Parution : 23/05/2008
ISBN : 978-2-7489-0071-2 320 pages 15 x 21 cm 30.00 euros |
Agone 38 et 39
« Villes & résistances sociales »
Coordination Benoît Eugène
avec 1 DVD : Art Security Service, Bernard Mulliez (1h29) et Les Indésirables, Patrick Taliercio (1h13) « Lorsque l’Europe sera posée comme entité politico-économique, elle pourra alors décider de gestes forts. On démolira alors (sans regret) nos bâtiments actuels devenus, entre-temps, probablement totalement obsolètes. Une telle évolution sera sans doute radicale mais elle répondra d’un autre besoin de développement. Michel Jaspers, architecte urbaniste > Pour en savoir plus > vous souhaitez vous abonner à la revue Agone SOMMAIRE Éditorial : « La parabole de Gino », Benoît Eugène « Naissance du promoteur », Louis Chevalier « Le paysage contemporain de la ville de Marseille. Aux origines de l’avant-dernière destruction (1960–2005) », Alèssi Dell’Umbria « La volonté de non-savoir », Jean-Pierre Garnier « Comment la gentrification est devenue, de phénomène marginal, un projet politique global », Mathieu Van Criekingen Un « déguerpissement » exemplaire à Ouaga (Burkina Faso), Patrick Taliercio Revitaliser la ville indienne. Milieux d’affaires, société civile & politiques anti-pauvres, Solomon Benjamin Les jeux Olympiques, médaille d’or des expulsions, Center on Housing Rights & Evictions Les mirages du partenariat public-privé. Le cas des municipalités au Québec, Pierre J. Hamel L’international sera le genre humain. Une expérience de planification néolibérale au quartier Midi (Bruxelles), Benoît Eugène « Ce ne sont que les émanations toxiques de la cerfelle d’un prof ! », Borislav Pekic Art Security Service, un film de Bernard Mulliez Les Indésirables, un film de Patrick Taliercio HISTOIRE RADICALE « Souvenirs », Pierre Monatte – Précédé de Pierre Monatte & le congrès d’Amiens, par Miguel Chueca « Le Centre américain de secours après le départ de Varian Fry », Daniel Bénédite LA LEÇON DES CHOSES « Le besoin de croyance et le besoin de vérité », Jacques Bouveresse |
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SUR LES ONDES
• Radio Grenouille et Tasbaco video – dans le cadre du festival de théâtre forain Les Tréteaux du Panier, plateau télé participatif « Le Panier, circuit fermé ? Quelles vocations et quels usages des places publiques ? Lieux de passage ou lieux de vie ? », avec Benoît Eugène (rédacteur en chef de la revue Agone) et Alessi Dell’Umbria (auteur), à écouter et à regarder (12 juin 2008) • Radio Grenouille – « La culture au service de la gentrification », entretien avec Benoit Eugène, rédacteur en chef de la revue Agone et Bernard Mulliez, réalisateur du film Art security service, à écouter ici (juin 2008) C’est sous cet angle qu’est traitée l’évolution des politiques urbaines dans le monde, le numéro de la revue Agone ayant manifestement pris soin de publier des articles dont les auteurs ont eu le souci de ne pas dissocier cette évolution des conditions politiques, économiques et sociales de la transformation des villes, comme le font habituellement une sociologie par trop inféodée aux pouvoirs établis. En ce sens, l’éditorial signé de Benoît Eugène a raison de souligner en quoi ces transformations urbaines n’ont été en réalité que des « nettoyages sociaux des villes ». L’article d’Alèssi Dell’Umbria, consacré à la ville de Marseille, inaugure de la meilleure façon cette analyse de la destruction des espaces urbains. Ce que propose l’auteur est une périodisation des changements que la ville de Marseille a connus entre 1960 et 2005. Sous l’ère de Gaston Defferre, l’expansion de la ville reposa en premier lieu sur le secteur du bâtiment et des travaux publics, au détriment d’une industrie plus gourmande en capitaux et dont l’usage de la main-d’œuvre qualifiée était davantage réglementé que dans le BTP. Cela était d’autant plus logique que la bourgeoisie marseillaise avait intérêt à voir se développer un tel projet d’urbanisation, au regard des capitaux qu’elle avait placé dans le foncier. La dynamique du capitalisme local s’effectua ensuite au travers de sociétés d’économie mixte – les exemples donnés sont nombreux, certains d’entre eux permettant d’ailleurs au passage de prendre la mesure de l’instrumentalisation politique que la municipalité en fit, notamment dans le financement de la SFIO de l’époque puis le Parti Socialiste – lesquelles offrirent un sorte de partenariat avec la bourgeoisie marseillaise. L’auteur en déduit que le defferrisme marqua durant deux décennies l’affirmation du pouvoir de la « petite et moyenne bourgeoisie » sur la ville de Marseille, pouvoir ayant ouvert la voie aux activités tertiaires contre l’industrie. Le bilan dressé au milieu des années soixante-dix fut désastreux dans la mesure où le secteur tertiaire ne fut pas aussi attractif que la municipalité, mais aussi des organismes comme la Chambre de Commerce l’avaient escompté. Et Dell’Umbria d’en déduire que la population marseillaise opéra un recul quantitatif contraire à toutes les espérances. S’en suivit un éclatement de la ville, avec la formation de villes périphériques, dont Vitrolles et Fos sur mer constituent de tristes exemples, notamment par les inégalités économiques et sociales qu’une telle politique engendra. C’est ainsi qu’il faut comprendre, comme nous y invite l’auteur, le clivage entre les quartiers Nord et les quartiers Sud de Marseille, avec en particulier la liquidation des populations ouvrières, qui « migrèrent » du Sud vers les HLM du Nord, dont la construction était d’ailleurs planifiée dès 1959 dans le cadre du Plan d’Urbanisme Directeur (PUD) (« Rétrospectivement, le Plan de 1959 apparaît comme l’axe central d’une stratégie visant à combattre l’hégémonie ouvrière dans Marseille après sa vitalité des années 1944-1947 », page 42). La lecture de cet article passionnant permet d’une part de prendre toute la mesure des combats que la gauche locale (et gouvernementale) est capable de mener contre la classe ouvrière, et d’autre part de nuancer la portée de l’expression si répandue en économie « Trente glorieuses », car c’est durant cette période que les plans visant à détruire la classe ouvrière furent élaborés et appliqués. De la transformation des quartiers populaires, il en est abondamment question dans l’article de Mathieu Van Criekingen qui traite de la « gentrification ». Après avoir mis en perspective historique cette dynamique d’appropriation urbaine des quartiers populaires, au tournant des années soixante, l’auteur montre que cette évolution, de marginale, s’est peu à peu transformée en projet politique plus global. Il convient d’insister sur les termes. Appropriation et non réappropriation (ou « renaissance », « renouveau », « revitalisation »), le préfixe « re- » signifiant pour l’auteur retour à une normalité elle-même illustrative d’un gommage de la dimension de classe de ce changement. C’est à partir des années quatre-vingts que le processus de « gentrification » s’enclenche, d’abord dans le monde anglo-saxon, puis en Europe continentale. Encore une fois, c’est le tournant néolibéral qui constitue l’arrière-plan de cette politique de transformation urbaine, au détriment des classes populaires. Cette transformation est alors impulsée par des groupes sociaux qui sont les bénéficiaires de la reprise en mains du capitalisme après l’épisode des compromis sociaux associé au keynésianisme triomphant des années d’après-guerre (cadres des firmes multinationales, consultants, financiers, publicitaires…), groupes sociaux qui s’emparent des quartiers des centres des grandes villes. Le choix d’une telle localisation est déterminé par la localisation des lieux de travail, mais également par des facteurs plus socio-démographiques comme les « formes de vie non familiales » par exemple. Cette dynamique urbaine n’aurait de surcroît pu être réalisé sans l’apport, décisif, de la spéculation immobilière, avec le concours non moins décisif de l’État, lequel, par sa politique fiscale notamment, a souvent allégé l’impôt sur les sociétés se livrant à des opérations immobilières spéculatives. En découle selon l’auteur deux conséquences : la première, évidente, fut l’éviction des classes populaires des quartiers des centres-villes, éviction qui ruinèrent du même coup les bonnes intentions des politiques de redynamiser la mixité sociale dans les quartiers ; la seconde a trait à la montée de la concurrence que se livrent depuis les villes en proie à la « gentrification », dans la perspective d’attirer les classes sociales favorisées par trente de néolibéralisme. Cette seconde conséquence est intéressante à relever, car elle entre en résonnance avec les politiques d’attractivité des firmes multinationales, dimension nouvelles des politiques économiques menées par les États industrialisés. Et Mathieu Van Criekingen de rappeler, à juste titre, que les politiques publiques, loin d’être neutre, ou, plus exactement, à portée universelle, sont en réalité étroitement imbriquées aux stratégies immobilières privées. Cette imbrication, contrairement au cas marseillais évoqué plus haut, qui déboucha sur la formation de banlieues périphériques, touche désormais les centres-villes. L’imbrication public-privé sur laquelle se termine l’article de Mathieu Van Criekingen, est également au centre de l’article de Solomon Benjamin, consacré à l’Inde et plus spécifiquement à la ville de Bangalore. L’entrée de l’Inde dans une phase de libéralisation de son économie à partir du début de la décennie quatre-vingt-dix a incité les États et le gouvernement fédéral à développer des projets urbanistiques dont la visée était de « positionner les villes dans le circuit de la finance mondiale » (page 110), la ville étant, selon la Banque Mondiale, l’un des facteurs d’élévation de la productivité d’un pays. De profonds bouleversements en découlaient, à commencer par la remise en cause des politiques publiques tournées vers l’aménagement des bidonvilles indiens. Ces politiques devaient désormais faciliter l’acquisition des terrains par les entreprises immobilières, assorties parfois de la connivence (ou par le biais de leur « intégration à la bureaucratie d’État) des Organisations Non Gouvernementales. D’une logique d’assistance aux pauvres en Inde, ces ONG sont passées à une logique de contrôle de ces mêmes pauvres. L’expulsion des populations peut être planifiée sur une échelle plus large, notamment lors des périodes de jeux Olympiques. L’organisation de tels jeux, dont on connaît les enjeux politiques et économiques poussant les villes à entrer dans une concurrence effrénée pour les obtenir, ont souvent débouché sur des déplacements de populations, parmi les plus démunis (travailleurs immigrés, Roms comme à Athènes). L’article signé collectivement par le Centre on Housing Rights and Evictions, revient sur les conséquences urbaines et donc sociales de l’organisation des jeux de Pékin en 2008. Mais il est précisé d’emblée que toutes les villes ont adopté le même schéma de redécoupage des quartiers, de suppression de logements, d’expulsion des habitants (Sidney, Atlanta, Athènes, Barcelone…, les nombreux encadrés jalonnant l’article apparaissent de ce point de vue particulièrement éclairants quant à la gestion de l’urbanisme dans les villes olympiques, et des finances locales), sous le joug de la localisation des infrastructures sportives. Ces localisations est-il dit, sont très fréquemment sélectionnées aux abords des « quartiers délabrées » ou « négligés » (page 131), provoquant par la suite, une fois les jeux terminés, une augmentation sensible du prix des loyers, interdisant du coup le retour des populations déplacées. Selon l’organisation signataire de l’article, la mondialisation, les jeux Olympiques en étant un des aspects les plus médiatiques, s’accompagne d’une violation des droits humains, le droit au logement en premier lieu. Nous sommes loin, fort loin, de l’esprit des jeux antiques. De Québec à Ouaga, de Bangalore à Marseille en passant par Pékin ou par Bruxelles (on lira sur ce cas le bel article que Benoît Eugène a consacré au quartier du Midi de Bruxelles, et aux répercussions urbaines engendrées par la mise en service d’un terminal TGV en gare de Bruxelles en 1989), la mondialisation, les politiques néolibérales qui l’ont imposée, ont eu pour conséquence une restructuration urbaine de ces villes, occasionnant des déplacements massifs de populations. Ces bouleversements du paysage urbain dans les grandes métropoles n’ont été l’objet que de peu, voire d’aucune critique émanant des sciences sociales, et de la recherche urbaine en particulier. L’article de Jean-Pierre Garnier – « La volonté de non savoir » – revient sur tous les renoncements qui caractérisent une pensée soi-disant critique, mais qui n’est en réalité qu’une adhésion à l’ordre urbain établi. Contrairement aux textes qui le précèdent ou qui lui succèdent, celui de Garnier insiste sur le fait que la coupure ne se situe pas au tournant de la décennie quatre-vingts, mais dès la fin des années soixante, puisque l’État, et le ministère de l’Équipement notamment, se sont appuyés sur les recherches établies par une jeune génération de chercheurs, la plupart d’entre eux engagés dans une mouvance marxiste, pour saisir les ressorts de la politique urbaine. S’engagea alors une « longue marche de la petite bourgeoisie intellectuelle vers les institutions » (page 54), la reconnaissance du chercheur en sciences humaines ou sociales passant par la case étatique prenant la forme, jusqu’à aujourd’hui, d’une adhésion à peine voilée à l’ordre établi. En a découlé une reconversion des thèmes de recherche, et du langage utilisé dans ces recherches. Point d’exploitation, de capitalisme, de domination dans les analyses des « penseurs sans pensées » comme l’aurait dit Pierre Bourdieu, mais bien une novlangue spécifique d’une « démocratie apaisée », comme « minorités », « ethnicités », « communautés », « multiculturalisme »… Il conviendrait alors, comme nous y invite Jean-Pierre Garnier, de connecter la « logique interne de l’évolution du savoir », aux conditions sociales externes de formation de ce savoir. Un numéro à lire. Thierry Pouch
L'Homme et la Société , n°170-171,
mars 2009
Souvenirs sur Amiens
Il nous plait de signaler, à la fin d’un gros et passionnant numéro double d’Agone consacré à l’urbanisme moderne [1] et ses évolutions (peut-être pourrait on parler d’involution ?), la réédition des souvenirs de Pierre Monatte sur le congrès d’Amiens de la CGT (1906). Miguel Chueca, qui édite et présente ce texte, poursuit ainsi le travail commencé avec l’édition de l’analyse de Pouget sur le même congrès [2]. Disons le d’emblée, Monatte possédait une plume bien plus agréable que celle du Père peinard devenu syndicaliste, ce qui n’en rend que plus intéressante la lecture de ces « souvenirs ». Car il s’agit bien des souvenirs de Monatte sur Amiens, rédigés quelques 50 années plus tard, sur la demande de Jean Maitron, pour la revue L’Actualité de l’histoire (devenue plus tard l’actuel Mouvement social). C’était pour Monatte le premier congrès confédéral auquel il assistait. La relation qu’il en fait est instructive car l’auteur, comme à son habitude, émaille toujours une relation de faits avec des interprétations merveilleusement concises. Je retiendrai particulièrement celle concernant les origines de la Charte d’Amiens, motion votée dans un congrès qui représente — dixit Monatte — « le couronnement de la lutte contre le millerandisme ». C’est un des aspects de la Charte que le biographe de Griffuelhes Bruce Vandervort, suivant ici Monatte, considère comme essentiel et sous-estimé par les historiens [3]. Monatte en profite également pour exposer sa conception du syndicalisme révolutionnaire, et relativiser — sans le sous-estimer — l’apport anarchiste en présentant la naissance de ce mouvement par l’existence d’une « génération spontanée » (alliance de militants venus de tous les horizons révolutionnaires), qui redécouvre « instinctivement » les principes de la Première Internationale [4]. Ces aspects seraient sans doute difficile à comprendre au non-initié sans la présentation soignée de M. Chueca. Retraçant l’itinéraire militant du Monatte d’avant 1914, il éclaire les enjeux des débats qui se jouent dans ces années charnières du syndicalisme, qui pour être passionnants n’en demeurent pas moins complexes. [1] J’ai particulièrement apprécié l’extrait d’un livre de Louis Chevalier paru en 1977. L’auteur de Classes laborieuses et classes dangereuses (Plon, 1958) y dresse un portrait au vitriol du « promoteur » tout a fait saisissant. [2] E. Pouget, 1906. Le congrès syndicaliste d’Amiens, présentation et notes de M. Chueca, Paris, Ed. CNT-RP, 2006, 143 p. Voir la recension sur Pelloutier.net. [3] B. Vandervort, Victor Griffuelhes and French Syndicalism, 1895–1922, Baton Rouge, Louisiana State university press, 1996, pp. 124–125. [4] Monatte n’en démord pas sur ce point, puisque Jean Maitron se senti obligé, dans le corps même de son Histoire du mouvement anarchiste en France (p. 291, note 82 de l’édition Maspero de 1975) de faire état au lecteur de l’opinion du vétéran syndicaliste, tout en réaffirmant l’importance des militants et des idées libertaires sur le mouvement syndical des années 1900. Site Pelloutier.net Pelloutier.net,
12/12/2008
Le numéro «Villes et résistances sociales » propose une lecture radicale des enjeux sociaux liés à la restructuration des villes. Qu’il soit appelé « gentrification », comme le fait Mathieu Van Criekingen dans ce numéro, à propos de la transformation de Bruxelles ou encore « processus de néolibéralisation » comme nous serions davantage portés à le faire, le processus à l’oeuvre dans les grandes villes procède d’une même logique, celle de la production de l’espace, pour reprendre les termes d’Henri Lefebvre, en fonction de la logique et des besoins du capitalisme. Les opérations dites de revitalisation urbaine ou de développement urbain, visant notamment à séduire les grands investisseurs, rappellent à plusieurs égards les opérations de rénovation urbaine des années 1960. Tout comme ces dernières, elles misent sur l’attraction des grands équipements et des grands projets, de même que sur la construction de logements privés pour réactiver le développement de la ville. Ces opérations de lifting de la ville procèdent d’un « nettoyage social » (pour reprendre les termes de l’éditorial) :l’éloignement planifié des groupes sociaux les plus démunis du centre. Ces processus de déstructuration-restructuration de l’espace urbain contribuent à la fragmentation sociospatiale des villes et viennent ainsi affaiblir, voire rendre impossible, le « vivre ensemble » ou la mixité sociale. Toutefois, comme les articles de ce numéro de la revue Agone le démontrent, ces opérations ne constituent pas une répétition de l’histoire. En effet, on note désormais l’action d’autres types d’acteurs, dont les artistes, les organismes communautaires, ainsi que les « spécialistes » de la ville de tout acabit incluant les chercheurs, les professeurs, les urbanistes, etc. À ce propos, soulignons l’article de Jean-Pierre Gamier, « La volonté de non-savoir », un regard critique posé sur le rôle de ces spécialistes de la ville. Garnier dénonce avec force et véhémence l’abandon de tout esprit critique de la part des chercheurs et autres spécialistes de la ville qui ont mis au rancart l’analyse sociale pour adopter le jargon du participationniste citoyen qui, selon lui, camoufle une logique « étatisante ». Il critique à juste titre les spécialistes de la ville ayant abandonné la critique sociale radicale et, avec elle, toute aspiration à développer un cadre d’analyse macro apte à saisir les tendances lourdes pour s’attarder à décrire les phénomènes d’ordre micro, le plus souvent associés à la dimension culturelle et identitaire. Son propos, aussi nécessaire soit-il, aurait gagné à être étayé davantage, notamment en ce qui a trait au nouveau jargon associé à la participation citoyenne. Soulignons enfin l’article de notre collègue et ami Pierre J. Hamel, de l’INRS-Urbanisation, Culture et Société, qui rappelle que tous les chercheurs n’ont pas jeté le bébé avec l’eau du bain. Le travail de ce collègue montréalais sur les mirages du partenariat public-privé à partir des municipalités du Québec permet de saisir l’une des voies, sinon la voie privilégiée par les élites économiques et politiques, pour mieux privatiser la ville. Dans cet article, il montre en quoi les PPP constituent une voix privilégiée pour ouvrir et faciliter la privatisation des services dans des domaines jusque-là réservés aux municipalités. Ce numéro est fort passionnant pour les passionnées de la ville, mais aussi pour toutes celles et ceux qui veulent saisir des enjeux majeurs de ce nouveau siècle. Anne Latendresse
À Babord !,
décembre 2008
L’écologiste,
été 2008
Noël Godin
Le journal du mardi n°347,
août 2008
Mais où s’en va donc la recherche urbaine ?
Un redoutable numéro de la revue Agone vient de paraître, consacré à la question de la résistance sociale dans le cadre de processus institutionnels avancés de transformation spatiale des espaces urbains. Parmi les nombreuses contributions, on soulignera particulièrement celle de Jean-Pierre Garnier qui permet de recibler à un moment particulièrement opportun le débat concernant l’avenir de la recherche, de ses seuls aspects budgétaires et organisationnels, vers celui de la teneur de ses productions. Et l’hypothèse est rude : le registre normatif-prescriptif de recherches intégrées, donc, dans une perspective visant à transformer la société et son organisation, se serait effacé pour laisser place désormais à une pratique constative-descriptive en voie de généralisation, voyant dès lors dominer le registre de l’étude sur celui de la perspective critique, c’est-à-dire au moins un minimum distanciée. Et l’on voit défiler mentalement toutes les « commandes publiques » de plus en plus locales et localisées, ponctuelles et sans réelles autres formes de continuité que celle de réponses à des enjeux situés et contingents de légitimités publiques, entre autres, auxquels, on le constate parfois au moins en Europe, se soumettent de manière croissante des équipes de recherche, auxquels elles consacrent une large part de leurs activités (temps, investissements et ressources). Une pratique qui ne serait pas neutre dans ses effets, contribuant donc pour une large part à conforter, asseoir sans les déranger les logiques « de l’ordre des choses ». On pourra y voir certainement quelques liens avec un autre argumentaire avancé dans le cadre d’une parution récente, d’un ouvrage, celle-ci (Anatomie des projets urbains, dont on retrouvera d’ici peu une lecture critique sur EspacesTemps.net), porté par des chercheurs lyonnais, perplexes quant à l’attitude de chercheurs face à des dispositifs participatifs traversés par une tension qui serait propre à une « démocratie amusante » (ou « société de la convivialité »), animateur de discussions plus que porteurs de distanciation et, là encore, de posture critiques. Vieux débat, sans aucun doute, mais donc on saura d’autant plus gré à ce numéro (ainsi qu’aux deux films qui l’accompagnent) de le relancer, d’en appeler à en penser l’actualité. Et d’appeler à retrouver des sciences sociales du dérangement ? Marc Dumont
Revue EspacesTemps.net,
27/05/2008
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