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Impérialisme humanitaire
Parution : 28/10/2005
ISBN : 2 930402 14 8
256 pages
14 x 20 cm 
18.00 euros
Port : 1.80 euros
Jean Bricmont
Impérialisme humanitaire
Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?
Préface de François Houtart
Toute idée, aussi légitime soit-elle, court le risque d’être transformée en idéologie et d’être utilisée par les pouvoirs en place à des fins qui leur sont propres. C’est ce qui arrive avec l’idée de la défense des droits de l’homme lorsqu’elle se transforme en légitimation de l’ingérence militaire unilatérale et qu’elle appuie le rejet du droit international.

Pendant la période coloniale, la domination occidentale sur le monde a été justifiée par le christianisme ou par la « mission civilisatrice » de la République. Après la décolonisation et la fin de la guerre du Vietnam, c’est un certain discours sur les droits de l’homme et la démocratie, mêlé à une représentation particulière de la Deuxième Guerre mondiale, qui a rempli ce rôle.

Cette idéologie a réussi à mystifier et à affaiblir les mouvements progressistes ou pacifistes qui cherchent à s’opposer aux agressions occidentales et aux stratégies de domination. Elle est une sorte de cheval de Troie idéologique de l’interventionnisme occidental au sein des mouvements qui lui sont en principe opposés. De plus, elle contribue à faire oublier aux mouvements altermondialistes que l’ordre socio-économique profondément injuste qu’ils combattent est soutenu en fin de compte par la puissance militaire américaine.

Ce livre se propose de démêler un certain nombre de confusions idéologiques fort répandues, surtout dans les milieux progressistes, sur les thèmes des droits de l’homme et des rapports entre l’Occident et le reste du monde. Il espère contribuer ainsi à la renaissance d’une opposition ferme et sans complexe aux agressions américaines présentes et futures.
Jean Bricmont est professeur de physique théorique à l’Université de Louvain (Belgique). Il a notamment publié Impostures intellectuelles, avec Alan Sokal, (Odile Jacob, 1997 / LGF, 1999) et À l’ombre des Lumières, avec Régis Debray, (Odile Jacob, 2003).
Revue de presse
- Consulter Le danger des « bonnes intentions », alibis humanitaires pour équipées impériales S. H. Le Monde diplomatique , Mai 2006
- Consulter L’impérialisme humanitaire trois ans après l’agression contre l’Irak Grégory D'Hallewin www.indymedia.be, 15/03/2006
- Consulter D.L. Imagine , janvier-février 2006
- Consulter La démocratie à nu. Un ouvrage dénonce l'idéologie occidentale des droits de l'homme Claire Cousin Métro, 20/01/2006
- Consulter Les belles âmes de destruction massive Jean Sloover Le Vif/l'Express, 9-15/12/2005
Le danger des « bonnes intentions », alibis humanitaires pour équipées impériales
Peut-on poser des principes humanitaires, invoquer les « droits de l’homme » en ex-Yougoslavie ou en Irak par exemple, et compter ensuite sur les moyens militaires des États-unis pour les faire respecter, eux dont rien dans la pratique « n’indique la moindre préoccupation sincère pour les droits de l’homme et de la démocratie » ? Dans la mesure où « les défen-seurs des droits de l’homme n’ont aucune influence, en tout cas aucune influence modératrice, sur la force qu’ils encouragent, celle de l’armée américaine », la réponse de Jean Bricmont est franchement négative.

Mais l’auteur n’a pas choisi notre repos intellectuel. Il enchaîne donc sur une autre question : que valent des priorités « démocra-tiques » quand elles deviennent définies de manière tellement floue (liberté d’expression, droit de vote) que des forces que la démocratie n’inspire guère peuvent s’en réclamer - uniquement quand ça les arrange... - pour consolider leur ordre social et leur empire ? Là encore, Jean Bricmont ne biaise pas et parfois il dérange. Au fil d’une démonstration à ce point « rationnelle » et froide qu’elle peut sembler plus intellectuelle que « politique », il prend de front quelques-unes de nos impulsions les plus « altruistes » (ou les plus interventionnistes) en suggérant qu’elles furent partiellement enfantées par « une trentaine d’années de livres, de films, de cours, d’arguments ressassés dans les médias, le tout en général bien financé ». L’ensemble aurait servi de « che-val de Troie idéologique de l ’interventionnisme occidental au sein des mouvements qui lui sont en principe opposés ».
Soit, mais refuser l’« ingérence humanitaire » ne revient-il pas, dans certains cas, à laisser s’accomplir des massacres ? Allant jus-qu’au bout de sa logique, l’auteur récuse tout « remède » occiden-tal, y compris face aux maux les plus épouvantables : « Nous n’avons pas de solution aux problèmes des autres, et par consé-quent nous ferions mieux de ne pas nous mêler de leurs affaires (...) Les anticolonialistes britanniques ne pouvaient pas garantir que la fin de l’empire des Indes ne se passerait pas de façon tragique. Etait-ce une raison pour demander que l’Angle-terre occupe l’Inde indéfiniment ? »
Derechef, le raisonnement débouche sur l’exigence d’un retrait immédiat des troupes coalisées d’Irak, infiniment plus pertinente pour l’auteur que le refus de la torture, conséquence normale de toute occupation : « Si l’on reconnaît que l’invasion était illégale et que les prétextes invoqués étaient faux, pourquoi ne pas exiger que les Américains s’en aillent tout simplement ? » On pourrait objecter que depuis l’invasion de 2003, une nouvelle situation a été créée et que, en bonne logique politique, c’est par rapport à celle-ci, pas à l’antérieure, qu’il convient dorénavant de se déter-miner. Jean Bricmont ne retient pas cette objection, tant la méta-morphose, en particulier dans certains milieux « de gauche », du vieil internationalisme à dimension sociale en nouvel impéria-lisme libéral suscite chez lui un sentiment de révulsion. Il ne lais-sera personne oublier en tout cas qu’en Irak et ailleurs « le mora-lisme d’un Kouchner a justifié indirectement le cynisme d’un Rumsfeld ».
Ce cynisme, Noam Chomsky rappelle, citant Winston Chur-chill en 1914, qu’il ne date pas d’hier et qu’il est plutôt rafraîchissant, en particulier quand on le compare à la glu com-patissante de la « doctrine des bonnes intentions » relayée avec empressement par les médias (2). L’homme d’Etat britannique admettait en effet : « Nous avons accaparé une part tout à fait disproportionnée de la richesse et des échanges du monde. Territorialement, nous avons tout ce que nous voulons, et notre pré-tention à jouir sans encombre de nos immenses et splendides possessions, acquises essentiellement par la violence, consenties par la force, parait souvent moins raisonnable aux autres qu’à nous-mêmes. »
S. H.
Le Monde diplomatique , Mai 2006
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C’est le livre d’un homme de gauche, profondément pacifiste et qui se sent bien seul aujourd’hui. Une sorte de lettre ouverte à des compagnons de route qui se seraient égarés en chemin, séduits et aveuglés par les sirènes du « droit d’ingérence ». C’est donc par la même occasion une réponse argumentée au livre Les guerriers de la paix de Bernard Kouchner, « père » du concept d’ingérence humanitaire.
Pour Jean Bricmont, professeur de physique à l’UCL et intellectuel altermondialiste, l’ingérence militaire au nom des droits de l’homme est un dangereux cheval de Troie idéologique qui a permis à l’interventionnisme militaire occidental de trouver sa légitimité au sein de mouvements qui lui sont en principe opposés.
Avec le recul historique, Bricmont tente de comprendre comment ce paradoxe a pu s’imposer. Il passe en revue les différents arguments, pièges et illusions qui ont conduit ces dernières années une bonne partie des mouvements pacifistes, écologistes et progressistes à finalement « faire le jeu » unilatéral de la superpuissance militaire étasunienne. Au lieu de soutenir un Etat impérialiste qui, au nom de ses intérêts économiques, s’oppose systématiquement à tout progrès social au Sud, Bricmont propose de lutter activement pour le renforcement de cette avancée récente dans l’histoire de l’humanité : le droit international, « seul moyen d’éviter un état de guerre généralisé ou la dictature d’un seul pays ».
Une réflexion stimulante pour ouvrir le débat sur le « droit-de-l’hommisme de gauche ».
D.L.
Imagine , janvier-février 2006
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La démocratie à nu. Un ouvrage dénonce l'idéologie occidentale des droits de l'homme

L’Irak n’avait finalement pas d’armes de destruction massive. Mais l’intervention contre le régime de Saddam Hussein est présentée comme utile, morale et même nécessaire, au nom des droits de l’homme. Dans Impérialisme humanitaire. Droits de l’homme, droit d’ingérence, droit du plus fort ?, Jean Bricmont critique la légitimité d’un prétexte brandi par les grandes puissances pour asseoir leur domination.

Pertes en vies humaines, déstabilisation des populations, ruine économique, alimentation de la haine : l’ouvrage analyse les coûts directs et indirects de l’impérialisme. Ignorant le long processus jalonné de souffrances (colonialisme, esclavage, guerres, etc.) qui a permis à l’Occident de se poser en champion de la démocratie, l’opinion commune fait comme si tous les pays pouvaient sur-le-champ adopter ce modèle idéal, dénonce l’auteur.

Au mépris du droit international, les États-unis et leurs alliés attaquent des gouvernements souverains sans autre forme de procès. ONG et autres associations humanitaires font le jeu de cette logique en dénonçant les méthodes employées au lieu de remettre en cause la légitimité de l’intervention. Et pourtant, les conséquences de cette dernière, en Irak, étaient « entièrement prévisibles », selon Jean Bricmont qui évoque les morts, les tortures et le chaos inhérents à tout conflit.

L’une des stratégies appliquées par les États-unis revient à affaiblir les Etats nations en jouant sur les divisions parmi les populations. Comme pour le Viêt-Nam, démembré en trois régimes politiques différents par la France colonisatrice, la nouvelle Constitution irakienne voulue par les États-unis s’appuie sur une « base sectaire », qui entérine les dissensions, selon Jean Bricmont. Ce professeur de physique théorique critique également l’arrogance et la naïveté voire l’hypocrisie consistant à croire que la propagande et la manipulation n’existent pas chez nous. Observant que nos exigences morales servent souvent nos intérêts, l’auteur souligne que « le véritable courage consiste à condamner les crimes de son propre camp, au lieu de jouer la stratégie de la diabolisation de l’adversaire ».

Claire Cousin
Métro, 20/01/2006
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Les belles âmes de destruction massive
Les droits de l’homme, qui est contre ? Pas grand monde : l’opinion publique planétaire, grosso modo, souscrit à cette idée favorable au commun des mortels. Mais toute pensée, aussi généreuse soit-elle, risque d’être détournée de son objectif : transformés en idéologie, les droits de l’homme se sont peu à peu faits devoir d’intervention humanitaire, conférant ainsi à ceux qui estiment que cette mission civilisatrice leur incombe une possibilité d’ingérence dans les pays où ils jugent d’autorité que les droits de l’homme ne sont pas respectés. La lutte contre le terrorisme a évidemment exacerbé cette logique d’intervention, réhabilitant vite, contre le droit international, l’idée de guerre préventive.
Les néo-conservateurs américains, la droite en général, ne sont pas seuls responsables : en Europe et à gauche, sous l’influence des philosophes dits nouveaux, notamment, s’est répandue, dès avant la chute du Mur, la conviction qu’il fallait, désormais, faire des droits de l’homme « l’objectif » du combat politique en soutenant, au nom d’un étrange internationalisme réactualisé, toutes sortes de douteuses aventures militaires des Etats-Unis. Pourtant, par quel étrange miracle les objectifs politico-économiques de cette super-puissance impériale se seraient-ils effacés au profit de la seule morale ? Pour certains, cette « lobotomisation » des mouvements opposés aux menées de Washington, appuyée sur son pouvoir militaire sans rival, mène donc l’humanité dans le mur…
Jean Bricmont est de ceux-là. Et c’est donc à casser sans complexe cette bonne conscience de l’Occident qu’en scientifique il s’attache. Il n’y a pas de guerre propre, « chirurgicale », rappelle-t-il : toute ingérence « humanitaire » armée est une guerre et toute belligérance porte en elle la torture comme la nuée l’orage. Mais l’homme va bien plus loin. Cette civilisation dont nous sommes si fiers, écrit-il, comment est-elle venue au jour ? Des conquistadores aux esclavagistes, du pillage des colonies à l’exploitation de leur main d’œuvre, de nos émigrations massives vers les nouveaux mondes aux génocides tropicaux, c’est sur un passé sanguinaire que nous avons édifié notre niveau de vie. Que faisions-nous, demande-t-il, pour faire respecter les droits de l’homme dans les immenses contrées que dominaient jadis nos métropoles ?
Le Sud nous abhorre, insiste Bricmont, non seulement pour ces millions de morts, pour ces ressources naturelles que nous phagocytons sans retour. Mais aussi parce que nous avons réprimé les voies de développement autonome –comme le modernisme arabe laïque- en soutenant, contre elles, les tendances locales les plus féodales. Que faire ? Reconnaître nos crimes, suggère l’auteur, les réparer, changer notre regard sur le monde, ne pas prétendre résoudre tous les problèmes de la planète, coopérer avec le tiers-monde, respecter ses souverainetés nationales, retirer les Gi d’Irak et d’ailleurs, contrer le discours médiatique, etc. Tout le monde ne partagera pas bien entendu cette vision engagée. Mais le discours dominant est si monolithique que le relativiser un peu relève de l’hygiène mentale…
Jean Sloover
Le Vif/l'Express, 9-15/12/2005
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