Parution : 13/10/2009
ISBN : 978-2-7489-0107-8 400 pages 12 x 21 cm 24.00 euros |
Ronald Creagh
Utopies américaines
Expériences libertaires du XIXe siècle à nos jours
Du voyage du socialiste gallois Robert Owen en 1825 aux premières communautés fouriéristes, des mouvements contestataires des années 1960 à l’écologie et aux groupes punks ou lesbiens d’aujourd’hui, les États-Unis ont abrité nombre de communautés utopiques. Souvent installés comme jadis les moines dans des paysages magnifiques et isolés, mais aussi dans l’hôtel d’un village de l’ancienne Réserve de l’Ouest ou exploitant une mine de charbon sur leur territoire, ces groupes mettent à l’épreuve une volonté de vivre en dehors de la logique de la société dominante.
En revenant sur près de deux siècles d’expériences communautaires, ce livre lève non seulement le voile sur un phénomène méconnu et toujours actuel, mais le réinsère parmi les tentatives de lutte contre un système omnipotent, ouvrant une autre voie, originale et non exclusive, vers l’émancipation sociale. Professeur émérite à l’université Paul-Valéry de Montpellier, Ronald Creagh collabore à de nombreuses revues anglo-saxonnes et françaises. Il est notamment l’auteur de L’Affaire Sacco et Vanzetti (Éditions de Paris, 2004), et Nos cousins d’Amérique. Histoire des Français aux États-Unis (Payot, 1988).
L’histoire des communautés intentionnelles aux États-Unis montre que leur apparition provient de la réflexion et d’un libre choix plus que des conditions économiques et sociales.
Les colonies américaines, puis la jeune République présentaient sans doute une situation favorable à une solidarité communautaire. Dans les premiers temps, les régions faiblement peuplées bénéficiaient d’un réseau de communications peu fiables mais de terres peu coûteuses. Les agglomérations bénéficiaient parfois de l’aide de quelque philanthrope ou de spéculateurs avisés, prompts à offrir leurs propriétés inoccupées ou à investir leur argent pour des raisons diverses. Il existait même parfois des structures d’accueil, vestiges de communautés antérieures. La disponibilité des terres et de l’argent a ainsi bénéficié aux associations warréniennes ; de même que les communautés owéniennes, elles se sont établies dans une conjoncture où les prix des terrains étaient en baisse et le crédit disponible. Aucun de ces groupes n’aurait pu se former sans ces conditions, et lorsque ces deux tendances se renversèrent, les groupes furent généralement balayés par les spéculateurs fonciers. Les circonstances changèrent par la suite, mais la presse locale fut toujours prête à claironner une nouvelle initiative collective. Plus récemment, une abondante littérature utopique, y compris dans la science-fiction, invente fréquemment de nouveaux types de société. |
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Ronald Creagh, universitaire auteur de plusieurs ouvrages sur l’anarchisme et sur les Français aux Etats-Unis, en plus d’être un collaborateur régulier de la revue Réfractions, propose avec ce livre une réédition enrichie de son étude sortie en 1983, tenant compte des réalités postérieures à la décennie des sixties. Son propos est centré sur ce qu’il appelle joliment des « oasis d’humanité » (p.11), ces tentatives de communautés visant à l’émancipation, menées par divers individus et collectifs à compter de la première moitié du XIXe siècle, qui ont encore beaucoup à nous apporter, selon lui, dans la mesure où « l’utopie écrite est devancée par l’utopie vécue » (p.22)1. Son choix se porte donc sur des expériences ayant en commun la remise en cause du système capitaliste et des croyances fondamentales, une force créative tournée vers le présent. Pas de tableau détaillé et complet pour autant, Ronald Creagh préfère mettre l’accent sur certains exemples qu’il juge particulièrement notables, écartant par exemple les tentatives de Robert Owen (New Harmony, seulement rapidement citée) et Cabet. Il montre en tout cas bien que les premières tentatives de communautés sont profondément ancrées dans la mentalité étatsunienne en formation, avec un « communisme en survêtement théologique » (p.52), une recherche fréquente de lien avec la nature et un accent mis sur le respect de l’individu. Ainsi des initiatives de Josiah Warren, figure importante de l’anarchisme américain, Utopia ou Modern Times, au milieu du XIXe, basées sur l’échange réciproque de travail. Ces deux exemples prouvent d’ailleurs qu’au-delà des échecs fréquents de ces expérimentations pour diverses raisons (mésententes, étranglement financier, difficultés naturelles, répression…), certaines sont couronnées d’un indéniable succès, anticipant sur les expériences contemporaines des SEL, par exemple. Pour la première moitié du XXe siècle, Ronald Creagh s’arrête principalement sur l’école de Stelton, une « école moderne » du réseau Ferrer ayant fonctionné environ trente ans, de 1910 à 1940, cadre de réflexion sur l’anti-pédagogie (non sans une certaine part d’idéalisme) autour duquel une colonie cosmopolite se développa. On passe ensuite aux années 1960, avec des communautés moins stables, concernant surtout les blancs des classes moyennes, visant un retour vers la nature et une contestation essentiellement culturelle. Parmi les quelques cas évoqués, on retiendra en particulier les communautés lesbiennes. Depuis, Ronald Creagh constate une diversification considérable des expériences, ainsi de celles de la Fédération des communautés égalitaires, ainsi qu’une connexion plus étroite avec le mouvement social et les « nouveaux militants »2 (voir le livre éponyme, chroniqué sur ce site). Les nombreux développements ou analyses que l’auteur fait ont certes le mérite d’installer un contexte pas toujours bien maîtrisé de ce côté ci de l’Atlantique et d’offrir un tableau partiel de l’anarchisme étatsunien (tout comme le riche glossaire), mais au risque de s’éloigner des exemples plus concrets et de générer une relative frustration face au caractère parcellaire du livre. 1 C’est ainsi qu’il retourne la critique du caractère éphémère de ces milieux libres en arguant de sa nécessité afin de ne pas verser dans un immobilisme fort peu révolutionnaire. Il estime même que l’utopie est consubstantielle à la nature et à son fonctionnement, effectuant un parallèle avec la théorie du chaos, alors qu’il nous semble plutôt que l’utopie soit humaine par nature. 2 L’inclusion du principe de l’écovillage dans ces expérimentations contemporaines a toutefois de quoi surprendre, dans la mesure où il est souvent instrumentalisé par le capitalisme désireux de s’offrir un lifting écolo. Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences.net,
janvier 20010
L’ouvrage, qui est une forme actualisée d’une première version écrite en 1983, a pour thèse qu’il existe un communisme libertaire spécifiquement américain, dont les différentes expériences communautaires sont l’expression. Il met ainsi en lien 150 ans d’expériences diverses à l’échelle d’un continent. Ronald Creagh commence par les expériences utopiques à partir des années 1820 qui vont de pair avec l’essor du socialisme utopique popularisé par exemple par Owen ou Fourier. Dans cette phase, ce sont des expériences ayant vocation à créer l’embryon de la société future, parfois organisée avec des règles loufoques, comme le spiritisme obligatoire dans certaines communautés. La plupart de ces communautés ne tiennent que peu de temps avant de disparaitre. La deuxième grande vague d’expériences communautaires est celle liée au mouvement anarchiste naissant au tournant du siècle. Ces expériences, souvent appelées milieux libres sont directement liées au milieu ouvrier et plus souvent urbaines. Elles ont pour objectif, en parallèle avec le combat politique, de créer les conditions pour que les individus s’émancipent réellement, en commençant par l’éducation. Ces milieux connaitront les mêmes fortunes que le mouvement anarchiste américain, plus ou moins détruit par la répression vers 1920. La troisième grande vague d’expérience est celle liée au mouvement hippie : à la fin des années 60 plus de 3000 communautés sont recensées. Celles-ci se caractérisent par leur petite taille, leurs ambitions limitées et leur refus du rationalisme de la société de consommation. Après cette période, l’auteur s’intéresse aux communautés des années 80, mélange entre idéaux hippies et anarchistes. Après ce vaste tableau de pages d’histoires oubliées, Creagh s’intéresse à la notion d’utopie. Il revient sur la différence tranchée entre socialisme utopique et scientifique. Selon lui, l’utopie n’est pas que du socialisme idéaliste à opposer aux vraies luttes du prolétariat. Il voit plutôt l’utopie comme ayant un intérêt à cause de son caractère mythique, d’exemple préfigurant un projet de société. Il argumente avec raison que l’adhésion à un projet de société ne se fait pas que sur des arguments rationnels mais aussi grâce à sa capacité à toucher les aspirations profondes de l’être humain. Par ailleurs, il souligne que les deux grands systèmes politiques du XXe siècle se sont appuyés sur des utopies (le rêve américain et le socialisme réel de la patrie des travailleurs). Si je ne suis pas sur de partager toutes ces opinions, ce livre est intéressant pour l’ éclairage nouveau qu’il apporte sur la nature de l’utopie et pour les belles pages d’histoire qu’il tire de l’oubi. Matthijs (AL Montpellier)
Alternative Libertaire n°190,
décembre 2009
Ronald Creagh, vénérable et malicieux spécialiste des poils à gratter logés dans l’épais cuir américain, est l’auteur d’ouvrages tels que L’Affaire Sacco et Vanzetti ou Nos Cousins d’Amérique, Histoire des Français aux Etats-Unis. Il vient de terminer la réédition, chez Agone, de son Laboratoires de l’Utopie, les communautés libertaires aux États-Unis. A présent, cela s’appelle Utopies américaines. Expériences libertaires du XIXe siècle à nos jours (24 euros). Lire l’article sur Divergences Nestor Potkine
Divergences,
15/11/2009
“Ils font des erreurs, ils commettent des fautes, mais ils animent des chantiers d’émancipation”
Comme je m’efforce de toujours suivre les conseils de Mafalda, j’ai songé qu’il serait judicieux, sur ses recommandations avisées, de me lancer dans la lecture de l’ouvrage de Ronald Creagh (Utopies américaines, Agone, 2009, voir billet précédent). Les microsociétés “utopiennes” que retient Creagh pour cette analyse recoupent uniquement celles qui développent des “imaginaires subversifs” et des “pratiques communautaires émancipatrices”, autant de manifestations récurrentes d’une aire culturelle libertaire ou anarchiste. Lire sur Paris 3 social Club Miss Bretzel
Paris 3 social Club,
07/11/2009
Cette réédition le prolonge. Ce spécialiste de l’anarchisme remonte ainsi aux premières expériences de communautés au xixe siècle, comme celle de Skaneateles dans l’État de New York qui se voulait communiste et était dirigée par un homme, Collins, aux opinions anarchistes et religieuses. À cette époque plusieurs communautés, dont certaines étaient inspirées par le spiritisme ou le végétarisme et d’autres très en avance sur la défense de l’environnement, vont naître et bien vite mourir. Ronald Creagh explore quelques-unes de ces utopies avant de revenir vers Thoreau et sa désobéissance civique et Josiah Warren, oublié de l’histoire alors qu’il fut aussi un insoumis et un révolutionnaire pacifique important dans le mouvement américain. Chronologiquement, l’auteur avance jusqu’à la naissance de l’anti-pédagogie et aux expériences de Ferrer. Le lecteur novice trouvera sûrement plus de liens avec sa propre histoire dans les sixties qui virent une explosion inégalée de communautés sur le territoire nord-américain : elles naissent par milliers, attirent des jeunes refusant la guerre du Viêt-Nam et la société de consommation. D’après Creagh, il n’y aurait aucun rapport entre l’économie et la création de ces micro-sociétés. Leur maintien serait dû à une recherche du consensus, une entente cordiale qui semble difficile à trouver. Ronald Creagh ne donne pas de réponse sur le « succès » de ces expériences, se bornant à constater qu’au sein même du mouvement anarchiste, certains n’auraient pour rien au monde quitté les villes. Et au NPA ? Christophe Goby
Tout est à nous,
02/11/2009
Zoom sur les utopies libertaires américaines
Sociologue et historien, professeur émérite de civilisation américaine à l’université Paul-Valéry de Montpellier, animateur du site Recherche sur l’anarchisme, Ronald Creagh vient de publier avec Utopies américaines un livre qui met en lumière les expériences libertaires qui ont tourné le dos à l’American way of life depuis le XIXe siècle jusqu’à nos jours. La couverture du livre donne le ton. Elle reproduit un instantané daté de 1971 du photographe libertaire Henri Cartier-Bresson : une communauté installée au Nouveau-Mexique. Ronald Creagh remonte bien plus loin dans le temps pour nous parler des communautés « utopistes » qui ont vu le jour aux États-Unis entre 1825 et maintenant. Inspirées par le socialiste gallois Robert Owen, héritières de la pensée du philosophe français Charles Fourier, issues de mouvements religieux qui prirent le célèbre Aimez-vous les uns les autres au pied de la lettre, partisanes du Devoir de désobéissance civique formulé par le poète Henry-David Thoreau, lectrices d’Élisée Reclus, de Michel Bakounine ou de Pierre Kropotkine, sympathisantes des luttes d’Emma Goldman, convaincues par les principes pédagogiques de l’École moderne de Francisco Ferrer…, les communautés libertaires ont prospéré avec plus ou moins de bonheur en Amérique bien avant l’avènement du mouvement hippie et du « flower power » qui a fait les choux gras de la presse à sensation. On trouve toutes sortes de trajectoires dans ces microsociétés qui durèrent quelques mois ou plusieurs années. Les milieux libres américains, véritables laboratoires sociaux, se sont nourris de mille apports. Les pionniers utopistes furent anti-esclavagistes, pacifistes, féministes, végétariens, non violents, partageux, spirites, partisans de l’amour libre et du contrôle des naissances, égalitaires, libres penseurs, naturistes, coopératifs, espérantistes… Une infinie variété d’expériences a marqué ces communes libres sans dieu ni gourou où la démocratie directe prenait corps, où le « communisme » ne broyait pas l’individu. Sans angélisme, Ronald Creagh commente la vie (et parfois la mort) des communautés aux prises avec des réalités impitoyables. Le froid, la faim, les maladies, la répression, l’hostilité des médias et du voisinage, les dissensions internes… planaient sur les projets comme des oiseaux de proie. Malgré l’adversité, renforcées par l’arrivée de militants européens, des associations libres devinrent quelquefois de vraies petites villes avec écoles, orchestres, équipes de baseball, journaux, bibliothèques. L’une d’elles avait même une flotte de barques. Chapitre après chapitre, Ronald Creagh remonte le temps des collectifs affinitaires, urbains ou ruraux, en soulignant bien les dimensions sociologiques des époques, des lieux, des hommes et des femmes qui ont vu et vécu le monde autrement. Une quarantaine de projets associés à la galaxie libertaire, depuis 1816 à 2005, sont mentionnés. Certaines communautés underground créées en 1967 et après, fédérées ou non, sont toujours bien vivantes en Virginie, dans le Missouri, dans l’Oregon, en Caroline du Nord ou à Washington. Chacune contribue à sa manière à l’essor des réflexions libertaires et de la « contre-culture ». Ici des féministes lesbiennes, là des écolos non-violents, ailleurs des militants sociaux engagés dans l’aide alimentaire, le commerce équitable, la santé des femmes ou des réseaux d’avocats, des antimilitaristes, des collectifs de solidarité avec les soldats gravement blessés, des comités de soutien aux prisonniers, des anarcho-punks… et même des anarcho-chrétiens. Ouverts sur l’inconnu et l’imprévu, les modes de fonctionnement sont divers. Toutes les communautés bannissent bien entendu le patriarcat et instaurent l’égalité entre toutes et tous. Pas de directeur ni de leader. On opte pour la rotation des tâches et des responsables. Les décisions sont prises au consensus. De nouveaux rapports à la famille, à la propriété, à l’argent et au travail sont inventés. L’alcool et le tabac ne sont pas toujours bien vus. Les drogues sont souvent interdites. On prend les repas en commun ou pas. On recherche une vie plus naturelle. On est généralement végétariens. Antinucléaires, on milite pour le solaire et l’éolien. On agit pour une éducation nouvelle et émancipatrice. On se sert d’Internet pour diffuser ses idées à grande échelle. L’étude s’ouvre sur une rencontre avec le Collectif A Go-Go, une communauté punk installée dans le Massachussets, à Worcester. Ce qui n’est pas un détail. C’est là en effet que fut lue pour la première fois en public la Déclaration d’indépendance, là aussi que fut impulsé le mouvement des suffragettes et l’abolitionnisme, là encore qu’Emma Goldman et Alexander Berkman vendirent des glaces, là où vécu le yippie Abbie Hoffman… L’histoire se poursuit donc, ici et ailleurs, avec des gens qui ne se limitent pas à proclamer que d’autres mondes sont possibles. Les autres univers sont déjà là, sous de multiples facettes, pour conjuguer utopie et émancipation sociale. Bien organisé, enrichi d’un glossaire, d’index et d’une imposante bibliographie, ce livre est indispensable pour dire ou rappeler qu’une autre Amérique, celle que l’on aime, existe. Ronald Creagh, Utopies américaines – Expériences libertaires du XIXe siècle à nos jours, éditions Agone, 400 pages. 24€. Bon à savoir : Le 24 octobre, à 17h, à Bordeaux, rencontre avec Ronald Creagh à la librairie du Muguet à L’Athénée libertaire (7, rue du Muguet). Le 6 novembre, à 19h, à Perpignan, rencontre avec Ronald Creagh à la librairie Infos (2, rue Théodor-Guiter) à l’initiative du groupe Puig-Antich de la CGA. Le 12 novembre, à 19h30, à Paris, rencontre avec Ronald Creagh au Palais de Tokyo (13 avenue Président Wilson, 16e). Le 18 novembre, à 16h, à Grenoble, rencontre avec Ronald Creagh au café de la librairie Decitre (9–11 Grande rue). Le 18 novembre, à 20h30, à Grenoble, rencontre avec Ronald Creagh à La Table ronde/Le Grenier (7, Place Saint André) à l’initiative des Amis du Monde diplomatique de Grenoble. Le 12 décembre, à 18h, à Saint-Jean-du-Gard, rencontre avec Ronald Creagh à la bibliothèque 152 Infokiosque, (152, Grand’rue). Pour visiter le site-forum Recherche sur l’anarchisme animé par Ronald Creagh Paco
Le Mague,
25/10/2009
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