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Lettre ouverte à ceux qui n’ont pas eu la chance d’échapper tout à fait au psychodrame de la parution du livre Punir les pauvres

Après plus de deux ans d’obstétrique éditoriale paraissait en septembre 2004 aux éditions Agone le livre si souvent annoncé et tant attendu de Loïc Wacquant, Punir les pauvres. Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale1.

L’auteur fut toutefois très mécontent de notre travail : jugeant inconvenante notre impatience dans l’intégration de ses (re)corrections et modifications, il nous mit « en demeure de cesser immédiatement toute publication et commercialisation de [son livre], de détruire et justifier des exemplaires contrefaisants publiés en violation des droits de l’auteur, de restituer tous les manuscrits [en notre] possession et ce sous 48 heures à réception de cette lettre; à défaut, [son avocat ayant] reçu pour instruction d’engager des poursuites judiciaires à notre encontre.2 »

C’était le 20 septembre 2004. Un référé devant le tribunal de grande instance de Marseille ne nous fut pourtant signifié que le 4 avril 2005. L’auteur demandait l’interdiction du livre, la bagatelle de 28 000 euros en provision de droits, publication du jugement dans la presse française et étrangère, dommages et intérêts et frais de justice. Le 20 juin 2005, l’auteur fut débouté de ses demandes et condamné à verser aux éditions Agone la somme de 2 000 euros.

Entre-temps, l’ancien poids super-léger (lire ses Carnets d’un apprenti boxeur3), sans doute peu confiant dans la justice française, avait cherché ailleurs des alliés pour le « protéger » contre son éditeur. Mais attention, notre auteur prit garde d’ajuster ses griefs en fonction du public visé: pour les universitaires et les magazines grand public, nous étions accusés d’avoir « effacé le caractère scientifique de l’ouvrage et accentué son aspect “militant” d’une manière intolérable, et qu’il n’accepte pas », enfin d’avoir introduit « la formulation inacceptable sur la “mobilisation civique visant à sortir du programme répressif” en quatrième de couverture qui rabaisse une analyse sociologique au rang de tract politique »4 ; devant les militants d’extrême gauche en revanche, il se drapait dans les oripeaux de l’auteur trahi, bafoué, trompé et volé par son éditeur. Voyons toutefois un peu dans le détail.

L’auteur se plaignant évoque sa « proposition à l’amiable »5, que nous avons refusée. Mais il ne dit pas son refus de la nôtre: qu’il signe enfin son contrat d’édition (dont il n’avait jamais remis en doute les termes depuis l’été 2003 qu’il l’a en mains) et nous nous engagions à intégrer un nouveau lot de corrections6.

L’auteur nous accuse d’un « contre-sens grossier en quatrième de couverture » : l’introduction de la formule « “mobilisation civique visant à sortir du programme répressif” [...] qui rabaisse [son] analyse sociologique au rang de tract politique », alors que « l’un des arguments-clefs du livre est justement qu’on ne peut comprendre la pénalisation de la précarité sous la catégorie de “répression”, cf. pages 50–55, et que l’idée d’un tel “programme répressif” est un non-sens ». Comparons avec le texte original fourni par l’auteur: « Ce livre [...] pointe les moyens de sortir du pornographisme répressif. » Laissons chacun évaluer le ravalement et la responsabilité de l’éditeur dans la mutation d’une « analyse sociologique au rang de tract politique »7 _et laissons à l’auteur la responsabilité de ses jugements de valeur8.

L’auteur accuse le livre d’être « truffé d’erreurs »; la lettre de son avocat précise: « de nombreuses erreurs, coquilles et omissions ». On doit imaginer que ceux qui diffusent ces accusations graves, engageant le sérieux de notre maison d’édition, ont pris la peine de relever ces « erreurs » et « coquilles » ou au moins d’en demander la liste à l’auteur _et notamment celle des « omissions ». Nous tenons à la disposition des curieux la liste des « corrections » en question : ils pourront à leur tour constater qu’elles ont été intégrées9.

Ceux qui ont relayé les jérémiades de l’auteur de Punir les pauvres l’ayant fait, on l’imagine, sur la base du respect qu’ils ont, à raison, pour le sociologue, croient que l’injonction faite de « détruire les exemplaires contrefaisants » est motivé par des interventions de l’éditeur ayant mis en cause le fond des thèses que son livre expose. Nous avons le regret de les décevoir.

Ainsi, après avoir capitulé devant les refus de l’auteur de réduire les (quelques) défauts d’organisation, de compenser les (menues) faiblesses de l’appareil de preuve, d’éliminer les naïvetés politiques (dont celles de la conclusion), de corriger la syntaxe visiblement noyautée par la langue anglaise, il ne nous restait guère plus que la latitude de conserver les règles du code typographique et de la langue française. Et encore, allions-nous découvrir, ça ne serait pas facile… Parmi quelques centaines d’autres détails qui auraient dû être oubliés, à une demande de reformulation d’expressions telles que « l’Etat [...] se frappe d’impotence sur le front économique et social », le petit Loïc motiva son refus par la raison suivante : « Ma mère a relu le texte et rien trouvé à redire, et elle était prof de français » [31/05/04]. Désarmant, n’est-ce pas…10 En fait, même l’extraction des erreurs de grammaire de ce livre a bientôt demandé les forceps ! Pour ne citer que l’exemple le plus grossier, l’auteur demanda pendant une semaine à chaque liste de corrections que l’on rétablisse le « s » aux expressions du genre « quelque 342 dollars ». Puis ce fut la chasse aux anglicismes. (Passons sur les mots qu’il ne fallait pas traduire ainsi « luride »...) La liste est longue, que l’on nous permette de ne livrer que nos deux préférés : « sur l’immoralité supputée des mères solitaires » = « sur l’immoralité supposée des mères célibataires » [chap III, p. 98] ; « dans les hospices mentaux » = « dans les hôpitaux psychiatriques » idem, p. 147]. Etc., etc.

Aux caprices succédèrent le mépris puis les insultes, mais le livre devait paraître et pour cela la valse de (re)corrections devait cesser : l’imprimeur était retenu, le papier commandé et quelques dizaines d’entre ceux qui avaient assisté aux conférences nous avaient envoyé leurs chèques de pré-achat ; enfin, tout notre programme de travail avait été assez bouleversé. Le livre parut donc enfin.11

Pourquoi avoir voulu publier précisément ce livre-là ? Parce qu’il nous semble proposer une analyse indispensable des effets attendus de l’importation des pratiques les plus nuisibles au cœur du modèle d’organisation sociale en oeuvre aux Etats-Unis ; élément d’un manuel de dévoilement et de résistance à l’oppression. Que les choses soient dites : si nous publions des livres de la qualité intellectuelle et de l’importance politique de ceux de Loïc Wacquant (ou Bourdieu, Bouveresse, Chomsky, Kraus, Halimi, Vidal, Zinn, etc.), c’est parce qu’ils correspondent à une certaine conception du travail éditorial : un métier qui participe d’une double appropriation et d’un double refus, en tension entre la presse et l’université : – ni l’empilement en flux tendu d’idées au service de l’oubli par sa mise en spectacle quotidienne ; – ni le formatage puis le stockage au seul service d’un usage intemporel du savoir déconnecté des usages sociaux du plus grand nombre ; – construire des livres en outils d’analyse de nos croyances ; – les composer en vue du questionnement de l’idéologie dominante et de son usage pour résister aux propagandes.

Il ne s’agit donc pas du moindre des paradoxes que ce soit justement avec cet auteur-là et ce livre-là que nous nous soyons retrouvés instrumentalisés au service des « ruses de la raison impérialiste » : « L’impérialisme culturel repose sur le pouvoir d’universaliser les particularismes liés à une tradition historique singulière en les faisant méconnaître comme tels », commence un texte sur ce thème signé par Pierre Bourdieu et… Loïc Wacquant12.

S’il faut tirer une leçon de cette comédie, c’est que l’auteur de Punir les pauvres ne fut pas tant le co-rédacteur que l’informateur de Pierre Bourdieu sur le terrain de la production dominante. La leçon est douloureuse, mais elle n’en est que meilleure.

En effet, qu’est-ce d’autre, sur le détail, qui nous opposa à l’auteur sinon notre refus (et finalement notre capitulation) devant des usages « directement issus de confrontations intellectuelles liées à la particularité sociale de la société et des universités américaines, [qui] se sont imposés, sous des formes en apparence déshistoricisées, à l’ensemble de la planète » ? et notre résistance (relativement réussie) à l’imposition de standards importés _du vocabulaire à la typographie : cet « extraordinaire jargon », cette « terrible lingua franca internationale », « autant de mots directement transcrits, et non traduits, de l’anglais), illustration exemplaire de l’effet de fausse coupure et de fausse universalisation »13 ?

Et qu’est-ce d’autre, au fond, qui nous opposa à l’auteur sinon la finalité même du livre que nous réalisions ensemble ? « Je ne souhaite pas (et n’ai jamais souhaité) faire de livre “pour le plus grand nombre” » [12/06/04]. Est-il nécessaire de préciser que cette position est inqualifiable même aux yeux d’un éditeur qui n’a que des livres à vendre ? Mais que doit penser alors celui pour qui la diffusion d’idées qu’il veut défendre est plus importante encore que la vente des livres qui lui permettent de vivre ?14

Dans le reféré que l’auteur perdit finalement contre nous en juin 2005, celui-ci mit d’ailleurs en avant des enjeux académiques et américains pour en invoquer l’« urgence », près de six mois après la publication du livre : « La présentation inexacte et biaisée de son œuvre modifié [sic] par l’éditeur en quatrième de couverture la transforme en une œuvre à caractère militant [...] et lui porte un sérieux préjudice professionnel dans l’évaluation annuelle de son travail universitaire de recherche, dans son avancement et dans le calcul de son salaire ».

A l’appui, des attestations de mandarins américains (à défaut de tout universitaire français) qui sonnent comme des réprimandes à un bon élève pris en flagrant délit par ses maîtres de s’être commis en mauvaise compagnie:

_« La parution d’un livre sur un sujet controversé par un professeur dans notre département est assurée d’être considérablement dévalorisée si elle s’effectue chez un petit éditeur non universitaire dans un format ouvertement “politique” visant un public généraliste, avec une couverture soulignant son objectif “militant” présumé aux dépens de son objectif scientifique », menaçait Kim Voss, professeure et directrice du département de sociologie à l’Université de Californie à Berkeley

_« La montée de l’Etat pénal aux États-Unis est une question controversée sujette à des interprétations partisanes de type idéologique. Publier un livre sur ce sujet dans une collection ouvertement politique intitulée “Contre-feux”, aux côtés de livres de figures politiques notoires de la gauche radicale (comme Noam Chomsky), suggère sans ambiguité que Punir les pauvres n’est pas un “livre scientitique” mais un tract politique », s’inquiètait William Julius Wilson, « Malcolm Weiner professor of Social Policy at Harvard University ».

_ « Pour attester de la dévaluation à laquelle un sociologue scientifique s’expose par une telle publication en ce lieu, il suffit de noter le sort funeste arrivé au recueil de textes politiques de Pierre Bourdieu, publié par Agone, dans cette même collection “Contre-feux” », diagnostiquait Craig Calhoun, président de la Social Science Reseach Council.

Entonnons-nous là un air d’anti-intellectualisme ? Au contraire, si l’on doit tirer une leçon de cette affaire _qui n’aurait jamais dû nécessiter une aussi longue mise au point, c’est la nécessité d’apprendre à déjouer les ruses que prend la domination et l’urgence de rendre autonome notre production d’un savoir digne de ce nom. Il n’est de libération possible de l’aliénation qu’à ce prix.

Les éditeurs,
Marseille, mars 2006

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1 Collection ”“Contre-feux””, format 12×21 cm, 364 pages, 20 euros, ISBN 2–7849-0023–5, www.agone.org/punirlespauvres

2 Lettre n° 202047 JFJ/JFJ, cabinet Joffre (Paris & Los Angeles), avocat de l’auteur.

3 Loïc Wacquant, Corps et âme. Carnets d’un apprenti boxeur, Collection « Mémoires sociales », Agone, 200, format 12×21 cm, 288 pages, 18 euros, ISBN 2–7849-0011–1 www.agone.org/corpsetame.

4 Lettre du cabinet Joffre, op. cit.

5 Offre à l’amiable transmise par le cabinet Joffre (ibid) : «- 1. la cession rétroactive des droits de l’édition illégale déjà imprimée en langue française uniquement, pour une durée d’un an à compter de remise du manuscrit final le 7 juin 2004 ;- 2. l’interdiction absolue d’imprimer un exemplaire de plus que le tirage initial soit 10000 exemplaires ;- 3. l’apposition d’un sticker sur la quatrième de couverture sur les 8800 exemplaires non diffusés qui corrigent le texte de cette page ;- 4a. la remise de 100 exemplaires gratuits du livre ; [Que l’on veuille bien nous excuser d’interrompre la lecture de ces mansuétudes par une interrogation : qu’est-ce que l’auteur qui, soit dit en passant, a reçu, à parution, les 20 exemplaires contractuels _ peut bien faire de 100 exemplaires supplémentaires d’un livre qu’il qualifie de “version contrefaisante [et] truffée d’erreurs”, dont il a interdit à divers journaux de parler (_L’Humanité, parmi d’autres, s’est exécuté), demandé à des sites internet de retirer de leurs pages les recensions de son livre (ce que la plupart ont fait sans broncher) ; informé certains libraires de la nature “frauduleuse, illégale, etc.” pour qu’ils ne le vendent pas (recommandation assez peu suivie…) ; et réclamé à grands jets d’e-mails à tous ceux qu’il a pu joindre de ne pas parler de son livre ?]- 4b. et le règlement au 1er octobre 2004 de l’avance de 6000 euros ; au 1er janvier 2005 6000 euros (2e versement) ; au 1er juin 2005 le reliquat de 7900 euros dus au titre des droits d’auteurs correspondant à la totalité du premier et dernier tirage fait par Agone (5). La mise au pilon de tous les exemplaires non vendus au 7 juin 2005 ; [Que l’on veuille bien nous excuser encore d’introduire une nouvelle interrogation au milieu de cette rivière de générosité pour insister sur un point : s’appliquant avec une pugnacité pugilistique admirable à ce que son livre ne soit pas acheté, l’auteur tient tout de même à toucher y compris les droits de ceux qui ne seront pas vendus.]- 6. qu’à compter du 8 juin 2005 tous les droits sur Punir les pauvres lui reviennent en intégralité. [Aux dernières nouvelles de l’auteur, le livre sera alors proposé aux éditions Fayard.] »

Si nous avons refusé cette « offre généreuse », il faut bien avouer que nous avons hésité... Mais nous avons craint de nous voir imposer un point 7 tout à fait dans le ton des bouffées délirantes dans lesquelles a baigné le bouclage de ce livre : que toute l’équipe d’Agone se déplace aux frais des éditions pour faire des excuses publiques devant les pairs de l’auteur dans la salle des actes des universités de California-Berkeley, puis de la New School University, enfin devant le comité directeur de l’American Journal of Sociology, et ce avant la fin du mois de septembre…

6 Précisons quelques détails : l’auteur nous a proposé l’édition de son livre pour la première fois en janvier 2001 ; nous sommes tombés d’accord sur les conditions, planning, volume, financement, parution, etc. au cours de l’été 2003 ; il nous a fourni les chapitres – certes, avec du retard et dans le désordre, mais enfin… – jusqu’en juin 2004 ; toutes les occasions lui furent bonnes, d’automne 2003 à juin 2004, pour en annoncer l’édition à la radio et lors de plusieurs conférences, devant des centaines de personnes, prenant même sur lui de mettre à disposition de ses auditeurs plus d’un millier de bons de pré-achat fournis à sa demande par nos soins. On peut se demander si le refus par l’auteur de signer son contrat n’a pas pour raison d’échapper à certaines contraintes… Car les droits d’un auteur sont tout de même accompagnés de quelques devoirs, tels que rendre le texte dans les délais fixés en commun (art. 3) et limiter le nombre de ses (re)corrections ainsi que son temps de travail sur les épreuves (art. 4)... Tous devoirs auxquels un auteur comme celui-ci semble refuser de se plier. (Le fait que l’auteur en soit conscient est une bien maigre consolation : « Je sais que je vous rends chèvre avec ma manière de travailler et je vous sais gré de votre capacité à muter à répétition » [11/06/04], écrivait-il après nous avoir envoyé en sept jours cinq versions « définitives » du chapitre IX, « Aberration carcérale »...)

A ceux qui se demandent pourquoi l’éditeur a continué à travailler dans de telles conditions pour un auteur qui ne lui envoie pas son contrat signé, nous dirons seulement que celui-ci n’avait déjà accepté de signer son contrat pour l’édition de Corps et âme en 2001 que le livre en mains… Et que nous étions donc en confiance.

7 Il nous semble toutefois que là encore l’auteur ne révèle pas tout à fait ses intentions. Car le ravalement n’est pas en question mais la suppression, lors de la réduction du texte au volume de la page de quatrième, de « LA PHRASE LA PLUS IMPORTANTE » [01/07/04] ; en l’occurrence : « Ce livre apporte une contribution originale à l’anthropologie historique de l’État à l’âge du néolibéralisme triomphant. Il pointe les moyens… » Il n’est pas d’usage aux éditions Agone de donner dans l’autopromotion.

8 Sur le fond de l’accusation d’avoir « rabaissé une analyse sociologique au rang de tract politique », soyons un peu sérieux, la formule qui sert de titre au livre, Punir les pauvres, appartient-elle vraiment au pôle le plus académique de la production du discours savant?!... Et les derniers mots de ce livre _que l’auteur ne nous a pas permis d’amender de ses références à nos yeux malheureuses à l’actualité politique _ ne sont-ils pas rendus aussi fidèlement que possible par la quatrième de couverture du livre paru ? « Enfin, on gagnera à nouer des liens entre militants et chercheurs du pénal et du social, entre syndicalistes et associatifs des secteurs assistanciel, éducatif et sanitaire d’un côté, et leurs homologues mobilisés autour des services policier, judiciaire et pénitentiaire de l’autre. Cette synergie activiste et scientifique doit s’établir non plus seulement au niveau national mais à l’échelle européenne afin d’optimiser les ressources intellectuelles et organisationnelles à investir dans la lutte permanente pour la redéfinition du périmètre et des modalités de l’action publique. Il existe un formidable gisement de savoirs théoriques et pratiques à exploiter et à partager à l’échelle du continent. Car la véritable alternative au glissement vers la pénalisation de la misère, douce ou dure, reste la construction d’un Etat social européen digne du nom. Trois siècles et demi après sa naissance, le moyen le plus efficace de faire reculer la prison reste encore et toujours de faire avancer les droits sociaux et économiques. »

9 Que l’on sache combien la tâche d’intégration des corrections fut pénible, car il fallut trier pour trouver de véritables corrections au milieu des commentaires aimables, des erreurs typographiques et de grammaire, des ajouts intempestifs, des retours en arrière, des exigences de mise en page et de graphisme…

10 Mais nous n’avons pas toujours eu le loisir d’en rire. Ainsi, à la demande de traduire les néologismes « acter » et « proactif », c’est la prose de Libération qui nous fut citée en référence contre les dictionnaires de langue. Passons sur les latinismes d’usage dans les salons académiques ; mais les barbarismes comme « décisoirement » ?... Eh bien : « Un adjectif que j’ai appris de Bachelard (qui je crois n’écrivais [sic] pas trop mal). » [06/07/2004]

11 On le voit, quand on avance un peu au-delà des déclarations vagues et tapageuses de la vertu outragée pour entrer (oh, à peine !) dans les détails _ils composent cinq cents pages de correspondance e-mails et plus cinq kilos de jeux d’épreuves que l’on n’a plus comptés _, les termes de « malversation professionnelle » et de « mépris du travail intellectuel » que brandit l’auteur au-dessus de la mousse d’e-mails qu’il engendre prennent une autre tournure _à en changer de camp…

12 Pierre Bourdieu & Loïc Wacquant, « Sur les ruses de la raison impérialiste », Actes de la recherche en sciences sociales, numéro 121–122, mars 1998, p. 109.

13 Ibid.

14 Il est vrai qu’un universitaire étatsunien qui vit sur une base annuelle de 90 000 dollars (selon ses dires) _un salaire qui dépasse celui de l’ensemble des six employés des éditions Agone _ a tout son temps pour publier un livre, qu’il ne destine de toutes manières pas vraiment à être lu; tandis que l’éditeur dont c’est le seul moyen de subsistance, pendant qu’il passe ses mois sur un livre qui ne paraît pas, le fait au détriment des autres livres et met donc en danger toute son activité.

Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net