Parution : 28/09/2007
ISBN : 978-2-7489-0057-6 176 pages 14 x 21 cm 15.00 euros |
Howard Zinn
En suivant Emma
Pièce historique sur Emma Goldman, anarchiste & féministe américaine
Préface de l’auteur Théâtre traduit de l’anglais par Julie David « Membres des forces de police, pourquoi êtes-vous là ? Avez-vous entendu dire que nous sommes des adeptes du désordre ? C’est faux ! Qui raconte que nous croyons au chaos et au désordre ? Les capitalistes et les faiseurs de guerre, les promoteurs du chaos économique, les architectes du désordre mondial ! Ces mêmes hommes qui tiennent l’industrie, choisissent les présidents, nomment les juges, possèdent les journaux, dotent les universités. Chaque année, des milliers d’ouvriers meurent dans leurs mines et leurs usines. À chaque génération, les fils des ouvriers sont massacrés dans leurs guerres. Et ils nous accusent d’être violents ! Que les choses soient claires. La violence contre des innocents ? Jamais ! La violence contre l’oppresseur ? Toujours ! »
En suivant la vie d’Emma Goldmann, militante anarchiste américaine juive d’origine russe, cette piece en deux actes revient sur plus d’un demi-siecle d’histoire sociale : grèves ouvrières, utopies collectives, émancipation des femmes, amour libre... Cette résurgence est également pour l’auteur l’occasion d’invoquer ce qui tient pour lui d’un invariant anthropologique : la résistance de l’humanité à l’oppression et son goût immodéré pour la justice. La première mouture de cette pièce fut écrite en 1975 ; elle fut depuis régulièrement mise en scène à Boston, New York, puis à Londres et Tokyo ; et dernièrement encore à Montréal. Howard Zinn (1922–2010) a enseigné l’histoire et les sciences politiques à la Boston University, où il était professeur émérite. Son œuvre (une vingtaine d’ouvrages dont Une histoire populaire des États-Unis) est essentiellement consacrée à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine. |
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SUR LES ONDES
• France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA Histoire populaire des USA (10 décembre 2003, rediffusion janvier 2010) • Radio Grenouille (88.8 FM) – Sans actes de désobéissance civile, Obama ne mènera pas de politique de gauche, série d’entretiens avec Howard Zinn (du 20 au 22 janvier 2009, rediffusion du 4 au 6 février 2010) • France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA Howard Zinn – 1 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008) • France Inter – « Là-bas si j’y suis », dans la série USA Howard Zinn – 2 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008) Howard Zinn : autour d'Emma Goldman, anarchiste américaine
Hommage d’Howard Zinn à une anarchiste que l’Histoire officielle s’est empressée d’écarter de son champ. Sans doute n’était-elle pas digne d’être étudiée, ainsi qu’il en va avec les militants ordinaires que les honneurs n’intéressent pas, ni moins un quelconque accomplissement social. Une vie passionnante cela dit, que celle d’Emma Goldman, native de Kovno (Lituanie russe, 1869), juive, émigrée enfant avec ses parents dans l’Etat de New York, plongée dans le monde du travail à la chaîne dès sa seizième année. Mariée contre son gré par un père tyrannique, la lecture la sauva : à 17 ans Emma fuit sa famille, rallie Chicago, alors place forte de la contestation ouvrière américaine. Elle y vit ses premières luttes, y rode son discours révolutionnaire avant de s’établir à New York, pour y organiser les travailleurs immigrés. La famine sévit, leurs enfants, plus frappés par la misère que n’importe quelle autre catégorie de population, crèvent littéralement de faim. Lors d’un meeting, Emma appelle la foule à piller les magasins. Condamnée à deux ans de prison, sa réputation est faite. Infatigable, elle ne cessera de sillonner l’Amérique de conférences en meetings pour soulever les consciences. Déportée en URSS en 1918 à cause de ses prises de position contre l’entrée en guerre des Etats-Unis, elle s’enfuira d’URSS juste après la répression sanglante des marins de Kronstadt, pour voyager en Europe. On la retrouve en 36, à Barcelone, haranguant une foule immense en pleine Guerre Civile. C’est ainsi toute sa vie dont Howard Zinn a fait une pièce. Une biographie théâtrale en quelque sorte, peut-être trop magnifiée en dialogues idéalisés, nécessairement, par le propos visant à ramasser toute une vie sous la contrainte théâtrale. Il réussit au fond mieux dans les annexes, ses propres notes en particulier, celles qui concernent sa rencontre avec le personnage et son approche d’historien, décryptant le message essentiel d’Emma, selon lequel le changement social ne peut passer par l’accession au gouvernement d’un parti politique de gauche, mais par l’auto-organisation des citoyens agissant directement contre les sources de leur oppression. > Lire la chronique sur le blog Joël Jégouzo
Blog Du texte au texte,
03/05/2011
« Parvenir à la justice sociale en faisant l’économie de la guerre »
Retranscription de l’intervention d’Howard Zinn à la librairie Quilombo le mardi 2 juin 2009.> lire en ligne sur le site de Betapolitique Lémi et JBB
Article 11,
05/06/2009
L'Amérique en son miroir brisé
Entretien avec Howard Zinn, spécialiste des sciences politiques et historien. A 86 ans, ce professeur à la retraite de l’université de Boston ne cesse d’explorer, dans ses écrits, la part la plus sombre de la mémoire de l’Amérique. Fidèle à ses idées de gauche, Howard Zinn a été aussi l’une des figures du mouvement des droits civiques. La littérature américaine contemporaine témoigne du délabrement du système néolibéral, en montrant l’affliction de ses vainqueurs – comme l’a récemment fait Jonathan Franzen dans Les Corrections – et le dénuement de ses vaincus, à l’instar de Russell Banks dans Trailerpark. Pourtant, si cette littérature reflète les défauts et injustices de la société américaine, elle ne s’aventure guère à la remettre en cause dans son ensemble. Un «miroir que l’on promène le long d’un chemin», pour reprendre et étendre la métaphore stendhalienne? Oui, mais un miroir brisé. «Le reflet d’une Amérique fragmentée», telle que la voit le spécialiste des sciences politiques et historien Howard Zinn, 86 ans. Un témoin d’exception. Vous avez écrit la postface d’American Protest Literature, somme dirigée par Zoe Trodd sur l’histoire de la littérature contestataire américaine. Quelles formes adopte aujourd’hui cette littérature ? Curieusement, les écrivains témoignent des injustices aux États-Unis, mais rechignent à remettre en cause le système qui les a causées… Pourquoi ? La littérature américaine semble tout compte fait fragmentée. Jay McInerney écrit sur Manhattan, les écrivains noirs s’intéressent pour la plupart à leur communauté, Martin Espada, que vous citiez, se penche sur le sort fait aux Hispaniques… Le succès de votre Histoire populaire ne montre-t-il pas cependant que de nombreux lecteurs sont prêts à accueillir des idées politiques concernant les États-Unis dans leur ensemble ? Tout comme le succès des fictions de Toni Morrison, qui dépasse largement le cadre communautaire ? Justement. Vous-même avez écrit deux pièces politiques, En suivant Emma et Karl Marx, le retour. Comment réagit le public américain lorsqu’on l’entraîne ainsi dans le champ d’idées longtemps perçues comme anti-américaines ? La littérature américaine s’intéresse beaucoup à la population étudiante, au point que le « campus novel » (roman de campus) est devenu un genre littéraire, dont Moi, Charlotte Simmons, de Tom Wolfe, ou le récent Guerre à Harvard, de Nick McDonell, représentent l’acmé. Ces romans montrent une jeunesse indifférente à tout, sauf à elle-même. Vous qui l’avez côtoyée, partagez-vous cette vision ? Vous avez comparé les effets de l’art sur le gouvernement Bush au travail de l’érosion sur la roche. Avec trois mois de recul, l’élection de Barack Obama peut-elle être interprétée comme une victoire de la communauté artistique ? Propos recueillis par Alexis Brocas
Le magazine littéraire,
janvier 2009
« Les États-Unis reconnaissent enfin qu'ils sont une société multiculturelle »
> lire en ligne l’entretien d’Howard Zinn à propos des élections américaines
Martine Laval
Télérama,
22/10/2008
« Mes chers concitoyens »
> lire en ligne l’article sur le blog de Martine Laval
Martine Laval
Télérama,
22/10/2008
Compte-rendu
Emma Goldmann (1869-1940) est une figure internationale de l’anarchisme et du féminisme, née russe et juive dans une famille désargentée qui émigre à Rochester aux Etats-Unis. Ouvrière en usine dès 13 ans, mariée de force à 16, elle se confronte très tôt aux aliénations de classe et de genre : « Qui a besoin des mots quand il sent la chose dans sa chair ? »
Meurtres de grévistes par la police, pendaisons arbitraires d’anarchistes lors des événements de Haymarket Square en 1886, la poussent à rejoindre New York et sa mouvance radicale. « Je ne serai la servante ni de dieu, ni de l’État, ni d’un mari. » Devenue indépendante, elle goûte avec Alexandre Berkman, un autre libertaire de même origine, aux aléas de la vie communautaire et de l’amour libre. Donner sa vie dans un seul moment d’héroïsme ou la vouer durant cinquante bonnes années durant à la cause... À ce choix qui reste posé, Berkman répond par « le premier acte anarchiste de terreur économique aux Etats-Unis ». Le 22 juillet 1892, il blesse H. F. Frick, un grand patron d’aciéries aux méthodes sauvages de seigneur féodal. Si le mitraillage de ses ouvriers avec femmes et enfants demeure impuni, pour sa tentative maladroite de justice le jeune homme écope de quatorze cruelles années de pénitencier. Emma, solidaire jusqu’à sa libération, s’affirme alors dans des tournées de conférences mouvementées et l’agitation basée sur le principe d’action directe. L’œuvre se termine avant son expulsion vers l’URSS en compagnie de Berkman et de deux cent quarante-huit autres détenus politiques en 1919. Cette pièce a la particularité d’être réécrite après chaque mise en scène. Ainsi le personnage de Ben Reitman, atypique médecin pour vagabonds, pauvres et prostituées, intervient après la découverte de sa correspondance amoureuse avec Emma « l’une des plus crues et des plus torrides qui soient dans les annales des relations épistolaires ». S’ils ne couvrent qu’en partie la riche vie de son héroïne, ces deux actes et vingt-quatre scènes représentent la meilleure des introductions à une connaissance plus approfondie d’une militante qui jugeait le théâtre « utile pour combattre l’ignorance, la peur, les préjugés ». Précédé d’un avant-propos biographique, le texte de la pièce est complété par des annexes historiques tirées de son livre, Une histoire populaire des Etats-Unis, sur des événements tels que le massacre des mineurs de Ludlow, l’incendie meurtrier d’ateliers à New York ou des opposants notoires comme Mother Jones ou le syndicat des IWW. HF
Courant Alternatif n°179,
avril 2008
Compte-rendu
En parallèle à ses ouvrages strictement historiques (l’incontournable Une histoire populaire des Etats-Unis , dont quelques extraits ont d’ailleurs été joints en annexes pour mieux comprendre le contexte) ou de ses témoignages plus politiques ( L’impossible neutralité , chroniqué sur ce site), l’universitaire étatsunien Howard Zinn a également écrit des pièces de théâtre, sur Karl Marx ( Karl Marx, le retour ) et ici sur Emma Goldman, reflétant ainsi les deux influences majeures de sa pensée politique, marxisme et anarchisme. Initialement écrite au milieu des années 70, et montée dans la foulée, En suivant Emma a connu par la suite un certain nombre d’ajouts, pour aboutir à la version publiée par les éditions Agone. Extrêmement fluide et didactique, elle s’articule en deux actes, le premier courant des débuts d’Emma Goldman comme travailleuse à la tentative d’assassinat de l’agent patronal Frick par Alexander Berkman, le second de la condamnation de ce dernier au meeting contre l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, qui conduisit à l’expulsion de Goldman et Berkman. On regrettera donc que Zinn n’ait pas souhaité prolonger la pièce jusqu’à la mort de Goldman, délaissant en particulier l’expérience des deux camarades en Russie soviétique, d’autant que le texte n’est pas d’une longueur démesurée. Toutes les scènes, concises, ne lassent absolument pas le spectateur, et donnent un portrait d’Emma Goldman très fidèle, très humain, exposant les grands axes de son engagement politique et faisant le portrait des personnes qui ont marqué sa vie (outre Berkman, Brent Reitman, Johann Most, Almeda Sperry). Une ouverture ou un complément idéal à l’autobiographie de cette figure de l’anarchisme, rééditée en 2002 par les éditions Complexe, sous le titre « L’Epopée d’une anarchiste. New-York 1886- Moscou 1920 », avec une bibliographie et une postface de Cathy Bernheim et d’Annette Lévy-Willard (voir le compte rendu de Georges Ubbiali dans Dissidences n°14/15, première série, octobre 2003-janvier 2004, p. 115).
Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences,
février 2008
Compte-rendu
Anarchiste, féministe, partisane de l’amour libre, oratrice réputée autant que redoutée, Emma Goldman est l’une des figures les plus attachantes du mouvement libertaire. Plus activiste que théoricienne, elle a marqué de son empreinte l’histoire du mouvement ouvrier américain. Il n’est guère surprenant que l’historien Howard Zinn, auteur d’une monumentale Histoire populaire des États-Unis (Agone, 2002), s’en soit épris au point de lui consacrer une pièce de théâtre.
Nous la découvrons à Rochester où, jeune femme issue de l’immigration juive russe, elle gagne de quoi survivre dans les fabriques de vêtements. Nous sommes au début des tumultueuses années 1880, où le syndicalisme, en plein essor, se heurte à la violence de la répression étatique et patronale. On la retrouve à New York. Sa conscience de classe s’est affermie ; elle a soif d’action ; elle se mêle à un petit groupe d’anarchistes, dont l’austère Alexandre Berkman, Fedya, l’artiste, et Johann Most, orateur puissant et charismatique. Trois hommes qui seront, pour elle, autant d’amants. Après l’emprisonnement de Berkman, coupable de tentative d’assassinat sur un patron, Emma Goldman prend la route, parcourt les États-Unis en tous sens pour y défendre la cause ouvrière, celle de l’anarchisme et du féminisme, mais aussi l’œuvre littéraire d’un Ibsen ou d’un Bernard Shaw. Elle fait souvent salle comble et doit tout aussi souvent quitter les lieux en hâte pour éviter l’arrestation. Ses propos choquent l’Amérique de la libre entreprise tout autant que l’Amérique puritaine. Elle vit une relation tumultueuse avec un personnage atypique et peu apprécié des libertaires. Ben Reitman, médecin de profession, est un insatiable coureur de jupons, un beau parleur qui la bouleverse, l’envoûte et l’irrite à la fois. Car le mérite de cette pièce de théâtre est de nous faire voir une Emma Goldman en chair et en os, en militante révolutionnaire revendicative, en féministe implacable mais aussi en être humain prisonnier de ses désirs. Goldman disait de Reitman qu’il « avait tout de la belle brute » et malgré toute la force de ses convictions, elle a mis de longues années avant de se séparer de cet amant qui parvenait à la rendre jalouse. En mai 1917, Emma Goldman est arrêtée une nouvelle fois. Sa propagande anti-patriotique déplaît au gouvernement. Afin de se débarrasser d’elle, il annule la nationalité de son mari, Jakob Kershner, un homme dont elle s’est séparée à peine sortie de l’adolescence. Emma Goldman n’est plus alors protégée de l’expulsion. Arrêtée, incarcérée, elle est finalement expulsée vers la Russie en 1919 comme tant d’autres immigrés russes, Berkman en tête. Mais ceci est une autre histoire, qu’Howard Zinn ne nous conte pas… Avec cette pièce de théâtre, il nous plonge dans le climat de guerre sociale qui sévissait alors aux États-Unis. Car la violence de la répression y est sans aucune mesure avec celle que l’on a connue dans l’Hexagone. Il livre aussi un beau portrait de femme en forme d’hommage : libre, combattante, joyeuse et volontaire, rétive à toutes les soumissions. Christophe Patillon
Gavroche n°153,
janvier 2008
Compte-rendu
Anarchiste, féministe, partisane de l’amour libre, oratrice réputée autant que redoutée, Emma Goldman est l’une des figures libertaires les plus attachantes. Activiste bouillonante de vie, elle a marqué de son empreinte l’histoire du mouvement ouvrier américain. Il n’est guère surprenant que l’auteur d’une monumentale Histoire populaire des Etats-Unis s’en soit épris au point de lui consacrer une pièce de théâtre, menée tambour battant.Howard Zinn ne nous offre pas seulement le portrait d’une militante, femme libre et volontaire rétive à toutes les soumissions, apportant son soutien aux grévistes, haranguant la foule, défendant d’un même élan l’émancipation des femmes et la cause ouvrière, pourfendant aussi bien l’Amérique de la libre entreprise que l’Amérique puritaine. Il nous fait voir également une “Emma la rouge” en chair et en os, dont la vie sentimentale tumultueuse malmène parfois les convictions féministes. Christophe Patillon
Le Monde diplomatique,
janvier 2008
Emma sur un plateau
Agone édite En suivant Emma, une pièce historique d’Howard Zinn, montée pour la première fois à New York en 1976 et consacrée à la militante anarchiste et féministe Emma Goldman. Cet éditeur a déjà publié deux essais du politologue et historien américain dont l’œuvre, essentiellement fondée sur l’analyse de l’incidence des mouvements populaire sur la société américaine, est passionnante. Fred Robert
Zibeline n°4,
janvier 2008
Compte-rendu
Belle initiative que cette traduction d’une courte pièce en deux actes accompagnée d’un solide avant-propos et d’annexes sur des faits historiques relatés dans l’ouvrage ; cela permet de ressentir aisément l’atmosphère de l’époque et de (re)découvrir une protagoniste de premier plan. En suivant les pérégrinations d’Emma nous rencontrons des actrices et des acteurs du mouvement révolutionnaire étasunien, new-yorkais en particulier. Les questions du féminisme, de l’amour libre, de la famille, de l’antimilitarisme, de la violence… et de l’exploitation capitaliste en général sont posées de façon vivante par les protagonistes. La force de leur engagement pour une vie libre sans hiérarchie est assez impressionnante.
Offensive n°16,
décembre 2007
Compte-rendu
Emma est tout sourire. Elle a de l’aplomb et apostrophe ses compagnons : « Devons-nous abandonner la musique et l’odeur des lilas pour être des révolutionnaires ? » Cette Emma-là est une gamine de rien qui, très tôt, comprend tout de l’injustice - la domination du père (qui voulut la marier à 15 ans) comme la tyrannie du patron (elle fut ouvrière dans un atelier de couture). Cette Emma-là, c’est la Goldman, l’anarchiste, la féministe, une actrice (star !) de la rébellion, curieusement oubliée des manuels d’histoire américains - on lira, à ce sujet, la préface très fine qu’Howard Zinn, l’auteur, a donné à son livre...
Emma Goldman, née en 1869, en Lituanie, immigre, adolescente, aux Etats-Unis, s’installe à New York. Elle milite sans répit contre l’oppression, connaît la censure, la prison, se fait expulser, retourne en Russie. Elle parcourt l’Europe, donne des conférences, soutient les républicains espagnols, s’acharne encore et toujours, et meurt le 14 mai 1940 au Canada. Howard Zinn lui rend aujourd’hui hommage en faisant d’elle l’héroïne de ce texte écrit pour le théâtre. En historien qu’il est, il aurait pu lui consacrer un ouvrage fort et détaillé. Il a choisi la fiction, et de ce fait la rend vivante, gaie, râleuse, touchante. Zinn, avec humour et didactisme, raconte une partie de la vie d’Emma Goldman et, bien sûr, tout un pan de l’histoire des Etats-Unis. Emma la fougue incarne le romantisme révolutionnaire. Elle prône l’amour libre, harangue les foules avec naturel, réconforte les uns, convainc les autres de ne jamais baisser la tête. Sous la plume d’Howard Zinn, la belle libertaire est avant tout une sensuelle, une passionnée de la vie. Qui refuserait de la suivre ? Sûrement pas Howard Zinn qui, sans jamais l’avoir rencontrée, en est peut-être tombé amoureux... Martine Laval
Télérama,
14/11/2007
Compte-rendu
Historien américain, Howard Zinn a écrit, en 1975, En suivant Emma, une pièce de théâtre consacrée à la militante anarcha-féministe Emma Goldman. Les éditions Agone viennent de publier le texte. Emma Goldman (1869–1940) est entrée dans la vie d’Howard Zinn au début des années 1960. D’abord frappé de n’avoir jamais, du lycée à la licence, entendu prononcer son nom, il fut ensuite fasciné par cet incroyable personnage de l’histoire américaine. Après avoir longtemps milité contre la guerre du Vietnam, Howard Zinn s’attela en 1975 à un vieux projet qui le hantait : l’écriture d’une pièce de théâtre sur la « magnifique » Emma Goldman. Montée par son fils Jeff en 1976, elle fut jouée à Manhattan par le Theater for the New City. Souvent réécrite, peaufinée, la pièce fut jouée à Boston pendant huit mois devant vingt mille spectateurs. Emma fut également présentée à Londres et à Tokyo. Cinq autres titres d’Howard Zinn sont disponibles aux éditions Agone : Une histoire populaire des États-Unis (2002), Le XXe siècle américain (2003), Karl Marx, le retour (théâtre, 2002), Nous, le peuple des États-Unis (essais, 2004) ; L’Impossible neutralité (autobiographie, 2006). Lire l’article sur Le Mague Paco
Le Mague,
11/10/2007
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