Parution : 16/03/2007
ISBN : 978-2-7489-0069-9 208 pages 12 x 21 cm 14.00 euros |
Jann-Marc Rouillan
De mémoire (1)
Les jours du début : un automne 1970 à Toulouse
Certains jours de bagarre, apparaissaient sur le campus de petites vieilles, un vol noir pareil à des étourneaux, toutes en deuil, avec de minuscules chapeaux de pailles et, sur les genoux, un sac à main de cuir verni. Cette fois-là, nous les découvrîmes près des anciennes arches du patio. Elles étaient cinq, assises sur un muret, serrées les unes contre les autres, cachant leur bouche et leur nez sous des mouchoirs au liseré de violette pour se protéger des gaz lacrymogènes. Dans ce premier volet « De mémoire », Jann-Marc Rouillan revient sur la fin de son adolescence, à Toulouse, en 1970. Les premiers amis, premières amours, premiers camarades, puis les premières armes ; mais aussi l’occasion de décrire une ville, une époque, des mœurs et des idéaux qui furent déterminants pour celui qui prendra bientôt le maquis contre la dictature franquiste. > Les mémoires de Jann-Marc Rouillan : Né en 1952 à Auch, Jann-Marc Rouillan a été incarcéré de 1987 à 2011 pour ses activités au sein du groupe Action directe. Placé en liberté surveillée depuis mai 2011, il travaille comme rédacteur aux éditions Agone.
Il a notamment publié Je hais les matins (Denoël, 2001), Le Roman du Gluck (L’Esprit frappeur, 2003), Le Capital humain (L’Arganier, 2007) et, aux éditions Agone, Lettre à Jules (2004), La Part des loups (2005), Chroniques carcérales (2008) et Paul des épinettes et moi (2010). |
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Jean-Marc Rouillan, une mémoire révolutionnaire
Jean-Marc Rouillan est incarcéré depuis le 26 février 1987 pour ses activités au sein du groupe Action directe. Sous le nom de Jann-Marc Rouillan, il est l’auteur de plusieurs livres passionnants. Dans le tome 1 de De Mémoire, publié aux éditions Agone, il revient sur une adolescence toulousaine marquée la lutte antifranquiste. Un ouvrage indispensable pour qui veut comprendre le cheminement du militant révolutionnaire. « Pour mon malheur, j’ai la mémoire ancrée à nos vieux rêves. » Dans De Mémoire (1), Jann-Marc Rouillan, ce multi-récidiviste de la reconstitution de ligue dissoute, remonte le cours de son histoire. Bien entendu, de là où il parle, son livre n’a rien à voir avec le tourisme révolutionnaire post-soixante-huitard de certains dandys passés du col Mao au Rotary club. Rouillan n’est pas de ceux qui firent des omelettes sans casser d’œufs, de ceux qui passèrent entre les gouttes pour échouer dans de douillets cabinets ministériels… Pour bien comprendre d’où vient Jann-Marc Rouillan, nous devons revenir à l’automne 1970, à Toulouse, ville inspiratrice de Claude Nougaro, mais aussi « capitale de l’Espagne républicaine ». La lutte antifranquiste s’y conjuguait au présent. Les échos de la Résistance contre le nazisme résonnaient aussi dans les rues. Tous les collabos n’étaient pas KO. L’ancien patron de la milice de Vichy, René Bousquet, dirigeait La Dépêche du Midi. Rouillan a dix-huit ans. Il emménage avec deux potes dans un pavillon, rue d’Aquitaine. Enric est fils de réfugiés espagnols. Henry, un prolo objecteur de conscience. Jann-Marc, dont le père était opérateur radio dans l’Armée secrète, est insoumis total. « La mémoire palpitait si fort en nous. Nous étions convaincus d’appartenir au bon camp, à celui que le pays taisait ou censurait dans de fausses commémorations », confie Jann-Marc. Commence une saga nourrie aux lectures de Jules Vallès, de Louise Michel, de Bakounine, en passant par Steinbeck, Miller (Henry, pas Arthur), Artaud, Bataille, Kerouac… Les clochards célestes écoutent Leonard Cohen, Léo Ferré, Dominique Grange, Woody Guthrie, Sun Ra, King Crimson, regardent les films de Pasolini ou de Mocky. Nous sommes entre Easy Rider et La Chinoise… Les quatre cents coups, Rouillan les a donnés un peu partout. Lors du festival de l’île de Wight (pour la gratuité des concerts), contre les fachos et les flics, contre les monuments aux morts, contre les bénitiers où les mécréants versent du bleu de méthylène… Parfois, ça tourne à la blague de potache ou à la déconfiture façon Marx Brothers… Le récit d’une expropriation dans un dépôt de rhum restera dans les annales de la cambriole. « Parfois, je me demande si notre imagination soixante-huitarde tant vantée par les générations suivantes est bien à la hauteur de sa renommée », s’amuse l’auteur. Qu’on ne se méprenne pas. L’époque n’est pas toujours à la rigolade. Certains jeunes sont bel et bien enragés. « Nous étions sans concession », résume Rouillan. Il fréquente toute la faune gauchiste toulousaine, sauf les trostkos, les « flics du mouvement protestataire ». Le massacre de Cronstadt n’est pas oublié. Restent les groupes et groupuscules maos, guévaristes, conseillistes, anars… plus ou moins orthodoxes avec qui il est possible d’agir, de frapper, fort. Orthodoxe, Rouillan ne l’est pas. Ses copains non plus. Ils ont la révolte à fleur de peau. Prêts à tout, tant que ça bouge. Les lascars, à la fois anarchos et proches de la GP (Gauche prolétarienne – maoïste), sont capables de vendre Tout, le canard de VLR (Vive la révolution), l’organisation mao rivale… À l’occasion, ils diffuseront Hari-Kiri Hebdo quand le journal satirique sera interdit pour sa Une historique (Bal tragique à Colombey : un mort) juste après le décès du général de Gaulle. Le trio a créé le groupe Vive la Commune et ça pulse avec le renfort des « Rouges » (exilés espagnols). Le pavillon est transformé en arsenal. La bande se déplace rarement les poches vides. Les fafs qui attaquèrent une réunion féministe doivent s’en souvenir. Ils n’imaginaient pas que les copines iraient demander aux teigneux de Vive la Commune d’assurer leur protection… Les fascistes n’avaient pas intérêt non plus à trop emmerder les vendeurs de La Cause du Peuple, de Rouge ou du Monde libertaire, sinon, gare à eux ! La riposte pouvait vite devenir brutale. Les drapeaux noir et rouge cachaient assez mal les manches de pioche auxquels ils étaient accrochés. Quêteur d’absolu révolutionnaire, avec un orgueil adolescent trop chargé, Jann-Marc exige beaucoup des autres… et de lui-même. L’ambiance se gâte dans le pavillon de la rue d’Aquitaine. « Nourri à la littérature des classiques, je refusais le quotidien des fausses passions, des fausses rebellions, les prétendus communistes, comme les autoproclamés anarchistes, le dandysme situationniste et les amourettes à deux ronds. Contre les tartuffes, je prêchais le romantisme jusqu’au bout des ongles. » Les conversations militantes tournent autour des Palestiniens, des Tupamaros, des Panthères noires… « Nous étions les enfants de l’ère concentrationnaire et nucléaire. À nos yeux, tous les pouvoirs d’État portaient la marque indélébile des criminels. Pour Vive la Commune, la lutte armée était conçue comme un moment de la lutte politique. Inéluctable si le camp des ouvriers voulait triompher », explique Rouillan. À ce stade, le « western » espagnol l’appelle. Le cow-boy toulousain va rejoindre les peaux rouges basques. Jann-Marc hérite d’un pseudo, Donostia (nom basque de Saint-Sébastien) qui devint Sébastian, puis Sebas. Franc-tireur toujours, il intègre un groupe autonome d’appui à ETA. C’est la naissance du MIL (Movimiento Iberico de Liberacion). Le sigle, 1000 sur sept fusils, rappelle la revue cubaine Tricontinental. Le mot « ibérique » lui convient, en souvenir de la vieille fédération anarchiste ibérique. Sebas part alors pour « vivre totalement »… en sachant que la mort l’attend peut-être au prochain virage. Un livre indispensable, superbement écrit, pour qui veut connaître les raisons qui ont pu pousser un jeune militant révolutionnaire à s’engager, en 1970, dans le maquis antifranquiste. Voici une belle tranche d’histoire contemporaine, ignorée par les manuels officiels, sauvée de l’oubli. Paco
Le Post,
09/09/2009
La France se réveille tuméfiée de sa cuite mémorable de Mai 68...
La France se réveille tuméfiée de sa cuite mémorable de Mai 68, et revient sur toutes ses promesses romantiques du printemps. Jann-Marc Rouillan, avec sa bande d’anars idéalistes, nous fait revivre la naissance d’une lutte, les prémices d’un combat. Dans un Toulouse agité où plane l’ombre voisine de l’Espagne franquiste, on retrouve toute l’essence de la révolte gauchiste et le terreau d’un engagement sans concession. Jean-François Pénalva Jean-François Pénalva
Dazibao,
juin 2008
L'Après-68 à Toulouse: les années de braises de Jean-Marc Rouillan
Jean-Marc Rouillan, 55 ans, co-fondateur d’Action Directe (AD) est désormais en semi-liberté après vingt et une années de détention. En prison la nuit, il travaille le jour comme secrétaire d’édition chez l’éditeur marseillais Agone. Raconter ces années de braises à Toulouse était donc si important pour vous ? Quelles étaient les raisons de votre engagement en ce début de septembre 1970 ? Pourquoi et comment cet engagement s’est-il orienté vers la lutte antifranquiste ? De mémoire se déroule à Toulouse juste après 68. Quels souvenirs gardez-vous de la ville à cette époque ? La présence importante des réfugiés Espagnols est-elle, à votre sens, une des raisons qui ont fait de Toulouse une ville fortement contestataire ? Que vous ont transmis ces réfugiés, au bout du compte ? Quelles périodes couvriront les prochains tomes de De mémoire ? Jean-Manuel Escarnot
Libération Toulouse,
19/02/2008
Embastillé depuis 1987...
Embastillé depuis 1987, le très craquant fer de lance d’Action Directe n’a pas eu le temps de compter les clous de la porte. Au quartier des “détenus particulièrement surveillés” de Fresnes, il s’est attaqué au premier volet de ses mémoires qui décrit avec mordant son après 68 au coeur de Toulouse (premières camaraderies, premières amours, premières fauches, premiers complots, premiers scandales). A la centrale de Lannemezan, il a parachevé Le Capital humain (L’Arganier, 60 rue Saint-André-des-arts, 75006 Paris), un roman embrasant autour des nouvelles mutineries ouvrières dont le protagoniste, qui vient d’obtenir une conditionnelle, constate que, dans nos sociétés libérales-avancées, quand on sort de prison, on est toujours en prison. Et il a préfacé rageusement la réédition chez Libertalia de La vie des forcats qu’Eugène Dieudonné de la bande à Bonnot, déporté dans les bagnes coloniaux pendant quinze ans, avait réussi à publier en 1932.
Noel Godin
Journal du Mardi n°341,
5/02/2008
On pourrait commencer dans l’après 68...
On pourrait commencer dans l’après 68 avec ces vers d’Hugo : « L’espoir changea de camp, le combat changea d’âme. » Autant le récit de Bauer sentait le Mistral soufflant au dessus des docks de Marseille, la poussière des chantiers et l’ondoiement des vagues vers l’Estaque, autant Rolin roulant sur le périphérique parisien à bord d’une antique D.S nous faisait renifler du diesel, chez Rouillan c’est la porte de la ville antifranquiste qui nous est ouverte et elle sent la poudre. Toulouse la ville des rouges, la ville des réfugiés de l’après guerre civile et de la résistance, va marquer l’auteur. Il y a le respect pour les vieux anarchistes espagnols, mais aussi une reconnaissance de l’influence de la G.P, repaire sinon des plus authentiques révolutionnaires, en tout cas des plus castagneurs. En témoignent les rencontres avec l’ETA, le procès de Burgos, les combats dans l’université lors de cette fameuse journée d’insurrection décrétée par le haut-commandement de la GP. De littérature ce livre en est à l’ébauche, emportée dans le discours et la justification politique mais il est vrai qu’il s’inscrit dans la collection Mémoires sociales. Inscrit aussi dans un respect pour Hugo, auteur exilé, révolté contre la peine de mort qui disait « Grattez le juge vous trouverez le bourreau. » C. Goby
Silence n°3654,
février 2008
« Je me lance dans ce texte sans plan établi... »
« Je me lance dans ce texte sans plan établi. Je me jette à l’eau, je nage dans un océan d’amitié, de camaraderie, de passion et de vie… de mort aussi. »Le premier opus des souvenirs de Jann-Marc Rouillan emporte nos renoncements dans le tourbillon – révolution, castagne et rock – des années 70. Adolescent de dix-huit ans enragé d’émancipation, non sevré des rêves du printemps 68, l’auteur largue les amarres familiales. En compagnie d’Henri l’ouvrier et d’Enric, le fils de réfugiés républicains, il s’installe en périphérie toulousaine. Devenu galion pirate, le pavillon abrite l’activisme permanent de ces « jours du début ». Les insurgés, Mario le lycéen, Cricri ou le Grand blond abandonnent à peine l’enfance. Sur la table de la cuisine, les tartines du goûter voisinent encore avec les cocktails Molotov. Leurs expéditions, toujours politisés, virent souvent à l’équipée burlesque. Les armes restent celles de Gavroche : galets de la Garonne et manches de pioches. L’âme d’artiste du jeune Rouillan s’émerveille de la beauté radicale des incendies et de « l’interdit jeté à terre ». Une précocité de pensée et une conscience politique issues d’une période et d’un milieu spécifiques. À Toulouse, capitale des « Rouges » en exil, collabos impunis et résistants spoliés se côtoient dans une atmosphère empoisonnée de vendettas inassouvies. Les enfants d’après-guerre y sont bercés des faits d’armes de la révolution libertaire espagnole ainsi que des exploits et des drames des résistances au fascisme. Héritiers des luttes de leurs pères, éclos au vent des lacrymos de mai 68, ils s’empoignent aussi avec celles de leur époque. Bombes US sur le Vietnam, septembre noir, exactions militaires en Afrique, dictatures sud-américaines. L’heure n’est pas à l’indifférence. Anars, maoïstes, guévaristes, trotskistes, des soubresauts de l’agitation lycéenne, étudiante ou ouvrière. Augmentée d’une vingtaine « d’enragés » les acolytes de la rue d’Aquitaine se baptisent Groupe autonome libertaire « Vive la Commune ». Un temps compagnon de route des maos de la Gauche prolétarienne, ledit groupe ne cède rien à quiconque de son indépendance. « La musique électrisait alors nos vies, tel l’oxygène que nous respirions, le rythme du sang dans nos vaisseaux. » De toute l’Europe, la jeunesse « lève le camp » en des migrations musicales vers les grands festivals rock. Rouillan veille à se maintenir dans l’œil du cyclone. Baston contre les Hells Angels sur l’île de Wight, photo underground aux côtés de Jimmy Hendrix. Infatigable, il balance des pavés le matin à la Mutualité ; avant de s’inviter le soir « à cour du roi musicien », King Crimson. « Diminuer l’intensité de la vie c’est diminuer l’intensité du bonheur. Le bonheur entendu comme la plus large satisfaction de nos sens à toute heure de notre vie . » Amour libre, alcool, shit, LSD, sans fuir ni se perdre, cet ardent programme s’applique en de multiples expérimentations. Malgré la cadence échevelée donnée à son existence pointe le sentiment de s’enliser dans les revendications rituelles et la routine contestataire. Le service militaire, rendu obsolète par l’efficacité de la castration éducative, cathodique et cybernétique, enrôlait encore pour un dernier dressage avant le salariat. Fidèle à son intransigeance, l’appelé Rouillan refuse de l’esquiver par les échappatoires autorisées : coopération, objection, réforme P4. Ce choix de l’insoumission se révèle une bifurcation cruciale ; chemin de radicalisation en ce qui concerne l’avant-garde de la gauche extrême, voie du compromis chez les moins résolus. En Allemagne, en Italie, d’autres se tournent vers la lutte armée afin d’atteindre les buts de la politique révolutionnaire. Près de la ville rose, la cause basque attire vers l’ETA jusqu’aux curés. Au-delà des Pyrénées, le moloch à gueule de Franco demeure insatiable du sang de ses adversaires. Le rapprochement avec les anciens guérilléros de 1936 anime l’utilisation d’armes et de faux papiers. D’incessants passages de frontière alimentent en matériel d’imprimerie volé en France les opposants à la dictature. Radicaux barcelonais et anarchistes du sud-ouest forment le Mouvement ibérique de libération-Groupe autonome de combat (MIL-GAC). Aux tabassages policiers hexagonaux et séjours initiatiques en prison se substituent la clandestinité, l’éventualité des tortures et de la mort aux mains des bourreaux franquistes. Loin de la désespérance filtrant de ses chroniques carcérales, De Mémoire éclate en bombe incendiaire à la face du lecteur. Protagoniste, héraut et mémorialiste, Jann-Marc Rouillan dissipe l’oubli et les malentendus. Présentée en fanatiques sans cause par les méthodes de désinformation habituelles, la génération du « changer la vie » et « transformer le monde » y retrouve ses origines, son identité intime. Celle de la dernière guérilla sociale du monde occidental. Un défi aux forces du pouvoir et de l’argent payé de mort et d’enfermement illimité par des milliers de militants. Un échec qui a comme conséquence le déferlement actuel du droit du plus fort sur les moindres recoins de la planète. « L’État a déclenché un fléau de balles de bombes et de mots incendiaires voici vingt ans, et a semé l’Asie d’Idées excrétées dans les toilettes de Washington. Maintenant la grande peur a fait le tour du monde et déborde dans l’air gris journal. » (Allen Ginsberg) Rescapé du dernier carré de survivants, prisonnier depuis plus de vingt ans, Rouillan témoigne de l’impossibilité d’éradiquer la transmission des rébellions populaires. Fouettée au sang, la mémoire remonte à la surface. Aux Etats-Unis, un 11 septembre 2001 répond d’un 11 septembre 1973 meurtrier au Chili. En France, en 2007, sur les murs des usines occupées les ouvriers tracent le sigle, le nom, la date, d’une action directe comprise et retenue. Malgré l’adoubement des gens de lettres, séduits par le romantisme flamboyant de son écriture, et l’attrait charismatique qu’exerce la liberté de cet emmuré sur les consciences repenties, Rouillan demeure hors de portée de toute récupération littéraire ou politique. Négation vivante du principe d’autorité, il garde avec les siens, comme à vingt ans, « la pureté originelle, celle des anges révoltés définitivement débarrassés des funestes scories de la soumission ». HF
Gavroche n°152,
octobre-décembre 2007
L'ouvrage, premier tome des mémoires de Jann-Marc Rouillan...
L’ouvrage, premier tome des mémoires de Jann-Marc Rouillan, est sous-titré Les jours du début : un automne 1970 à Toulouse. Il rapporte la jeunesse militante de celui qui deviendra le co-fondateur d’Action Directe. Les années soixante-dix furent celles d’une activité politique bouillonnante narrée par l’auteur avec une grande tendresse. « Après mai 68, la vie s’ouvrait à nous gigantesque, chargée d’aventures comme les cerisiers de fruits au printemps. » C’était l’époque où « même si nous le chahutions quant il nous visitait, Ferré chantait si bien ce que nous avions sur le cœur ». C’était aussi l’époque où déjà certains se préparaient à rompre avec la révolte pour viser des places dorées dans les ministères, dans les médias, dans la publicité ou les affaires. Il faut noter que Jann-Marc Rouillan, toujours détenu depuis vingt-deux ans alors que la peine de sûreté est dépassée, a écrit plusieurs ouvrages dont Je hais les matins (Denoël), vibrant plaidoyer contre la prison, et Lettre à Jules, magnifique texte, paru également chez Agone, maison d’édition marseillaise dont il faut saluer la grande qualité du travail éditorial.
Michel Perraudeau
Anjou laïque,
octobre 2007
Les jours du début: un automne 1970 à Toulouse...
Les jours du début: un automne 1970 à Toulouse : quel efficace sous-titre pour ce captivant premier tome des mémoires de Jann-Marc Rouillan, prisonnier d’Action Directe mais avant tout auteur et bientôt éditeur pour le compte amical et militant de la remuante maison d’édition marseillaise Agone. Voir le site de l’Infoblog des Luttes Eric Freidhe
Infoblog des Luttes,
08/10/2007
L'ancien membre d'Action directe...
L’ancien membre d’Action directe, qui avait déjà fait paraître plusieurs livres écrits de prison, entame avec cet ouvrage un récit de sa jeunesse militante, en se basant uniquement, ainsi qu’il le dit lui-même, sur sa mémoire. Il fustige au passage ceux qui ont trahi leur engagement révolutionnaire d’antan, témoignant de sa révolte toujours aigue. A l’aide d’une plume incontestablement talentueuse, à la fois poétique et colorée, il nous fait revivre de manière très rythmée l’existence à Toulouse dans les lendemains de mai 68, et évoque les influences qu’il a subies cette époque, avec les récits des républicains espagnols ou de la résistance. Insoumis vis-à-vis du service militaire, il écorne au passage les anciens collaborateurs durant la guerre, ayant conservé des postes de responsabilités sans être inquiétés, une injustice qui constitue incontestablement une clef pour comprendre son hostilité à l’égard de l’Etat « bourgeois ». Vivant en marge du fonctionnement orthodoxe de la société, Rouillan était également le fruit de son époque, féru de musique, assistant au festival de l’île de Wight et à bien d’autres concerts, et consommant nombre de drogues variées. On découvre également ses contacts avec divers groupes d’extrême gauche, trotskystes, situationnistes, marxistes-léninistes ou ultra-gauches, qui ont tous droit à des commentaires peu amènes. Son désir urgent d’action n’y trouva pas à s’exprimer, lui-même préférant se définir comme un autonome libertaire, filiation de son groupe local Vive la Commune. C’est ce qui l’amena à sympathiser un temps avec les militants de la Gauche prolétarienne, et à participer avec eux au grand affrontement du 26 novembre 1970, plusieurs jours de combat entre jeunes, militants ou non, et forces de police dans le cadre du campus universitaire. Leurs activités allaient alors de la confection de cocktails Molotov à l’affrontement contre les militants d’extrême droite, et à la participation musclée à diverses manifestations. Mais avec les événements de novembre, l’engagement de Rouillan et de ses camarades va se radicaliser : stockant armes et explosifs, le petit groupe se fixe comme première cible l’Espagne franquiste. Mis en contact avec des militants d’ETA, ils profitent de leur formation, tout en les aidant dans certaines de leurs actions, avant de fonder le MIL (Mouvement Ibérique de Libération). Ce passage vers la clandestinité et la lutte armée, Rouillan le fait sans ses copains de location, de qui il se sépare. On attend avec intérêt la suite de ces mémoires. La collection dirigée par Charles Jacquier confirme en tout cas le soin qu’elle apporte à ses éditions : outre de précieuses notes de bas de page, un glossaire est présent en fin de volume. Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences,
août 2007
Jann-Marc Rouillan écrivain
Jann-Marc Rouillan est connu des médias et de toutes celles et ceux qui les lisent. Selon le genre de presse vous connaissez soit le militant révolutionnaire du groupe Action Directe soit le prisonnier condamné à perpétuité pour la mort d’un PDG et d’un Général. Il faut ajouter une autre approche, résultat d’une vie passée emmuré à résister toujours et donc à exister et créer, c’est ainsi que JM Rouillan est devenu écrivain. Au début on peut juste penser à l’écriture comme nécessité politique, puis existentielle et en persévérant c’est une création qui émerge, de celle qui est pensée et action toute à la fois et qui s’impose à la lecture dans nos esprits. JM Rouillan a déjà publié depuis 2001 cinq ouvrages* ; aujourd’hui il publie aux éditions Agone (mémoires sociales) De mémoire (1). Les jours du début, un automne 1970 à Toulouse, livre qui reste dans la même veine d’écriture que les précédents, on y retrouve toute une histoire de révoltes, de jeunesse et d’amitiés. JM Rouillan fait revivre les morts, plus particulièrement Henri Martin, mais c’est aussi une histoire sociale, contée par le menu du quotidien avec juste assez de poésie pour imaginer, de rage pour s’indigner, d’anecdotes pour comprendre. Un trio de copains dans la ville et dans une période historique de remises en causes diverses, on les suit dans leurs actions pour dénoncer et/ou démolir ce monde de consommation bourgeoise, d’exploitation. Ils pratiquent la réappropriation grâce à d’utiles complicités, participent aux manifs jusqu’au bout là où il y a affrontement physique avec la police armée. La solidarité est réelle face à la répression, un réseau de débrouilles existe de manière informelle. Ils sont jeunes, moins de vingt ans, et Jann-Marc parle ici de lui sans artifices. C’est un récit historique dans lequel il déroule le fil de sa vie militante. On est plongé, sans fausse nostalgie ni embellissement dans ce monde d’aventures d’une jeunesse masculine, même si la mémoire est sujette à reconstruction. Ce témoignage montre le décalage qui s’est opéré entre les gestes de révoltes des années 1970 et l’autocensure actuelle consécutive au contrôle et à la répression à l’œuvre de nos jours : retourner une voiture de flics, lancer des molotovs ou mitrailler les locaux du patronat… ! Autant de gestes de cette jeunesse en colère, qui, de nos jours déboucheraient sur des peines de prison ferme et trop longues ; de fait ces actions ne sont plus monnaie courante, la rébellion n’est plus sauvage et autonome. Le glossaire en fin de livre est bien utile et nous informe sur l’histoire de groupes politiques à l’existence éphémère autour d’un journal, d’une organisation… *Je hais les matins, Denoël, 2001 – Le Prolétaire précaire, Acratie, 1971 (avec N. Ménignon, R Schleicher, J. Aubron), 2001 – Paul des Epinettes, L’insomniaque, 2002 – Le roman de Gluck, L’esprit Frappeur, 2003 – Lettres à Jules, Agone, 2004 – La part des loups, Agone, 2005. Chantal, OCL Toulouse
Courant alternatif n°172,
été 2007
Jann-Marc Rouillan, emprisonné depuis 1987...
Jann-Marc Rouillan, emprisonné depuis 1987 pour sa participation au groupe armé Action directe publie le premier volet de ses souvenirs. En revenant sur son parcours de jeune enragé c’est tout un pan du militantisme post 1968 qu’il nous transmet. Avec une bande de joyeux potes et camarades, Jann-Marc est partie prenante de nombreux coups fumants qui émaillent la scène politique toulousaine en cette année 1970 : bastons mémorables avec les flics ou les fachos, bombages, manifs qui partent en vrille, manches de pioches, cocktails Molotov… auxquels se mêlent amours furtifs, séances de ciné chaotiques, trip sous LSD et déambulations nocturnes qui font se sentir libre. Mais c’est surtout la révolte contre l’ordre établi qui transparait au fil des pages. Quand l’État français recycle d’anciens collabos, que ses légionnaires traquent des rebelles au Tchad et au Cameroun, que des ouvriers africains meurent dans l’incendie d’un foyer à Aubervilliers, l’insoumission s’impose comme une évidence et la lutte devient le quotidien. C’est sous le nom de Groupe autonome libertaire que Rouillan et ses amis vont sévir, parfois en collaboration avec les maos de la Gauche prolétarienne et toujours en se heurtant aux « gauchistes officiels » et aux « états-majors protestataires », à leur prudence et leur soif de respectabilité. De l’autre côté des Pyrénées, la dictature tient l’Espagne d’une main de fer avec la bénédiction des « démocraties européennes » et Toulouse, « capitale de l’Espagne républicaine », manifeste contre la répression franquiste. Nourris des récits des anciens combattants de la guerre d’Espagne et des guérilleros qui ont agit dans l’Espagne franquiste dans les années 1945–1960, Jann-Marc et sa bande « vivent et s’arment Burgos ! »1. En association avec ETA, vient alors le temps des premières missions clandestines en Espagne et la participation aux activités du Mouvement ibérique de libération (MIL), groupe armé révolutionnaire formé en janvier 1971 et issu des luttes ouvrières de Barcelone2. 2 Pour une histoire du MIL, fondé sur des témoignages d’anciens militants, dont celui de Jann-Marc Rouillan, lire : Jean-Claude Duhourcq et Antoine Madrigal, Mouvement ibérique de libération, mémoires de rebelles, Editions CRAS, Toulouse, 2007, 22 euros. Clément (AL Paris-Sud)
Alternative libertaire,
juillet-août 2007
Jann-Marc Rouillan : Luttes de jeunesses
Les années de formation des révolutionnaires « professionnels » sont toujours des moments passionnants à analyser. On y cherche naturellement ce qui peut mener à la radicalité des engagements : milieu d’origine, rencontres, lectures… L’enjeu est de taille lorsqu’il s’agit d’un militant d’Action directe (ce groupe révolutionnaire qui recourait à la lutte armée dans les années 1980) comme Jann-Marc Rouillan, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa participation à des assassinats politiques et toujours incarcéré. Déjà auteur, en prison, de plusieurs ouvrages, celui-ci livre maintenant ses souvenirs de jeunesse à Toulouse en 1970–1971. Au-delà de son histoire propre, Rouillan entraîne le lecteur dans le monde militant de la ville à l’époque. Soucieux de lier son propos à la topographie urbaine, il évoque les lieux avec précision. De la faculté de droit aux cafés d’Esquirol ou de la place du Capitole, Rouillan conduit ainsi une véritable promenade rebelle dans Toulouse. L’engagement de l’auteur se marque d’emblée par la révolte brute : « Nous n’étions plus qu’excitation électrique, courses dératées dans les rues, nuit et jour en permanent état d’urgence insurrectionnelle », d’où les bagarres avec la police, l’extrême droite ou les rivalités entre groupes gauchistes. Les discussions théoriques ne jouent pas ici un grand rôle. En revanche, Rouillan et ses proches s’inscrivent dans la grande histoire et la légende révolutionnaires : on discute abondamment de la Commune de Paris (1871), de la désobéissance des soldats en 1914–1918, ou de la Résistance. Mais c’est sans doute la guerre d’Espagne, prolongée par la lutte contre le franquisme, qui, dans une ville traversée encore aujourd’hui par cet héritage, constitue l’horizon le plus prégnant, d’autant plus que d’anciens guérilleros servent de relais. C’est aussi par l’Espagne que l’action de Rouillan change de dimension en soutenant l’activisme des militants basques dans leur combat contre le franquisme. L’ambiance se durcit ; quelques compagnons décrochent. Le combat et l’illégalité n’empêchent pas des épisodes plus légers, tel ce détournement d’un camion Blédina : « Notre association de conspirateurs s’est longtemps gavée de petits pots pour bébés. » D’ailleurs, Rouillan garde une image positive de ce temps-là : « Nous étions si heureux de combattre. » La suite est à venir. DE MÉMOIRE (1). LES JOURS DU DÉBUT : UN AUTOMNE 1970 À TOULOUSE de Jann-Marc Rouillan. Agone “Mémoires sociales”, 206 p., 14 euros. Nicolas Offenstadt
Le Monde des Livres,
28/06/2007
Un anarchiste dans Toulouse la rouge
Écrit en prison, “De mémoire” raconte la fin de l’adolescence de Jean-Marc Rouillan, en 1970. Parcours sensible, des Minimes au Florida, de l’Arsenal au Saint-Agne. Deux ans après un mai retentissant, Jean-Marc Rouillan habite rue d’Aquitaine, aux Minimes, avec quelques copains. Lycéen dilettante, il préfère regarder « les ouvrières des ateliers Froufrou à l’heure de la pause, assises sur des chaises, leurs blouses roses entrouvertes » et contempler « les longues péniches noires comme des cormorans en partance pour l’Atlantique ». La passerelle sur le canal du Midi, Jean-Marc Rouillan la franchit souvent pour gagner le centre ville, son université et ses bars. Avec la cafétéria de l’Arsenal et le Saint-Sernin, « fief dominical des gauchos amateurs du combat urbain », le Florida est l’un de ses QG, troquet à l’ancienne où les étudiants refont le monde. « La décoration n’avait pas encore été refaite ; et l’ambiance vieillotte renvoyait aux tableaux arlésiens de Van Gogh. Sauf que, dans la soirée, le patron prenait davantage la tête d’un personnage de Breughel. Sa femme, décolorée et despotique, l’avait condamné à deux bocks de bière pression. Dès qu’elle tournait le dos, il la mélangeait au pastis, au whisky, au gin… » Toulouse, en 1970, c’est la présence très forte des réfugiés espagnols, luttant contre un pays encore sous le joug de Franco ; ce sont aussi des manifs répétées et des vitres brisées rue d’Alsace ; le face-à-face nerveux avec les CRS. Et puis il y a le Saint-Agne, « vieille salle discrète, tenant davantage de Fellini Roma que des cinés art et essai », curieux espace de liberté « où les joints tournaient dans les travées et au balcon ». Loin du brûlot pesant, même s’il détaille tous les courants révolutionnaires d’alors, « De mémoire » bruisse de notations vibrantes et sensibles, suite de portraits colorés de nostalgie. Quelles que soient leurs idées politiques, beaucoup de Toulousains y retrouveront quelque chose de leur jeunesse enfuie. Jean-Marc Le Scouarnec
La Dépêche du midi,
9/05/2007
Itinéraire d’un révolutionnaire
Jann-Marc Rouillan est incarcéré depuis le 26 février 1987 pour ses activités au sein du groupe Action directe. Il est l’auteur de Je hais les matins (Denoël, 2001), Lettre à Jules (Agone, 2004), La Part des loups (Agone, 2005) et Le Capital humain (L’Arganier, 2007). Chez Agone, il vient également de publier le premier volet d’une saga tourmentée, De Mémoire. « Pour mon malheur, j’ai la mémoire ancrée à nos vieux rêves. » Dans De Mémoire, Jann-Marc Rouillan, ce multi-récidiviste de la reconstitution de ligue dissoute, remonte le cours de son histoire. Bien entendu, de là où il parle, son livre n’a rien à voir avec le tourisme révolutionnaire post-soixante-huitard de certains dandys passés du col Mao au Rotary club. Rouillan n’est pas de ceux qui firent des omelettes sans casser d’œufs, de ceux qui passèrent entre les gouttes pour échouer dans de douillets cabinets ministériels. Pour bien comprendre d’où vient Jann-Marc Rouillan, nous devons revenir à l’automne 1970, à Toulouse, ville inspiratrice de Claude Nougaro, mais aussi « capitale de l’Espagne républicaine ». La lutte antifranquiste s’y conjugue toujours au présent. Les échos de la Résistance contre le nazisme résonnent aussi dans les rues. Tous les collabos ne sont pas KO. L’ancien patron de la milice de Vichy, René Bousquet, dirige La Dépêche du Midi… Rouillan a dix-huit ans. Il emménage avec deux potes dans un pavillon, rue d’Aquitaine. Enric est fils de réfugiés espagnols. Henry, un prolo objecteur de conscience. Jann-Marc, dont le père était opérateur radio dans l’Armée secrète, est insoumis total. « La mémoire palpitait si fort en nous. Nous étions convaincus d’appartenir au bon camp, à celui que le pays taisait ou censurait dans de fausses commémorations », confie Jann-Marc. Commence une saga nourrie aux lectures de Jules Vallès, de Louise Michel, de Bakounine, en passant par Steinbeck, Miller (Henry, pas Arthur), Artaud, Bataille, Kerouac… Les clochards célestes écoutent Leonard Cohen, Léo Ferré, Dominique Grange, Woody Guthrie, Sun Ra, King Crimson, regardent les films de Pasolini ou de Mocky. Nous sommes entre Easy Rider et La Chinoise… Les quatre cents coups, Rouillan les a donnés un peu partout. Lors du festival de l’île de Wight (pour la gratuité des concerts), contre les fachos et les flics, contre les monuments aux morts, contre les bénitiers où les mécréants versent du bleu de méthylène… Parfois, ça tourne à la blague de potache ou à la déconfiture sauce Pieds Nickelés… Le récit d’une expropriation dans un dépôt de rhum restera dans les annales de la cambriole. « Parfois, je me demande si notre imagination soixante-huitarde tant vantée par les générations suivantes est bien à la hauteur de sa renommée », s’amuse l’auteur. Quêteur d’absolu révolutionnaire, avec un orgueil adolescent trop chargé, Jann-Marc exige beaucoup des autres… et de lui-même. L’ambiance se gâte dans le pavillon de la rue d’Aquitaine. « Nourri à la littérature des classiques, je refusais le quotidien des fausses passions, des fausses rebellions, les prétendus communistes, comme les autoproclamés anarchistes, le dandysme situationniste et les amourettes à deux ronds. Contre les tartuffes, je prêchais le romantisme jusqu’au bout des ongles. » Les conversations militantes tournent autour des Palestiniens, des Tupamaros, des Panthères noires… « Nous étions les enfants de l’ère concentrationnaire et nucléaire. A nos yeux, tous les pouvoirs d’Etat portaient la marque indélébile des criminels. Pour Vive la Commune, la lutte armée était conçue comme un moment de la lutte politique. Inéluctable si le camp des ouvriers voulait triompher », explique Rouillan. A ce stade, le « western » espagnol l’appelle. Le cow-boy toulousain va rejoindre les peaux rouges basques. Jann-Marc hérite d’un pseudo, Donostia (nom basque de Saint-Sébastien) qui devint Sébastian, puis Sebas. Franc-tireur toujours, il intègre un groupe autonome d’appui à ETA. C’est la naissance du MIL (Movimiento Iberico de Liberacion). Le sigle, 1000 sur sept fusils, rappelle la revue cubaine Tricontinental. Le mot « ibérique » lui convient, en souvenir de la vieille fédération anarchiste ibérique. Sebas part alors pour « vivre totalement »… en sachant que la mort l’attend peut-être au prochain virage. Un livre indispensable, superbement écrit, pour qui veut comprendre comment un jeune militant révolutionnaire pouvait s’engager, en 1970, dans le maquis antifranquiste. Voici une tranche d’histoire contemporaine, ignorée par les manuels officiels, sauvée de l’oubli. Paco
lemague.net,
12/04/2007
La part oubliée d'une révolte française
Dans le premier volume de son autobiographie, l’activiste Jann-Marc Rouillan revient sur l’origine de son engagement politique: Toulouse dans les années 1970 et l’antifranquisme.
L’automne 1970 fut pour Jann-Marc Rouillan une période d’activisme frénétique au sein du groupe autonome Vive la Commune et le moment de son entrée dans un mouvement de résistance armée au franquisme. Membre du groupe Action directe, aujourd’hui incarcéré, Rouillan raconte ces «jours du début» dans la première partie de ses mémoires qui paraît en ce moment chez l’éditeur marseillais Agone. Les souvenirs de la guerre d’Espagne et de la résistance française au régime de Pétain baignent le récit de cette année 1970. Ils trouvent un double prolongement dans le présent toulousain du jeune Rouillan. D’une part, le combat contre le fascisme continue en Espagne et René Bousquet, haut-fonctionnaire de Vichy et organisateur de la rafle du Vel’ d’Hiv, plastronne à la direction de La Dépêche du midi. D’autre part, au hasard de rencontres dans cette «capitale de l’Espagne républicaine» qu’est Toulouse, la mémoire militante s’incarne: «Nous allions de plus en plus chez les vieux, écrit Rouillan, en particulier chez Théophile [...] qui nous racontait le 19 juillet 1936, les batailles d’Aragon et les camps allemands». Ces rencontres et l’histoire qu’elles charrient sont déterminantes parce qu’elles conduisent Rouillan à un point où prendre les armes est non seulement envisageable idéologiquement, mais surtout réalisable concrètement. C’est en effet un groupe d’exilés espagnols qui forme Rouillan et son camarade Enric Olle aux techniques de la clandestinité – vol de voitures, armes, fabrication de faux papiers – puis les met en contact avec un réseau antifranquiste. Commence alors l’aventure du Mouvement ibérique de libération (MIL), un groupe de résistance armée antifasciste et anticapitaliste. C’est sur les débuts de ce mouvement que se clôt ce premier tome. Le prélude à cet engagement c’est, pour Rouillan et Olle, le groupe Vive la Commune qu’ils fondent avec Henry Martin autour du pavillon dans lequel ils cohabitent. En marge des organisations, tenu à distance par les services d’ordre dans les manifestations, Vive la Commune pratique l’action directe: émeutes, jets de cocktail Molotov, attaque des bureaux de l’association des étudiants en droit... Et à Toulouse en 1970, les occasions ne manquent pas, comme lors de cette journée d’émeute à l’université qui marque, selon Rouillan, l’apogée et le terme de l’existence du groupe autonome. La publication de ce volume vient tirer le l’oubli la part française d’une histoire européenne: celle de la violence révolutionnaire à la fin des Trente Glorieuses. Si le retour en Italie d’Oreste Scalzone ou la libération de Brigitte Mohnhaupt donnent lieu à des épanchements médiatiques, force est de constater que les militants d’Action directe, toujours incarcérés, restent relativement épargnés par ces sursauts de mémoire. Non qu’on leur souhaite d’avoir, comme Cesare Battisti, le soutien de Bernard-Henri Lévy, mais il ne paraît pas inutile de se souvenir dans quelles circonstances des groupes ont fait le choix des armes. Loin des chromos qui font de Mai 1968 une agitation étudiante rigolade et vaguement libertaire, l’ouvrage de Rouillan éclaire l’articulation de l’élan de révolte de Mai avec la tradition de résistance armée au fascisme. Auteur de plusieurs autres textes et de chroniques carcérales pour le journal CQFD, Rouillan veut «écrire autre chose» que «les biographies que [s]es contemporains consacrent à leur tourisme révolutionnaire post soixante-huitard» et qui «l’emmerdent tant». Il est clair que le militant ne vient pas présenter ses excuses, en cela déjà il se distingue. Surtout, avec ces souvenirs de 1970, il montre une fraction de l’extrême-gauche qui est ignorée des historiens et des biographes. Vive la Commune n’est en effet pas une organisation bien structurée produisant textes et luttes de pouvoir internes. Ce que raconte Rouillan, c’est une manière de vivre contre l’ordre social, l’activisme n’étant alors en rien séparé du reste de la vie. Il est ainsi significatif que le noyau du groupe partage le gîte et le couvert dans ce pavillon commun. Une large part des récit publiés sur les années 1970 proviennent au contraire de militants actifs dans des organisations très structurées – qu’on pense à Tigres en papier où Olivier Rolin retrace son passage au sein de la Gauche prolétarienne. La mémoire du milieu autonome est une mémoire fragile, d’une part parce que ces groupes éphémères et locaux se souciaient peu de laisser des traces et d’autre part parce que ceux qui composaient ce milieu n’ont pas accédé à des positions de pouvoir légitimant leur témoignage public. Ce récit des «jours du début» – qui profite de notes explicatives et d’un très utile glossaire – contribue à sauver un peu de cette mémoire. Frédéric Deshusses
Le Courrier,
5/04/2007
Rencontre autour du livre de Rouillan
La librairie Le Vent des mots, rue Victor-Hugo à Lannemezan, accueille,samedi 17 mars, à 17 heures, Thierry Discepolo, des éditions Agone.
Il sera présent à l’occasion de la sortie du livre de Jean-Marc Rouillan, membre d’Action directe, emprisonné à la centrale pénitentiaire de Lannemezan pour les assassinats de Georges Hesse, P-DG de Renault, et du général René Audran. De mémoire 1, sous-titré Les Jours du début : un automne 1970 à Toulouse, raconte la fin de son adolescence dans la Ville rose. Premiers amis, premières amours, premiers camarades, puis premières armes, sont autant de paliers décrits par l’auteur. Mais son ouvrage est aussi prétexte à décrier une époque, ses mœurs,ses idéaux. Une façon de comprendre le cheminement de Jean-Marc Rouillan qui, peu après, prendra le maquis contre la dictature franquiste. Jean-Marc Rouillan a été condamné en 1987, année de son arrestation, à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de dix-huit ans. Cette période s’est achevée en février 2005. Chaque année, des sympathisants viennent à Lannemezan manifester pour la libération du prisonnier. En prison, Jean-Marc Rouillan s’est distingué par sa détermination : soutien à ses camarades d’Action directe, grève de la faim, écriture. Il a aussi publié des livres dont Lettre à Jules, ouvrage dans lequel il s’adresse à Jules Bonnot, chef de la Bande à Bonnot, militants illégalistes, qui ont écumé, au début du siècle, diverses banques, expropriant pour « la cause anarchiste ». Lettres à Jules est également édité chez Agone, ainsi que Les Voyages des enfants de l’extérieur, souvenirs de ses années espagnoles. Il publie également des Chroniques carcérales, recueil de textes mettant en exergue les conditions de vie dans les prisons françaises. C.L. C.L.
La dépêche du midi,
15/03/2007
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