Agone
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À paraître
Lyberagone
En suivant Emma
Parution : 28/09/2007
ISBN : 978-2-7489-0057-6
176 pages
14 x 21 cm
15.00 euros
Howard Zinn
En suivant Emma
Pièce historique sur Emma Goldman, anarchiste & féministe américaine
Préface de l’auteur
Théâtre traduit de l’anglais par Julie David
« Membres des forces de police, pourquoi êtes-vous là ? Avez-vous entendu dire que nous sommes des adeptes du désordre ? C’est faux ! Qui raconte que nous croyons au chaos et au désordre ? Les capitalistes et les faiseurs de guerre, les promoteurs du chaos économique, les architectes du désordre mondial ! Ces mêmes hommes qui tiennent l’industrie, choisissent les présidents, nomment les juges, possèdent les journaux, dotent les universités. Chaque année, des milliers d’ouvriers meurent dans leurs mines et leurs usines. À chaque génération, les fils des ouvriers sont massacrés dans leurs guerres. Et ils nous accusent d’être violents ! Que les choses soient claires. La violence contre des innocents ? Jamais ! La violence contre l’oppresseur ? Toujours ! »

En suivant la vie d’Emma Goldmann, militante anarchiste américaine juive d’origine russe, cette piece en deux actes revient sur plus d’un demi-siecle d’histoire sociale : grèves ouvrières, utopies collectives, émancipation des femmes, amour libre... Cette résurgence est également pour l’auteur l’occasion d’invoquer ce qui tient pour lui d’un invariant anthropologique : la résistance de l’humanité à l’oppression et son goût immodéré pour la justice.
La première mouture de cette pièce fut écrite en 1975 ; elle fut depuis régulièrement mise en scène à Boston, New York, puis à Londres et Tokyo ; et dernièrement encore à Montréal.
Howard Zinn a enseigné l’histoire et les sciences politiques à la Boston University, où il est aujourd’hui professeur émérite. Son œuvre (une vingtaine d’ouvrages) est essentiellement consacrée à l’incidence des mouvements populaires sur la société américaine.
En français, cinq titres sont publiés (tous aux éditions Agone) : Une histoire populaire des États-Unis (2002, Prix des Amis du Monde diplomatique 2003), Le XXe siècle américain (2003), Karl Marx, le retour (théâtre, 2002), Nous, le peuple des États-Unis (essais, 2004) ; L’Impossible neutralité (autobiographie, 2006).
Revue de presse
- Consulter « Parvenir à la justice sociale en faisant l’économie de la guerre » Lémi et JBB Betapolitique, 05/06/2009
- Consulter Howard Zinn : « L'Amérique en son miroir brisé » Alexis Brocas Le Magazine littéraire, Février 2009
- Consulter « L'Amérique en son miroir brisé » Propos recueillis par Alexis Brocas Le magazine littéraire, janvier 2009
- Consulter « Les Etats-Unis reconnaissent enfin qu'ils sont une société multiculturelle » Martine Laval Télérama, 22/10/2008
- Consulter Mes chers concitoyens Martine Laval Télérama, 22/10/2008
- Consulter HF Courant Alternatif n°179, avril 2008
- Consulter Jean-Guillaume Lanuque Dissidences, février 2008
- Consulter Christophe Patillon Gavroche n°153, janvier 2008
- Consulter Christophe Patillon Le Monde diplomatique, janvier 2008
- Consulter Emma sur un plateau Fred Robert Zibeline n°4, janvier 2008
- Consulter Offensive n°16, décembre 2007
- Consulter Martine Laval Télérama, 14/11/2007
- Consulter Paco Le Mague, 11/10/2007
« Parvenir à la justice sociale en faisant l’économie de la guerre »
Retranscription de l’intervention d’Howard Zinn à la librairie Quilombo le mardi 2 juin 2009.
> lire en ligne sur le site de Betapolitique
Lémi et JBB
Betapolitique, 05/06/2009
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Howard Zinn : « L'Amérique en son miroir brisé »

Entretien avec Howard Zinn, spécialiste des sciences politiques et historien. A 86 ans, ce professeur à la retraite de l’université de Boston ne cesse d’explorer, dans ses écrits, la part la plus sombre de la mémoire de l’Amérique. Fidèle à ses idées de gauche, Howard Zinn a été aussi l’une des figures du mouvement des droits civiques.

La littérature américaine contemporaine témoigne du délabrement du système néolibéral, en montrant l’affliction de ses vainqueurs – comme l’a récemment fait Jonathan Franzen dans Les Corrections – et le dénuement de ses vaincus, à l’instar de Russell Banks dans Trailerpark. Pourtant, si cette littérature reflète les défauts et injustices de la société américaine, elle ne s’aventure guère à la remettre en cause dans son ensemble. Un «miroir que l’on promène le long d’un chemin», pour reprendre et étendre la métaphore stendhalienne? Oui, mais un miroir brisé. «Le reflet d’une Amérique fragmentée», telle que la voit le spécialiste des sciences politiques et historien Howard Zinn, 86 ans. Un témoin d’exception.

Vous avez écrit la postface d’American Protest Literature, somme dirigée par Zoe Trodd sur l’histoire de la littérature contestataire américaine. Quelles formes adopte aujourd’hui cette littérature ?
Absolument toutes : essai, fiction, prose, poésie, théâtre, chanson. Quelle que soit la forme, elle doit renseigner les lecteurs sur un sujet qu’ils ne connaissent que vaguement, une information qui pourra les conduire à s’indigner, à agir. Elle recrée une réalité que le lecteur a identifiée, mais pas encore absorbée. Elle est souvent ironique, satirique, dans la tradition américaine des romans de Kurt Vonnegut ou de Joseph Heller. Elle reflète la part insatisfaite par l’Amérique actuelle, ses inégalités, ses atteintes aux citoyens et son jingoïsme1.

Curieusement, les écrivains témoignent des injustices aux États-Unis, mais rechignent à remettre en cause le système qui les a causées… Pourquoi ?
Parce que la plupart des auteurs américains sont des libéraux, non des radicaux ! Norman Mailer l’avait d’ailleurs bien compris. Lorsque le magazine Playboy l’avait appelé «libéral», il leur avait écrit : «S’il vous plaît, traitez-moi d’anarchiste, de bolchevik, d’intouchable même, de conservateur de gauche si vous voulez, mais ne m’appelez plus jamais libéral!» Aujourd’hui, les romanciers socialistes comme Upton Sinclair se font extrêmement rares… En revanche, on trouve de nombreux artistes dotés d’une très forte conscience sociale. Des écrivains, tels Alice Walker, Marge Piercy, Martin Espada et Daniel Berrigan. Mais aussi des acteurs, comme Danny Glover, Viggo Mortensen ou Sean Penn…

La littérature américaine semble tout compte fait fragmentée. Jay McInerney écrit sur Manhattan, les écrivains noirs s’intéressent pour la plupart à leur communauté, Martin Espada, que vous citiez, se penche sur le sort fait aux Hispaniques…
C’est vrai, les États-Unis demeurent un pays fragmenté, et la littérature le reflète… Cependant, il existe des points, dans l’histoire, où les fragments qui les composaient, et leurs littératures avec eux, se sont unis dans une lutte commune. Je pense au mouvement contre l’esclavage, au mouvement socialiste du début du XXe siècle, à la guerre du Vietnam. Mais il ne s’agit jamais que de coalitions temporaires. Une fois la cause gagnée, les gens retournent à leurs préoccupations communautaires.

Le succès de votre Histoire populaire ne montre-t-il pas cependant que de nombreux lecteurs sont prêts à accueillir des idées politiques concernant les États-Unis dans leur ensemble ? Tout comme le succès des fictions de Toni Morrison, qui dépasse largement le cadre communautaire ?
Une histoire populaire s’est vendu à deux millions d’exemplaires. Ni mon éditeur ni moi ne nous attendions à de tels chiffres. Cela nous a rendus très optimistes. Cela prouve effectivement que de très nombreux Américains recherchent un point de vue différent sur leur histoire, et nourrissent donc déjà une vision critique du militarisme et du caractère inégalitaire des États-Unis. Quant au succès de Toni Morrison ou d’Alice Walker, il s’explique d’abord par leur talent à s’emparer de l’histoire par la fiction ou la poésie, à lui insuffler de la vie, de la passion, et une dimension qui transcende les enjeux temporels. Elles confèrent ainsi à leurs points de vue une force beaucoup plus grande que ne pourrait le faire un simple essai.

Justement. Vous-même avez écrit deux pièces politiques, En suivant Emma et Karl Marx, le retour. Comment réagit le public américain lorsqu’on l’entraîne ainsi dans le champ d’idées longtemps perçues comme anti-américaines ?
Bien. Emma se joue toujours, à Boston et ailleurs, et Marx in Soho a connu des centaines de représentations dans tout le pays, devant de vastes publics estudiantins. Curieusement, ces spectateurs, qui ne sont pas des radicaux, acceptent et embrassent même ces idées radicales le temps de la pièce. D’ailleurs, le théâtre contestataire n’a pas disparu avec les années 1970. Beaucoup de dramaturges, aujourd’hui, choisissent une perspective politique. Guantanamo, l’administration Bush, le système judiciaire américain, sont quelques-unes de leurs cibles. Mais leurs pièces sont condamnées à être représentées dans les petites salles. Jamais vous ne les verrez à Broadway ni dans le réseau des grands théâtres.

La littérature américaine s’intéresse beaucoup à la population étudiante, au point que le « campus novel » (roman de campus) est devenu un genre littéraire, dont Moi, Charlotte Simmons, de Tom Wolfe, ou le récent Guerre à Harvard, de Nick McDonell, représentent l’acmé. Ces romans montrent une jeunesse indifférente à tout, sauf à elle-même. Vous qui l’avez côtoyée, partagez-vous cette vision ?
Non, parce qu’il n’existe pas de vérité sur la population étudiante. Vous trouverez toujours des gens qui seront d’abord centrés sur eux-mêmes, et d’autres qui chercheront à s’impliquer. Ce qui change, c’est la proportion des uns et des autres. Celle-ci évolue en fonction des événements. La plupart des étudiants, il me semble, sont des activistes potentiels, et quand la situation le demande, ils saisissent l’occasion, comme pendant le mouvement des droits civiques dans le Sud… On ne peut figer les étudiants dans une description, tant leur réalité d’un jour apparaît volatile.

Vous avez comparé les effets de l’art sur le gouvernement Bush au travail de l’érosion sur la roche. Avec trois mois de recul, l’élection de Barack Obama peut-elle être interprétée comme une victoire de la communauté artistique ?
L’érosion est une bonne métaphore. Et oui, l’élection de Barack Obama est aussi la conséquence de ce travail de contestation mené par les écrivains durant l’ère Bush. Il s’agit d’un pas en avant, mais peut-être d’un trop petit pas, eu égard à la crise à laquelle nous sommes confrontés. À moins que les soutiens littéraires d’Obama ne l’obligent à quitter sa position centriste et à se montrer plus audacieux en matière de politique intérieure ou étrangère… Cependant, il reste à voir si la déception que ressentent déjà ses électeurs, écrivains compris, se transformera en cynisme, ou débouchera sur des protestations.

————————-

1 Jingoïsme : terme anglais synonyme de chauvinisme patriotique. Il apparaît en 1878, au moment d’une grave crise en Orient, et désigne alors les partisans d’une guerre.

Alexis Brocas
Le Magazine littéraire, Février 2009
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« L'Amérique en son miroir brisé »

Entretien avec Howard Zinn, spécialiste des sciences politiques et historien. A 86 ans, ce professeur à la retraite de l’université de Boston ne cesse d’explorer, dans ses écrits, la part la plus sombre de la mémoire de l’Amérique. Fidèle à ses idées de gauche, Howard Zinn a été aussi l’une des figures du mouvement des droits civiques.

La littérature américaine contemporaine témoigne du délabrement du système néolibéral, en montrant l’affliction de ses vainqueurs – comme l’a récemment fait Jonathan Franzen dans Les Corrections – et le dénuement de ses vaincus, à l’instar de Russell Banks dans Trailerpark. Pourtant, si cette littérature reflète les défauts et injustices de la société américaine, elle ne s’aventure guère à la remettre en cause dans son ensemble. Un «miroir que l’on promène le long d’un chemin», pour reprendre et étendre la métaphore stendhalienne? Oui, mais un miroir brisé. «Le reflet d’une Amérique fragmentée», telle que la voit le spécialiste des sciences politiques et historien Howard Zinn, 86 ans. Un témoin d’exception.

Vous avez écrit la postface d’American Protest Literature, somme dirigée par Zoe Trodd sur l’histoire de la littérature contestataire américaine. Quelles formes adopte aujourd’hui cette littérature ?
Absolument toutes : essai, fiction, prose, poésie, théâtre, chanson. Quelle que soit la forme, elle doit renseigner les lecteurs sur un sujet qu’ils ne connaissent que vaguement, une information qui pourra les conduire à s’indigner, à agir. Elle recrée une réalité que le lecteur a identifiée, mais pas encore absorbée. Elle est souvent ironique, satirique, dans la tradition américaine des romans de Kurt Vonnegut ou de Joseph Heller. Elle reflète la part insatisfaite par l’Amérique actuelle, ses inégalités, ses atteintes aux citoyens et son jingoïsme (1).

Curieusement, les écrivains témoignent des injustices aux États-Unis, mais rechignent à remettre en cause le système qui les a causées… Pourquoi ?
Parce que la plupart des auteurs américains sont des libéraux, non des radicaux! Norman Mailer l’avait d’ailleurs bien compris. Lorsque le magazine Playboy l’avait appelé «libéral», il leur avait écrit : «S’il vous plaît, traitez-moi d’anarchiste, de bolchevik, d’intouchable même, de conservateur de gauche si vous voulez, mais ne m’appelez plus jamais libéral!» Aujourd’hui, les romanciers socialistes comme Upton Sinclair se font extrêmement rares… En revanche, on trouve de nombreux artistes dotés d’une très forte conscience sociale. Des écrivains, tels Alice Walker, Marge Piercy, Martin Espada et Daniel Berrigan. Mais aussi des acteurs, comme Danny Glover, Viggo Mortensen ou Sean Penn…

La littérature américaine semble tout compte fait fragmentée. Jay McInerney écrit sur Manhattan, les écrivains noirs s’intéressent pour la plupart à leur communauté, Martin Espada, que vous citiez, se penche sur le sort fait aux Hispaniques…
C’est vrai, les États-Unis demeurent un pays fragmenté, et la littérature le reflète… Cependant, il existe des points, dans l’histoire, où les fragments qui les composaient, et leurs littératures avec eux, se sont unis dans une lutte commune. Je pense au mouvement contre l’esclavage, au mouvement socialiste du début du XXe siècle, à la guerre du Vietnam. Mais il ne s’agit jamais que de coalitions temporaires. Une fois la cause gagnée, les gens retournent à leurs préoccupations communautaires.

Le succès de votre Histoire populaire ne montre-t-il pas cependant que de nombreux lecteurs sont prêts à accueillir des idées politiques concernant les États-Unis dans leur ensemble ? Tout comme le succès des fictions de Toni Morrison, qui dépasse largement le cadre communautaire ?
Une histoire populaire s’est vendu à deux millions d’exemplaires. Ni mon éditeur ni moi ne nous attendions à de tels chiffres. Cela nous a rendus très optimistes. Cela prouve effectivement que de très nombreux Américains recherchent un point de vue différent sur leur histoire, et nourrissent donc déjà une vision critique du militarisme et du caractère inégalitaire des États-Unis. Quant au succès de Toni Morrison ou d’Alice Walker, il s’explique d’abord par leur talent à s’emparer de l’histoire par la fiction ou la poésie, à lui insuffler de la vie, de la passion, et une dimension qui transcende les enjeux temporels. Elles confèrent ainsi à leurs points de vue une force beaucoup plus grande que ne pourrait le faire un simple essai.

Justement. Vous-même avez écrit deux pièces politiques, En suivant Emma et Karl Marx, le retour. Comment réagit le public américain lorsqu’on l’entraîne ainsi dans le champ d’idées longtemps perçues comme anti-américaines ?
Bien. Emma se joue toujours, à Boston et ailleurs, et Marx in Soho a connu des centaines de représentations dans tout le pays, devant de vastes publics estudiantins. Curieusement, ces spectateurs, qui ne sont pas des radicaux, acceptent et embrassent même ces idées radicales le temps de la pièce. D’ailleurs, le théâtre contestataire n’a pas disparu avec les années 1970. Beaucoup de dramaturges, aujourd’hui, choisissent une perspective politique. Guantanamo, l’administration Bush, le système judiciaire américain, sont quelques-unes de leurs cibles. Mais leurs pièces sont condamnées à être représentées dans les petites salles. Jamais vous ne les verrez à Broadway ni dans le réseau des grands théâtres.

La littérature américaine s’intéresse beaucoup à la population étudiante, au point que le « campus novel » (roman de campus) est devenu un genre littéraire, dont Moi, Charlotte Simmons, de Tom Wolfe, ou le récent Guerre à Harvard, de Nick McDonell, représentent l’acmé. Ces romans montrent une jeunesse indifférente à tout, sauf à elle-même. Vous qui l’avez côtoyée, partagez-vous cette vision ?
Non, parce qu’il n’existe pas de vérité sur la population étudiante. Vous trouverez toujours des gens qui seront d’abord centrés sur eux-mêmes, et d’autres qui chercheront à s’impliquer. Ce qui change, c’est la proportion des uns et des autres. Celle-ci évolue en fonction des événements. La plupart des étudiants, il me semble, sont des activistes potentiels, et quand la situation le demande, ils saisissent l’occasion, comme pendant le mouvement des droits civiques dans le Sud… On ne peut figer les étudiants dans une description, tant leur réalité d’un jour apparaît volatile.

Vous avez comparé les effets de l’art sur le gouvernement Bush au travail de l’érosion sur la roche. Avec trois mois de recul, l’élection de Barack Obama peut-elle être interprétée comme une victoire de la communauté artistique ?
L’érosion est une bonne métaphore. Et oui, l’élection de Barack Obama est aussi la conséquence de ce travail de contestation mené par les écrivains durant l’ère Bush. Il s’agit d’un pas en avant, mais peut-être d’un trop petit pas, eu égard à la crise à laquelle nous sommes confrontés. À moins que les soutiens littéraires d’Obama ne l’obligent à quitter sa position centriste et à se montrer plus audacieux en matière de politique intérieure ou étrangère… Cependant, il reste à voir si la déception que ressentent déjà ses électeurs, écrivains compris, se transformera en cynisme, ou débouchera sur des protestations.

Propos recueillis par Alexis Brocas
Le magazine littéraire, janvier 2009
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« Les Etats-Unis reconnaissent enfin qu'ils sont une société multiculturelle »
> lire en ligne le grand entretien d’Howard Zinn à propos des élections américaines
Martine Laval
Télérama, 22/10/2008
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Mes chers concitoyens
> à lire en ligne sur le blog de Martine Laval
Martine Laval
Télérama, 22/10/2008
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Emma Goldmann (1869-1940) est une figure internationale de l’anarchisme et du féminisme, née russe et juive dans une famille désargentée qui émigre à Rochester aux Etats-Unis. Ouvrière en usine dès 13 ans, mariée de force à 16, elle se confronte très tôt aux aliénations de classe et de genre : « Qui a besoin des mots quand il sent la chose dans sa chair ? »
Meurtres de grévistes par la police, pendaisons arbitraires d’anarchistes lors des événements de Haymarket Square en 1886, la poussent à rejoindre New York et sa mouvance radicale. « Je ne serai la servante ni de dieu, ni de l’État, ni d’un mari. » Devenue indépendante, elle goûte avec Alexandre Berkman, un autre libertaire de même origine, aux aléas de la vie communautaire et de l’amour libre.
Donner sa vie dans un seul moment d’héroïsme ou la vouer durant cinquante bonnes années durant à la cause...
À ce choix qui reste posé, Berkman répond par « le premier acte anarchiste de terreur économique aux Etats-Unis ». Le 22 juillet 1892, il blesse H. F. Frick, un grand patron d’aciéries aux méthodes sauvages de seigneur féodal. Si le mitraillage de ses ouvriers avec femmes et enfants demeure impuni, pour sa tentative maladroite de justice le jeune homme écope de quatorze cruelles années de pénitencier. Emma, solidaire jusqu’à sa libération, s’affirme alors dans des tournées de conférences mouvementées et l’agitation basée sur le principe d’action directe. L’œuvre se termine avant son expulsion vers l’URSS en compagnie de Berkman et de deux cent quarante-huit autres détenus politiques en 1919.
Cette pièce a la particularité d’être réécrite après chaque mise en scène. Ainsi le personnage de Ben Reitman, atypique médecin pour vagabonds, pauvres et prostituées, intervient après la découverte de sa correspondance amoureuse avec Emma « l’une des plus crues et des plus torrides qui soient dans les annales des relations épistolaires ». S’ils ne couvrent qu’en partie la riche vie de son héroïne, ces deux actes et vingt-quatre scènes représentent la meilleure des introductions à une connaissance plus approfondie d’une militante qui jugeait le théâtre « utile pour combattre l’ignorance, la peur, les préjugés ».
Précédé d’un avant-propos biographique, le texte de la pièce est complété par des annexes historiques tirées de son livre, Une histoire populaire des Etats-Unis, sur des événements tels que le massacre des mineurs de Ludlow, l’incendie meurtrier d’ateliers à New York ou des opposants notoires comme Mother Jones ou le syndicat des IWW.

HF
Courant Alternatif n°179, avril 2008
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En parallèle à ses ouvrages strictement historiques (l’incontournable Une histoire populaire des Etats-Unis , dont quelques extraits ont d’ailleurs été joints en annexes pour mieux comprendre le contexte) ou de ses témoignages plus politiques ( L’impossible neutralité , chroniqué sur ce site), l’universitaire étatsunien Howard Zinn a également écrit des pièces de théâtre, sur Karl Marx ( Karl Marx, le retour ) et ici sur Emma Goldman, reflétant ainsi les deux influences majeures de sa pensée politique, marxisme et anarchisme. Initialement écrite au milieu des années 70, et montée dans la foulée, En suivant Emma a connu par la suite un certain nombre d’ajouts, pour aboutir à la version publiée par les éditions Agone. Extrêmement fluide et didactique, elle s’articule en deux actes, le premier courant des débuts d’Emma Goldman comme travailleuse à la tentative d’assassinat de l’agent patronal Frick par Alexander Berkman, le second de la condamnation de ce dernier au meeting contre l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1917, qui conduisit à l’expulsion de Goldman et Berkman. On regrettera donc que Zinn n’ait pas souhaité prolonger la pièce jusqu’à la mort de Goldman, délaissant en particulier l’expérience des deux camarades en Russie soviétique, d’autant que le texte n’est pas d’une longueur démesurée. Toutes les scènes, concises, ne lassent absolument pas le spectateur, et donnent un portrait d’Emma Goldman très fidèle, très humain, exposant les grands axes de son engagement politique et faisant le portrait des personnes qui ont marqué sa vie (outre Berkman, Brent Reitman, Johann Most, Almeda Sperry). Une ouverture ou un complément idéal à l’autobiographie de cette figure de l’anarchisme, rééditée en 2002 par les éditions Complexe, sous le titre « L’Epopée d’une anarchiste. New-York 1886- Moscou 1920 », avec une bibliographie et une postface de Cathy Bernheim et d’Annette Lévy-Willard (voir le compte rendu de Georges Ubbiali dans Dissidences n°14/15, première série, octobre 2003-janvier 2004, p. 115).
Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences, février 2008
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Anarchiste, féministe, partisane de l’amour libre, oratrice réputée autant que redoutée, Emma Goldman est l’une des figures les plus attachantes du mouvement libertaire. Plus activiste que théoricienne, elle a marqué de son empreinte l’histoire du mouvement ouvrier américain. Il n’est guère surprenant que l’historien Howard Zinn, auteur d’une monumentale Histoire populaire des États-Unis (Agone, 2002), s’en soit épris au point de lui consacrer une pièce de théâtre.

Nous la découvrons à Rochester où, jeune femme issue de l’immigration juive russe, elle gagne de quoi survivre dans les fabriques de vêtements. Nous sommes au début des tumultueuses années 1880, où le syndicalisme, en plein essor, se heurte à la violence de la répression étatique et patronale.

On la retrouve à New York. Sa conscience de classe s’est affermie ; elle a soif d’action ; elle se mêle à un petit groupe d’anarchistes, dont l’austère Alexandre Berkman, Fedya, l’artiste, et Johann Most, orateur puissant et charismatique. Trois hommes qui seront, pour elle, autant d’amants.

Après l’emprisonnement de Berkman, coupable de tentative d’assassinat sur un patron, Emma Goldman prend la route, parcourt les États-Unis en tous sens pour y défendre la cause ouvrière, celle de l’anarchisme et du féminisme, mais aussi l’œuvre littéraire d’un Ibsen ou d’un Bernard Shaw. Elle fait souvent salle comble et doit tout aussi souvent quitter les lieux en hâte pour éviter l’arrestation. Ses propos choquent l’Amérique de la libre entreprise tout autant que l’Amérique puritaine.

Elle vit une relation tumultueuse avec un personnage atypique et peu apprécié des libertaires. Ben Reitman, médecin de profession, est un insatiable coureur de jupons, un beau parleur qui la bouleverse, l’envoûte et l’irrite à la fois. Car le mérite de cette pièce de théâtre est de nous faire voir une Emma Goldman en chair et en os, en militante révolutionnaire revendicative, en féministe implacable mais aussi en être humain prisonnier de ses désirs. Goldman disait de Reitman qu’il « avait tout de la belle brute » et malgré toute la force de ses convictions, elle a mis de longues années avant de se séparer de cet amant qui parvenait à la rendre jalouse.

En mai 1917, Emma Goldman est arrêtée une nouvelle fois. Sa propagande anti-patriotique déplaît au gouvernement. Afin de se débarrasser d’elle, il annule la nationalité de son mari, Jakob Kershner, un homme dont elle s’est séparée à peine sortie de l’adolescence. Emma Goldman n’est plus alors protégée de l’expulsion. Arrêtée, incarcérée, elle est finalement expulsée vers la Russie en 1919 comme tant d’autres immigrés russes, Berkman en tête. Mais ceci est une autre histoire, qu’Howard Zinn ne nous conte pas…

Avec cette pièce de théâtre, il nous plonge dans le climat de guerre sociale qui sévissait alors aux États-Unis. Car la violence de la répression y est sans aucune mesure avec celle que l’on a connue dans l’Hexagone. Il livre aussi un beau portrait de femme en forme d’hommage : libre, combattante, joyeuse et volontaire, rétive à toutes les soumissions.
Christophe Patillon
Gavroche n°153, janvier 2008
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Anarchiste, féministe, partisane de l’amour libre, oratrice réputée autant que redoutée, Emma Goldman est l’une des figures libertaires les plus attachantes. Activiste bouillonante de vie, elle a marqué de son empreinte l’histoire du mouvement ouvrier américain. Il n’est guère surprenant que l’auteur d’une monumentale Histoire populaire des Etats-Unis s’en soit épris au point de lui consacrer une pièce de théâtre, menée tambour battant.
Howard Zinn ne nous offre pas seulement le portrait d’une militante, femme libre et volontaire rétive à toutes les soumissions, apportant son soutien aux grévistes, haranguant la foule, défendant d’un même élan l’émancipation des femmes et la cause ouvrière, pourfendant aussi bien l’Amérique de la libre entreprise que l’Amérique puritaine. Il nous fait voir également une “Emma la rouge” en chair et en os, dont la vie sentimentale tumultueuse malmène parfois les convictions féministes.
Christophe Patillon
Le Monde diplomatique, janvier 2008
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Emma sur un plateau

Agone édite En suivant Emma, une pièce historique d’Howard Zinn, montée pour la première fois à New York en 1976 et consacrée à la militante anarchiste et féministe Emma Goldman.

Cet éditeur a déjà publié deux essais du politologue et historien américain dont l’œuvre, essentiellement fondée sur l’analyse de l’incidence des mouvements populaire sur la société américaine, est passionnante.
Howard Zinn, universitaire au parcours atypique, militant engagé pour la paix, la désobéissance civile et la résistance à toute forme d’autorité illégitime, ne pouvait qu’être subjugué par le personnage d’Emma Goldman. Un des intérêts de la présente édition réside d’ailleurs dans l’avant-propos de l’auteur qui retrace les étapes de sa découverte de celle qu’il qualifie de « magnifique ».
De fait,l’ admiration de Zinn pour Emma ne cesse de s’exprimer au fil de cette hagiographie. En deux actes et vingt-quatre scènes, une vingtaine d’années s’écoulent, où l’on assiste à la naissance de la révolte d’Emma, à son départ pour New-York, à son entrée en militantisme, à sa lutte pour une existence de femme libre. On suit sa vie et ses combats jusqu’en 1917, où elle dénonce l’entrée en guerre des États-Unis et finit en prison, avant d’être expulsée du pays en 1918. Jeune fille rebelle et résolue, sœur aimante, amie fidèle, amante passionnée, militante infatigable, oratrice remarquable, Emma la Rouge parait tout cela, pasionaria splendide, que tous les autres personnages peinent à suivre dans sa course, d’où la traduction française du titre sans doute.
Dialogues vifs, teintés d’humour, personnages convaincants, thématique forte, le texte de Zinn se lit avec plaisir ; et comme l’auteur, on s’attache à cette flamboyante héroïne. La pièce gagnerait-elle à être montée aujourd’hui ? Alors qu’une autre œuvre théâtrale de Zinn est actuellement sur le plateau du Lenche (voir Zibeline 3), on peur l’imaginer… Pas sûr cependant que cette succession de scènes sans véritable ressort dramatique trouve aisément un public !

Fred Robert
Zibeline n°4, janvier 2008
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Belle initiative que cette traduction d’une courte pièce en deux actes accompagnée d’un solide avant-propos et d’annexes sur des faits historiques relatés dans l’ouvrage ; cela permet de ressentir aisément l’atmosphère de l’époque et de (re)découvrir une protagoniste de premier plan. En suivant les pérégrinations d’Emma nous rencontrons des actrices et des acteurs du mouvement révolutionnaire étasunien, new-yorkais en particulier. Les questions du féminisme, de l’amour libre, de la famille, de l’antimilitarisme, de la violence… et de l’exploitation capitaliste en général sont posées de façon vivante par les protagonistes. La force de leur engagement pour une vie libre sans hiérarchie est assez impressionnante.
Offensive n°16, décembre 2007
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Emma est tout sourire. Elle a de l’aplomb et apostrophe ses compagnons : « Devons-nous abandonner la musique et l’odeur des lilas pour être des révolutionnaires ? » Cette Emma-là est une gamine de rien qui, très tôt, comprend tout de l’injustice - la domination du père (qui voulut la marier à 15 ans) comme la tyrannie du patron (elle fut ouvrière dans un atelier de couture). Cette Emma-là, c’est la Goldman, l’anarchiste, la féministe, une actrice (star !) de la rébellion, curieusement oubliée des manuels d’histoire américains - on lira, à ce sujet, la préface très fine qu’Howard Zinn, l’auteur, a donné à son livre...

Emma Goldman, née en 1869, en Lituanie, immigre, adolescente, aux Etats-Unis, s’installe à New York. Elle milite sans répit contre l’oppression, connaît la censure, la prison, se fait expulser, retourne en Russie. Elle parcourt l’Europe, donne des conférences, soutient les républicains espagnols, s’acharne encore et toujours, et meurt le 14 mai 1940 au Canada.

Howard Zinn lui rend au jourd’hui hommage en faisant d’elle l’héroïne de ce texte écrit pour le théâtre. En historien qu’il est, il aurait pu lui consacrer un ouvrage fort et détaillé. Il a choisi la fiction, et de ce fait la rend vivante, gaie, râleuse, touchante. Zinn, avec humour et didactisme, raconte une partie de la vie d’Emma Goldman et, bien sûr, tout un pan de l’histoire des Etats-Unis. Emma la fougue incarne le romantisme révolutionnaire. Elle prône l’amour libre, harangue les foules avec naturel, réconforte les uns, convainc les autres de ne jamais baisser la tête. Sous la plume d’Howard Zinn, la belle libertaire est avant tout une sensuelle, une passionnée de la vie. Qui refuserait de la suivre ? Sûrement pas Howard Zinn qui, sans jamais l’avoir rencontrée, en est peut-être tombé amoureux...
Martine Laval
Télérama, 14/11/2007
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Historien américain, Howard Zinn a écrit, en 1975, En suivant Emma, une pièce de théâtre consacrée à la militante anarcha-féministe Emma Goldman. Les éditions Agone viennent de publier le texte.

Emma Goldman (1869–1940) est entrée dans la vie d’Howard Zinn au début des années 1960. D’abord frappé de n’avoir jamais, du lycée à la licence, entendu prononcer son nom, il fut ensuite fasciné par cet incroyable personnage de l’histoire américaine.

Emma est née dans une famille juive à Kovno, en Lituanie (alors russe). La pauvreté l’obligea à travailler dans une usine de corsets, à Saint-Pétersbourg, dès l’âge de treize ans. Quittant une vie familiale très tendue (son père a tenté de la marier de force à quinze ans), la jeune rebelle émigra aux Etats-Unis en 1885. Elle s’installa à Rochester, dans l’Etat de New York, et travailla comme couturière dans une usine d’habillement. Ateliers-bagnes et logements-taudis lui en dirent long sur la grandeur de l’Amérique.

Révoltée, Emma Goldman s’intéressait de près aux mouvements sociaux. Elle fut servie. Le 1er mai 1886, 80 000 ouvriers manifestèrent à Chicago pour la journée de huit heures. Le 3 mai, de nouveaux ouvriers rejoignirent les grévistes du 1er mai. La police chauffée à blanc tira sur la foule, faisant six morts. Le lendemain, sur Haymarket square, lors d’un énorme rassemblement de protestation, une bombe explosa blessant et tuant cette fois des flics. Des leaders anarchistes furent arrêtés. Quatre furent pendus en 1887 après un procès truqué, ce qui lança les désormais traditionnels 1er Mai dans le monde entier (les Martyrs de Chicago seront innocentés et réhabilités en 1893).

Pour réagir à cette horreur, Emma, comme de nombreux ouvriers en colère, s’engagea pleinement dans le mouvement anarchiste. En 1889, à New York, elle rencontra Alexander Berkman, surnommé Sasha, autre anarchiste russe. Emma devint vite une oratrice réputée qui mettait les flics en rogne. En 1893, elle invita les victimes de la crise économique à piller les magasins pour survivre. Des centaines d’enfants mouraient de faim. « Si les enfants ont besoin de lait, allons nous servir. Servons-nous ! » La police l’arrêta en plein meeting. Elle fut condamnée à deux ans de prison et mit à profit sa détention pour apprendre les métiers d’infirmière et de sage-femme.

De son côté, Sasha purgeait une peine de vingt-deux ans pour avoir tenté d’assassiner, en 1892, le patron d’une aciérie de Pennsylvanie qui avait embauché une milice armée et des jaunes pour briser une grève. À la libération de Berkman, en 1906, les deux amis fondèrent le journal Mother Earth.

À l’occasion d’une conférence à Chicago, en 1908, Emma fit la connaissance de Ben Reitman, un médecin qui soignait les pauvres gens, les hobos, les prostituées. Il pratiquait également des avortements illégaux. Emma avait alors 39 ans, Reitman n’en avait que 29. Les deux volcans devinrent des amants passionnés. La grande confusion sentimentale qui secoua Emma ne l’empêcha pas de poursuivre meetings et conférences dans tout le pays.

Dans un seul mois de 1909, la police interrompit onze meetings où Emma militait notamment pour l’émancipation des femmes, le contrôle des naissances… Un discours contre le patriotisme attira cinq mille personnes à San Francisco. La foule bloqua la police pour la protéger d’une nouvelle interpellation. Emma s’attendait au pire à chaque intervention publique. Sur les estrades, elle emportait toujours un livre pour s’occuper l’esprit en cas d’arrestation.

Le ton monta encore d’un cran quand les Etats-Unis entrèrent dans la Première Guerre mondiale, en 1917. Emma et Berkman se retrouvèrent pour dénoncer la conscription. Emprisonnés en 1918, ils furent relâchés à la fin du conflit et bannis. J. Edgar Hoover estimait qu’Emma était l’une des femmes les plus dangereuses d’Amérique.

Retour à la case départ pour Emma et Sasha. Expulsés vers ce qui était devenu l’Union soviétique, ils rencontrèrent Lénine et Trotsky. Ils assistèrent impuissants à la répression des manifestations, à la liquidation des anarchistes, à l’écrasement sanglant de la révolte des marins de Kronstadt… Fuyant la barbarie bolchevique, les deux amis voyagèrent dans plusieurs pays d’Europe, notamment en France où ils sympathisèrent avec la réfractaire May Picqueray qui dactylographia pendant six mois une partie des manuscrits qui composeront Living my life.

En juin 1936, Berkman, dépressif, se suicida. En septembre 1936, Emma se rendit en Espagne pour soutenir la révolution. Elle s’adressa à des foules immenses à Barcelone, parla à la radio, aux ouvriers et aux miliciens en allant sur le front de Madrid.

Pour finir, Emma fut autorisée à faire un voyage exceptionnel aux Etats-Unis en 1940, mais uniquement pour parler de théâtre… Partie défendre des camarades emprisonnés au Canada, elle tomba malade à Toronto où elle mourut à soixante et onze ans. Emma Goldman est enterrée à Chicago, dans le cimetière de Waldheim, près des victimes de la tragédie de Haymarket square. Ce drame qui avait changé le cours de sa vie.

Après avoir longtemps milité contre la guerre du Vietnam, Howard Zinn s’attela en 1975 à un vieux projet qui le hantait : l’écriture d’une pièce de théâtre sur la « magnifique » Emma Goldman. Montée par son fils Jeff en 1976, elle fut jouée à Manhattan par le Theater for the New City. Souvent réécrite, peaufinée, la pièce fut jouée à Boston pendant huit mois devant vingt mille spectateurs. Emma fut également présentée à Londres et à Tokyo.

Sur trois actes, en prenant quelques libertés et raccourcis, la pièce est composée de scènes courtes et toniques qui mettent en lumière différents aspects de la vie d’Emma Goldman et de ses camarades. Basé sur des éléments puisés dans des correspondances et dans les mémoires d’Emma, le jeu permet d’aborder, parfois avec humour, divers thèmes anarchistes et féministes (amour libre, anti-militarisme, lutte des classes, internationalisme, anti-électoralisme…).

Nous pouvons suivre Emma dans sa vie familiale, amoureuse, communautaire, militante et professionnelle. Nous la retrouvons dans des cafés, devant des tribunaux, en prison, sur des piquets de grève ou dans des meetings. Ce qui permet d’entendre ses prises de paroles ou celles de Johann Most, un militant influent qui se fera cravacher en public par Emma parce qu’il refusait de soutenir Alexander Berkman après son emprisonnement.

Les scènes écrites par Howard Zinn donnent aussi un éclairage sur les contradictions et les tourments sexuels des militants qui tentaient d’expérimenter au quotidien des principes libertaires généreux, mais complexes. À lire, en espérant qu’un metteur en scène fasse bientôt revivre Emma Goldman, une femme franchement épatante.

Howard Zinn, En suivant Emma – pièce historique sur Emma Goldman, anarchiste & féministe américaine, 176 pages, éditions Agone. 15€.

Cinq autres titres d’Howard Zinn sont disponibles aux éditions Agone : Une histoire populaire des États-Unis (2002), Le XXe siècle américain (2003), Karl Marx, le retour (théâtre, 2002), Nous, le peuple des États-Unis (essais, 2004) ; L’Impossible neutralité (autobiographie, 2006).

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Paco
Le Mague, 11/10/2007
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