ISBN : 2910846318
96 pages
12 x 21 cm
8.90 euros
postface de Philippe Bouquet
Façonné par ses années d’errance dans l’Europe continentale des années 20 (en particulier en France à Saint-Leu-la-Forêt), Eyvind Johnson s’applique à forger son caractère à la recherche de son identité d’homme et d’auteur. Le recueil Dolorosa est le reflet littéraire de cette période.
Fils d’ouvriers, élevé par des parents adoptifs, il connait très tôt l’expérience du travail : flotteur de bois, ouvrier dans une scierie et dans une briqueterie, puis machiniste de cinéma ambulant. Le chômage et la misère qu’il connait au lendemain de la guerre le convainquent de s’engager dans le syndicalisme et le militantisme socialiste. Il doit sa formation d’écrivain à la rédaction des procès verbaux de réunions syndicales et à sa soif de lecture. Son œuvre, pour l’essentiel composée de romans et nouvelles, a toujours mêlé la dénonciation des avanies et injustices sociales à une inébranlable confiance dans le renouvellement de l’âme humaine, et témoigne d’un engagement permanent pour les idées libertaires.
On lui doit notamment Le Roman d’Olof (Stock, 1974), Heureux Ulysse (Gallimard, 1950), De roses et de feu (Stock, 1956), Les Nuages sur Métaponte (Esprit Ouvert, 1995), Le Temps de Sa Grâce (Esprit Ouvert, 1995).
Du même auteur chez Agone : Écartez le soleil (2000), Le Nouveau Spartiate (2000).
Un jour, il y a eu une battue au sanglier. Le mâle a été abattu. La femelle est venue fouger dans ses traces de sang, la nuit.
François a dit :
– Abattre les deux ? Ça, jamais ! D’ailleurs, on ne doit pas tuer les animaux. Mais on est bien obligé, voyez-vous, bien obligé. C’est comme à la guerre : il faut qu’il y en ait un qui meure, pour que l’autre vive. On est bien obligé, bien obligé. Mais, en fait, on ne devrait pas tuer. » (extrait de la nouvelle intitulée Dans la forêt)
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« Une idée en 1928 : il faut faire la révolution. Nous devons nous débarrasser de tout le passé et refaire le monde ! Tout ce qui est révolu se dresse alors pour crier avec une énergie juvénile :
– Emmenez-moi ! Ne me laissez pas !
Il n’y a pas de solution.
Mais l’abbé dit :
– L’Église, voyons. La sainte Église catholique !
Je lui promets que, le jour où nous ferons la révolution, nous penserons à l’Église.
– Vous allez nous pendre, nous les prêtres ?
Je ne peux rien lui promettre.
– Certains d’entre vous, les plus laids, dis-je. Et les talbeaux les plus laids, nous les brûlerons.
Il sourit, finit son vin et me dit que je suis un barbare. »
(extrait de la nouvelle intitulée Dolorosa)
