ISBN : 9782748900705
184 pages
14 x 22,65 cm
22.00 euros
Introduction des éditeurs – Préface d’André Breton
Traduction de l’allemand revue et augmentée par Pierre Gallissaires
Le Concile d’amour, tragédie céleste écrite en 1894, a valu un an de prison à son auteur qui, par la suite, mourut en hôpital psychiatrique. D’une drôlerie parfois très acide, cette pièce est un chef-d’œuvre de la littérature satirique : elle dénonce le pouvoir de l’Église, souligne l’absurdité de ses dogmes, dénie la faute originelle. Son écriture débridée, quelque peu iconoclaste, laisse place spontanément à des intermèdes chorégraphiques et musicaux, mais aussi à des citations de textes classiques et contemporains.
Cette réédition est basée sur l’édition allemande de 1897, plus complète avec le Ve acte suivi de son dossier de censure auxquels s’ajoutent une nouvelle traduction et une biochronologie détaillée, véritable document de référence sur Panizza.
Sont également présents dans cette édition l’autobiographie (romancée) de Panizza et la préface d’André Breton.
Oskar Panizza (1853–1921) est d’abord élevé dans la religion catholique puis, à la mort de son père (1855), sa mère huguenote obtient une dispense du roi de Bavière Maximilien III pour enseigner à ses enfants le culte protestant. La religion et l’autorité politique de l’époque ont une grande place dans son éducation, sa vie.
D’abord introverti, Panizza suit des premières études médiocres et brèves marquées par sa résistance à l’autorité parentale, et surtout religieuse (se déclarera athée). Devenu médecin (1880), il s’intéresse de près à la littérature et au théâtre, nourri par ses voyages et l’apprentissage des langues anglaise, française et italienne.
Panizza commence à publier de la poésie (Leipzig, 1885). Associé au Groupe des Modernes, il signe critiques et articles puis fonde sa propre maison d’édition (1897). La censure, la prison (1895), l’exil et les crises font échos aux plaintes haineuses, catholique et protestante et nourrissent sa paranoïa. Accusé d’outrage aux mœurs, toute activité au sein des avant-gardes littéraires lui est empêchée. Différents mandats d’arrêt l’obligent à l’exil (notamment en Suisse et à Paris—au 13 rue des Abbesses, à Montmartre).
Il choisit finalement en 1903 de ne plus s’exprimer. Les dernières notes de son journal intime datent du 22 juin. Tout se dégrade. A nouveau contraint de revenir en Allemagne il sera interné à Bayreuth de 1905 à 1921. Mis sous tutelle, il perd finalement le contrôle de sa fortune et sur son œuvre.
Panizza meurt d’une crise d’apoplexie. Il est enterré dans une tombe anonyme au cimetière de Bayreuth. Il laissa plus de 4 000 pages inédites.
Poèmes, récits, chansons, nouvelles, théâtre, contes fantastiques, son oeuvre est importante, et reste peu connue (il est souvent absent des dictionnaires et autres encyclopédies). La résistance à la folie, la religion, la censure par l’écriture et la médecine caractérisent sa vie.
Bibliographie sélective de titres disponibles
Un scandale au couvent (La Différence, Collection Minos, 2002)
Le Crapaud jaune et autres récits (Ludd, 1996)
Histoire de lune (Circé, 1990)
Psychopathia Criminalis (Ludd, 1986)
| Consulter | SUR LES ONDES | ||
| Consulter | Compte-rendu | Xavier Monthéard | Le Monde diplomatique, mars 2009 |
| Consulter | Compte-rendu | Nadine Agostini | Cahiers critiques de poésie, 2009 |
• Radio Campus Lille (106,6 FM) – émission littéraire « Paludes », lecture d’un extrait – à écouter ici (28 novembre 2008)
• Radio Campus Lille (106,6 FM) – émission littéraire « Paludes », critique – à écouter ici (21 novembre 2008)
Panizza, en démystificateur social, ourdit un enchaînement de scènes hilarantes où les autorités apparaissent, c’est un euphémisme, à leur très grand désavantage. Plutôt qu’aux chatteries gâteuses de la Sainte Famille ou à la luxure fatiguée des aristocrates, notre adhésion va ainsi, inexorablement, au personnage du Diable. Celui-ci, esclave du Créateur mais possesseur de lui-même, figure le négatif sans cesse renaissant que nulle dialectique ne résout, le prolétaire « heureux dans celte fosse, dans ce tunnel précieux, dans ce souffle épicé de la Terre, dans ce fumet du monde qui te fortifie et te trempe, fait jaillir tes pensées, t’oblige au travail… ». Déstabilisant, Le Concile d’amour n’est pas pour rien contemporain du premier Freud et de L’Antéchrist. Comme Nietzsche, Panizza basculera dans la folie ; la réédition de son chef-d’œuvre – intéressante typographiquement, par ailleurs – comble un vide de l’histoire littéraire.
