Parution : 20/01/2006
ISBN : 2 930402 30 X 208 pages 14 x 21 cm 15.00 euros Port : 1.50 euros |
Bernard Hennebert
La RTBF est aussi la nôtre
Aux citoyens d’agir auprès des décideurs politiques pour que la RTBF redevienne un vrai service public
Préface de Marc Vandercammen, Directeur du CRIOC. Dessins de Esdé
Ce qui différencie la RTBF d’une chaîne privée, c’est le fait que ses auditeurs et téléspectateurs peuvent en influencer l’évolution, et pas uniquement en gonflant son audimat ! Tous les cinq ans, lorsque son contrat de gestion est renégocié, les citoyens peuvent convaincre les responsables politiques d’y inclure telle ou telle proposition.
Au cours des négociations précédentes, l’auteur du livre a ainsi conquis plusieurs avancées démocratiques : la RTBF doit répondre aux plaintes « de manière circonstanciée », la mise à l’antenne de trois émissions (Les Niouzz, Qu’en Dites-vous ?, Ça bouge), etc. Pour les obligations de 2007-2012, les usagers et le secteur associatif doivent s’exprimer dès maintenant afin que la RTBF redevienne un vrai service public. En effet, puisque sa dotation lui est assurée une fois pour toutes, sa direction oriente l’essentiel de ses efforts vers la conquête de nouveaux apports publicitaires en favorisant des programmes destinés à des « cibles » prisées par les annonceurs. La RTBF est aussi la nôtre propose un diagnostic sévère et inventorie les mesures à prendre pour rendre le service public plus citoyen. Bernard Hennebert soutient depuis une trentaine d’années les intérêts des usagers du temps libre (culture, médias et loisirs). Il collabore actuellement au Ligueur et coordonne le site et la newsletter de < www.consoloisirs.be >.
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Le Monde Diplomatique ,
juin 2006
RTBF : le débat interdit?
Le nouveau contrat de gestion de la RTBF se négocie en ce moment. Ce document fixera les obligations que ce service public doit remplir en échange de son énorme dotation (60 % du budget de la culture!) à partir de 2007. Mais curieusement, alors que le public est à la fois le destinataire de l’activité de la RTBF et son contribuable, rien n’est fait pour le consulter ou lancer un débat public. Seul est donc pris en compte l’indice de satisfaction… des annonceurs, c’est à dire l’audimat. Inadmissible !
La négociation du contrat de gestion quinquennal de la RTBF est cruciale à plus d’un titre. D’abord, parce que comme son nom ne l’indique pas, ce document traite de bien davantage que la « gestion » au sens strict. Les objectifs du service public de radio et télévision y sont consignés, de même que certaines missions précises et parfois même les moyens concrets d’y parvenir. C’est la contrepartie de l’autonomie dont cette institution, financée à 75 % par la Communauté française, dispose. La discussion d’un nouveau contrat de gestion est, en pratique, le seul moment ou les téléspectateurs – les « usagers » de ce service public, si l’on préfère – peuvent faire valoir leurs vues autrement qu’en votant avec leurs pieds. Pour le monde politique également, c’est le moment où jamais : même la ministre de l’Audiovisuel, Fadila Laanan (PS), n’a aucun droit de regard sur les décisions de la direction de la RTBF. Pour autant que celle-ci respecte, précisément, son fameux contrat de gestion. On pourra évidemment relever que le caractère très politisé du conseil d’administration permet à la majorité absolue socialiste qui y règne de faire valoir ses vues avec un certain poids, mais c’est une autre histoire, qui n’est d’ailleurs pas aussi simple qu’il n’y paraît. On l’a encore vu récemment avec le caviardage clochemerlesque des propos critiques du sénateur libéral Alain Destexhe à propos du Plan Marshal : accusée d’être partisane, la RTBF a pu répliquer qu’elle avait contribué à révéler le scandale de la Carolorégienne, entre autres… Les objectifs et missions de service public qui doivent être définis dans le contrat de gestion de la RTBF dépassent cependant, et de loin, les petites querelles partisanes. Malheureusement, si ces dernières font facilement la « une » des (autres) médias, il n’en va pas de même du débat de fond, qui reste désespérément relégué (dans le meilleur des cas) aux pages « médias » de certains quotidiens. C’est qu’en réalité, hormis les usagers, peu ont envie qu’il démarre vraiment. Et ce, parce que des logiques contradictoires parasitent le processus. Au premier rang desquelles, la logique budgétaire. C’est un secret de polichinelle : même si la RTBF est une « grosse » institution, ses moyens financiers sont faméliques. La priorité de son administrateur général, Jean-Paul Philippot, est de les augmenter afin de recouvrer des marges de manœuvre. Comme il ne lui est pas permis de toucher à des sources d’économie évidentes mais qui sont autant de chasses gardées politico-régionales (les centres régionaux maintenus à prix d’or), il n’y a pas trente-six solutions. Soit il obtient davantage d’argent de la Communauté française, soit il augmente les recettes publicitaires. Du coté de la Communauté française, ça coince : la RTBF devrait recevoir une légère augmentation de sa dotation (2% hors indexation) pour couvrir l’inflation des coûts, notamment salariaux, mais c’est tout. C’est donc de concert avec le Gouvernement de la Communauté que Jean-Paul Philippot espère faire sauter un autre verrou: le plafonnement de ses recettes publicitaires à 25 % de son budget. Mais ce n’est pas gagné. Ce plafonnement a une raison d’être historique, qui n’a rien perdu de son actualité : éviter une distorsion de concurrence avec les opérateurs privés (principalement RTL-TVi et AB 3), qui, eux, ne reçoivent pas de subsides et redoutent une baisse de leur chiffre d’affaires publicitaire au profit de l’opérateur public. Sans compter que ledit opérateur public veut, avec cet argent, aller les « chercher » sur leur terrain : le divertissement. Bien sûr, il y avait une deuxième raison pour limiter le volume de la publicité à la RTBF : le souci de sauvegarder un espace audiovisuel sans matraquage commercial, et d’éviter une course à l’audience génératrice de « télé-poubelle ». Mais cette préoccupation, qui est toujours d’actualité en Flandre (où la VRT ne diffuse pas de pub) ou à l’étranger (comme aux Pays-Bas, où il est question d’interdire la pub), ne semble plus à l’ordre du jour en Communauté française. La compétition avec le privé, puisque compétition il y a nécessairement, ne se joue plus sur la diversité de l’offre ou sa valeur ajoutée : ce sont les chiffres implacables de l’audimat qui sont appelés à départager les protagonistes. C’est à dire, les chiffres qui intéressent les publicitaires, et rien qu’eux… Car comme le démontre un chapitre du livre du spécialiste des médias Bernard Hennebert, que nous publions ci-après (voir page 11), ils ne reflètent pas la réalité de l’audience pour un programme donné, et encore moins les souhaits des téléspectateurs (sans parler de ceux, dégoûtés, qui ne la regardent plus ou peu et sont d’office exclus des statistiques !). En acceptant l’audimat comme mètre-étalon, le service public cède à la facilité (les chiffres sont disponibles gratuitement) et crédite ce système d’une objectivité qui n’est apparente. Mais cette apparence lui suffit, car la course à l’audimat rejoint les intérêts à court terme de son portefeuille, qui a besoin d’argent publicitaire frais. A moyen terme, c’est à voir : rien ne dit que ce genre de « Ministère du divertissement » (selon l’expression de Théo Hachez) soit capable de battre le privé dans son core business… En réalité, en voulant le beurre (la dotation publique) et l’argent du beurre (des recettes publicitaires en augmentation grâce au divertissement), la RTBF risque bien de se retrouver au pain sec et à l’eau, rétive qu’elle serait de remplir ses missions de service public, et incapable de réellement concurrencer le privé. Un peu comme les quotidiens de qualité, trop dépendants de l’argent de la pub (70 % pour certains), et malades d’avoir fait trop longtemps le choix de contenter les annonceurs plutôt que les lecteurs. Cette question publicitaire gangrène littéralement la discussion du contrat de gestion 2007-2011. Dès lors que la RTBF considère la dotation publique comme un acquis, ses efforts visent surtout à pouvoir engranger des recettes publicitaires. Et elle voit les fameuses « missions de service public » qu’on veut lui assigner comme une charge à alléger, afin d’avoir les coudées franches pour puiser à pleines brassées dans l’Eldorado supposé du divertissement. C’est le sens de l’audition récente de M. Philippot par le Parlement de la Communauté française, au cours de laquelle il a demandé qu’on lui fixe seulement des objectifs généraux, tout en le laissant libre des moyens à employer. Implicitement, cela revient à mettre sous le boisseau un certain nombre d’exigences très concrètes que sa ministre de tutelle, Fadila Laanan, avait annoncé vouloir inclure dans le contrat de gestion il y a trois mois. On pourrait accorder cette « confiance » à la direction de la RTBF, si ce n’est qu’elle l’a déjà déçue à plusieurs reprises par le passé (certaines obligations expresse des précédents contrats de gestion n’ont pas été remplies ou l’ont été de mauvaise grâce), et si ce n’est que la logique intrinsèque du système la poussera encore davantage à l’avenir à trahir cette confiance au nom d’impératifs commerciaux et financiers. Faut-il pour autant démoniser M. Philippot ? Non. Il ne fait en réalité que ce que doit faire tout bon chef d’entreprise : essayer d’attacher son nom à une réussite commerciale et à une bonne santé financière plutôt qu’à un enlisement fatal de type Sabena. En réalité – c’est aussi ce que M. Philippot rétorque à ses détracteurs- la balle est dans notre camp à nous, citoyens, ainsi que nos représentants politiques. Il n’y a pas trente-six façons de sortir de sortir du problème : il faut mettre la main au portefeuille. Afin que comme la VRT, une RTBF mieux dotée puisse produire du contenu – et du divertissement – de qualité, dont la valeur ajoutée permettrait même, comme en Flandre, damer le pion au privé. Mais pour que la société civile et politique puisse choisir en connaissance de cause entre les inconvénients d’une télé publique davantage commerciale et par exemple un impôt communautaire pour sauvegarder un vrai service public (quel tabou !), encore faut-il qu’il soit informé, que le débat puisse avoir lieu. Or tout indique que la RTBF et le monde politique ne veulent pas de ce débat, afin de mieux pouvoir entériner avec un maximum de discrétion un compromis boiteux. Pourtant, à l’époque du sondage-roi, pourquoi se baser uniquement sur les informations biaisées de l’audimat ? Pourquoi ne pas organiser à des heures de grande écoute quelques émissions sur cette question tellement importante pour tous (comme le récent mini-débat sur la pub dans les émissions pour enfants vient opportunément le rappeler) ? Pour la RTBF, ce serait l’occasion de resserrer les liens avec son public existant ou potentiel, de faire de la proximité intelligente. Pour le monde politique, ce serait une façon de responsabiliser le citoyen et de mettre en valeur le travail parlementaire. Et pour les journalistes de la RTBF, étonnamment silencieux pour l’heure, ce serait l’occasion de se manifester autrement que par l’exercice du droit de grève pour la défense d’intérêts catégoriels. Tandis qu’en accueillant dorénavant une chronique de Bernard Hennebert (voir le portrait dans une précédente édition et l’interview ci-après), qui permettra de décortiquer les nombreux enjeux de ce contrat de gestion tellement important pour l’éducation à la démocratie des adultes et pour l’éducation tout court des jeunes, le JDM apportera – avec d’autres médias- son modeste caillou à l’édifice. Chiche ! Laurent Arnauts
Le Journal du Mardi ,
14/03/2006
Traitez-le d”‘emmerdeur professionnel”, de “Saint Bernard” ou de “simple citoyen agitateur d’idées”. Qu’importe : depuis 30 ans, Bernard Hennebert trace à travers tout pour défendre les consommateurs de loisirs que nous sommes. Au risque d’en bousculer plus d’un (dont la RTBF) sur son passage. Vous souhaitez que la Communauté française adopte la Charte de respect des usagers culturels dont vous êtes l’initiateur. De quoi s’agit-il ? Lesquels ? Quelle démarche devraient suivre les plaignants ? Elle devrait l’être ? Et la critique de spectacles dans la presse, alors ? Concrètement, que proposez-vous ? Et les puissants organisateurs pri-vés comme Clear Channel ? Où en est la charte ? REVALORISER LES MUSÉES Vous menez un autre combat sur le terrain des musées… Qu’est-ce que vous voulez ? Votre première victoire, c’était au Musée d’Ixelles… Et la suite ? AU BAC, L’AUDIMAT ! Vous venez de publier La RTBF est aussi la nôtre, sous-titré : Pour que la RTBF redevienne un vrai service public. Ce n’est plus le cas ? Que sont les “intérêts citoyens” ? Ça n’améliorerait pas l’audimat… Il y a encore C’est la vie… Attendez : la RTBF diffusa toujours des émissions dites “de service public”. Pourtant, vu ses résultats d’audience, C’est du belge semble correspondre à une demande des téléspectateurs. Le corollaire à votre raisonnement c’est le retour à une télé publique sans pub. Donc, la pub est un mal ? L’ÉLECTRON LIBRE Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, salue votre coté “empêcheur de tourner en rond”, mais se demande qui vous représentez… Pourquoi vous intéressez-vous tellement à nos loisirs ? Pourquoi n’êtes-vous pas affilié à un parti politique ? Dès lors, pourquoi ne pas rallier un mouvement altermondialiste et apolitique comme Attac ? Qu’est-ce qui vous a mené au militantisme ? Pourquoi agissez-vous toujours en électron libre ? Zone 2,
01/02/2006
« La RTBF appartient à tous »
AGITATEUR de service public, Bernard Hennebert veut que le citoyen s’exprime sur la RTBF. Bernard Hennebert a un jour été qualifié dans ces colonnes d’« emmerdeur de service… public » (Le Soir du 7 mai 2005). Une formule diversement interprétée mais que l’homme apprécie puisqu’il la cite à plusieurs reprises dans son ouvrage, La RTBF est aussi la nôtre. Il le dit lui-même : « J’aime la RTBF». Et c’est à ce titre que l’animateur de Consoloisirs sou-haite faire entendre sa voix dans le débat qui précède la négociation du contrat de gestion de la RTBF. « Certains disent que je ne représente que moi, ce qui est vrai, mais il est tout de même piquant que la commission de l’Audiovisuel du Parlement de la Communauté française souhaite m’auditionner dans ce contexte, glisse-t-il. » Vous appelez le public à s’exprimer auprès du politique sur le contrat de gestion. Quel est le sens de votre démarche ? Vous êtes opposé à la requête de Jean-Paul Philippot, l’administrateur général de la RTBF, qui souhaite un contrat plus souple ? On imagine encore plus que vous refusez que la RTBF fasse sauter le verrou des 25 % de re-cettes provenant de la pub… Moins d’argent, c’est moins de moyens pour les programmes… On peut avoir l’impression que le service public que vous prônez est fait d’émissions que personne ne regarde. Or, une télé de service public n’a plus de rai-son d’être alors… En en appelant au politique, vous ne craignez pas de renforcer l’image d’une RTBF politisée? Jean-François Lauwens
Le Soir,
31/01/2006
« RTBI-TVF ? »
Qu’est-ce qui distinguera le service public de la chaîne privée ? Le contrat de gestion du premier. Belle occasion pour Bernard Hennebert d’enfourcher ses chevaux de bataille préférés. A priori, cela ressemble à une erreur de programmation. La RTBF et RTL-TVI viennent, chacune, de lancer une nouvelle création en télévision. Mais c’est le service public qui produit une fiction (le très décevant feuilleton Septième Ciel Belgique) et la chaîne privée, une émission politique (Le Grand Défi). En réalité, toutes les deux sont dans leur rôle, là aussi. La RTBF investit dans la production audiovisuelle conformément à ses obligations, et RTL-TVI renforce son pôle « information » dont elle n’a plus à rougir. Mais la vieille question demeure : qu’est-ce qui différencie vraiment les deux télévisions ? « Les audiences », répondent les cyniques, puisque la RTBF est devenue l’éternelle seconde derrière sa concurrente. « La nationalité», disent les juristes, depuis que RTL-TVI a choisi de naviguer sous le seul pavillon luxembourgeois. Mais dans les programmes ? Les réponses sont écrites, pour l’essentiel, dans le contrat de gestion de la RTBF. La version 2007–2011 de ce contrat en est à la phase exploratoire. Ainsi, la semaine dernière, Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF, était longuement entendu au parlement de la Communauté française. Il a plaidé, une nouvelle fois, pour un contrat qui fixe de larges objectifs en lui laissant les coudées franches pour les atteindre. Par ailleurs, une pièce intéressante vient d’être versée au débat sous forme d’un petit livre, écrit par Bernard Hennebert. L’infatigable Zorro du paysage audiovisuel, ex-animateur de la défunte Association des Téléspectateurs Actifs, a noirci 200 pages pour illustrer son combat : les usagers du petit écran ont leur mot à dire et ils peuvent influencer l’évolution de la RTBF (2). Fort de quelques croisades victorieuses dans le passé, Hennebert fustige, pourfend, dénonce. Et propose, aussi. Haro sur la publicité et le sponsoring, oui à un contrat de gestion le plus contraignant possible, gare à la surdose de sport alors que les questions européennes ou éducatives sont à la traîne. Oui à un vrai service de médiation avec les téléspectateurs… Bibiane Godfroid ? Jean-François Dumont
Le Vif / L’Express ,
27/01/2006
Debout, citoyens, la RTBF est à vous!
En vue de la renégociation du contrat de gestion RTBF, Bernard Hennebert bat le rappel. Ce « citoyen et usager engagé », consommateur culturel avisé, tient la RTBF à l’oeil. Son nouvel opus est sorti.
Bernard Hennebert est sur le pied de guerre ! Imaginez donc : la haute direction de la RTBF s’apprête à croiser le fer, au cours des prochains mois, avec son principal bailleur de fonds (la Communauté française). L’enjeu ? Elaborer le nouveau cahier des charges de la radio-télévision publique pour les cinq années à venir (2007-2012). Soit le document qui fixe les devoirs de la RTBF en contrepartie de la dotation publique que la Communauté lui verse chaque année. Changer de cap Bernard Hennebert est un provocateur ! Nous n’inventons rien... Ce sont les premiers mots de la préface - signée par le directeur du Crioc - qui ouvre son nouvel opus (1). On pourrait y adjoindre d’autres qualificatifs : activiste monomaniaque, empêcheur de tourner en rond... journaliste-animateur (notamment au « Ligueur »), citoyen et usager engagé, consommateur culturel avisé. Depuis plusieurs années, M.Hennebert tient la RTBF à l’oeil. Rien ne lui échappe. Au moindre manquement, il interpelle, dénonce, propose. Il lui arrive aussi de pinailler, provoquant alors les plus vives irritations au boulevard Reyers. Mais peu importe la manière ; pour ce Bruxellois quinquagénaire, seule compte la vigilance des citoyens-usagers à l’égard de l’entreprise publique culturelle autonome. Et si l’on en juge par ces combats successifs (du JT pour enfants à la signalétique), il faut bien admettre que la méthode Hennebert est efficace. Son combat actuel se focalise donc sur la renégociation du contrat de gestion ertébéen. Un moment clé, assène-t-il, tout au long des 200 pages de son livre. « Il est vital que la société civile se mobilise, en présentant ses revendications par rapport à l’évolution qu’elle souhaite imprimer (à la RTBF). » Vital !? Bernard Hennebert n’y va pas par quatre chemins: « C’est peut-être la dernière fois où le public pourra se manifester face à l’évolution de la RTBF, tellement sa situation est précaire en termes de volume de personnel, de perte d’audience, d’évolution déplorable de ses programmes et de respect aléatoire de ses obligations. » La RTBF est-elle à ce point au bord du gouffre? M.Hennebert n’est pas loin de le penser, même s’il lui reconnaît quelques (rares) mérites. Il faut changer de cap, martèle-t-il, en redonnant à la RTBF une dimension citoyenne « qui l’écarterait définitivement du modèle privé ». Et pour y parvenir, seule la force de proposition des usagers de la société civile parviendra à infléchir la trajectoire. Prenant appui sur sa propre expérience en 2001 lors de la précédente renégociation du contrat de gestion, l’auteur multiplie les exemples visant à démontrer qu’il est possible de se faire entendre. Il y va d’ailleurs de nouvelles propositions en vue de la prochaine négociation où il espère bien faire entendre sa voix. Et, qui sait, sa démarche servira peut-être d’exemple à d’autres usagers de la RTBF. P.-F.L.
Libre Belgique ,
06/01/2006
« L’emmerdeur de service… »
Bernard Hennebert se veut avant tout citoyen. « Si je suis actif, c’est parce que ça donne du sens à ma vie. Tout le monde devrait utiliser une partie de ses loisirs à exercer sa citoyenneté. C’est peut-être un hasard, mais je ne fume pas, je n’ai pas de voiture, je vis assez simplement. D’autre part, je m’informe sur les multiples dysfonctionnements de notre société et je mets en place des moyens d’action afin d’appliquer concrètement mes idées. Tout ce travail de militance me prend beaucoup de temps, du coup je n’ai pas vraiment besoin d’avoir des loisirs onéreux pour être heureux. Si mon travail produit des résultats, je suis de bonne humeur et pas dépressif ! »
La culture, les médias et les loisirs sont aujourd’hui devenus des commerces comme les autres, alors qu’il n’existe dans ces domaines, que peu de droits protégeant les consommateurs. Dans les salles de cinéma par exemple, si le son des publicités est trop fort, où se plaindre ? « Des associations d’usagers doivent servir de contre-pouvoir dans ces secteurs-là. » Si aucune limite n’est fixée, seuls les intérêts économiques se développeront. Bernard Hennebert a ainsi notamment créé un site où il recueille les plaintes des consommateurs (1). Être citoyen, pour lui, c’est aussi lutter contre le fatalisme. « Je veux montrer qu’il est possible de bouger des montagnes avec pratiquement pas d’argent. Le tout, c’est d’avoir de l’imagination, de l’énergie et surtout de la détermination. » Parfois les résultats sont concrets ! Un exemple récent : c’est son action qui est à la base de la décision prise par la ministre de la culture de la Communauté française d’ouvrir gratuitement les musées une journée par mois. Son principal cheval de bataille : la RTBF, où certains l’appellent « l’emmerdeur de service ». « Jusqu’à Pâques 2006, explique-t-il, la population peut s’exprimer sur le contrat de gestion 2007-2012. C’est donc maintenant qu’il faut débattre du contenu et des pratiques du service public. » Pour nourrir le débat, il vient de publier un livre aux éditions Aden : la RTBF est aussi la nôtre. (1) www.consoloisirs.be Imagine,
Janvier-Février 2006
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