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Lyberagone
Karl Marx, le retour
Parution : 11/10/2002
ISBN : 2-910846-80-6
96 pages
9 x 18 cm
9.00 euros
Howard Zinn
Karl Marx, le retour
Pièce historique en un acte
Préface de l’auteur. Traduit de l’anglais par Thierry Discepolo

> une nouvelle éditions de Karl Marx, le retour paraîtra en août 2010

Karl Marx obtient de l’administration céleste l’autorisation de revenir sur terre pendant une heure pour « laver son nom ». Sur le ton de la farce, ce retour est prétexte à l’évocation de sa vie personnelle, militante et savante. Il s’inscrit dans une conjoncture intellectuelle et idéologique des plus défavorables, celle de l’amalgame entre échec de la critique marxiste du capitalisme et effondrement de l’Union soviétique. Un amalgame bien utile au nouvel ordre néolibéral pour invalider toute croyance en la possibilité d’une organisation sociale qui se fonde sur le bonheur du plus grand nombre plutôt que sur la liberté individuelle de faire des profits et de s’accomplir dans la seule consommation.
Sur un territoire où la parole la mieux autorisée et la plus bavarde semble celle d’anciens staliniens, maoïstes ou trotskistes, il nous a paru particulièrement urgent de donner à lire l’attachement de Howard Zinn, lecteur libertaire de Marx, à une cause révolutionnaire qu’il cultive comme un point d’orgueil, une fidélité de fierté et une réaction à l’air du temps.

« J’ai écrit cette pièce à une période où l’effondrement de l’Union soviétique générait une liesse presque universelle : non seulement l’“ennemi” était mort, mais les idées du marxisme étaient discréditées (…). Je voulais montrer Marx furieux que ses conceptions eussent été déformées jusqu’à s’identifier aux cruautés staliniennes. Je pensais nécessaire de sauver Marx non seulement de ces pseudo-communistes qui avaient installé l’empire de la répression, mais aussi de ces écrivains et politiciens de l’Ouest qui s’extasiaient désormais sur le triomphe du capitalisme. Je souhaite que cette pièce n’éclaire pas seulement Marx et son temps, mais également notre époque et la place que nous y tenons. »

Howard Zinn (1922–2010) a enseigné l’histoire et les sciences politiques à la Boston University, où il était professeur émérite. Son œuvre (une vingtaine d’ouvrages dont Une histoire populaire des États-Unis) est essentiellement consacrée à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine.

> Tous les livres d’Howard Zinn aux éditions Agone

Ils prétendent que, du fait de l’effondrement de l’Union soviétique, le communisme est mort. (Il secoue la tête.) Ces imbéciles savent-ils seulement ce qu’est le communisme ? Pensent-ils qu’un système mené par une brute qui assassine ses compagnons de révolution est communiste ? Scheissköpfe!…
Et ce sont des journalistes et des politiciens qui racontent ce genre de salades ! Qu’est-ce qu’ils ont bien pu faire comme études ? Ont-ils jamais lu le Manifeste qu’Engels et moi avons écrit quand il avait vingt-huit ans et moi trente ?
(Il prend un livre sur la table et lit.) « En lieu et place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses classes et ses antagonismes de classe, nous devons avoir une association dans laquelle le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »
Vous entendez ça ? Une association ! Comprennent-ils le but du communisme ? La liberté individuelle ! Que chacun puisse devenir un être humain plein de compassion. Pensez-vous que quelqu’un qui se prétend communiste ou socialiste mais se comporte comme un gangster comprenne quoi que ce soit au communisme ?
Abattre tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous, est-ce possible que ce soit ça le communisme pour lequel j’ai donné ma vie ? Ce monstre qui s’est accaparé tout le pouvoir en Russie – et qui a tout fait pour interpréter mes idées comme un fanatique religieux -, est-ce qu’il a permis à ses vieux camarades qu’il collait au peloton d’exécution, de lire la lettre dans laquelle je disais que la peine de mort ne pouvait être justifiée dans aucune société se disant civilisée ? (En colère.) Le socialisme n’est pas censé reproduire les erreurs du capitalisme !
Ici, en Amérique, vos prisons sont surpeuplées. Qui les remplit ? Les pauvres. Certains ont commis des crimes violents, de terribles crimes. La plupart sont des cambrioleurs, des voleurs, des bandits, des revendeurs de drogue. Ils croient tous à la libre entreprise ! Ils font ce que font les capitalistes, mais à une plus petite échelle…
(Il prend un autre livre.) Savez-vous ce qu’Engels et moi avons écrit sur les prisons ? « Plutôt que de punir les individus pour leurs crimes, on devrait éliminer les conditions sociales qui engendrent le crime, et fournir à chaque individu tout ce dont il a besoin pour développer sa propre vie. »
D’accord, nous avons parlé de « dictature du prolétariat ». Mais ni de dictature du parti, ni de dictature du comité central, encore moins de dictature d’un seul homme. Non, nous avons parlé d’une dictature provisoire de la classe ouvrière. Le peuple prendrait la tête de l’État et gouvernerait dans l’intérêt de tous – jusqu’à ce que l’État lui-même devienne inutile et disparaisse progressivement.
Revue de presse
- Consulter SUR LES ONDES
- Consulter Sur la pièce: « Karl Marx de retour ! » Nedjma Van Egmond Le Point, 03/05/10
- Consulter Sur la pièce : « Le mois de Marx » Gilles Costaz Politis n°1100, 29/04/10
- Consulter « Parvenir à la justice sociale en faisant l’économie de la guerre » Lémi et JBB Article XI, 05/06/2009
- Consulter « L'Amérique en son miroir brisé » Propos recueillis par Alexis Brocas Le magazine littéraire, janvier 2009
- Consulter « Les Etats-Unis reconnaissent enfin qu'ils sont une société multiculturelle » Martine Laval Télérama, 22/10/2008
- Consulter « Mes chers concitoyens » Martine Laval Télérama, 22/10/2008
- Consulter Marx, envoyé de Dieu Martine Laval Télérama, 26/06/2004
- Consulter « Cette courte pièce de théâtre… » Emmanuel Yanne Lettre Rouge (de la LCR 33), [Date inconnue]
SUR LES ONDES
France Inter – « L’humeur vagabonde », Christian Fregnet vient parler de son adaptation de Karl Marx, le retour (jeudi 29 avril 2010)
France Inter – « Là-bas si j’y suis », Hommage à Howard Zinn (10 décembre 2003, rediffusion janvier 2010)
Radio Grenouille (88.8 FM)Sans actes de désobéissance civile, Obama ne mènera pas de politique de gauche (du 20 au 22 janvier 2009, rediffusion du 4 au 6 février 2010)
France Inter – « Là-bas si j’y suis », Howard Zinn – 1 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008)
France Inter – « Là-bas si j’y suis », Howard Zinn – 2 (14 septembre 2004, rediffusion mars 2008)
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Sur la pièce: « Karl Marx de retour ! »
Quoi, Karl Marx, là, devant nous ? C’est le retour du Messie… « Le Christ ne pouvait pas, alors c’est Marx qui est revenu. » Voilà donc le théoricien, barbe touffue, costume gris, flanqué de deux ailes dans le dos, renvoyé sur Terre. Il atterrit par erreur, plutôt que dans le Soho londonien, dans le Soho new-yorkais, chez l’ennemi séculaire ! Sur un tapis de journaux des quatre coins du monde, bien vivant, le bonhomme devise. Il fredonne l’Internationale en sirotant une bière, se livre à une leçon de philosophie et d’économie politique, analyse le contexte actuel, crise monétaire internationale et bonus aux traders, et nous affirme que Marx n’est pas marxiste. Puis, il offre des souvenirs plus intimes, évoquant tour à tour la famille, l’épouse et la fillette chérie, révolutionnaire à 8 ans, les proches, Engels son sauveur, Bakounine et leurs engueulades mémorables, la galère, les virées répétées au mont-de-piété, l’exil, les doutes. « J’avais tort en 1848 quand je pensais que le capitalisme était sur le déclin. J’avais 200 ans d’avance. Désormais, je sais, tout peut arriver à condition de se bouger le cul. » Dont acte. Le vieux bougon, fougueux et vif, s’emporte, s’émeut, vient titiller le monde comme il va : mal. Émile Salvador campe l’auteur du Capital et sert admirablement l’Américain Howard Zinn, déjà auteur d’ Histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours , disparu voilà quelques mois. Son texte est drôle et tendre, un peu fou aussi. Mais on se prend, à son écoute, à rêver, comme autrefois son héros, de lendemains qui chantent…
Nedjma Van Egmond
Le Point, 03/05/10
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Sur la pièce : « Le mois de Marx »
Howard Zinn ressuscite l’auteur du Capital, qui se penche sur notre époque.
L’idée est un peu facile mais sympathique : l’auteur américain Howard Zinn imagine, dans Karl Marx, le retour, que l’auteur du Capital ressuscite et donne son point de vue sur l’histoire de ces dernières décennies. Il n’approuve en rien les régimes communistes qui, en son nom, ont instauré un système dictatorial et meurtrier. Mais il continue à dénoncer le capitalisme et à espérer que les terriens vont relire ses textes et mettre en place une société égalitaire et généreuse. Il parle des petites et des grandes choses, ce revenant barbu. De sa vie personnelle de mari et de père de famille. De la misère qu’il a connue. Des débats enflammés que lui et Engels ont menés face à leurs adversaires politiques. De la Commune de Paris qui fut, pour lui, le seul moment où le socialisme cessa d’être une utopie, et des Versaillais qui ont mis fin dans le sang à cette révolution authentique…
Qu’un Américain s’amuse à faire parler Marx est plaisant. Zinn, qui fut autant historien des mouvements sociaux qu’auteur de théâtre, est mort au début de cette année. Il a trouvé en Christian Frégnet un metteur en scène convaincu que ce monologue valait bien un peu de malice autour d’une malle comme seul décor pour l’odyssée d’un fantôme. Émile Salvador, chenu, en frac fatigué, est un Marx attachant, plus candide qu’empreint de gravité, plus joyeux que ténébreux. Par les temps qui courent, c’est d’une naïveté réconfortante.
Gilles Costaz
Politis n°1100, 29/04/10
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« Parvenir à la justice sociale en faisant l’économie de la guerre »
Retranscription de l’intervention d’Howard Zinn à la librairie Quilombo le mardi 2 juin 2009.
> lire en ligne sur le site Article XI
Lémi et JBB
Article XI, 05/06/2009
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« L'Amérique en son miroir brisé »

Entretien avec Howard Zinn, spécialiste des sciences politiques et historien. A 86 ans, ce professeur à la retraite de l’université de Boston ne cesse d’explorer, dans ses écrits, la part la plus sombre de la mémoire de l’Amérique. Fidèle à ses idées de gauche, Howard Zinn a été aussi l’une des figures du mouvement des droits civiques.

La littérature américaine contemporaine témoigne du délabrement du système néolibéral, en montrant l’affliction de ses vainqueurs – comme l’a récemment fait Jonathan Franzen dans Les Corrections – et le dénuement de ses vaincus, à l’instar de Russell Banks dans Trailerpark. Pourtant, si cette littérature reflète les défauts et injustices de la société américaine, elle ne s’aventure guère à la remettre en cause dans son ensemble. Un «miroir que l’on promène le long d’un chemin», pour reprendre et étendre la métaphore stendhalienne? Oui, mais un miroir brisé. «Le reflet d’une Amérique fragmentée», telle que la voit le spécialiste des sciences politiques et historien Howard Zinn, 86 ans. Un témoin d’exception.

Vous avez écrit la postface d’American Protest Literature, somme dirigée par Zoe Trodd sur l’histoire de la littérature contestataire américaine. Quelles formes adopte aujourd’hui cette littérature ?
Absolument toutes : essai, fiction, prose, poésie, théâtre, chanson. Quelle que soit la forme, elle doit renseigner les lecteurs sur un sujet qu’ils ne connaissent que vaguement, une information qui pourra les conduire à s’indigner, à agir. Elle recrée une réalité que le lecteur a identifiée, mais pas encore absorbée. Elle est souvent ironique, satirique, dans la tradition américaine des romans de Kurt Vonnegut ou de Joseph Heller. Elle reflète la part insatisfaite par l’Amérique actuelle, ses inégalités, ses atteintes aux citoyens et son jingoïsme1.

Curieusement, les écrivains témoignent des injustices aux États-Unis, mais rechignent à remettre en cause le système qui les a causées… Pourquoi ?
Parce que la plupart des auteurs américains sont des libéraux, non des radicaux! Norman Mailer l’avait d’ailleurs bien compris. Lorsque le magazine Playboy l’avait appelé «libéral», il leur avait écrit : «S’il vous plaît, traitez-moi d’anarchiste, de bolchevik, d’intouchable même, de conservateur de gauche si vous voulez, mais ne m’appelez plus jamais libéral!» Aujourd’hui, les romanciers socialistes comme Upton Sinclair se font extrêmement rares… En revanche, on trouve de nombreux artistes dotés d’une très forte conscience sociale. Des écrivains, tels Alice Walker, Marge Piercy, Martin Espada et Daniel Berrigan. Mais aussi des acteurs, comme Danny Glover, Viggo Mortensen ou Sean Penn…

La littérature américaine semble tout compte fait fragmentée. Jay McInerney écrit sur Manhattan, les écrivains noirs s’intéressent pour la plupart à leur communauté, Martin Espada, que vous citiez, se penche sur le sort fait aux Hispaniques…
C’est vrai, les États-Unis demeurent un pays fragmenté, et la littérature le reflète… Cependant, il existe des points, dans l’histoire, où les fragments qui les composaient, et leurs littératures avec eux, se sont unis dans une lutte commune. Je pense au mouvement contre l’esclavage, au mouvement socialiste du début du XXe siècle, à la guerre du Vietnam. Mais il ne s’agit jamais que de coalitions temporaires. Une fois la cause gagnée, les gens retournent à leurs préoccupations communautaires.

Le succès de votre Histoire populaire ne montre-t-il pas cependant que de nombreux lecteurs sont prêts à accueillir des idées politiques concernant les États-Unis dans leur ensemble ? Tout comme le succès des fictions de Toni Morrison, qui dépasse largement le cadre communautaire ?
Une histoire populaire s’est vendu à deux millions d’exemplaires. Ni mon éditeur ni moi ne nous attendions à de tels chiffres. Cela nous a rendus très optimistes. Cela prouve effectivement que de très nombreux Américains recherchent un point de vue différent sur leur histoire, et nourrissent donc déjà une vision critique du militarisme et du caractère inégalitaire des États-Unis. Quant au succès de Toni Morrison ou d’Alice Walker, il s’explique d’abord par leur talent à s’emparer de l’histoire par la fiction ou la poésie, à lui insuffler de la vie, de la passion, et une dimension qui transcende les enjeux temporels. Elles confèrent ainsi à leurs points de vue une force beaucoup plus grande que ne pourrait le faire un simple essai.

Justement. Vous-même avez écrit deux pièces politiques, En suivant Emma et Karl Marx, le retour. Comment réagit le public américain lorsqu’on l’entraîne ainsi dans le champ d’idées longtemps perçues comme anti-américaines ?
Bien. Emma se joue toujours, à Boston et ailleurs, et Marx in Soho a connu des centaines de représentations dans tout le pays, devant de vastes publics estudiantins. Curieusement, ces spectateurs, qui ne sont pas des radicaux, acceptent et embrassent même ces idées radicales le temps de la pièce. D’ailleurs, le théâtre contestataire n’a pas disparu avec les années 1970. Beaucoup de dramaturges, aujourd’hui, choisissent une perspective politique. Guantanamo, l’administration Bush, le système judiciaire américain, sont quelques-unes de leurs cibles. Mais leurs pièces sont condamnées à être représentées dans les petites salles. Jamais vous ne les verrez à Broadway ni dans le réseau des grands théâtres.

La littérature américaine s’intéresse beaucoup à la population étudiante, au point que le « campus novel » (roman de campus) est devenu un genre littéraire, dont Moi, Charlotte Simmons, de Tom Wolfe, ou le récent Guerre à Harvard, de Nick McDonell, représentent l’acmé. Ces romans montrent une jeunesse indifférente à tout, sauf à elle-même. Vous qui l’avez côtoyée, partagez-vous cette vision ?
Non, parce qu’il n’existe pas de vérité sur la population étudiante. Vous trouverez toujours des gens qui seront d’abord centrés sur eux-mêmes, et d’autres qui chercheront à s’impliquer. Ce qui change, c’est la proportion des uns et des autres. Celle-ci évolue en fonction des événements. La plupart des étudiants, il me semble, sont des activistes potentiels, et quand la situation le demande, ils saisissent l’occasion, comme pendant le mouvement des droits civiques dans le Sud… On ne peut figer les étudiants dans une description, tant leur réalité d’un jour apparaît volatile.

Vous avez comparé les effets de l’art sur le gouvernement Bush au travail de l’érosion sur la roche. Avec trois mois de recul, l’élection de Barack Obama peut-elle être interprétée comme une victoire de la communauté artistique ?
L’érosion est une bonne métaphore. Et oui, l’élection de Barack Obama est aussi la conséquence de ce travail de contestation mené par les écrivains durant l’ère Bush. Il s’agit d’un pas en avant, mais peut-être d’un trop petit pas, eu égard à la crise à laquelle nous sommes confrontés. À moins que les soutiens littéraires d’Obama ne l’obligent à quitter sa position centriste et à se montrer plus audacieux en matière de politique intérieure ou étrangère… Cependant, il reste à voir si la déception que ressentent déjà ses électeurs, écrivains compris, se transformera en cynisme, ou débouchera sur des protestations.

———

1 Synonyme de chauvinisme patriotique, ce terme apparaît en 1878, au moment d’une grave crise en Orient, et désigne alors les bellicistes.

Propos recueillis par Alexis Brocas
Le magazine littéraire, janvier 2009
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« Les Etats-Unis reconnaissent enfin qu'ils sont une société multiculturelle »
> lire en ligne l’entretien d’Howard Zinn à propos des élections américaines
Martine Laval
Télérama, 22/10/2008
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« Mes chers concitoyens »
> à lire en ligne sur le blog de Martine Laval
Martine Laval
Télérama, 22/10/2008
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Marx, envoyé de Dieu
« Ok, ok, tu peux y aller, mais pas d’agitation ! » Monsieur Karl Marx, né en 1818, décédé en 1883, a enfin obtenu une autorisation spéciale du paradis : revenir sur Terre – une heure, pas plus – afin de donner une ultime leçon de philosophie. Mais l’administration – un peu bordélique, un peu paresseuse, même aux cieux – cafouille, et Marx atterrit non pas dans le Soho londonien, où il avait trouvé refuge, mais dans le Soho new-yorkais. Damned ! Aux States, le pays du libéralisme le plus forcené, son ennemi de toujours ! Karl, fin orateur, ne se démonte pas. Avec bonhomie, il salue son auditoire, « vous vous demandez sans doute comment je suis arrivé jusqu’ici – il sourit avec malice –, les transports en commun ! » et se met tout de go à l’apostropher : « J’ai lu vos journaux. Ils proclament tous que mes idées sont mortes ! Mais il n’y a là rien de nouveau. Ces clowns le répètent depuis plus d’un siècle. […] J’ai vu les luxueuses publicités dans vos magazines et sur vos écrans (il soupire). Oui, tous ces écrans avec toutes ces images. Vous voyez tant de choses et vous en savez si peu. Personne ne lit-il l’Histoire ? Quel genre de merde enseigne-t-on dans les écoles par les temps qui courent ? »
Karl Marx, le retour est une farce. Truculente. Truffée de bons mots et de bonnes idées – irréductibles, liberté, égalité, fraternité. Un joyeux monologue où le père du Capital devient personnage de fiction. Il se raconte sans s’essouffler. Et tout y passe, sa famille, l’exil, la dèche, l’amitié, ses engueulades avec ce pique–assiette de Bakounine, la Commune de Paris, la folie de croire aux lendemains qui chantent : « J’avais tort en 1848, quand je pensais que le capitalisme était sur le déclin. Mon calcul était un peu en avance. Peut-être de deux cents ans (il sourit). »
Ce texte joué dans plusieurs théâtres aux États-Unis – on rêve de le voir en France – n’est évidemment pas qu’une fantaisie. Son auteur, l’historien Howard Zinn, s’en explique dans une préface émouvante : « Je voulais montrer un Marx furieux que ses conceptions aient été déformées jusqu’à être identifiées aux cruautés staliniennes […]. Montrer que la critique marxiste du capitalisme reste fondamentalement vraie. » Mission accomplie. Zinn a écrit ce texte en 1999, et les quelques vérités qu’il énonce résonnent étrangement aujourd’hui : « La guerre pour soutenir l’industrie, pour rendre les gens tellement fous de patriotisme qu’ils en oublient leur misère. Des fanatiques religieux pour promettre aux masses que Jésus va revenir. Je connais Jésus. Il n’est pas prêt de revenir… » Avec un vrai talent de dialoguiste, l’historien donne chair à son personnage, ce bon vieux Karl, quelque peu malmené par une épouse vache mais charmante : « Engels et toi, disait–elle, vous écrivez sur l’égalité des sexes, mais vous ne la pratiquez guère. » Vlan ! Humour et politique font ici bon ménage. Et même déménagent : Karl Marx, le retour, ou l’antidote à la résignation.
Martine Laval
Télérama, 26/06/2004
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« Cette courte pièce de théâtre… »
Cette courte pièce de théâtre qui prend la forme d’un monologue de Karl Marx, est des plus réjouissantes. Écrite par un professeur d’université américain qui a ainsi voulu montrer que « la critique marxiste du capitalisme reste fondamentalement vraie », ce livre met en scène le célèbre révolutionnaire qu’un cafouillage bureaucratique renvoie de nos jours dans le quartier Soho… de New York.
Ce retour devient prétexte à une présentation de la vie personnelle, intellectuelle et militante de Marx. Le tableau qu’il nous fait de ses conditions de vie londonienne est des plus difficiles : dans le plus extrême dénuement et grâce à l’aide de ses amis dont Engels, il poursuit son travail d’étude du capitalisme, passant quelques moments de bonheur en compagnie de sa famille dont il nous brosse un portrait plein d’humanité et de chaleur. Les premiers engagements de sa fille Eleanor ainsi que les polémiques familiales sont d’ailleurs des plus drôles.
Ses débats avec d’autres sont aussi évoqués comme avec Proudhon qui « ne comprenait pas que l’on devait remercier le capitalisme pour avoir développé des industries géantes, dont il nous fallait aujourd’hui prendre le contrôle » ou Bakhounine dont Marx dit que « si un écrivain inventait un tel personnage, on dirait que ce n’est pas réaliste ».
Marx ne peut passer sous silence l’expérience des pays de l’Est ainsi que leurs chutes en parlant des révolutions qui portent au pouvoir des dogmatiques qui « organiseront un nouveau clergé, une nouvelle hiérarchie, avec des excommunications et des mises à l’index, des inquisitions et des pelotons d’exécution ».
Mais ses critiques les plus vives sont adressées au capitalisme dont il mesure l’évolution de son époque jusqu’à aujourd’hui, un système qui « creuse sa propre tombe » et dont « l’insatiable appétit de profit -encore ! encore ! encore !- engendre un monde chaos ». Mais « tout cela n’est pas inéluctable. Il y a toujours un choix possible (…) : l’utilisation des richesses incroyables de la terre par les êtres humains », ce qu’il appelle le socialisme.
Au fil des pages, c’est l’humanité, les colères, l’entrain et la truculence d’un Marx bien vivant que l’auteur nous invite à partager. De quoi introduire de nouveaux lecteurs à l’œuvre incontournable et plus que jamais essentielle du révolutionnaire, et aux autres de passer un bon moment en compagnie d’un homme de caractère, bon vivant, fin polémiste et définitivement révolté.
Emmanuel Yanne
Lettre Rouge (de la LCR 33), [Date inconnue]
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