Parution : 15/09/2009
ISBN : 978-2-7489-0084-2 432 pages 12 x 21 cm 25.00 euros |
George Orwell
Écrits politiques (1928-1949)
Sur le socialisme, les intellectuels & la démocratie
Préface de Jean-Jacques Rosat
Traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner De son premier article, publié dans la revue politico-littéraire d’Henri Barbusse, à ses ultimes déclarations sur la signification de 1984, les textes de George Orwell ici réunis sont tous inédits en français. Ils avaient été écartés de l’édition de ses Essais, articles et lettres choisis par sa veuve, Sonia, qui « n’appréciait pas son positionnement politique » (Bernard Crick).
Ce recueil dessine l’itinéraire des engagements d’Orwell et l’évolution de ses idées : témoignages sur l’Espagne de la guerre civile, appels des années 1940–1941 à la révolution en Angleterre pour gagner la guerre contre Hitler, condamnation radicale de l’impérialisme britannique en Inde et en Birmanie, réflexions sur le socialisme et la démocratie, critique des intellectuels et de leur fascination pour le pouvoir, bilan de l’expérience travailliste d’après guerre, etc. Il inclut des essais méconnus, qui furent des jalons importants dans l’élaboration de ses conceptions sur l’individu, l’État et la société, comme « Culture et démocratie », « Les socialistes peuvent-ils être heureux ? » ou « La révolte intellectuelle ». Malgré l’immense célébrité de l’écrivain Orwell, sa pensée reste largement ignorée ou incomprise en France. Il est temps qu’il y soit lu comme une figure majeure, et désormais classique, de la pensée politique du XXe siècle, au même titre qu’un Gramsci ou une Hannah Arendt. Nous sommes temporairement dans une situation où il nous faut lancer des attaques d’arrière-garde pour défendre ce qui reste de la civilisation, mais je ne pense pas qu’il y ait de raison de se montrer pessimiste sur les effets à long terme de l’arrivée de la machine. Nous finirons bien par nous habituer à la machine. Il nous faut, cependant, nous défendre contre la menace du totalitarisme, qui pourrait fort bien signifier la mort rapide et complète de la civilisation. Comment se fait-il que tout ce qui, pour nous, est culture soit menacé par le totalitarisme ? Parce que le totalitarisme menace l’existence de l’individu, alors que les quatre ou cinq cents dernières années ont mis l’individu tellement en avant qu’il nous est difficile d’imaginer sa disparition. Afin d’illustrer l’impact du totalitarisme sur la culture, je me contenterai de nommer un seul art, la littérature qui, dans la forme que nous connaissons, est incompatible avec une forme totalitaire de gouvernement. > Voir le site de Bernard Hœpffner > George Orwell chez Agone : |
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Les éditions Agone poursuivent leur passionnant travail de (re)découverte de l’œuvre d’Orwell, en publiant ce nouveau volume qui complète idéalement l’indispensable La politique selon Orwell de John Newsinger et les chroniques journalistiques de A ma guise (tous deux chroniqués sur ce site). Ce recueil d’articles et de quelques lettres a cette particularité de ne contenir que des textes inédits en français, ne faisant donc pas doublon avec les volumes déjà édités par Ivréa et L’Encyclopédie des nuisances. Le tout est structuré d’une manière chrono-thématique, partant des premiers écrits d’Eric Blair (le nom de naissance d’Orwell) à la charnière des années 1920–1930 pour se terminer par des réflexions autour des travaillistes au pouvoir dans l’après-guerre (lui-même étant proche d’Aneurin Bevan, dont il fait un portrait louangeur) et des totalitarismes, en passant par la guerre d’Espagne, les intellectuels antitotalitaires et les analyses sur le socialisme réalisable. On y retrouve l’esprit libre d’Orwell, toujours tourné vers le pragmatisme, refusant l’enfermement dans une pensée trop étroite (d’où sa critique d’un marxisme dogmatique), mais n’ayant pas de mots trop durs pour le système capitaliste et ses conséquences humainement dramatiques ; l’article « La grande misère de l’ouvrier britannique » est à cet égard exemplaire, avec sa critique de l’image du chômeur oisif, hélas toujours d’actualité (1). Sur l’Espagne, le développement de sa réflexion se fait au fil de la plume : Orwell estime ainsi que la victoire militaire a priorité sur celle de la révolution (il aurait été inadéquat, selon lui, de profiter des journées de mai 1937 à Barcelone pour renverser le gouvernement républicain), tout en diagnostiquant les tendances « fascistes » à l’œuvre du côté des antifranquistes, avec sa prise de conscience du rôle délétère des communistes, ainsi que les ressources surprenantes et illimitées du peuple en tant qu’acteur démocratique radical. Sa position sur la situation de l’Angleterre en temps de guerre dénote une certaine évolution, puisque tout en défendant un soutien critique aux Alliés, il estime nécessaire à la victoire une révolution socialiste, mais un socialisme aux couleurs de l’Union Jack, prenant en compte les caractères nationaux britanniques. En arrière fond de ses analyses, l’influence de la grille de lecture d’un collectivisme quasiment inévitable en tant que nouvelle étape de la marche des sociétés. Autres cibles de ses critiques, l’intelligentsia donneuse de leçons ou le colonialisme. La démocratie apparaît en tout cas toujours, de manière transversale, comme un pivot de la pensée orwellienne, avec sa garantie de la liberté d’expression, et il insiste également sur l’idée selon laquelle le socialisme ne peut garantir le bonheur, mais simplement proposer une société basée sur la fraternité humaine. Des textes généralement d’une grande finesse, sans pour autant qu’on aille jusqu’à faire sienne l’affirmation de la quatrième de couverture (et de la préface) selon laquelle Orwell est « (…) une figure majeure (…) de la pensée politique du XXe siècle, au même titre qu’un Gramsci ou une Hanna Arendt ». (1) D’autres formules sont tout aussi pertinentes aujourd’hui : « (…) beaucoup de gens préfèrent la sécurité à la liberté » (pp.114–115), « Le trait principal de la vie dans une société capitaliste (…) a été d’essayer sans cesse de vendre des biens pour l’achat desquels il n’y a jamais assez d’argent ; et pour cela il a fallu apprendre aux gens ordinaires que des biens tels que les voitures, les réfrigérateurs, les films, les cigarettes, les manteaux de fourrure et les bas de soie étaient plus importants que les enfants » (p.190). Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences.net,
janvier 20010
Ni anar ni tory : socialiste
L’expression « anarchiste tory », ponctuellement utilisée par Orwell, est tentante pour résumer sa pensée politique, mais elle est trompeuse : l’écrivain défend bien un socialisme antistalinien. De 1936 à sa mort, George Orwell s’est déclaré avec constance « socialiste ». En quel sens entendait-il ce mot ? Il était trop égalitariste et révolutionnaire pour être social-démocrate ou travailliste, mais trop démocrate et antitotalitaire pour être communiste ; trop lucide sur la réalité des rapports de force entre les hommes et entre les États pour être libertaire, mais trop confiant dans le refus de l’injustice et la « décence commune » parmi les gens ordinaires pour basculer comme tant d’autres dans le pessimisme conservateur ; trop patriote pour ne pas chercher une voie de passage au socialisme spécifiquement anglaise, mais trop internationaliste pour n’être pas farouchement anticolonialiste et partisan d’États-Unis socialistes d’Europe. En France, ses rares commentateurs ont cru pouvoir caractériser l’originalité de sa position par la conjugaison chez lui de deux traits habituellement tenus pour incompatibles : d’un côté, il s’insurge contre toutes les formes d’oppression et de contrôle des êtres humains, et se fait le défenseur intransigeant de la liberté individuelle contre tous les pouvoirs petits et grands ; de l’autre, il rejette toutes les formes de « progressisme » qui, au nom de la science, de la technique, de l’économie ou de la politique font table rase du passé et chantent des lendemains heureux, et il défend des valeurs souvent associées à une position politique conservatrice : sens de l’effort, patriotisme, natalisme, attachement aux formes de vie proches de la nature contre celles qui sont artificielles et mécanisées, etc. Cette dualité les a conduits à lui accoler une étiquette paradoxale que, selon plusieurs témoignages, il s’est effectivement appliquée à lui-même au début des années 1930 : il aurait été un « anarchiste tory », un anarchiste conservateur. Simon Leys y voit « la meilleure définition de son tempérament politique1 » ; Jean-Claude Michéa en a fait le titre d’un essai et, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une boutade, a largement accrédité la formule2. 1 Simon Leys, Orwell ou l’Horreur de la politique, éd. Hermann, 1984, p. 27. 2 Jean-Claude Michéa, Orwell, anarchiste tory, éd. Climats, 2000. 3 Essais, articles et lettres, éd. Ivréa/L’Encyclopédie des nuisances, 1995–2001, vol. IV, p. 260–263. 4 Le Quai de Wigan, éd. Ivréa, 1982, p. 157–159. 5 Ibid., p. 166. 6 Essais, articles et lettres, op. cit., vol. IV, P. 41. 7 Le Quai de Wigan, op. cit., p. 166. 8 Essais, articles et lettres, op. cit., vol. II, p. 275–288. 9 Essais, articles et lettres, op. cit., vol. IV, p. 262. 10 Paul Anderson, « Postface » à A ma guise, éd. Agone, 2008, p. 465. 11 John Newsinger, La Politique selon Orwell, éd. Agone, 2006. 12 À ma guise, op. cit., p.405–406 et 496–497. 13 Le Quai de Wigan, op. cit., p.203. 14 Essais, articles et lettres, op. cit., vol. IV, p. 219. 15 James Conant,« Orwell et la dictature des intellectuels », Agone n°41–42, « Les intellectuels, la critique et le pouvoir », octobre 2009. Jean-Jacques Rosat
Le magazine littéraire,
décembre 2009
Orwell, Agone et la décence commune
Entretien avec Jean-Jacques Rosat, directeur de collection chez Agone.Lire l’article en ligne Verlad
Webzine Envrak,
décembre 2009
Orwell contre Hitler, fantôme anglais
0n peut enfin lire en français les textes de George Orwell (1903–1950) que sa veuve ne voulut pas publier dans The Collected Essays, Journalism and Letters (1968) de l’écrivain anglais. Pourquoi cette censure ? Sans doute parce que l’ancien policier colonial en Birmanie osa y comparer l’impérialisme britannique au racisme : « Hitler n’est que le spectre de notre propre passé qui s’élève contre nous. » Comment un Anglais pouvait-il aller si loin ? Les pauvres de Londres, Orwell les dépeint en insistant sur leurs bouleversantes contradictions. Celles-ci évoquent celles de l’Empire britannique, où la sujétion des peuples non anglo-protestants se voulait le résultat de la grandeur morale des dominateurs. Michel Lapierre
Le Devoir,
07/11/2009
Orwell politique
Après les chroniques de George Orwell, les Éditions Agone nous offrent une sélection de textes politiques de l’écrivain britannique, rédigés entre 1928 et 1949, tous inédits en français. Les essais sont regroupés en six chapitres thématiques, qui respectent la chronologie. La pensée politique de l’auteur se dévoile, s’affine au fil des années et de l’actualité politique. On voit ainsi « Orwell avant Orwell », dans des textes écrits sous son vrai nom, Eric Blair, traiter de la censure ou de la situation coloniale en Birmanie. Les raisons de sa rupture avec les communistes sont exposées dans le chapitre consacré à la guerre d’Espagne, qui fut un tournant majeur dans la pensée de l’auteur, au même titre que la Seconde Guerre mondiale, qui lui permet d’aborder les thèmes qu’il exploitera dans ses dernières œuvres. Un texte central, La liberté périra-t-elle avec le capitalisme ?, écrit en réponse à un lecteur, résume en quelques pages l’essentiel de la pensée politique d’Orwell : la nécessité historique du progrès vers une économie collectiviste ; l’insuffisance d’admettre la propriété centralisée des moyens de production comme seul but sans l’assortir d’un véritable système démocratique qui ne soit ni la ploutocratie de la démocratie bourgeoise ni l’oligarchie totalitaire ; la critique des antifascistes qui refusent de prendre en compte le rôle de l’idéologie dans le mode d’apparition du nazisme... Le recueil se termine par la mise au point publiée par Orwell peu avant sa mort : « Mon récent roman, 1984, n’a pas été conçu comme une attaque contre le socialisme ou contre le Parti travailliste mais comme une dénonciation des perversions auxquelles une économie centralisée peut être sujette. (...) Je crois également que les idées totalitaires ont partout pris racine dans les esprits des intellectuels, et j’ai essayé de pousser ces idées jusqu’à leurs conséquences logiques. »
Sebastien Banse
Les lettres françaises,
7/11/2009
Une mine d'Orwell à prospecter
Pour l’auteur de 1984, avant guerre, le racisme colonial engliche et le nazisme, c’était du kif. *Rebaptisé par Gérard Lebovici, en 1982, Hommage à la Catalogne. Noël Godin
Siné Hebdo n°61,
4/11/2009
Après La Politique selon Orwell de John Newsinger en 2006 et, en 2008, A ma guise, recueil de chroniques écrites entre 1943 et 1947, les éditions Agone viennent de publier des écrits inédits (lettres, essais, notes de lecture) en français de l’écrivain anglais, pour la plupart d’un grand intérêt. C’est le cas de La Grande Misère de l’ouvrier britannique (1928–1929), plongée édifiante dans le monde des prolétaires, des chômeurs et des vagabonds soumis au contrôle sourcilleux de travailleurs sociaux qui “veillent à ce qu’ils n’oublient pas un seul instant qu’ils ne sont que des parias, vivant aux dépens du public, et qu’ils doivent, par conséquent, en toute circonstance, se montrer humbles et soumis” ; mais aussi de ces réflexions sur l’Empire colonial britannique et son destin. Sur la guerre d’Espagne, ses lettres et analyses nous le montrent en colère : en colère parce que la realpolitik des démocraties européennes a liquidé l’expérience révolutionnaire en cours ; en colère contre l’URSS et la cécité des intellectuels communistes à admettre la trahison du Komintern… mais aussi profondément ému par ces “gens ordinaires”, capables de se prendre en main et de tenter de construire un autre futur : “Etre en Espagne à cette époque était une expérience étrange et touchante parce qu’on avait devant soi le spectacle d’un peuple qui savait ce qu’il voulait, d’un peuple qui faisait face à son destin les yeux grands ouverts.” Notes (1) Carlo Rosselli, Socialisme libéral (traduction et présentation de Serge Audier), Le Bord de l’Eau, 1930 (2009). 527 p. Il va sans dire que le socialisme libéral de Rosselli est aux antipodes du socialisme droitier en cours aujourd’hui… Courant Alternatif n°194,
novembre 2009
Mais venons-en à ce que cette compilation a de plus instructif, c’est-à-dire plusieurs articles de la période 1940–1943. L’Angleterre en guerre craint un débarquement de la Wehrmacht. En quelques semaines, un million d’hommes se portent volontaires pour former une milice populaire, la home guard. Encadrée par des officiers de réserve, elle est entraînée au maniement d’armes légères et se prépare à une possible guerre de guérilla. Ancien milicien antifasciste en Espagne, Orwell appelle alors les militants anticapitalistes de toutes nuances à s’engager dans la home guard. Il estime que le capitalisme britannique, au bord d’un écroulement moral, a pris un grand risque en créant cette force armée, car elle pourrait lui échapper et devenir révolutionnaire. Aussi, dans l’hebdomadaire de gauche Tribune fustige-t-il les militants communistes ou socialistes qui restent « à l’extérieur en disant : c’est du fascisme ». Pour Orwell, leur acuité politique est limitée par des culs-de-bouteille idéologiques : ils peuvent bien « répéter : “des armes pour les travailleurs”, ils sont incapables de mettre un fusil entre les mains des travailleurs ; la home guard le peut et le fait ». Et de résumer sa pensée: « Nous vivons une période étrange de l’histoire où le révolutionnaire doit être un patriote, et le patriote un révolutionnaire. » Après plusieurs mois, le débarquement allemand se faisant de plus en plus improbable, l’évolution de la home guard décevra les espoirs d’Orwell. Au moins avait-il formulé une proposition pratique, cherchant sincèrement à inscrire une politique socialiste révolutionnaire dans les circonstances du moment. Guillaume Davranche
Alternative Libertaire n°189,
novembre 2009
Orwell inédit
Vingt-cinq ans après la date auquel son nom reste attaché, 1984, lire Orwell reste indispensable. L’antitotalitarisme, dont il fut un des plus précoces penseurs, est pourtant devenu idéolo gie dominante rétorquera-t-on, et sert même de triste moyen de chantage à toute une caste d’intellectuels de pouvoir pour justifier leurs reniements. Raison de plus pour relire Orwell qui, exempt de toute complaisance à l’égard de la terreur rouge, n’a jamais pour autant transigé avec un engagement sans faille en faveur des plus faibles. Ces quarante- quatre textes jusqu’ici inaccessibles en français le prouvent à l’envi. La veuve de l’écrivain, Sonia, les avait exclus de l’édition des «Essais, articles et lettres». Trop politisés à son goût. Ils s’avèrent extrêmement précieux pour cerner le socialisme radical auquel rêvait Orwell, aussi critique à l’égard de la démocratie capitaliste qu’hostile aux aberrations du marxisme. Ils permettent de retrouver avec bonheur le style ferme, intègre, gouailleur, si caractéristique d’Orwell journaliste. Que ce dernier raille ici James Burnham, essayiste de chevet des managers à l’époque, ou la fadeur des représentations du «paradis socialiste», il réussit ce miracle de demeurer une menace bien vivante pour les hypocrites et les imbéciles - de droite comme de gauche.
Aude Lancelin
Le Nouvel Observateur,
22/10/2009
Les socialistes vus par Orwell
On connaît le fameux 1984 de George Orwell. Mais c’est bien souvent la seule œuvre connue de l’écrivain britannique. Les éditions Agone publient un recueil d’Écrits politiques d’Orwell – avec le soutien du Conseil général des Bouches-du-Rhône – qui permet de mieux connaître les multiples facettes de cet auteur. Ces textes s’échelonnent de 1928 à 1949, date à laquelle il publiera 1984, un an avant sa mort. Le recueil qui nous est ici proposé nous conduit de la Guerre d’Espagne – Orwell y fut engagé dès 1936 et y sera grièvement blessé – aux conséquences du colonialisme britannique – il est né en 1903 au Bangladesh. Il évoque aussi longuement les expériences travaillistes en Angleterre et, contexte oblige, la mobilisation contre l’hitlérisme. Mais on trouvera aussi dans ce volume des réflexions critiques sur les intellectuels et leur fascination pour le pouvoir ainsi que plusieurs éclairages sur le socialisme, notamment Les socialistes peuvent-ils être heureux ? Avec humour et dans une langue ironique et mordante, Orwell assure que « le véritable objectif du socialisme n’est pas le bonheur ». On perçoit bien ici sa méfiance à l’égard de la recherche d’une société “parfaite” comme celle décrite dans 1984, et son hostilité au totalitarisme. Pour lui, le « véritable objectif du socialisme, c’est la fraternité humaine ».
P. F.
Communes,
octobre 2009
Orwell comme vous ne l'avez jamais lu
Plus besoin de présenter George Orwell, le grand auteur de romans tels que La ferme des animaux ou encore le non-moins fameux 1984. Ces livres ont fait le tour du monde, tant pour leur écriture que pour le fond : le combat permanent et émancipateur contre toute forme de totalitarisme, et ce quel qu’il soit. L’année dernière, la maison d’édition marseillaise Agone nous proposait de nous plonger dans l’œuvre d’un autre Orwell, celle du journaliste engagé, celle du chroniqueur à l’hebdomadaire Tribune. Une véritable bouffée d’oxygène venue d’un autre âge, mais dont beaucoup de confrères contemporains pourraient encore s’inspirer.Cette année, Agone relente le pari, avec un objectif encore plus ambitieux : faire découvrir au grand public les écrits politiques d’Orwell. Car loin de se cloisonner dans une tour d’ivoire, Orwell s’est toujours senti comme un citoyen concerné de la marche du monde. Inlassable, il partit en Espagne rejoindre les troupes républicaines, accumula les billets prônant et analysant le socialisme dans les grands quotidiens anglais et américains, mit en garde ses lecteurs contre l’impérialisme US, critique à foison le colonialisme britannique, etc. Loin des dogmes de son époque, Orwell naviguait souvent en eaux troubles. Incompris par une grande partie de la gauche, décrié par les conservateurs, l’homme n’a jamais rien renié de ses idées et idéaux (malgré ce qu’ont pu dire certains lors de la sortie de1984), les défendant becs et ongles contre ses adversaires. Figure intellectuelle saisissante de son époque en tant que témoin privilégié, Orwell se distingue encore aujourd’hui par sa vision politique, son analyse, mais également par sa vision du socialisme. Tout un programme. À consommer sens aucune modération. Le Patriote,
9-15/10/2009
Un cran à gauche
Les Écrits politiques d’Orwell, confirment l’auteur de La ferme des animaux comme un penseur politique de premier plan. Le recueil publié aux éditions Agone rend accessible en français un certain nombre de textes que sa veuve Sonia, qui n’appréciait pas le positionnement politique de son mari, avait jugé bon d’écarter. Organisé en six parties, ce livre retrace l’engagement passionné de l’auteur de 1928 à 1949. Tout au long de sa vie, Eric Arthur Blair (1903/1950) puisera son inspiration dans les engagements liés à son expérience personnelle. On en trouve les premières traces dans quatre articles publiés entre 1928 et 1929. L’auteur, qui partage les conditions laborieuses des classes populaires londoniennes, y défend la liberté d’expression et une certaine idée de la littérature. Il s’attache aussi à décrire la condition humaine des ouvriers devenus chômeurs sans omettre de mentionner les mensonges d’Etat entretenus par la presse. « Les statistiques officielles se rapportant au chômage sont à dessein réglées de façon à induire en erreur (…) Une légende absurde circule dans la presse conservatrice d’après laquelle le chômage est uniquement dû à la paresse et à la rapacité des travailleurs. » Entre dix-neuf et vingt-quatre ans, Eric Blair s’engage comme policier de la couronne d’Angleterre en Birmanie. Cette expérience de jeunesse fera d’Orwell (pseudonyme qui apparaît en 1933) un des plus virulent adversaire de l’impérialisme britannique. « Le racisme est avant tout une manière de pousser l’exploitation au-delà des limites normalement possibles en prétendant que les exploités ne sont pas des êtres humains (…) Hitler n’est que le spectre de notre passé qui s’élève contre nous. » Expérience traumatique de la guerre d’Espagne Au début de la guerre d’Espagne, Orwell combat six mois dans les milices du POUM*, et échappe de peu aux geôles communistes. Touché à la gorge par une balle franquiste, il retourne en Angleterre. S’en suit une série d’articles sur les mécanismes de la pensée totalitaire et les mesquineries de la politique de puissance. Après la signature du pacte germano-soviétique, Orwell rompt avec la famille d’extrême gauche anglaise. En 1941, il approfondit la conception du socialisme qu’il appelle de ses vœux : « Une alliance entre les ouvriers et les membres des couches moyennes modernes, réunis sous la figure de l’homme ordinaire et partageant les valeurs de la décence commune. » Le socialisme démocratique d’Orwell intègre la revendication de l’autonomie de l’individu au sein du socialisme. Sans exclure le recours à la violence, « si la minorité privilégiée s’accroche à son pouvoir. » L’auteur prend aussi le contre-pied d’une idée répandue à gauche selon laquelle le fascisme ne serait qu’une forme particulièrement agressive de capitalisme. « La démocratie bourgeoise ne suffit pas, mais elle vaut bien mieux que le fascisme. (…) Les gens ordinaires le savent, même si les intellectuels l’ignorent. » Suite aux interprétations erronées qui font suite à la publication de 1984, paru le 8 juin 1949, Orwell fait la lumière sur sa démarche : « Mon roman n’a pas été conçu comme une attaque contre le socialisme mais comme une dénonciation des perversions auxquelles une économie centralisée peut être sujette et qui ont été partiellement réalisées dans le communisme et le fascisme. (…) Je crois que les idées totalitaires ont partout pris racine dans les esprits intellectuels, et j’ai essayé de pousser ces idées jusqu’à leurs conséquences logiques. » *POUM : Parti ouvrier d’unification marxiste créé à Barcelone en septembre 1935. Fusion entre Izquierda Communista d’origine trotskiste et du Bloque Obreto (bloc ouvrier et paysan) Jean-Marie Dinh
L'Hérault du jour,
19/09/2009
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