Parution : 17/03/2009
ISBN : 978-2-7489-0095-8 224 pages 12 x 21 cm 18.00 euros |
Xavier Montanyà
Les Derniers Exilés de Pinochet
Des luttes clandestines à la transition démocratique
Traduit du catalan par Lluna Llecha Llop
avec 8 pages de photos Le 29 janvier 1990, alors que le général Pinochet s’apprête à céder la place à un président démocratiquement élu, une spectaculaire évasion a lieu dans une prison de Santiago. Les prisonniers politiques du Front patriotique Manuel Rodríguez (FPMR) viennent brutalement rappeler que, derrière les apparences de la « transition démocratique », les comptes de la dictature sont loin d’être réglés. Ouvrage traduit avec le concours du Centre national du livre > Visiter le site du Comité Chili Vuelvo, pour le retour des exilés politiques au Chili Nourri de ses rencontres avec les exilés, le récit de Xavier Montanyà vient d’une Catalogne où les liens avec le Chili restent forts depuis l’époque de la guerre d’Espagne. Journaliste à Barcelone, auteur d’ouvrages et de documentaires sur les résistances au franquisme, il interroge notamment les zones laissées dans l’ombre depuis le retour de la démocratie.
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Les plaies encore ouvertes du Chili - Procès d'une dictature
EN VERTU d’un mandat international lancé par le juge espagnol Baltasar Garzón, le général Augusto Pinochet est arrêté à Londres le 16 octobre 1998. Il doit répondre des crimes commis pendant les années de la dictature (1973-1989). Evénement impensable pour celui qui croyait avoir organisé son impunité dans les moindres détails et qui, quelques mois auparavant, était encore le chef d’état-major de l’armée chilienne. Evénement également impensable pour les victimes de la répression orchestrée par ce général parvenu au pouvoir grâce au coup d’État qui renversa le président Salvador Allende, le 11 septembre 1973. Evénement à l’origine de trois livres de Jac Forton, Xavier Montanyà et Martha Helena Montoya Vélez.
Auteur de plusieurs ouvrages sur la dictature chilienne, Forton retrace le processus qui aurait pu conduire le général Pinochet et quatorze autres militaires chiliens à rendre des comptes devant la justice française pour la disparition, durant la dictature, de quatre militants de gauche de cette nationalité (1). Ouverte dés les jours suivant l’arrestation de Pinochet à Londres, l’instruction ne sera close qu’en 2007 par une ordonnance de renvoi devant la cour d’assises. Décédé quelques semaines auparavant, le dictateur ne sera donc jugé ni en France ni au Chili. Mais ses complices encore vivants pourraient l’être à Paris. Le procès devait se tenir en mai 2008. II a été reporté sine die. Les lenteurs de la justice française et les méandres des procédures internationales ont, pour l’heure, eu raison de l’ouvre de justice réclamée par les familles des victimes. Pour certains, la violence de la dictature ne pouvait être combattue que par la lutte armée. En 1986, le Front Patriotique Manuel Rodriguez, bras armé du Parti communiste chilien, décida d’éliminer le général Pinochet. Le journaliste catalan Xavier Montanyà retrace le parcours de certains des auteurs de cette tentative d’attentat de laquelle Pinochet réchappa miraculeusement (2). Arrêtés, torturés et condamnés à mort, détenus dans une prison de haute sécurité, ils sont parvenus à s’évader en janvier 1990, quelques jours avant que le général ne transmette le pouvoir à M. Patricio Aylwin, le nouveau président démocratiquement élu. Mais le Chili de la « transition démocratique » a refusé de les amnistier. La plupart d’entre eux ont dû quitter le pays - certains sont encore sous le coup de poursuites judiciaires. Montoya Vélez, elle, était une jeune étudiante colombienne lorsqu’elle est arrivée au Chili pour vivre l’utopie de la révolution pacifique d’Allende. À peine arrivée, elle est happée par le golpe (3). Arrêtée en septembre 1973, elle est détenue pendant un mois au Stade national de Santiago, transformé en centre de torture. Libérée grâce à la ténacité de l’ambassadeur de Colombie, elle rentre brisée dans son pays. Sommée par sa mère de faire silence sur ces semaines de cauchemar, il lui faudra près de vingt ans pour « faire sortir ces blessures cachées sous des déguisements divers (4) ». Son récit, construit sous forme de chroniques courtes et puissantes, conduit le lecteur dans ce « labyrinthe de la douleur » où les femmes étaient entassées, humiliées, violentées par des tortionnaires, obligées à assister à la destruction de leurs maris et compagnons. Un récit de l’enfer, sans amertume et plein d’humanité. Nira REYES MORALES. (1) Jac Forton, Pinochet. Le procès de la dictature en France, Toute Latitude, Paris, 2009, 189 pages, 17,80 euros. (2) Xavier Montanyà, Les Derniers Exilés de Pinochet. Des luttes clandestines à la transition démocratique, Agone, Marseille, 2009, 220 pages, 18 euros. (3) Coup d’État. (4) Martha Helena Montoya Vélez, Rompre le silence. Je t’accuse Pinochet, Elytis, Bordeaux, 2009, 208 pages, 19 euros. Nira reyes Morales
Le Monde diplomatique,
décembre 2009
Le long exil des Chiliens anti-Pinochet
En publiant l’enquête du journaliste catalan Xavier Montanyà, Les Derniers exilés de Pinochet, les éditions Agone éclairent les zones d’ombre qui hantent toujours le Chili depuis la transition démocratique. Le récit proposé par Xavier Montanyà commence le dimanche 7 septembre 1986. Ce jour-là, le général Augusto Pinochet passe le week-end en famille dans sa propriété forteresse, El Melocoton. Nous sommes à trente kilomètres au sud-est de Santiago, au lieu-dit El Cajon del Maipo. Toute la région est surveillée par les agents du dictateur, notamment la route G-25 qui relie la résidence à la capitale. Quelques kilomètres plus loin, dans le village de La Obra, l’arme à l’épaule, des jeunes gens écoutent l’hymne du Front patriotique Manuel Rodríguez (FPMR) ainsi que les derniers mots du président Salvador Allende enregistrés sur une cassette. Ils viennent d’apprendre l’objectif de leur mission. Sous le nom de code Siglo XX, ils doivent tendre une embuscade au dictateur pour le tuer. Le « Frente », organisation polico-militaire, a été créé en 1983 par des jeunes communistes instruits par des guérilleros chiliens formés en URSS ou à Cuba et aguerris au Salvador ou au Nicaragua. Pour leur action, ils disposent d’environ trente-huit M-16 et SIG, de onze lance-grenades LAW (Light Antitank Weapon), de munitions, de grenades et d’explosifs. Soit une petite partie de l’arsenal qui a pu échapper aux perquisitions policières. Répartis en quatre groupes dans de puissants quatre-quatre neufs, les vingt-cinq combattants sont prêts pour l’attaque du cortège officiel qui comprend huit voitures et deux motos. Vingt-sept hommes armés et entraînés protégeaient Pinochet qui circulait dans une Mercedes blindée aux vitres fumées. « Un tank déguisé en voiture », dira le commandant Ernesto, le chef du commando, après avoir vu le dictateur échapper miraculeusement à l’attentat. Après huit minutes de feu très intense, les militants du FPMR se replièrent à la manière de la CNI, la police politique, armes à la portière, sirènes et gyrophares allumés pour tromper les barrages de gendarmerie… Bilan : un blessé léger côté FPMR, cinq morts, douze blessés et des carcasses de voitures calcinées côté dictature. La vengeance de l’État rappela l’après 11 septembre 1973. État de siège, arrestations par centaines, tortures, exécutions sommaires. La mort de Pinochet aurait pu radicalement changer le cours de l’histoire chilienne. L’attentat a donné un bon coup de pied dans la fourmilière. La popularité du FPMR, bras armé du Parti communiste chilien mais ouvert à tous ceux qui souhaitaient abattre la dictature (par exemple les prêtres se réclamant de la Théologie de la Libération), était forte dans les poblaciones. Les distributions de vivres et de fuel domestique, la guérilla urbaine, les plasticages de bâtiments américains, les enlèvements, les attaques d’armureries nourrissaient l’esprit de résistance. Par peur d’une insurrection communiste qui plomberait leurs intérêts économiques, les États-Unis, impliqués jusqu’à la moelle dans le coup d’Etat de 1973 et dans le « maintien de l’ordre », commencèrent à demander un peu de modération à leurs copains fascistes chiliens. Dans les prisons, les détenus politiques n’avaient guère d’illusions sur une transition démocratique qui avançait à pas d’escargot en continuant à faire des courbettes à la justice militaire. Alors que Pinochet (qui restait commandant en chef des armées) s’apprêtait à laisser la place à Patricio Aylwin, premier président démocratiquement élu depuis 1973, une autre action éclatante du FPMR vint donner une claque à la dictature tout en envoyant un avertissement aux démocrates. Le 20 janvier 1990, quarante-neuf prisonniers politiques s’évadèrent sans violence de la Carcel Publica de Santiago, prison de « haute sécurité ». Comment ? Pendant dix-huit mois, une vingtaine de militants du FPMR creusèrent sans relâche un tunnel de près de cent mètres de long sous la prison. À l’aide de fourchettes et de boîtes de conserve, ils grattèrent l’équivalent de dix camions de terre et de sable. Dans le plus grand des secrets, ils ont accompli un exploit digne de La Grande évasion, film qui a d’ailleurs fourni quelques astuces aux évadés chiliens. Après avoir rampé pendant quinze minutes sous terre dans un fin boyau, certains militants eurent le sentiment d’une seconde naissance. Hélas, leur nouvelle vie gardait les scories de la première. Condamnés à la clandestinité ou à l’exil, les évadés furent sans surprise les « oubliés » de la transition démocratique. La plupart sont toujours coincés en France, au Mexique… Cruel revirement de l’Histoire, certains, issus de familles républicaines espagnoles réfugiées au Chili sous Franco, se sont repliés en Espagne. L’arrivée d’un gouvernement démocratique n’a pas effacé l’ardoise sanglante de la dictature. Bien que civils, victimes de tortures abominables, combattants anti-fascistes loyaux, ils restent poursuivis par des jugements militaires iniques. Augusto Pinochet est mort le 10 décembre 2006, journée internationale des Droits de l’Homme. L’ordure avait 91 ans. Arrêté à Londres en 1998 puis relâché pour « démence sénile », le dictateur a échappé aux procès qui auraient dû sanctionner ses crimes, notamment ceux de l’opération Caravane de la Mort, de l’opération Colombo ou de l’opération Condor. Le régime de Pinochet est responsable de trois mille morts et disparus. Pinochet était poursuivi dans cinq affaires de droits de l’homme au Chili. Parmi elles, celle de la Villa Grimaldi où plus de quatre mille personnes ont été torturées entre 1973 et 1978. Deux cents sont toujours portées disparues. Au moins trente-cinq mille personnes sont passées sous les griffes sadiques des bourreaux du fossoyeur de la Unitad Popular. Dans une dizaine d’autres pays, des plaintes étaient également déposées contre le général ami de la CIA. Grand criminel, Pinochet était aussi un vulgaire voyou. Comme Al Capone, c’est sur le terrain fiscal qu’il aurait pu chuter en premier. Dans un monde qui marche sur la tête, les crimes d’argent sont plus graves que les crimes contre l’Humanité... Le gangster aux lunettes noires était notamment accusé d’avoir détourné vingt-huit millions de dollars. Pour avoir osé s’attaquer à une telle pourriture, près de deux cents hommes du FPMR, du MIR et du PCCh, coupables de « crimes de sang » selon des tribunaux militaires, sont condamnés injustement à l’exil. La société chilienne a vite oublié la dette qu’elle a envers celles et ceux qui ont risqué leur vie pour la démocratie. Le livre de Xavier Montanyà leur rend un vibrant hommage tout en apportant des éclairages vivants sur les actions clandestines et sur les remous politiques au Chili. Après avoir interviewé plusieurs exilés de la démocratie chilienne, l’auteur restitue avec précision les grands moments du FPMR que sont l’attentat contre Pinochet et l’évasion de la Carcel Publica de Santiago. Ken Loach puiserait là un scénario à la hauteur de ses meilleurs films politiques. Xavier Montanyà, Les Derniers Exilés de Pinochet – Des luttes clandestines à la transition démocratique (Chili 1984–1991), éditions Agone, 226 pages dont huit avec photos. 18€. Traduite du catalan par Lluna Llecha Llop, cette édition a été établie par Jean-Marc Rouillan. Paco
Le Mague,
21/07/2009
El exilio político de la democracia chilena (interview avec Francisco Peña)
Entrevista con Francisco Peña Riveros, ex preso político del FPMR En la mitificada democracia chilena, fruto de una eterna transición pactada, la persistencia del exilio político es una realidad. Hace algunos meses el intento de ingreso a Chile del ex preso político del MAPU-Lautaro y actual condenado a pena de extrañamiento, Jorge Escobar Díaz, volvió a develar la situación de un centenar de chilenos que aun, luego de 20 años de transición, se enfrentan al exilio político. Resulta paradójico que una coalición política que ya lleva dos decenios en el gobierno y que se vanagloria de la gran solidez de la democracia chilena niegue la existencia de esta realidad, que más que por su amplitud, resulta de un enorme significado debido a su persistencia en el tiempo, ya que se arrastra desde los negros años de la dictadura de Pinochet. La aparición en Francia del libro del periodista catalán Xavier Montanyà Les derniers exilés de Pinochet1 (Los últimos exiliados de Pinochet) y la creación del Comité Chile Vuelvo, organización creada recientemente para terminar con el exilio y el extrañamiento político, han vuelto ha instalar en el tapete la necesidad de una solución política global para la enorme deuda que constituye el exilio político de la transición pactada, ya que si bien estos hombres y mujeres fueron presos políticos de la dictadura, es la democracia chilena la que los exilió o la que no ha dado solución a su situación jurídico-legal. Nos entrevistamos en Paris con Francisco Peña Riveros, ex preso político del FPMR, fugado de la Cárcel Pública en enero 1990, quien nos habló del exilio persistente. En breves palabras, ¿nos puedes recordar quién eres y cuál es la situación de los exiliados de la transición chilena? Soy Francisco Peña vivo en Francia desde 1991. Estuve 6 años en prisión y soy parte de los presos políticos que nos fugamos de la cárcel pública en enero de 1990. Después de la fuga permanecí un año clandestino en Chile y salí en enero de 1991. Desde esa fecha estoy en Francia, reconstruyendo una vida, desarrollado mi trabajo y con mi familia. Yo hago parte de las personas que no creyeron en el cambio de gobierno, del cambio democrático entre comillas y por esa razón decidimos fugarnos de la cárcel. El trabajo en la cárcel que permitió que recobrásemos nuestra libertad duró prácticamente un año y durante este tiempo, siempre nos interrogamos y analizamos si era o no correcta la evasión, pensando que se avecinaba un cambio de gobierno. Nuestra conclusión fue que el gobierno que venía, la Concertación, no nos iba a permitir la libertad, que íbamos a continuar en la prisión y que lógicamente nuestro derecho era continuar la lucha en la que nos habíamos comprometido, por lo cual la cárcel se convierte en una nueva trinchera. Es por esto que decidimos lograr la libertad por nuestros propios medios. Nuestro análisis, se confirmó con la llegada del nuevo gobierno supuestamente democrático, puesto que los compañeros que quedaron en la prisión fueron enviados al exilio y las condenas que tenían se les intercambio por los mismos años pero en exilio. Es decir se les aplicó un decreto que existía durante la dictadura, intercambio de pena de cárcel por extrañamiento. Es por esto que pienso que la decisión que tomamos fue correcta, dado que los cambios que produjo el primer gobierno de Patricio Aylwin y la Concertación no fueron de la profundidad que se merecía y que el momento político meritaba. ¿Cuál es la situación actual de los exiliados de la transición? Actualmente hay tres categorías de exiliados, de personas que no pueden volver a Chile. En primer lugar el grupo de personas que se fugaron de la cárcel y que estamos impedidos de regresar, ya que si volvemos, volvemos a la prisión. Los procesos no se han resuelto, no ha habido ninguna ley y ninguna voluntad política de resolver nuestra situación. Las situaciones que se han logrado resolver han sido de manera individual, particular, donde cada uno ha tenido que ver las posibilidades de ir resolviendo jurídicamente su caso. Un segundo caso, es la gente que sale exiliada intercambiando la pena de prisión y que no pueden regresar en la medida en que no cumplan la pena a la que estaban condenados. Hay casos en que algunos compañeros están condenados a 80 o 40 años y que estuvieron en la cárcel más de 10 años y que si vuelven corren el riesgo de caer en la cárcel a terminar la condena. Existen situaciones en que se ha quebrado esta condena, por razones humanitarias, de compañeros que han viajado a Chile debido a la muerte o enfermedad de sus padres y han sido detenidos y expulsados. Por lo cual podría decirse que estamos frente a la continuación de la prisión en el exilio. Un tercer caso, es el de los que nunca han estado presos, pero que son buscados por que aparecen en algunos procesos y que hasta el día de hoy si regresan aparecen vinculados a procesos que aún están abiertos y que en caso de regresar arriesgan la prisión. Según tu análisis, ¿a qué se debe esta falta de voluntad política de los sucesivos gobiernos de la Concertación para solucionar definitiva y globalmente el problema del exilio político? Pienso que hay múltiples causas. El no querer llevar, por ejemplo para la gente que nos fugamos de la cárcel, a un hecho público una forma de lucha y de combate, una disposición de continuar la lucha a pesar de haber estado en prisión. Esto como un ejemplo para la sociedad, para mostrar que los que estábamos en la cárcel nos forjamos la libertad con nuestras propias manos. La cárcel nos es el término de la lucha, ésta no acaba con el combatiente. La cárcel es una trinchera de lucha mas, ahí nos dimos tarea y una de estas tareas era la libertad por nuestras propias manos. Otra razón, es que la resolución de los temas de derechos humanos es la revisión global de los tribunales de justicia y los métodos que utilizan estos para el juzgamiento. Nosotros nos vimos juzgados por las fiscalías militares, sin ser militares, incluso fuimos juzgados y condenados dos veces por el mismo delito, pasando por tribunales militares y civiles. Entonces la cantidad de vicios que cada proceso conlleva es algo que debería llevar necesariamente a revisar y reordenar las estructuras jurídicas. Otra seria una razón netamente política, al infligir un castigo ejemplar a las personas que no respetaron las leyes, la jurisprudencia a través de la fuga. En seguida, esta falta de voluntad por parte del gobierno es debido a que esto sienta un precedente como una forma de castigo para los que significan un peligro para el gobierno, como es el caso hoy en día del pueblo mapuche, ya que se aplican las mismas leyes que aplicó la dictadura, ya sea la ley de control de armas y la ley antiterrorista. A mi parecer la persistencia del exilio político es una de las tantas deudas de la democracia chilena. Para ti, ¿cuáles son las deudas que la transición pactada aún tiene con la sociedad en su conjunto? Evidentemente que hay una deuda hacia todos los combatientes contra la dictadura y por la libertad y la democracia. En primer lugar es una deuda con todos aquellos y aquellas que murieron en esta lucha y que entregaron su vida en esta batalla por la justicia, la libertad y la democracia. Segundo una deuda hacia aquellos que perdieron su libertad, ya que al mismo tiempo los que perdimos la libertad fuimos también torturados, sufrimos la cárcel, debido a un compromiso y una lucha. En el momento de regreso a la democracia debió haber sido lo primero, abrir las cárceles y liberar a los presos políticos y en seguida reestablecer los derechos civiles y políticos de todos nosotros. Hoy en día los que estuvimos en la cárcel tenemos nuestros derechos civiles conculcados, por lo cual no tenemos derecho a elegir o ser elegidos, entre otras cosas. Y esa deuda también se traspasa a lo que es la situación política en Chile, como la permanencia de la Constitución de 1980, a la cual se le han hecho sucesivos retoques, pero la cual guarda su esencia. Con esto lo que se logró fue avalar un sistema espurio y que, con esta firma a la Constitución lo que se hizo fue legitimarlo. Por lo tanto es una deuda con todo el país, por que se legitima una Constitución de facto. Pienso que cada gobierno le ha sacado provecho, ya que les acomoda en todos los planos, como el sindical, el estudiantil. La aplicación de estas leyes impide que exista un cambio importante, frena el movimiento social y por lo tanto impide que se produzca un ascenso en las luchas por la exigencia de los derechos individuales y colectivos. —————— L’exil politique de la démocratie chilienne Dans la mythique démocratie chilienne, fruit d’un éternel pacte de transition, la persistance de l’exil politique est une réalité. Il y a quelques mois la tentative de retour au Chili de Jorge Escobar Díaz, ex-prisonnier politique MAPU-Lautaro toujours condamné à l’exil, a de nouveau mis en évidence la situation d’une centaine de chiliens qui, vingt ans après la transition, restent tous confrontés à l’exil politique. Il demeure paradoxal qu’une coalition politique, au gouvernement depuis deux décennies et qui se vante de la grande solidité de la démocratie chilienne, nie l’existence de cette réalité, qui plus que par son amplitude, garde une signification énorme par sa persistance dans le temps et son origine dans les années noires de la dictature de Pinochet. La publication en France du livre du journaliste catalan Xavier Montanyà Les Derniers exilés de Pinochet et la création du Comité Chili Vuelvo, organisation crée récemment pour en finir avec l’exil politique, ont permis de remettre sur le tapis la nécessité d’une solution politique globale à l’énorme dette que constitue l’exil politique de la transition pactée, car si ces hommes et ces femmes furent des prisonniers politiques de la dictature, c’est bien la démocratie chilienne qui les a exilés et n’a proposé aucune issue à leurs situations juridico-légales. Nous avons rencontré à Paris Francisco Peña Riveros, ex-prisonnier politique du FPMR, évadé de la prison publique de Santiago en janvier 1990. Il nous parle de son expérience de l’exil. En quelques mots, peux-tu nous rappeler qui tu es et quelle est la situation des exilés de la transition chilienne ? Je m’appelle Francisco Peña, je vis en France depuis 1991. J’ai été emprisonné 6 années et je fais partie des prisonniers politiques qui se sont enfuis de la prison publique en janvier 1990. Après l’évasion je suis resté clandestin un an avant de quitter le Chili en janvier 1991. Depuis cette date je suis en France, reconstruisant ma vie, avec un travail et avec ma famille. Je fais partie des personnes qui n’ont pas cru au changement de gouvernement, au changement “démocratique”, et pour cette raison nous avons décidé de nous évader de la prison. Le travail à l’intérieur qui nous a permis de reprendre notre liberté a duré pratiquement un an. Pendant ce temps nous nous interrogions et analysions si l’évasion était la bonne option ou non, car nous croyions qu’un changement de gouvernement allait avoir lieu. Notre conclusion fut que le gouvernement qui venait, la Concertation, n’allait pas nous permettre de retrouver notre liberté, que nous allions croupir en prison et qu’en conséquence notre droit était donc de continuer la lutte dans laquelle nous nous étions engagés, lutte dans laquelle la prison se convertissait en une nouvelle tranchée. Notre analyse s’est confirmée lors de l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement supposé démocratique : les camarades restés en prison furent expulsés du Chili, leurs peines étant échangées contre autant d’années d’exil. Quelle est la situation actuelle des exilés de la transition ? Il y a actuellement trois catégories d’exilés qui ne peuvent retourner au Chili. Selon toi, à quoi est dû ce manque de volonté politique des gouvernements successifs de la Concertation pour résoudre définitivement et globalement le problème des exilés politiques ? Je pense qu’il y a de multiples causes. Il me semble que la persistance de l’exil politique est une des nombreuses dettes de la démocratie chilienne. Pour toi quelles sont les dettes que le pacte de transition a encore avec la société dans son ensemble ? Il y a évidemment une dette envers tous les combattants contre la dictature et pour la liberté et la démocratie. Cette dette se retrouve aussi dans la situation politique actuelle du Chili, notamment la permanence de la Constitution de 1980, laquelle, malgré plusieurs retouches successives, garde son essence originelle. Ceci permet d’avaliser un système bâtard, et de légitimer cette Constitution. C’est donc une dette envers tout le pays, puisqu’on légitime une Constitution de fait. Je pense que chaque gouvernement en a tiré profit, car ça les arrangeait sur tous les plans, au niveau syndical, étudiant… L’application de ces lois empêche la possibilité d’un changement important, freine le mouvement social et empêche que se produise une avancée dans les luttes pour l’exigence des droits individuels et collectifs. (Traduction des éditeurs) ———————— 1 Les Derniers Exilés de Pinochet. Des luttes clandestines à la transition démocratique, Editorial AGONE, 2009. Traducido del original en catalán, La gran evasió. L’heroica fugida dels últims exiliats de Pinochet (Ara Llibres, 2006). Rocio Gajardo
Rebelion,
10/07/2009
Marine (AL Montpellier)
Alternative Libertaire n°184,
mai 2009
Au cœur de ce livre, se trouve la rocambolesque évasion en 1990 d’une quarantaine de prisonniers politiques de la prison centrale de Santiago du Chili via un tunnel de près de 100 mètres de long. On imagine sans peine ce que cette opération, appelée Exito, a dû coûter en sueur, en peur, en courage et en énergie. Une évasion qui n’est pas sans rappeler celle, spectaculaire et tragique, des prisonniers politiques basques de la prison de Ségovie en 1976. En 1986, la dictature chilienne vacille. Elle est sous le coup de l’attentat perpétré par le Front patriotique Manuel-Rodriguez, structure politico-militaire communiste, sur la personne même d’Augusto Pinochet. Une répression féroce s’abat sur les militants révolutionnaires, avec son cortège de tortures et de liquidations physiques. Mais la découverte d’un arsenal militaire important, capable d’armer une guérilla conséquente, finit de convaincre les Etats-Unis qu’il y a urgence de neutraliser tout parti politique pouvant « prendre le pouvoir et mener à bien une politique d’initiative sociale plus égalitaire et équitable » que celle promue par les néo-libéraux, politique très bien présentée dans un livre récent du sociologue Rodrigo Contreras Osorio, /La dictature de Pinochet en perspective – Sociologie d’une révolution capitaliste et néo-conservatrice/ (L’Harmattan, 2007). Dans ce Chili de la fin des années 1980, l’heure est donc aux tractations politiques et à la gestion de l’inévitable « transition démocratique ». Le démocrate-chrétien Patricio Aylwin, qui a soutenu le coup d’Etat de 1973 au nom de la restauration de l’ordre public, est élu lors du plébiscite de décembre 1989 grâce au soutien de la social-démocratie chilienne. Il est partisan d’un /modus vivendi/ avec les militaires et veut garantir à Pinochet et aux forces armées qu’ils ne seront pas poursuivis pour les crimes commis durant la dictature ; parallèlement il rejette toute idée d’amnistie pour les prisonniers politiques accusés de crimes de sang. C’est donc dans ce contexte particulier que les prisonniers du FPMR parviennent à s’enfuir de leur prison de haute-sécurité. Patricio Aylwin ne leur pardonnera pas de ne pas avoir attendu sagement que le nouvel ordre politique ne statue sur leur sort. Et aujourd’hui encore, entre cent et deux cents militants révolutionnaires chiliens vivent toujours en exil, contraints et forcés, puisque la justice démocratique n’a pas encore annulé les procédures engagées contre eux sous la dictature… Christophe Patillon
Alternantes FM ,
09/04/2009
Les fugitifs
Prisonniers politiques de la dictature Pinochet, ils se sont enfuis de la prison de Santiago en 1990 en creusant un tunnel. La plupart des 49 évadés sont encore clandestins au Chili ou exilés. Récit de leur incroyable épopée. 1 Avec 54,71 % des suffrages. Anne Proenza
Libération,
08/02/2005
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