Parution : 24/04/2012
ISBN : 978-2-7489-0168-9 336 pages 14 x 21 cm 22.00 euros |
Frank Norris
Les Rapaces
Roman traduit de l’anglais par Françoise Fontaine. Préface des éditeurs.
À la fin du XIXe siècle, un ancien chercheur d’or s’établit à San Francisco comme dentiste puis épouse une jolie fille : l’ambition sociale et la passion de l’or causeront leur perte.
Influencé par Zola et le darwinisme social, Norris signe ici une épopée romantique de l’innocence perdue. À l’heure de l’Amérique triomphante, où villes et chemins de fers ont colonisé les territoires vierges, rien n’apparaît impossible à l’homme. Au même moment, le pays subit sa première grande crise économique et sociale. Réaliste et fataliste, moraliste et politique, Les Rapaces donne une vision dantesque de la civilisation capitaliste, où la cupidité se saisit même des plus pauvres et des innocents pour les conduire à la mort. Écrivain et journaliste, Frank Norris (1870–1902) publie Les Rapaces en 1899. Pièce majeure du réalisme américain naissant, ce roman deviendra un classique du cinéma muet, réalisé par Erich von Stroheim en 1924. Autre livre de Frank Norris en français :
Extraits Dans Polk Street, on l’appelait « Docteur » et l’on vantait la force colossale de ce jeune géant blond d’un mètre quatre-vingt-dix, aux gestes lents et puissants. Ces mains énormes, rouges, velues, dures comme des maillets étaient fortes comme des étaux : des mains de jeune mineur. Il lui arrivait souvent de se passer de davier et d’arracher une dent récalcitrante entre le pouce et l’index. Il avait le visage carré, anguleux, et une mâchoire saillante de carnivore. *** Entre sept et huit, la rue déjeunait. De temps en temps, on voyait surgir d’une des gargotes un garçon portant d’une main un plateau recouvert d’une serviette. Il flottait dans l’air une odeur de café et de bifteck. Un peu plus tard, dans le sillage des ouvriers, venaient les employés de bureau et les vendeuses, vêtus avec une certaine recherche bon marché ; toujours pressés, ils jetaient en passant un coup d’œil à l’horloge du dépôt. Une heure plus tard, c’étaient les patrons, vieux messieurs à favoris, bedonnants, qui lisaient gravement le journal dans le tramway, et les caissiers de banque et les courtiers d’assurances, une fleur à la boutonnière. En même temps, les écoliers envahissaient la rue. Ils emplissaient l’air de leurs clameurs aiguës, s’arrêtaient à la papeterie ou s’attardaient un instant à une devanture de confiserie. Pendant plus d’une demi-heure, ils occupaient les trottoirs, puis disparaissaient brusquement, ne laissant derrière eux que deux ou trois retardataires qui, affolés, se hâtaient à toute vitesse de leurs petites jambes grêles. Vers onze heures, les dames de la grande avenue parallèle à Polk street faisaient leur apparition. Lentement, posément, elles déambulaient de boutique en boutique. Elles étaient belles, élégantes. Elles connaissaient leur boucher, leur épicier, leur fruitier par leur nom. *** Trina se laissait de plus en plus absorber par ses devoirs ménagers, car c’était une remarquable maîtresse de maison, qui faisait régner un ordre impeccable dans le petit appartement et réglait les dépenses avec un esprit d’économie frisant parfois l’avarice. Elle avait la passion de l’épargne. Au fond de sa malle, dans la chambre, elle cachait un petit coffret de cuivre qui lui tenait lieu de tirelire. Chaque fois qu’elle ajoutait vingt-cinq ou cinquante cents à sa petite réserve, elle riait et chantait de joie comme un enfant ; mais que la note du boucher ou du laitier augmentât, et sa journée en était tout assombrie. Elle ne mettait pas cet argent de côté dans une intention précise ; c’était l’instinct qu’elle thésaurisait, sans savoir pourquoi. […] Trina avait toujours été économe, mais c’était le gros lot qui l’avait rendue ladre. La crainte de se laisser griser et de devenir prodigue l’avait fait tomber dans l’excès contraire. Jamais, non, jamais il ne faudrait dépenser un sou de cette fortune miraculeuse ; bien au contraire il faudrait l’accroître. C’était un magot gigantesque mais qu’on pourrait encore arrondir. |
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Maude Mihami
Librairie Comme un roman (Paris 3e),
02/05/2012
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