Cent pages Hors collection
Trois contes doubles
Parution : 29/09/2005
ISBN : 2 906724 96 3
96 pages
12,5 x 19,5 cm
11.00 euros
Herman Melville
Trois contes doubles
Réédition. Nouvelles traduites de l’américain par Bernard Hœpffner avec la collaboration de Catherine Goffaux
Trois nouvelles sont ici réunies : Le Paradis des Célibataires & le Tartare des vierges ; Les Deux Temples ; Le Pudding du pauvre & les Miettes des riches.

Chacune de ces trois nouvelles débute à Londres, où Melville se rendit en 1849 : il dîne au 4, Elm Court, Temple, le 19 décembre (Le Paradis des célibataires), voit Macready dans Othello au Haymarket Theater le 19 novembre (Les Deux Temples) et visite le Guildhall le 9 novembre (Les Miettes des riches) ; cependant, chacune de ces scènes, toute précise qu’elle soit, se trouve transformée, colorée, métaphorisée par son pendant – son double – qui est tiré de la vie de Melville aux États-Unis.
En lisant ces textes, en constatant leur symétrie, en acceptant de passer de l’autre côté du miroir, le lecteur se met graduellement à découvrir, puis à apprécier l’ironie de l’auteur, son regard acéré d’oiseau de proie capable de discerner toute l’hypocrisie que recèle l’homme « social ».
Fils d’une famille aisée, Herman Melville (1819–1891) doit à la mort de son père alors qu’il a douze ans, abandonner ses études et travailler. Il découvre alors la réalité du prolétariat et des clivages sociaux. Devenu marin, il parcourt le monde cinq années durant. De retour à New York, il se consacre à l’écriture et devient un auteur à succès grâce à ses romans d’aventures inspirés de ses propres expériences. Lorsqu’il s’essaie à d’autres genres, c’est le début d’une mécompréhension. Le public et les critiques n’attendent de Melville que l’auteur de romans d’aventures alors qu’il aspire à construire une œuvre véritablement littéraire. Ses dernières œuvres, tel Bartleby le scribe se font de plus en plus sombres et pessimistes sur la nature profonde de l’Homme. Ce n’est qu’au XXe siècle que la qualité de ses romans a été reconnue, et aujourd’hui, Moby Dick est considéré comme un chef d’œuvre.
« C’était en matière d’absorption tranquille de la bonne vie, de bons vins, de bons sentiments et de bonnes conversations, la perfection même. Une réunion de frères. Le confort – confort fraternel, domestique – était la caractéristique principale de cette affaire. En outre, vous pouviez deviner que, de toute évidence, ces hommes au cœur tranquille n’avaient ni femmes ni enfants vers lesquels diriger une pensée anxieuse. Et pour la plupart ils étaient aussi des voyageurs ; car seuls des célibataires peuvent voyager tranquillement sans que leur conscience tressaille à la pensée du foyer déserté.
Cette chose qu’on nomme doucelur, ces difficultés illusoires – leurs imaginations de célibataire les considéraient comme deux légendes absurdes. Comment des hommes à la mentalité aussi libérale, dont l’érudition s’était nourrie au spectacle du monde et munis d’une intelligence philosophique et convivale profonde – comment ces hommes auraient-ils pu s’en laisser imposer par des fables, par de telles moineries ? Douleur ! Difficulté ! Pourquoi pas des miracles catholiques ? Rien de la sorte. — Pourriez-vous me passer le sherry, Monsieur. » Le Paradis des célibataires.

« Devant des rangées de comptoirs blanchâtres étaient assises des rangées de jeunes filles blanchâtres, avec des cartons blancs dans leurs mains blanches, toutes occupées à plier du papier blanc.
Dans un coin se dressait un immense cadre de lourde fonte, où un objet vertical pareil à un piston s’élevait et retombait périodiquement sur un lourd bloc de bois. Devant lui – serviteur soumis de la machine – se tenait une jeune fille de grande taille, occupée à nourrir l’animal de fer avec des demi-mains de papier à lettres de teinte rose dont chaque feuille, à chaque coup de tampon de la machine-piston, était marquée dans un coin d’une guirlande de roses. Mon regard passa du papier rosâtre à la jour blafarde, mais sans rien dire. […]
Pas la moindre syllabe n’était prononcée. On n’entendait rien d’autre que, couvrant le tout, le bourdonnement sourd et régulier des animaux en fer. La voie humaine était bannie de ce lieu. Les machines – ces esclaves dont se vante l’humanité – étaient ici servies avec humilité par des êtres humains, qui les servaient sans mot dire et aussi obséquieusement qu’un esclave sert le Sultan. Les jeunes filles n’étaient même pas les rouages secondaires de l’ensemble des machines mais paraissaient plutôt être les dents de ces rouages. » Le Tartare des vierges
Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net