Agone Marginales
Le Royaume au bout du chemin
Parution : 14/03/2008
ISBN : 978-2-7489-0091-0
480 pages
12 x 21 cm
25.00 euros
Jan Guillou
Le Royaume au bout du chemin
Trilogie d’Arn le templier (tome III)
Roman traduit du suédois par Maurice Étienne
« Veux-tu bien m’en dire plus au sujet de ceux qui nous accompagnent ?
— Deux d’entre eux sont des médecins damascènes, répondit Arn sans hésiter. Ceux qui sont montés sur les chars à bœufs sont des déserteurs de l’armée du roi Richard Cœur de Lion. Le Norvégien Harald Øysteinsson a été mon propre sergent. Les deux hommes assis sur les chars sont des marchands d’armes arméniens installés comme artisans à Damas. Quant aux autres, ce sont surtout des ouvriers du bâtiment. Ils sont tous à mon service.
— Que désires-tu que nous construisions, tous ensemble ?
— La paix. »
En l’an de grâce 1192, les rivalités politiques continuent d’agiter le Västra Götaland. De retour au pays, Arn Magnusson et ses compagnons d’Outre-mer vont édifier des places fortes et dresser une véritable armée pour défendre face aux grandes puissances voisines ce petit territoire destiné à devenir la Suède.
Dans ce dernier volume de la Trilogie d’Arn le templier (après Le Chemin de Jérusalem et Le Chevalier du Temple), Jan Guillou prend à contre-pied le mythe nationaliste des origines vikings du royaume de Suède.
Journaliste suédois né en 1944, Jan Guillou est condamné à dix mois de prison pour espionnage en 1973 après ses révélations sur le fichage de citoyens suédois par un bureau de renseignement au profit de la CIA.
Parmi la quarantaine de livres qu’il a écrits (traduits en une vingtaine de langues), la série de romans d’espionnage Coq rouge et la Trilogie d’Arn le templier ont connu un immense succès populaire en Suède. Ses romans et ses écrits journalistiques sont marqués par une grande violence et des prises de positions à contre-courant, notamment vis-à-vis de la politique intérieure de son propre pays.
Il est également l’auteur de La Fabrique de violence (Agone, 2001).
Revue de presse
- Consulter Jan Guillou : le retour d'Arn Magnusson Nils C. Ahl Monde des livres, 10/07/2008
- Consulter Jean-Guillaume Lanuque Dissidences, juillet 2008
- Consulter Les tribulations d'un Templier suédois en Palestine Paul La Feuille Charbinoise, 14/04/2008
Jan Guillou : le retour d'Arn Magnusson

Avec la parution du Royaume au bout du chemin s’achève la traduction de l’un des grands romans historiques scandinaves contemporains : la Trilogie d’Arn le templier. Aussi éloigné que possible du roman en costumes, le texte de Jan Guillou est un itinéraire spirituel, une étude de société, et surtout le roman de son personnage, Arn Magnusson, également appelé Arn de Gothia – ou Al-Ghouti en arabe.

Pour aller vite : exilé par amour dans le premier tome (Le Chemin de Jérusalem, Agone, 2007), templier à la bataille de Montgisard dans le deuxième (Le Chevalier du temple, Agone, 2007), Arn revient finalement en Suède dans ce troisième et dernier volume. Accompagné d’une petite troupe hétéroclite, écho symbolique de la Terre sainte, c’est un homme mûr qui vient renouer les fils d’une existence interrompue au sortir de l’adolescence. Après vingt ans de sang et de pénitence, Arn a changé, tout comme le récit qui l’accompagne. Autrefois à l’étroit dans une société close et repliée sur elle-même, le personnage a couru le monde et la guerre – qu’il porte désormais partout avec lui. “Le jeune Arn Magnusson, pur et innocent, qui avait jadis quitté Varnhem pour aller servir en Terre sainte, n’existait plus.”

Avec la Trilogie d’Arn le templier, Jan Guillou, journaliste et écrivain suédois né en 1944, illustre à merveille la vitalité d’un genre dont la valeur littéraire n’est plus à démontrer en Scandinavie, depuis les premières traductions de Walter Scott jusqu’à aujourd’hui. L’héritage épique des sagas islandaises a probablement servi le talent particulier des Gunnar Gunnarsson, Per Olov Enquist, Johannes V. Jensen, Sigrid Undset ou Vilhelm Moberg, pour ne citer qu’eux.

Le sujet principal du roman de Jan Guillou, semble-t-il, c’est justement la perpétuation et le développement du savoir à travers un autre, proche mais étranger. La culture et la science se renouvellent en se transmettant et en se réinventant dans un autre contexte, comme une bouture. Réhabilitant le creuset culturel médiéval, Guillou remise progressivement capes et épées au placard. Dans ce dernier tome de la Trilogie, il y a encore quelques scènes de genre, mais de loin en loin, car le livre est principalement une étude de moeurs et une vision historique. Par l’ampleur de son roman, Jan Guillou donne à voir des mouvements de fond qui appartiennent au temps long de l’Histoire, et pas seulement des batailles orientales ou un impossible amour nordique.

L’essentiel est ailleurs, cependant. Dans Le Royaume au bout du chemin, la vérité est romanesque, dans l’itinéraire et dans les valeurs de son personnage principal. La force de conviction politique d’Arn, son humanisme pragmatique, en font le porte-parole d’un métissage et d’une tolérance très contemporaine – malgré sa parfaite vraisemblance historique. Après tant de batailles en Terre sainte, le seul voeu d’Arn est de faire la paix dans son pays. “Mon frère est un homme d’affaires qui désire acheter la paix avec de l’argent. Nous allons lui montrer que nous pouvons faire de même avec de l’acier et de la pierre.” Il profite autant du savoir de ses compagnons de Terre sainte que de la stratégie moderne qu’il adopte, celle de la dissuasion et de la riposte proportionnée. La petite troupe hétéroclite qui l’accompagne, un mélange inhabituel de chrétiens et de musulmans, est une métaphore du Proche-Orient d’hier et d’aujourd’hui. Le roman n’est d’ailleurs pas loin de se lire comme un programme politique.

Le pivot de la trilogie d’Arn le templier n’a pas été choisi au hasard. Pivot géographique et temporel, théâtre d’infernales boucheries autant que lieu de rencontres et d’échanges, la Terre sainte des croisades est probablement une préfiguration d’autres situations régionales à venir. Ce que Jan Guillou ne dit pas, au risque de l’anachronisme, mais qu’il faut dire, bien sûr, c’est que cela n’a rien à voir.

Le Royaume au bout du chemin est un roman de la transmission et de la circulation : des savoirs mais aussi de la rumeur et des préjugés. Pour ce faire, il faut savoir toutes les langues. Arn, l’homme de la paix, connaît également le langage des armes. Il parle l’arabe, le francique, le latin – la langue de ses alliés comme de ses ennemis. Néanmoins, le réalisme terrible (ou peut-être le pessimisme affreux) de ce roman se trouve dans cette paix qui est possible en Suède, car c’est évidemment celle qu’on ne fera pas en Terre sainte.

Contrairement au Talisman, à Ivanhoé et à d’autres romans de Walter Scott, l’histoire n’est pas qu’un antagonisme, chez Guillou. La différence crée du mouvement et de la vie, même s’il faut en passer par la guerre et quelques poignées de morts. C’est ainsi. La marche de l’Histoire se fait dans un mouvement soudain, que permet la curiosité des hommes autant que leur convoitise.

Nils C. Ahl
Monde des livres, 10/07/2008
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L’écrivain et journaliste indépendant suédois Jan Guillou, dont les éditions Agone avaient déjà publiées La fabrique de violence, livre avec ces trois romans une série historique a priori bien éloignée des préoccupations de Dissidences. Sur un mode linéaire mais efficace et captivant, il nous invite à découvrir le parcours d’Arn, un jeune noble du XIIe siècle qui, suite au péché de chair perpétré avec sa promise, se voit banni pour vingt ans en Terre sainte pendant que Cecilia doit expier sa faute dans un couvent de Suède.

Le premier volume, qui se déroule exclusivement en Scandinavie, nous permet de découvrir une société féodale peu connue, aux marges de l’Europe, avec toute la conflictualité entre comportements violents et efforts de pacification des clercs. Le second suit en parallèle les vies d’Arn et Cecilia, le premier étant acteur du conflit qui oppose les royaumes francs d’orient à Saladin. Quant au troisième, il s’agit du récit du retour d’Arn dans sa Suède natale, et de ses efforts afin d’apporter toute son expérience du combat en Terre sainte aux membres de sa famille ; l’occasion également de transcender les clivages sociaux du temps, en revalorisant la valeur travail, a priori indigne d’un noble chevalier, et d’être à l’origine, par une pirouette finale, du royaume de Suède.

On retrouve néanmoins à travers cette trilogie ce qui caractérise le Guillou d’aujourd’hui (critique vis-à-vis d’Israël et des Etats-Unis quant à la guerre contre le « terrorisme » en particulier), sous des formes décalées. Ainsi, Arn, devenu templier, fait preuve d’une grande ouverture d’esprit, apprenant l’arabe et le Coran, respectant, voire admirant, ses adversaires. Certes, il le fait dans des cadres éminemment religieux, mais en voulant tempérer la foi aveugle par la raison, il anticipe presque sur un Frédéric II, d’autant que les Occidentaux apparaissent sous un jour assez sombre, en proie au désir de pillage, aux dissensions internes, aux enjeux de pouvoir et à l’aveuglement fanatique (tares synthétisées dans le personnage détestable de Richard Cœur de Lion), au contraire d’une civilisation arabo-musulmane qui, sans être idéalisée à l’excès, n’en présente pas moins des aspects nettement plus évolués. Quant à son désir de voir Jérusalem accessible aux fidèles des trois monothéismes, il résonne d’un écho plus que jamais contemporain.

Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences, juillet 2008
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Les tribulations d'un Templier suédois en Palestine
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Paul
La Feuille Charbinoise, 14/04/2008
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