de nombreuses familles aussi illustres que fortunées. Il y a même le cas de… Delphine Boël. Son père n’est pas n’importe qui ! En outre, de génération en génération, les Boël ont entretenu des rapports étroits avec la sphère politique et divers autres réseaux d’influence. Autant de stratégies qui ont permis aux Boël de conforter leur fortune. Dans la seconde partie de mon livre, j’épingle le contraste saisissant existant entre cette immense fortune et les besoins économiques et sociaux d’une région et de ses habitants. La troisième partie est carrément politique : j’y défends le principe d’un impôt sur les grosses fortunes de 1 % sur le montant qui dépasse les 500.000 EURO et 2 % au-delà des 750.000 EURO. Combien rapporterait un tel impôt pour la fortune des Boël ? D’après nos calculs, on arriverait à un montant de 16,2 millions d’EURO par an en 2006. Pour présenter votre livre, vous avez choisi le site en voie de dépollution de la Safea. Ce n’est pas innocent… C’est un bel exemple du paradoxe scandaleux que nous voulons dénoncer : cette grande famille libérale qui pourfend l’interventionnisme excessif de l’État, a largement profité des deniers publics. Le site Safea – jadis exploité par Boël pour y fabriquer des engrais azotés et fermé en 1978 – fait partie des 15 sites les plus pollués de Belgique. Racheté par la Spaque (donc avec les deniers publics), il est aujourd’hui en voie de réhabilitation (toujours grâce à l’argent du contribuable). Mais, si on applique le principe de « pollueur payeur » (auquel chaque citoyen est soumis, lui, en achetant ses sacs payants) force est de constater qu’au départ, le pollueur, c’est bel et bien Boël. Boël a tout de même permis de faire vivre toute une région, des familles entières. Et généré une foule de retombées positives pour La Louvière ? Oui, mais il ne faut pas oublier que c’est grâce au travail des ouvriers que l’usine tournait. Et qu’ils ont fait les frais de la mutation d’un empire industriel en empire purement financier en se retrouvant brutalement au chômage… Quelles ont été vos sources d’information ? L’examen des comptes annuels des entreprises, les dossiers de Trends Tendances, les témoignages d’anciens travailleurs, divers documents historiques et financiers qui ont été publiés (ou non) à propos de Boël… Ceci dit, aucun livre exclusivement consacré à cette famille (qui cultive volontiers le secret) n’a – à ma connaissance – été publié. Martine Pauwels
La nouvelle Gazette ,
29/09/2006
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