Agone Banc d'essais
À ma guise
Parution : 26/09/2008
ISBN : 978-2-7489-0083-5
528 pages
12 x 21 cm
26.00 euros
George Orwell
À ma guise
Chroniques (1943-1947)
Préface de Jean-Jacques Rosat & Postface de Paul Anderson
Nouvelle traduction de l’anglais par Frédéric Cotton et Bernard Hoepffner (texte intégral)
Pendant quelques années, Orwell a disposé dans l’hebdomadaire Tribune d’une chronique de mille mots où il jouissait de la plus entière liberté dans le choix de ses sujets et dans l’expression de ses idées. Il y traite aussi bien de la bombe atomique que des amours des crapauds, de la guerre froide que de l’arrivée du printemps.
Contemporaines de la rédaction de La Ferme des animaux et de l’élaboration de 1984, ces chroniques sont généralement considérées comme le meilleur du journalisme d’Orwell. Elles n’étaient jusqu’à présent que partiellement accessibles en français. Ce volume en fournit la traduction intégrale, accompagnée d’une riche introduction de l’éditeur anglais et d’un appareil de notes à l’usage du lecteur français.
> Voir le site de Bernard Hœpffner
Revue de presse
- Consulter SUR LES ONDES
- Consulter Petites conversations avec des gens ordinaires Mathias Potok À contretemps n° 33, janvier 2009
- Un socialisme si humain Olivier Doubre Politis, 26/11/2008
- Consulter Quand George Orwell écrivait à sa guise Paco Le Mague, 11/11/2008
- Consulter Jean-Guillaume Lanuque Dissidences.net, novembre 2008
- Consulter Force ouvrière n°2867, 22/10/2008
- Consulter Philosophie politique d'Orwell Régis Vlachos Zibeline , 16/10-20/11/2008
- Consulter George Orwell, à sa guise... Frédéric Saenen Sitartmag, 15/10/2008
- Consulter George Orwell et l’immigration Respublica, 29/09/2008
- Consulter George Orwell comme personne ne l’a jamais lu Anaëlle Verzaux Bakchich info, 27/09/2008
- Consulter La liberté passe par le sens des mots Damien Le Guay Figaro magazine, 26/09/2008
- Consulter Un regard généreux et franc Jean Birnbaum Le Monde, 25/09/2008
- La politique comme un art Marc Riglet Lire, Septembre 2008
- Consulter George Orwell, critique des médias (extraits) Acrimed, 18/09/2008
SUR LES ONDES
France Culture – « Tout arrive », Émission spéciale Georges Orwell avec notamment Jean-Jacques Rosat, directeur de la collection Banc d’essais (16 septembre 2008)
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Petites conversations avec des gens ordinaires
Directeur de la revue Now et anarchiste pacifiste, George Woodcock racontait que son ami Orwell « aimait discuter de ses idées dans de longs monologues entrecoupés de tasses de thé serré et de cigarettes de tabac noir roulées à la main ». Et il ajoutait que « l’on pouvait, très peu de temps après, retrouver la discussion du soir dans un article. » À lire ces chroniques de Tribune – parues sous l’intitulé sans équivoque « À ma guise » –, on entend effectivement la voix d’Orwell, d’un Orwell tout occupé à converser de tout un peu avec des gens ordinaires. Et, éventuellement, à leur répondre quand, du courrier des lecteurs, montaient des commentaires désobligeants. Comme pour illustrer sa maxime favorite : « Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. »

L’idée était excellente de réunir en volume les quatre-vingts chroniques publiées par George Orwell dans l’hebdomadaire Tribune, en deux séries, entre décembre 1943 et avril 1947. D’autant que celles-ci n’avaient été publiées jusqu’à maintenant que de manière dispersée, fragmentaire et, pour beaucoup, amputées. De leurs réponses aux lecteurs, notamment. Précédées d’une présentation de Jean-Jacques Rosat et suivies d’une postface de Paul Anderson – « Les Années Tribune » – et d’un utile « petit glossaire orwellien », ces chroniques, longtemps considérées comme mineures par la critique, révèlent au contraire un Orwell au sommet de son art et soucieux de redonner au journalisme quelques lettres de noblesse.

Tel qu’il était, en effet, pratiqué, le journalisme n’inspirait que méfiance à Orwell. Sensationnaliste, approximatif et bavard, il avait même le don de l’exaspérer, comme ses serviteurs zélés – plumitifs bien ou mal appointés – qu’ils savaient, en règle générale, peu enclins à l’honnêteté et au courage. Si la guerre avait substantiellemnt modifié les perspectives, c’est que, circonstances et crise du papier aidant, la presse avait dû opérer quelque tri dans sa hiérarchisation de l’information. D’où un certain recul, dans ses colonnes, des sujets futiles ou simplement sans intérêt. Pour le reste, Orwell, qui connaissait d’assez près la profession, n’ignorait pas que tout journaliste moderne pratique avec aisance « l’astuce qui consiste à faire croire qu’il y a de l’information quand il n’y en a pas » et que, « le chien vraiment bien dressé [étant] celui qui exécute son saut périlleux sans avoir besoin de fouet », il possède cette particulière aptitude à la servitude volontaire qui lui permet de sentir, sans qu’aucune autorité n’ait besoin d’intervenir, « ce qui doit ou ne doit pas être publié ».

Quand Orwell rejoint Tribune, en novembre 1943, comme directeur littéraire, puis comme chroniqueur, la guerre est entrée dans sa dernière phase. Défaite à Stalingrad, l’armée du Reich assiste au début de sa fin. Les fusées V-1, puis V-2, qu’elle envoie sur Londres contribuent, certes – et comment ! - à terroriser la population, mais elles n’ont pas d’effet majeur sur son moral : la victoire sur le nazisme est désormais à l’ordre du jour. Dans cette perspective, Tribune, dirigé par Aneurin Bevan, fait entendre une voix singulière dans le concert patriotique de la presse britannique. Proche de la gauche du Parti travailliste, l’hebdomadaire marque, entre autres, sa différence sur deux questions majeures : le traitement, qu’il espère généreux, que les Alliés et futurs vainqueurs devront réserver au peuple allemand et la caractérisation de l’URSS comme puissance impérialiste. Deux points sur lesquels Orwell est en parfaite symbiose avec sa rédaction.

En ces temps où se dessinent les contours de l’après-guerre, Orwell a « renoncé, nous dit Paul Anderson, à ses grands espoirs de 1940-1941, quand il voyait la Grande-Bretagne à l’aube d’une révolution socialiste ». Le binôme « guerre-révolution » qu’il a, semble-t-il, directement transposé de son expérience espagnole et au nom duquel il s’opposa fermement au pacifisme de certains anarchistes anglais, reposait, en effet, comme il le reconnut par la suite dans une « lettre » à Partisan Review, sur une erreur de jugement : « J’ai surestimé le caractère antifasciste de la guerre. » Revenu de cette illusion, le collaborateur régulier de Tribune que sera Orwell n’en demeure pas moins un digne représentant de cette gauche démocratique, égalitaire et antistalinienne, dissidente par essence et, désormais, fortement menacée par la naissante logique des blocs.

Malgré la totale liberté dont il bénéficie, Orwell n’en est pas moins le poil à gratter de Tribune. C’est que l’homme n’est pas vraiment porté au compromis. Ainsi, il ne manque pas d’épingler ses propres collègues en rédaction lorsque, se laissant aller à ce manque de rigueur journalistique qu’Orwell déteste tant, il les prend à partie dans les colonnes du même hebdomadaire. Quant aux autres, ceux qui sévissent ailleurs – et particulièrement « les lèche-bottes propagandistes du régime soviétique » -du New Statesman –, le chroniqueur leur adresse quelques mémorables volées de bois vert, dont un retentissant « putain un jour, putain toujours », qui prouvent en tout cas qu’il n’a pas l’esprit de corps. En règle générale, Orwell a la dent dure. Ses chroniques abondent en vacheries sur les experts, les intellectuels néo-pessimistes, les architectes, les nationalistes, les bureaucrates, les racistes, les publicitaires, les critiques littéraires and so on, mais on aurait tort d’y voir une prédisposition au persiflage ou un goût pour l’effet. Chaque fois qu’il mord, c’est de manière circonstanciée et après avoir exposé, le plus honnêtement possible, la thèse contraire. Orwell excelle dans cet art du retournement des lieux communs, des pensées toutes faites, des préjugés et des réputations. Il juge sur pièces, arguments à l’appui, jamais à l’emporte-pièce, comme il est admis de le faire dans certains milieux où l’idéologie justifie, par avance, le discrédit jeté sur l’adversaire. Ce qui frappe, au contraire, à lire ces chroniques, outre l’extraordinaire diversité des sujets traités – des thèmes d’actualité les plus brûlants aux faits les plus apparemment insignifiants de l’existence –, c’est le sens de la mesure et de la nuance dont sait faire preuve leur auteur. Car ce qui compte, à ses yeux, ce n’est pas tant de trancher sur tel ou tel sujet en s’appuyant sur une supposée compétence intellectuelle, mais, comme le souligne très justement Jean-Jacques Rosat, de forcer son lecteur – l’homme ordinaire – « à porter un regard inédit, décalé, sur son univers quotidien », et ce faisant de lui faire « prendre conscience que celui-ci est le lieu même où, jusque dans les petits riens, s’affrontent des forces puissantes, à certains égards colossales et impersonnelles sur lesquelles lui, l’homme ordinaire, a cependant prise puisque c’est dans son monde que l’affrontement a lieu et que lui-même en est l’enjeu ».

La force d’évocation de ces chroniques doit beaucoup à l’écriture si caractéristique d’Orwell, dont le modèle en la matière resta, sans aucun doute, Samuel Butler – ce « conservateur », disait-il, qui, à la différence de bien des idéologues progressistes, « [n’avait] jamais perdu la faculté de se servir de ses yeux ». Simple, directe, incisive, l’écriture d’Orwell ne s’encombre pas davantage de digressions que de préciosités stylistiques. Elle dit, au mot près et sans pittoresque, ce qui doit être dit. Avec franchise et dans le seul but d’être compris par les gens ordinaires à qui elle s’adresse.

Nul doute que cet hebdomadaire exercice d’écriture – qui abordait, chaque fois, trois ou quatre thématiques différentes – donna quelques suées au flegmatique essayiste, mais à lire ces « À ma guise », on perçoit sans forcer l’immensité du gouffre qui sépare les narcissiques et bidonneurs « blocs-notiers » d’aujourd’hui de l’altruiste et rigoureux chroniqueur d’hier.

Mathias Potok
À contretemps n° 33, janvier 2009
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Quand George Orwell écrivait à sa guise

Entre 1943 et 1947, George Orwell livra quatre-vingts chroniques à Tribune, un journal de la gauche radicale anglaise. Les éditions Agone nous offrent À ma guise, une traduction intégrale inédite.

George Orwell (Eric Blair, 1903–1950), c’est bien sûr l’auteur du magistral 1984, roman visionnaire porté à l’écran par Michael Radford. C’est aussi l’auteur de La Ferme des animaux, devenu dessin animé sous la houlette de John Halas et de Joy Batchelor. Les amateurs d’Orwell peuvent encore lire Dans la dèche à Paris et à Londres ou le superbe Hommage à la Catalogne.

Dans À ma guise, nous trouvons intégralement réunies (pour la première fois en français) les passionnantes chroniques écrites par George Orwell dans Tribune, un hebdomadaire qui ouvrait ses colonnes à des auteurs plus proches des anarchistes, des trotskistes et de l’Independent labour party que du parti travailliste officiel. Contemporaines de la rédaction de La Ferme des animaux et de 1984, les quatre-vingts chroniques brossent un panorama journalistique, historique et sociologique immense. Ecrites en toute liberté, les chroniques d’Orwell livrent mille et une situations tour à tour graves ou cocasses avec une lucidité qui s’autorise parfois une bonne dose d’humour noir.

Dans les années 30, George Orwell avait donné un style particulier au reportage journalistique. Ses écrits sur la classe ouvrière et sur sa guerre d’Espagne sont inoubliables. Dans Tribune, entre décembre 1943 et février 1945, puis de novembre 1946 à avril 1947, George Orwell a réinventé la chronique pour en faire un outil du combat politique… et moral. « Lorsqu’on examine ce qui s’est passé depuis 1930, il n’est pas facile de croire à la survie de la civilisation », écrit, inquiet, Orwell en contemplant l’actualité d’un jour ordinaire de novembre 1946.

« Orwell voit dans le journalisme le moyen d’élargir l’horizon de l’homme ordinaire et de renforcer sa capacité à comprendre sa propre situation », note Jean-Jacques Rosat dans la préface de À ma guise. Dans ses chroniques, Orwell va donc mêler événements proches et lointains pour tenter de montrer à quel point les uns sont susceptibles de bouleverser les autres. « Comment rendre les gens conscients de ce qui se passe en dehors de leur petit cercle, s’interroge Orwell. Voilà un des principaux problèmes de notre temps, et une nouvelle technique littéraire va devoir être inventée pour y parvenir. »

Orwell est bien seul au sein d’une profession pour laquelle il n’a pas beaucoup d’estime. À ses yeux, la majeure partie de ce qui se publie dans la presse œuvre au côté des forces de destruction. Il fulmine contre les journaux qui inventent de toutes pièces un monde frivole et illusoire, « un endroit tranquille dominé par la royauté, le crime, les soins de beauté, le sport, la pornographie et les animaux ». Il s’insurge contre la presse « aux mains d’une poignée de gros capitalistes qui ont intérêt au maintien du capitalisme et qui tentent donc d’empêcher les gens d’apprendre à penser. » Il critique les journalistes qui, « les yeux ouverts », ont laissé leur métier se dégrader. Naturellement, les magnats de la presse ne sont pas épargnés. Mais, les blâmer parce qu’ils gagnent de l’argent par le moyen le plus rapide, « c’est un peu comme blâmer un putois parce qu’il pue » ! Des vérités qui auraient pu être écrites ce matin. Y compris quand Orwell dénoncent les écoles de journalisme où l’on présuppose « que le public sera toujours et à jamais une masse de crétins dont le seul désir est de s’endormir… » Aux antipodes de cette logique, Orwell assure qu’il faut « dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre ». Et il y arrive avec talent. Lui qui tenait à faire de l’écriture politique un art.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Orwell ne prend pas ses lecteurs pour des cons. En mille mots, il partageait avec eux ses lectures, ses observations, ses souvenirs ou son regard sur l’actualité. En rendant visibles des gens et des faits ordinaires, Orwell attira vite la sympathie et la complicité des lecteurs qui n’hésitaient pas à l’interpeller pour polémiquer ou répondre aux questions qu’il lançait comme des bouteilles à la mer. Au fil des semaines, Orwell savait tirer de sujets parfois quelconques des réflexions originales et vivantes. La plupart revenaient en fait à parler de la lutte des classes sans en avoir l’air. Quelques lignes sur les grilles qui entourent les squares furent prétextes à parler de la propriété privée. L’observation d’une famille coincée entre deux gares fut l’occasion de rappeler que « notre société est organisée de façon à ce que ceux qui n’ont pas d’argent soient obligés de le payer tous les jours par des humiliations mesquines et des inconforts absolument inutiles – comme de devoir rentrer chez soi à pied, les doigts sciés par la ficelle de leur valise… » L’éloge de ses rosiers lui donna la possibilité de parler du socialisme fleuri et festif pour lequel il se battait. Une chronique sur les insolations dévia sur une dénonciation du racisme et du colonialisme.

Adepte de la provocation douce et du contre-pied, Orwell n’avait pas de sujets tabous. Le lecteur d’aujourd’hui trouvera encore beaucoup d’intérêt à lire entre les lignes des chroniques qui parlent des bombes volantes nazies sur Londres, des bombardements alliés sur l’Allemagne, de l’immigration, de l’antisémitisme, du fascisme, du nationalisme, de la Birmanie, de la haine de l’ennemi, des criminels de guerre, des méthodes de pendaison… comme du rationnement vestimentaire, de vocabulaire, de la grossièreté des boutiquiers, des publicités « Le soleil brille », de Noël, des critiques littéraires, des rumeurs, des accidents de la route, des annonces matrimoniales, du chauffage à la tourbe, du maquillage, des pantalons à revers, des tâches ménagères…

Les lecteurs de 1984 ne seront pas surpris de voir que les pages sur la propagande politique et religieuse, sur la falsification de l’histoire, sur la censure et l’autocensure ne manquent pas. À ce propos, dans le domaine du livre, Orwell remarque avec ironie que les chiens vraiment bien dressés sont ceux qui exécutent des sauts périlleux sans avoir besoin du fouet du dresseur. Antistalinien, Orwell n’en rate pas une non plus pour épingler des gens comme Maurice Thorez, dirigeant communiste français (au sujet de son comportement au moment du pacte germano-soviétique). Une chronique s’arrête sur une absurdité digne d’un roman : l’histoire de prisonniers allemands qui ne parlaient aucune langue connue. Il s’agissait finalement de Tibétains qui s’étaient égarés un jour à la frontière indienne. Enrôlés dans un bataillon de travail en URSS, faits prisonniers par les Allemands, envoyés en Afrique du Nord, faits prisonniers par les Britanniques en France, ils n’avaient jamais pu échanger un seul mot avec quiconque et n’avaient aucune idée de ce qui leur arrivait !

Méditant sur la guerre et le droit, Orwell eut encore une pensée intemporelle le 31 décembre 1943. « Un monde où l’assassinat d’un seul civil est criminel et où le largage d’un millier de tonnes d’explosifs sur un quartier résidentiel est légitime me fait parfois me demander si notre Terre ne sert pas d’asile psychiatrique à une autre planète », écrivait-il avant de reconnaître, le 29 novembre 1946, que le mal vient bien de chez nous. « Nous n’irons nulle part tant que nous ne reconnaîtrons pas que le comportement politique est en grande partie non rationnel, que le monde souffre d’une sorte de maladie mentale qu’il va falloir diagnostiquer si nous voulons pouvoir la guérir. » Si un lecteur du Mague est capable d’éclairer la science sur ce point en suspens, qu’il veuille bien nous écrire…

George Orwell, À ma guise – Chroniques 1943–1947, collection Banc d’essais, éditions Agone, 530 pages. 26€.

À lire également aux éditions Agone, La politique selon Orwell par John Newsinger.

Rencontre avec Jean-Jacques Rosat (directeur de la collection Banc d’essais des éditions Agone et auteur de la préface de À ma guise) le 28 novembre 2008, à 19h, à la librairie Texture, 94 avenue Jean-Jaurès, à Paris (19ème). Infos au 01 42 01 25 12.

Lire l’article sur le Mague

Paco
Le Mague, 11/11/2008
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Ce nouveau recueil consacré à l’immortel auteur de La ferme des animaux et 1984 s’inscrit dans le courant de (re)découverte de son œuvre et de son engagement politique, initié voici déjà plus de dix ans, et dont une des pierres de touche n’est autre que l’étude de John Newsinger, La politique selon Orwell , publiée chez Agone, justement (voir sa recension sur notre site). Inédites en France dans leur intégralité, ces chroniques sont en fait la compilation des quatre-vingts « blocs notes » qu’Orwell a tenus dans l’hebdomadaire britannique de gauche Tribune entre décembre 1943 et avril 1947, avec une interruption entre février 1945 et novembre 1946, coïncidant avec son départ d’Angleterre en tant que correspondant.

Ecrites dans un style clair et direct, non sans humour pince sans rire, ces réflexions polymorphes abordent une foultitude de sujets, sans commenter directement l’actualité, avec ce souci qui sous-tend tout le journalisme selon Orwell : faire réfléchir ses lecteurs en partant du concret, les inviter à prendre du recul sur les choses, les idées reçues, et leur dévoiler la réalité, sans se focaliser sur la nouveauté ou le sensationnel, et sans hésiter non plus à secouer… Au passage, il fait l’éloge de la presse écrite par rapport à la radio, dénonce le poids des propriétaires de journaux et des annonceurs, des réflexions toujours d’actualité. Sont ainsi tournés en dérision aussi bien les experts que la tradition d’anoblissement anglaise, et critiquées la publicité ou la solitude des individus dans les grandes villes modernes. Orwell apporte également des bémols à des jugements tous faits, relativisant par exemple la soi disant plus grande liberté de circulation dans le monde au XXème siècle.

On y retrouve en tout cas son positionnement particulier, celui d’un socialiste révolutionnaire non trotskyste, que l’on pourrait définir comme patriote en raison du soutien qu’il apporte à la guerre de son pays contre l’Allemagne hitlérienne (allant jusqu’à défendre le bombardement des villes), mais qui articule sa réflexion autour de la lutte des classes et conserve toute sa verve radicale, lorsqu’il défend la nécessité du socialisme pour dépasser la simple satisfaction des besoins élémentaires de tous, sans même écarter la possibilité d’une insurrection populaire violente (1). Avec toujours la nécessité vitale de la liberté d’expression. Certaines réflexions constituent même des jalons permettant de mieux cerner la maturation de 1984 , ainsi de « l’histoire (…) écrite par les vainqueurs » (p.81), de la fin de l’indépendance de l’artiste, des dénonciations régulières du totalitarisme ou des reproches faits à des simplifications langagières (sur le fascisme, par exemple).

Pour faciliter la lecture de ces chroniques ancrées dans un contexte anglais bien particulier, un « Petit glossaire orwellien » est disponible en fin d’ouvrage, avec des notices synthétiques bien utiles (mais dont certaines se révèlent malheureusement manquantes bien que signalées dans le corps du texte). Enfin, la préface de l’édition originale, « Les années Tribune. 1943-1947 », de Paul Anderson, est traduite et proposée en postface, ce qui permet d’approfondir la compréhension de l’ensemble.


(1) Toutes les possibilités sont en fait envisagées : « (…) comme aucun véritable changement structurel ne se produit dans notre société, le nivellement qu’engendre mécaniquement une simple pénurie vaut toujours mieux que rien » , p.83.
Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences.net, novembre 2008
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Lorsqu’on évoque George Orwell (1903-1950), on pense immédiatement à ses deux romans les plus connus, 1984 et La Ferme des animaux. Mais en plus de cet écrivain politique, comme il se définissait lui-même, George Orwell fut également un brillant journaliste. De 1943 à 1947, George Orwell s’occupa d’une chronique hebdomadaire intitulée « À ma guise », dans Tribune, un journal de gauche. Dans cette rubrique de mille mots, il jouissait d’une entière liberté de ton et de choix de sujets. Ce fut l’occasion pour lui d’évoquer des thèmes aussi divers que l’arrivée du printemps, les chroniques matrimoniales, l’état de la presse, la hausse des prix et l’antisémitisme. Les éditions Agone ont regroupé tous ces textes en un seul volume. « Notre société n’est pas seulement organisée de façon à ce que ceux qui ont de l’argent puissent acheter des produits de luxe […]. Elle est aussi organisée de façon à ce que ceux qui n’ont pas d’argent soient obligés de le payer tous les jours par des humiliations mesquines et des inconforts absolument inutiles. » Dans ces quatre-vingts chroniques écrites pendant la Seconde Guerre mondiale sous la forme de conversations familières, l’écrivain parle des idéologues qu’il combat, décrit les bombardements sur Londres, mais également des petites choses de la vie quotidienne. Il s’agissait aussi de réflexions sur l’actualité politique, la guerre puis la guerre froide, les plaisirs simples de la vie et les difficultés de l’époque. Passionnant.
Force ouvrière n°2867, 22/10/2008
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Philosophie politique d'Orwell
« Ce soir de 1940 où, pour la première fois, l’énorme tir de barrages des batteries anti aériennes éclata dans le ciel de Londres, je me trouvais à Piccadilly Circus… ». Une étonnante discussion s’engage alors entre Orwell et un jeune artiste peintre qui fait l’éloge d’une Angleterre fasciste, « pour pouvoir poursuivre son œuvre bien sûr ». Cette chronique est l’occasion pour l’auteur de 1984 de détruire l’illusion que sous une dictature on peut être libre intérieurement. On admet facilement que l’on peut être emprisonné, torturé... mais pas empêché de penser. Cette illusion pour Hannah Arendt remonte à St Augustin…
Mais revenons à Orwell : « la pire des erreurs, c’est de s’imaginer que l’être humain est un individu autonome ; la liberté secrète dont on est supposé pouvoir jouir sous un régime despotique est un non-sens car nos pensées ne nous appartiennent jamais entièrement ». Voilà de la pensée qui s’ancre dans les conditions les plus concrètes, sous un bombardement vécu avec des femmes et des hommes de tous les jours. Ce n’est pas tant le socialisme d’Orwell qui séduit dans ses chroniques que ses conséquences : celui qui se veut socialiste doit connaître et partager la vie de la masse laborieuse et silencieuse ; car pour l’auteur de la Ferme des animaux ce qui importe en politique n’est pas la souscription à une théorie mais le sens du réel, et un certain flair moral.
Ces chroniques écrites entre 1943 et 1947 offrent le plaisir d’une lecture qui balaie tous les champs possibles du réel, forme d’hétéroclite du concret, avec le biais perspectif politique qui donne au regard anodin un sens. Pourquoi remettre après guerre des grilles autour des squares afin d’empêcher les pauvre d’y aller ? Les squares seraient-ils privés ? « Alors vive le vol » de ces espaces dont l’appropriation remonte à un vol primitif, celui de l’enclosure des espaces communs avec l’aide de juristes acquis à la cause des nouveaux propriétaires. À l’heure de la privatisation des moindres part de nos vies, cet écho anglais des voix de Rousseau et Proudhon dans des contextes aussi variés fait du bien à l’esprit.
Car l’univers totalitaire si bien décrit dans les romans d’Orwell semble proche aujourd’hui, comme le souligne Jean-Jacques Rosat dans sa préface : « Quand la vie et la survie quotidienne dépendent directement d’événements qui ont lieu à des milliers de kilomètres et de décisions opaques prises par des puissants inaccessibles, et quand, pour comprendre ces événements et ces décisions on ne dispose la plupart du temps que des mensonges et de la propagande, et des grilles d’interprétation faussées par les idéologies, c’est le socle de toute existence véritablement humaine qui se dérobe. Un tel processus a pour terme l’univers totalitaire de 1984… »
Car on est frappé également par l’actualité de ces chroniques qui reviennent très souvent sur la question de la propagande ; il démontre ainsi que la force de la propagande réside dans le fait qu’elle ne s’embarrasse pas de la contradiction, alors que le discours honnête de résistance, intransigeant sur les faits, doit s’alourdir des longs détours qu’exige le concept de vérité ; et puis « la plupart des êtres humains ont le sentiment qu’une chose devient différente quand on lui attribue un nom différent ». Cela évoque aujourd’hui les régressions qu’on appelle réformes, les systèmes occultes et mafieux que l’on désigne comme « quelques spéculateurs irresponsables »... Cette vulgate médiatico-politique cherche à moraliser par l’absurde un système pourri. Orwell le dit bien dans une de ses chroniques : « blâmer le financier parce qu’il gagne de l’argent par le moyen le plus rapide, c’est un peu comme de blâmer un putois parce qu’il pue » !
Régis Vlachos
Zibeline , 16/10-20/11/2008
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George Orwell, à sa guise...
> à lire sur le site de Sitartmag
Frédéric Saenen
Sitartmag, 15/10/2008
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George Orwell et l’immigration

Nous tenons à saluer la parution du livre À ma guise regroupant, dans une nouvelle traduction, les chroniques de George Orwell écrites de 1943 à 1947 pour Tribune.
Orwell est une figure du XXe siècle incontournable de part son engagement contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique. À une époque où le concept de Big Brother est de plus en plus pertinent, la lecture de ce livre nous permet de mieux connaître l’auteur de 1984.
En partenariat avec les éditions Agone, nous vous en proposons un extrait exclusif portant sur l’immigration.
Bonne lecture,

La rédaction de Respublica

> à lire sur le site de Respublica

Respublica, 29/09/2008
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George Orwell comme personne ne l’a jamais lu

80 chroniques de l’auteur de 1984 écrites pendant la Seconde Guerre Mondiale, sont publiées en France, dans une traduction particulièrement fidèle aux textes originaux. Sorti le 26 septembre aux éditions Agone, le livre A ma guise regroupe des textes d’Orwell, écrits pour Tribune, un hebdomadaire de l’aile gauche du parti travailliste, entre décembre 1943 et février 1945. Sous la forme de conversations familières, l’écrivain parle des idéologues qu’il combat, décrit les bombardements sur Londres, mais aussi les petites choses de la vie quotidienne, qui en disent long sur la démocratie en temps de guerre. Mécaniquement, la guerre réduit certaines inégalités. Bakchich publie, en exclusivités, deux chroniques du recueil.

> à lire sur le site de Bakchich

Anaëlle Verzaux
Bakchich info, 27/09/2008
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La liberté passe par le sens des mots
[…] La France connaît le romancier George Orwell, mais est en train de découvrir sa pensée politique. Viennent de paraître 80 chroniques, écrites par Orwell entre 1943 et 1948 et regroupées sous le titre de A ma guise. Elles sont autant de leçons de journalisme. On y retrouve son esprit d’enquête sur le terrain, avide de ces détails qui en disent long. Là, il s’en prend d’une manière générale à la bêtise des journalistes, et en particulier aux intellectuels de gauche qui, lors du soulèvement de Varsovie, en août 1944, s’alignent sur la propagande soviétique. Orwell est d’une gauche libre, non inféodée à Moscou, d’un socialisme antitotalitaire, soucieux avant tout de préserver les libertés individuelles. Cette conviction lui vient de son engagement durant la guerre d’Espagne. […]
Damien Le Guay
Figaro magazine, 26/09/2008
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Un regard généreux et franc

[…] De 1943 à 1947, George Orwell tient une chronique hebdomadaire dans Tribune, un journal dont les idées se situent à la gauche du Parti travailliste. Intitulées A ma guise, ces chroniques traitent de sujets très divers, depuis l’arrivée du printemps jusqu’aux annonces matrimoniales, en passant par la fête de Noël, l’état de la presse, la hausse des prix ou encore l’antisémitisme. La plupart de ces textes étaient déjà disponibles en français, mais les éditions Agone ont eu la bonne idée d’en publier l’intégralité en un seul volume.

Semaine après semaine, Orwell pose sur ses semblables un regard à la fois généreux et franc. Il répond aux courriers de ses lecteurs, et par exemple à cette dame qui fait valoir que consacrer une chronique à l’éloge des rosiers revient à s’attarder sur un “sujet bourgeois”... De même n’hésite-t-il pas à mettre en garde les candidats au concours de nouvelles que lui et son journal ont organisé : “Je dois dire tout de suite que la grande majorité des cinq cents ou six cents nouvelles que nous avons reçues étaient, selon mon opinion, très mauvaises…”

Là encore, le chroniqueur prend soin de distinguer entre l’humilité du peuple et la morgue des puissants : si l’agressivité des receveurs d’autobus doit être mise au compte d’une “névrose provoquée par la guerre”, les propos xénophobes de deux hommes d’affaires s’expliquent avant tout, selon lui, par la “méchanceté active” liée à leur condition.

C’est un peu caricatural, dira-t-on. Oui, mais Orwell n’est ni philosophe ni sociologue. Pour lui, l’écriture n’a qu’une vocation : briser la solitude des hommes, les aider à créer des liens. “Comment rendre les gens conscients de ce qui se passe en dehors de leur petit cercle, voilà un des principaux problèmes de notre temps, et une nouvelle technique littéraire va devoir être inventée”, assure-t-il. Loin de former un programme doctrinal, ses textes désignent le point de fragilité propre à toute espérance socialiste : privée de son élément émotionnel, la révolution est sans âme ; coupée de ses ressources fraternelles, la politique est sans entrailles.

Jean Birnbaum
Le Monde, 25/09/2008
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George Orwell, critique des médias (extraits)

On trouve dans ces chroniques quelques passages de critique des médias. En voici deux que nous reproduisons ici (sous des titres de notre choix) avec l’autorisation des éditions Agone. « Toute ressemblance avec… », etc. (Acrimed)

> à lire sur le site d’Acrimed

Acrimed, 18/09/2008
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