Parution : 14/11/2008
ISBN : 978-2-7489-0070-5 184 pages 14 x 22,65 cm 22.00 euros |
Oskar Panizza
Le Concile d’amour
Une tragédie céleste en cinq actes
Coédition Cent pages
Introduction des éditeurs – Préface d’André Breton Traduction de l’allemand revue et augmentée par Pierre Gallissaires Vers la fin du XVe siècle, Dieu prend connaissance par ses messagers du Ciel qu’à la cour des Borgia, la morale chrétienne est bafouée par un pape débauché, Alexandre VI, le “vicaire du Christ”, qui orchestre d’incroyables orgies. Dieu tient alors un concile où le diable est convoqué. Sa tâche : punir les hommes par où ils ont péché ! Ainsi en l’année 1495, le diable dépêche sur terre une malicieuse créature qui apporte aux hommes une maladie honteuse et divine… Cette réédition est basée sur l’édition allemande de 1897, plus complète avec le Ve acte suivi de son dossier de censure auxquels s’ajoutent une nouvelle traduction et une biochronologie détaillée, véritable document de référence sur Panizza. Biographie sommaire Oskar Panizza (1853–1921) est d’abord élevé dans la religion catholique puis, à la mort de son père (1855), sa mère huguenote obtient une dispense du roi de Bavière Maximilien III pour enseigner à ses enfants le culte protestant. La religion et l’autorité politique de l’époque ont une grande place dans son éducation, sa vie. Bibliographie sélective de titres disponibles Un scandale au couvent (La Différence, Collection Minos, 2002) « Seigneur, j’arrive d’Italie. De Naples. J’ai d’horribles choses à te rapporter. Les marécages du péché envoient jusqu’au ciel leurs effluves empestés ! Tous les liens de la décence sont relâchés ! On se gausse des Saints Commandements que Tu as toi-même donnés sur le Sinaï. La ville assiégée par le roi des Français, s’adonne aux plus effroyables abominations. Les femmes, le sein nu courent, impudentes et lubriques, dans les rues ; les hommes brûlent d’une ardeur de bouc. Le vice répond au vice. La mer reflue jusque dans les ruelles et le soleil déjà s’est obscurci, mais nul ne prête attention aux signes, qu’ils soient terrestres ou célestes ! Plus de distance entre les classes ! Le roi fréquente les lupanars, tandis que le faquin pénètre dans le palais pour aller trouver les vénales concubines ! Les chiens et les coqs, certes, connaissent l’époque du rut, mais les Napolitains, eux, sont des animaux tout au long de l’année ! La ville tout entière est une immense chaudière où bouillonnent les passions. Si l’Italie est de tous les peuples d’Europe celui que l’amour rend le plus fou, Naples est à l’Italie ce que l’Italie est à l’Europe ! Le siège de la ville a porté la frénésie sexuelle au paroxysme de la démence. Point d’égards pour la vieillesse, point de pitié pour la jeunesse ! On promène par les rues, en cortège de fête, des membres virils d’une taille colossale, telles des divinités ; les jeunes filles les entourent de leurs rondes et les adorent comme des idoles toutes-puissantes. Et dans Ton Église, j’ai vu le prêtre devant l’autel, avec une créature vénale ! »
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SUR LES ONDES
• Radio Libertaire (89,4 Mhz) – émission « Chroniques rebelles », lecture radiophonique avec Odila Caminos (la vierge Marie) et Nicolas Mourer (Satan) en présence de l’éditeur (14 février 2009) • Radio Campus Lille (106,6 FM) – émission littéraire « Paludes », lecture d’un extrait – à écouter ici (28 novembre 2008) • Radio Campus Lille (106,6 FM) – émission littéraire « Paludes », critique – à écouter ici (21 novembre 2008) Compte-rendu
« L’action se passe au printemps de 1495, première date, attestée par l’histoire, de l’apparition de la syphilis. » Quatre siècles plus tard, la pièce d’Oskar Panizza qui use de cette maladie comme d’un argument blasphématoire vaudra à son auteur un séjour de douze mois dans une prison bavaroise. Il faut dire que rarement méchanceté, puissance satirique et intelligence des puits d’ombre que la Raison s’efforce en vain de dissimuler se sont si dangereusement alliées.Panizza, en démystificateur social, ourdit un enchaînement de scènes hilarantes où les autorités apparaissent, c’est un euphémisme, à leur très grand désavantage. Plutôt qu’aux chatteries gâteuses de la Sainte Famille ou à la luxure fatiguée des aristocrates, notre adhésion va ainsi, inexorablement, au personnage du Diable. Celui-ci, esclave du Créateur mais possesseur de lui-même, figure le négatif sans cesse renaissant que nulle dialectique ne résout, le prolétaire « heureux dans celte fosse, dans ce tunnel précieux, dans ce souffle épicé de la Terre, dans ce fumet du monde qui te fortifie et te trempe, fait jaillir tes pensées, t’oblige au travail… ». Déstabilisant, Le Concile d’amour n’est pas pour rien contemporain du premier Freud et de L’Antéchrist. Comme Nietzsche, Panizza basculera dans la folie ; la réédition de son chef-d’œuvre – intéressante typographiquement, par ailleurs – comble un vide de l’histoire littéraire. Xavier Monthéard
Le Monde diplomatique,
mars 2009
Compte-rendu
Cette tragédie en cinq actes, écrite par un Bavarois dément fin XIXe siècle, est un des textes qui m’a donné le plus à penser. Non seulement l’histoire (le Pape organise des orgies ; Dieu tient un concile dans lequel il charge le Diable de punir l’Humanité ; ce dernier lui adresse une créature sublime qui lui apportera la syphilis, châtiment divin), la manière dont elle est écrite (« Sous la forme d’un mystère médiéval, mais avec des couleurs modernes » écrira l’auteur), le sort réservé à son auteur, ont longtemps été sources de questionnement. Quel est le prix à payer lorsqu’on se permet de se moquer de Dieu, de l’Église et des grands de ce monde ? Jusqu’où peut aller celui qui écrit ? Quelles limites s’imposer ? Quelles sanctions pour avoir transgressé les interdits ? Pourquoi l’Humanité continue-t-elle à considérer les nouveaux fléaux comme résultant des colères divines ? Questions qui restent d’actualité.
Nadine Agostini
Cahiers critiques de poésie,
2009
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