Parution : 12/09/2008
ISBN : 978-2-7489-0092-7 240 pages 15 x 21 cm 20.00 euros |
Agone 40
« L’invention de l’immigration »
Coordination Choukri Hmed & Sylvain Laurens
En nous rejoignant, vous rejoignez une longue histoire, une langue présente sur les cinq continents, de nombreuses pages de gloire et hélas quelques épisodes sombres. (Extrait du discours de M. Builly, sous-directeur de la citoyenneté, lors d’une cérémonie de remise des décrets de naturalisations à la préfecture de police de Paris, 23 février 2006) > vous souhaitez vous abonner à la revue Agone SOMMAIRE Éditorial en marge des sirènes du « post-post… » Un travail collectif sur la fabrique des catégories et l’invention de l’immigration, Choukri Hmed & Sylvain Laurens L’immigration : naissance d’un « problème » (1881–1883), Gérard Noiriel Organiser l’immigration. Sociogenèse d’une politique publique (1910–1930), Benoît Larbiou La construction du problème de l’émigration. L’élite étatique & l’émigration portugaises vers la France (1957–1974), Victor Pereira « Sonacotra cédera ! » La construction collective d’une identité collective à l’occasion de la grève des loyers dans les foyers de travailleurs migrants (1973–1981), Choukri Hmed « Les Maliens à l’Élysée ». Chronique d’une visite forcée, Sylvain Laurens La mise en image du « problème des banlieues » au prisme de la division du travail journalistique, Jérôme Berthaut « Mériter d’être français ». Pensée d’État & expérience de naturalisation, Sarah Mazouz Les immigrés du BTP à l’ombre de la « pénurie de main-d’œuvre », Nicolas Jounin LA LEÇON DES CHOSES « Un monument unique ». Introduction à la tétralogie d’Alfred Döblin Novembre 1918. Une révolution allemande, Michel Vanoosthuyse – Télécharger le pdf « Au commencement était la presse… » Le pouvoir des médias & la rébellion de Karl Kraus : une leçon de résistance pour notre temps ?, Jacques Bouveresse |
|||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]()
Au XIXe siècle, on ne parlait que de migrations - à l’intérieur de la France, de la campagne vers les villes. Dans les années 1870-1880 on commença à parler d’immigration car les étrangers ont commencé à faire peur et sont devenus un thème important, aussi bien dans la presse que dans les discours des politiques. Gérard Noiriel dans « Naissance d’un problème 1881-1883) » raconte très bien comment cela s’est passé et pourquoi ce thème est devenu un « problème ». Ensuite la société française a peu à peu découvert la nécessité de se donner une politique publique d’immigration, ce que raconte, dans un langage malheureusement un peu plus jargonnant, Benoît Larbiou dans « sociogenèse d’une politique publique (1910-1930) » Le problème des migrations d’un pays à l’autre peut aussi être regardé du point de vue du pays d’origine. C’est ce que fait Victor Pereira dans « l’élite étatique et l’émigration portugaise vers la France (1957-1974) » où l’on voit comment l’émigration clandestine de nombreux portugais a été mal ressentie par les puissants avant que l’on découvre que les émigrés étaient pour le Portugal une source de devises. Choukri Hmed raconte la lutte des étrangers des foyers SONACOTRA dans les années 70 et Sylvain Laurens « les Maliens à l’Élysée », chronique d’une visite forcée. Se dégage aussi une contribution très éclairante, celle de Jérôme Berthaut, « Le problème des banlieues au prisme de la division du travail journalistique » (ici un élément d’un JT), ou comment sont choisis les thèmes de reportage, comment des tris réducteurs se font au cours du montage, comment les rédacteurs en chef du journal interviennent sur les choix... bref comment le résultat est loin de rendre la réalité. Sarah Mazouz, dans « Mériter d’être français », analyse comment les nouveaux naturalisés sont amenés à considérer que vraiment ils méritent de devenir français même si, au départ, leurs motivations étaient beaucoup plus de facilitation de leur vie en France. Enfin, une autre contribution très intéressante de Nicolas Jounin, « Les immigrés du BTP à l’ombre de la pénurie de main-d’oeuvre » : Comment les patrons de BTP utilisent ce qu’ils appellent la « pénurie de main-d’œuvre » pour rendre invisible le travail des immigrés et donc les immigrés eux-mêmes. Les grands groupes ne prennent pas directement le risque d’employer des immigrés en situation irrégulière, mais sont très contents que d’autres le prennent. Du coup, leur discours sur le manque de main-d’œuvre est toujours plein de contradictions… Antoinette Richard
Libresens n°181,
janvier-février 2008
Images de l'immigré
Dans sa dernière livraison, la revue Agone nous propose un tour d’horizon sur la question de l’immigration. Le numéro, dense, porte son attention sur des moments particuliers de l’histoire migratoire.
Dans leur éditorial, Choukri Haed et Sylvain Laurens veillent à fixer les bornes du discours sur l’immigration : Le sujet est polémique et les chercheurs qui travaillent sur ces champs ne sont pas toujours suffisamment vigilants pour s’en extirper. Ils insistent sur le rôle des acteurs migrants – ces mêmes personnes qui ne doivent pas disparaître derrière des débats ou des comptages – autant que sur les ressorts de cette histoire. Gérard Noiriel ausculte la naissance du « problème » migratoire. Rompant avec les traditions antérieures, la IIIe République crée peu à peu le sujet. Il montre comment le ralliement des notables au nouveau régime, par le biais du nationalisme, place l’immigré au centre du jeu national. L’étranger, exploité, maltraité, devient le concurrent, le profiteur, le rebut qui déferle sur le sol de la patrie. Il permet la construction d’un nouveau consensus social et la nationalisation de la société tout entière. Benoît Labriou démonte une autre pièce : La politique migratoire française. Tracer, mesurer sont des préalables indispensables pour L’État contrôleur. C’est l’heure du contrat qui canalise la venue des migrants et qui fixe les conditions de leur présence. Avec Victor Pereira on entrevoit les intérêts « de classe » derrière la migration portugaise. Choukri Hmed nous raconte la grande grève des foyers Sonacotra. Temps fort et décisif pour une immigration qui se prend en charge et s’introduit dans le débat politique tout en façonnant sa propre identité. Avec les Maliens à l’Elysée on distingue clairement, dans la représentation de L’étranger installé en France, ce qui apparaît convenable, possible, de ce qui ne l’est pas. La construction de l’image passe bien par les médias comme le montre Jérôme Berthaud. Elle rêve une finalité d’intégration au travers de la naturalisation méritée (Sarah Mazouz). René Diaz
Zibeline n°15,
février 2008
Comment l’immigration est entrée dans le vocabulaire politique français
La revue Agone consacre l’essentiel de cette livraison à l’immigration. Elle s’ouvre sur un texte de l’historien Gérard Noiriel consacré à l’apparition du concept d’« immigration », dans le champ notionnel. En fait, le terme apparaît brutalement dans le vocabulaire français dans les années 1880 où il va désigner d’emblée les deux chapitres constitutifs du problème et toujours d’actualité : l’entrée et le séjour d’étrangers sur le territoire national et
leur intégration. Gérard Noiriel analyse finement le contexte en explorant les diverses dimensions qui concourent à cet avènement : le plan technologique, avec la mécanisation des déplacements humains, l’économique (avec les particularités de l’exode rural français), le politique (notamment la défaite de 1870, l’avènement de la IIIe République, la montée de la contestation socialiste, les affrontements entre ouvriers français et étrangers). L’irruption, dans les années 1880, du mo t« migration » en est la conséquence et le résultat d’une double connexion : celle entre étrangers (suspects en puissance) et migrations et celle du développement des préoccupations natalistes. C’est dans les écrits démographiques qu’apparaîtra le mot immigration. Un texte de Benoît Larbiou portant sur l’organisation de l’immigration, c’est-à-dire la construction d’une politique publique de 1910 à 1920, prolonge ce premier article. La crise économique qui se généralise en France vers 1934 bouleverse le système de régulation de l’immigration : essentiellement ouvrière elle va se diversifier. Face à la concurrence réelle ou supposée des étrangers, beaucoup de professions s’engagent dans une logique de réduction des professions et d’exclusion des personnes. D’autres contributions viennent nourrir le dossier. Elles portent, respectivement, sur la construction du problème de l’immigration par les employeurs de main-d’oeuvre au Portugal, l’édification d’une identité collective dans la grève des loyers à la Sonacotra, dans les années 1970, sur les opérations médiatiques de visites de responsables politiques à des immigrés, sur la mise en images journalistique du « problème des banlieues », sur l’usage de la notion de « mérite » dans la présentation officielle de la naturalisation et sa réappropriation par les immigrés, sur le recours, dans l’industrie du bâtiment, à l’argument de « pénurie de la main-d’oeuvre » et la place de cette rhétorique dans la dévalorisation de la force de travail. Michel Rogalski
L'Humanité ,
17/01/2009
En sus de ce dossier fourni, le lecteur pourra s’instruire de deux textes eux aussi conséquents : l’un de Michel Vanoosthuyse sur Alfred Döblin – dont il est, par ailleurs, question dans nos colonnes ; l’autre de Jacques Bouveresse : « Karl Kraus et le pouvoir des médias : une leçon de résistance pour notre temps ? » Alice Faro
À contretemps n° 33,
janvier 2009
Pour le BTP, l'immigration n'est pas un problème mais une solution
Entretien avec Nicolas Jounin Catherine Coroller
Blog de Libération,
26/11/2008
« Ce nouveau numéro s'ouvre sur un constat... »
Ce nouveau numéro s’ouvre sur un constat, celui d’un retournement de situation. Il est loin aujourd’hui le temps où la question de l’immigration était un sacerdoce militant pour sociologues et historiens des marges. « Pourquoi le nier ? Dans le champ académique, l’immigration est devenue rentable pour l’impétrant » souligne l’introduction. Du coup, se pose la question du pourquoi de ce numéro. La réponse est dans le titre de cette livraison « L’Invention de l’immigration » qui se propose « de retourner le "viseur" et d’interroger les pratiques de ceux qui, "d’en haut", forgent ces catégories et contribuent toujours ainsi à la construction sociale d’un "problème de l’immigration". »
N'autre école,
automne 2008
Le "problème" de l'immigration
Qu’est-ce que l’immigration : un phénomène social ou un problème public ? Qu’est-ce qu’un immigré : un travailleur clandestin employé à bas prix dans les chantiers de construction, un « jeune des banlieues » de préférence en bande et plutôt musulman, ou un futur citoyen « méritant » de la nation française ? Toutes ces images sont déconstruites par la dernière livraison de la revue Agone. Chacun des articles réunis par Choukri Hmed et Sylvain Laurens dans la dernière livraison de la revue Agone démontre, à travers l’analyse de cas concrets, les raisons économiques, sociales et politiques de la construction d’une certaine vision de l’immigration en France et en Europe. Chacun permet de remettre en cause des constructions étrangement familières sur l’immigration et d’en démonter les mécanismes. L’immigration comme « problème » Les articles ici réunis contribuent à nous faire comprendre comment l’immigration a pu être construite comme problème public depuis plus d’un siècle [1]. Le matériau empirique va de l’étude des collaborateurs aux plus hauts sommets de l’État à celle des administrateurs de préfecture, en passant par les experts ès immigration dans la haute fonction publique, les employeurs du bâtiment, les journalistes et les militants. Chacun à leur niveau, ils sont autant d’émetteurs d’un discours sur l’immigration. En les mettant en résonance les uns par rapport aux autres, l’ouvrage permet de mieux apprécier la construction de l’immigration comme problème dans nos sociétés. La perspective historique n’est pas absente de l’analyse, qui conduit à envisager une construction du problème dans le temps. Gérard Noiriel identifie la « naissance » du problème au tournant des années 1880, quand le mot « immigration » fait pour la première fois irruption dans le vocabulaire politique français. Le phénomène est alors mis en relation avec deux éléments antithétiques qui scellent le rapport complexe de l’État à l’immigration, entre rejet et nécessité : la peur de l’étranger d’une part, et l’impératif démographique, d’autre part. Benoît Larbiou met en évidence l’émergence de deux logiques antithétiques supplémentaires dans l’entre-deux-guerres : la logique productive prônée par les employeurs (la main-d’œuvre étrangère est nécessaire à l’économie française) et la logique de protection du travail national (défendue par les syndicats). Or, dès cette période, des experts ès immigration apparaissent au sein de l’administration centrale de l’État. Ils sont les premiers à poser un consensus sur la manière d’aborder la question d’immigration : garantir que l’immigration fournisse des travailleurs aux entrepreneurs français, sans provoquer un déséquilibre du marché du travail et sans constituer une menace à l’ordre public, tout en assurant une relève démographique. Les angles d’attaque se diversifient à travers les contributions de Victor Pereira et de Choukri Hmed. Victor Pereira offre le point de vue d’un pays de départ, le Portugal de 1957 à 1974. Sous la dictature de Salazar, si l’émigration est officiellement considérée comme un problème parce qu’elle prive de bras les grands propriétaires terriens, elle est officieusement considérée comme une solution tant l’afflux de devises étrangères est souhaitable pour une économie qui peine à prendre le chemin de la modernisation. Choukri Hmed s’intéresse aux mobilisations et à la construction d’une identité collective des travailleurs immigrés à l’occasion de la grève des loyers dans les foyers (1973–1981). L’image du travailleur immigré qui en ressort est alors tributaire d’un contexte politique déterminé : celui du mouvement ouvrier et de la rhétorique de la lutte des classes. Elle laisse de côté d’autres éléments constitutifs de l’identité des travailleurs immigrés qui auraient pu être mobilisés, comme le droit à une pratique religieuse, par exemple. Enfin, le point d’orgue de la partie historique de cet opus est la chronique de la visite des maliens à l’Élysée, livrée par Sylvain Laurens. À travers le récit de cette mise en scène – l’invitation à déjeuner que lance Valery Giscard d’Estaing aux éboueurs de l’Élysée le matin du 24 décembre 1974 –, il met en tension les logiques opposées qui animent la construction du problème de l’immigration par le chef de l’État : la démonstration présidentielle de sa charité sociale, d’une part, et le cantonnement des travailleurs immigrés aux tâches subalternes de l’activité économique française, d’autre part. En 1974, la maîtrise des flux migratoires est présentée comme un instrument de résolution de la crise et la création d’un secrétariat d’État aux travailleurs immigrés consacre la construction de l’immigration comme problème public. Les immigrés comme individus « problématiques » Les contributions contemporaines de l’ouvrage se rapportent moins à la construction de l’immigration comme problème qu’à celle des immigrés comme individus problématiques, en raison de leur opinion, de leurs mœurs ou de leur présence illégale sur le territoire. Plusieurs résultats d’enquêtes ethnographiques permettent de croiser les regards sur une population placée sous le signe de la suspicion. L’enquête menée par Jérôme Berthaut dans la salle de rédaction d’un journal télévisé national fait clairement apparaître les étapes de la construction de l’image des « jeunes des cités ». La posture du journaliste en quête d’opinions contrastées sur la guerre en Irak, la dynamique qui s’instaure au sein de l’équipe de rédaction et le rôle du « fixeur » – interlocuteur qui sert d’accompagnateur « en banlieue » –, tous ces éléments participent de l’élaboration d’une image des enfants issus de l’immigration qui a plus à voir avec le contexte politique – le 11 septembre 2001, la guerre en Irak – qu’avec une quelconque réalité sociale. Chacun répond à des enjeux plus larges et la rencontre avec les « jeunes des cités » ne joue qu’un rôle périphérique, au service d’une construction médiatique de la réalité sociale. Une autre enquête ethnographique dans les bureaux de préfecture met en scène d’autres immigrés, des étrangers engagés dans un processus de naturalisation. Sarah Mazouz démontre que ces derniers reprennent à leur compte un éventail de catégories morales associées à un processus, au demeurant proprement juridique. Ainsi, du droit à devenir français en vertu de critères précis (la résidence, les revenus, etc.), administrateurs et administrés glissent vers les notions de « mérite » associé au fait de bien parler français ou de ne pas être voilée. En forme d’épilogue, la contribution de Nicolas Jounin présente l’immigration non plus comme un problème mais comme une solution, pour les entreprises du bâtiment à la recherche de main-d’œuvre bon marché. Le recours à des travailleurs clandestins n’est guère assumé par les grandes entreprises, mais bien sous-traité à de plus petites structures qui prennent les risques juridiques et financiers. L’illégalité est ainsi « externalisée » (p. 183). Or le recours des travailleurs immigrés parfois sans papiers est une solution à un problème qui n’en est pas un. En effet, la pénurie de main-d’œuvre souvent avancée par les grandes entreprises vient essentiellement du fait que la rémunération est très basse dans cette branche d’activité par rapport à la fatigue et aux risques qui lui sont associés. Nicolas Jounin offre ainsi une des rares études sur la question de l’immigration vue par le patronat et son travail fait échos aux analyses de Benoît Larbiou sur l’importance de la logique productive dans la construction de l’immigration comme problème. Regard critique et « modes intellectuelles » À l’origine du projet figure la volonté des deux chercheurs de renouveler le domaine des études sur l’immigration. Ils parviennent à lier, par une problématique commune, des objets différents. Ils affirment également leur volonté de se situer « en décalage » par rapport aux débats académiques anglo-saxons, aux « modes intellectuelles » du post-moderne et du post-colonial (p. 9–10). En effet, les auteurs nous montrent que la dynamique coloniale n’est jamais absente dans la construction de l’immigration comme problème. Les acteurs d’une politique opèrent une « mise à distance » des immigrés, comparable à celle pratiquée vis-à-vis des sujets coloniaux. Par critique du post-colonial, les auteurs entendent la critique d’analyses qui n’accordent pas assez d’importance aux logiques coloniales. Ils se situent à l’opposé d’une autre critique, qui cherche à évacuer la période coloniale de notre compréhension de l’expérience contemporaine [2]. Afin de resituer le débat outre-atlantique, il faudrait également mentionner que certains chercheurs qui travaillent sur la France « post-coloniale » s’inscrivent dans des démarches propres à leur univers académique [3]. Ces problématiques structurent des équipes de recherche, par-delà les études sur la France, et permettent de les « tenir ensemble », pour reprendre une expression utilisée par les auteurs. Au-delà du postulat sur la situation contemporaine, on peut voir dans l’utilisation de la terminologie post-coloniale une dimension heuristique et structurante. En outre, pour ce qui est de l’étude des questions d’immigration outre-atlantique, il faut garder à l’esprit une différence d’objet. Il est difficile de trouver dans l’histoire américaine une étude des pratiques administratives, puisque l’encadrement de l’immigration a été peu centralisé [4]. L’histoire de la construction de l’immigration comme problème public fait sens dans le contexte d’un État fort et centralisé comme la France. Enfin, pour aller dans le sens du projet éditorial de l’ouvrage, il faut ajouter que les travaux qui relèvent des post colonial studies, par l’attention qu’ils apportent à l’étude du discours [5], tendent parfois à s’éloigner de l’étude des cas concrets. Or l’« invention de l’immigration » met les pratiques des acteurs au cœur de l’analyse et bénéficie d’un matériau empirique riche, grâce aux nombreuses recherches récemment conduites sur l’immigration. Elles permettent une démultiplication des regards et des objets qui apportent de nouvelles données concrètes et opérationnelles pour l’analyse. La réflexion menée dans cet ouvrage ne le situe donc pas en marge de certains débats conceptuels ; au contraire, elle place ces contributions au centre des études sur l’immigration en France et en Europe. —————- Notes [2] Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, 2006. [3] On pourrait citer Paul Silverstein, Algeria in France. Transpolitics, Race, and Nation, Bloomington et Indianapolis, Indiana University Press, 2004 ; Herman Lebovics, Bringing the Empire Back Home : France in the Global Age, Durham : Duke University Press, 2004 ; et Todd Sheppard, The Invention of Decolonization. The Algerian War and the Remaking of France, Ithaca, Cornell University Press, 2006. [4] Une nuance doit être apportée avec l’apparition de travaux d’historiens qui se concentrent sur la construction des immigrés par le droit. Voir Mae Ngai, Impossible Subjects. Illegal aliens and the making of modern America, Princeton University Press, 2005. [5] On retrouve ainsi la problématique du post-colonial dans les études littéraires et dans les cultural studies. Voir notamment Alec Hargreaves, Mark McKinney, Post-colonial cultures in France, Londres, Routledge, 1997. Angéline Escafré-Dublet
La vie des idées ,
03/10/2008
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||


