Cent pages Hors collection
Le petit bossu
Parution : 18/11/2003
ISBN : 2 906724 50 5
165 pages
12,5 x 19,5 cm
15.00 euros
Roberto Arlt
Le petit bossu
Traduit de l’espagnol par Jean-François Carcelen et Georges Tyras - Réimpression
Cinq nouvelles de Roberto Arlt. On y retrouve l’univers sombre du grand écrivain argentin : ses personnages de contrefaits, de voleurs à la tire, de prostituées, de lâches, son style brutal et sa voix unique.
« Sur un ton acocalyptique et souvent prophétique, Arlt a dit du Buenos Aires des années trente tout ce que les autres intellectuels de notre temps ignoraient ou, pire encore, dissimulaient ». Julio Cortazar
Roberto Arlt (Buenos Aires, 1900-1942) est l’un des grands noms de la littérature argentine du vingtième siècle. Fils d’immigrés européens (son père était allemand, sa mère tyrolienne italophone), il fut de ceux, nombreux, qui au début du siècle connurent la misère et contribuèrent à la naissance de l’Argentine d’aujourd’hui. Autodidacte, n’ayant reçu pour toute formation «institutionnelle» que trois années d’école primaire, Roberto Arlt a introduit dans la littérature de son pays un accent vraiment nouveau.
Revue de presse
- Consulter Philippe Savary Le Matricule des Anges n°24, Septembre-Octobre 1998
« J’aurais aimé t’offrir un roman aimable comme un nuage rosé », explique Roberto Arlt à son épouse, mais, poursuit-il en exergue de ce recueil, « les êtres humains ressemblent davantage à des monstres qui pataugent dans les ténèbres qu’aux anges lumineux des histoires anciennes ». Les cinq nouvelles de l’écrivain argentin, né en 1900 et mort en 1942, présentées ici dégagent effectivement une forte odeur fétide. La perversité de la nature humaine accomplit sa besogne avec une délétère jouissance. Ainsi, dans Le Petit Bossu, un jeune galant éprouve le coeur de sa promise en l’obligeant à embrasser un avorton boiteux et difforme. Plus loin, récit d’un réalisme brutal, un proxénète, « plongé dans un long crépuscule qui n’avait plus rien de terrestre », se souvient de la femme aimée.
Compagnon de voleurs et de violeurs, il décrit sa déchéance, qui le mène de geôles en bouges crasseux à consommer son morbide ennui. L’image n’est guère plus rassurante avec les nouvelles suivantes. Un phtisique attend sa mort dans un sanatorium, où, entouré de ses amis d’infortune, il lance des paris sur la dernière heure de ceux qui agonisent. Là encore, la figure de l’amante, qu’il a odieusement humiliée, revient sur ses lèvres sèches et malades. Dans Une sale nuit, toujours, le futur marié imagine son avenir à deux, « gris comme le fond d’un four », et préfère fuir ce « puits d’ordures et de monotonie » qui l’attend. Désoeuvrés, méchants, taciturnes, les narrateurs de Roberto Arlt sont agités d’obscures pulsions. Sous le soleil noir et infécond qui inonde les marges de ce Buenos Aires inédit, ils instrumentalisent leur propre destruction. En orchestrant leur délabrement mental -et la perdition de leurs proches- l’écrivain hisse ainsi l’homme au rang de grands fauves, guettés par la folie, et pour qui l’amour est une chimère impossible à rassasier.
Philippe Savary
Le Matricule des Anges n°24, Septembre-Octobre 1998
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