Parution : 01/12/2007
20.00 euros
Réimpression en cours
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Pierre Carles
La Sociologie est un sport de combat
Vente en France exclusivement
ATTENTION: Rupture de stock, à nouveau disponible fin février. Nouveau prix : à partir du 1er juin 2009, tous les DVD de Pierre Carles seront à 20 euros [DVD destiné à un usage exclusivement privé ; pour toute autre utilisation (diffusion publique, gratuite ou non), pour les institutions (tarif DVD à 65 euros) et pour l’étranger, merci de prendre contact directement avec cp-productions@wanadoo.fr Il y a des témoins du monde, ceux qui disent tout haut ce qu’on pense plus bas, ni gourous, ni maîtres, mais qui considèrent que la cité, le monde, peuvent être pensés. Le sociologue Pierre Bourdieu était de ceux-là. Pendant trois ans, de 1998 à 2001, Pierre Carles a suivi Pierre Bourdieu au travail, attelé à son quotidien, sous toutes ces facettes. En s’immisçant dans son bureau, ses salles de cours au Collège de France, lors de manifestations de rues ou à un meeting alter-mondialiste, ce film révèle la pensée de Bourdieu en train de se dire en mouvement. Donnant à voir le combat généralement invisible que mène le sociologue contre l’ordre dominant. Et c’est une pensée qui se déploie comme familière, à côté de nous, et toujours abordable, celle d’un intellectuel qui choisit de penser son temps, prônant l’intelligence et l’analyse comme armes fatales. Zone 2• DVD 9 • PAL • 2h20 • Format image 1.37 • Écran 4/3 • Film sous-titré en anglais, espagnol et portugais (Brésil) Naissance du projet
C’est en assistant à l’une des interventions publiques du sociologue Pierre Bourdieu le 28 août 1991 à l’université d’été de la communication de Carcans-Maubuisson qu’est né ce projet de film. Ce jour-là, devant un auditoire essentiellement composé de journalistes et de professionnels de la parole, Pierre Bourdieu essaya d’expliquer à ces gens-là la responsabilité toute particulière qui était la leur dans l’usage des mots, et notamment les ravages qu’ils pouvaient commettre – souvent sans même s’en rendre compte – en employant certaines expressions à la télévision ou dans les journaux. Il décrit la “violence douce” qui s’exerçait au travers des mots repris ou véhiculés par les mass-médias. Pour étayer sa démonstration, il s’appuyait sur l’exemple du “voile islamique” que les journalistes auraient pu tout aussi bien pu qualifier de “fichu” sans l’associer obligatoirement et de manière péjorative à l’univers de l’intégrisme musulman comme le sous-entendait l’adjectif “islamique”. “Quand on dit “voile islamique”, expliqua Pierre Bourdieu, on fait une déclaration de guerre extraordinaire qui passe totalement inaperçue, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’agisse pas très profondément sur les gens qui la reçoivent”. Et de poursuivre en analysant d’autres expressions toutes faites comme par exemple “harmonisation salariale”, “partenaires sociaux”, “restructuration” (au lieu du mot licenciement) qui appliquée aux relations entre patrons et salariés introduit mine de rien, dans la même logique de persuasion clandestine, toute une philosophie des rapports sociaux, toute une vision du monde non-déclarée; bref, l’imposition d’une idéologie au service de l’ordre établi. Mais au delà de la pertinence de l’analyse des manipulations médiatiques que l’on pourrait qualifier d’ “ordinaires” (de la part de journalistes qui n’en ont bien souvent pas conscience, répétons-le), c’est surtout la manière dont Pierre Bourdieu s’est exprimé ce jour-là qui m’a frappé. Il avait bien sous les yeux le texte de son intervention mais c’était à peine s’il s’y référait. Il ne lisait pratiquement pas ses notes, et nous donnait véritablement l’impression de réfléchir à haute voix, en nous faisant part de ses doutes et de ses intuitions, au fur et à mesure qu’ils surgissaient. A l’inverse des gens qui s’exprimaient à la télévision ou en public. Sans pour autant sacrifier à une rigueur intellectuelle, en restant précis dans le choix de ses mots, il nous livrait en temps réel l’état de sa réflexion, en abolissant en quelque sorte le délai entre l’élaboration de sa pensée et sa formulation orale. Ses mots prenaient un poids que l’on est peu habitué à rencontrer dans l’espace public. Je ne me souvenais pas avoir assisté à un “spectacle” aussi passionnant d’“une pensée en action”. Mis à part peut-être lors d’un passage de l’écrivain Charles Juliet à la radio (dans Le masque et la plume je crois) ou à l’occasion d’une des dernières apparitions du leader kanak Jean- Marie Tjibaou à la télévision, à “Droit de réponse”. A Carcans-Maubuisson, malheureusement, les débats n’étaient pas filmés . Plus tard, en assistant à d’autres conférences de Pierre Bourdieu puis en ayant par la suite le privilège de discuter avec lui, je m’apercevrai qu’il fonctionnait souvent de cette manière-là lorsqu’il s’exprimait oralement devant une assemblée. Quant aux intervenants qui se sont succédé après lui à la tribune ce jour-là, que ce soient la journaliste Christine Ockrent, le rédacteur en chef du Monde Jean-Marie Colombani ou le très médiatique sociologue Dominique Wolton, leurs discours pré-fabriqués, figés dans leurs certitudes parurent bien pâles à côté du sien. Mais si j’ai songé pour la première fois, ce jour là, à réaliser un documentaire sur Pierre Bourdieu, encore fallait-il que le principal intéressé soit d’accord. Il s’écoulera cinq ans avant que l’occasion me soit fournie de rencontrer Pierre Bourdieu et il me faudra deux années de plus pour le convaincre de l’intérêt de faire ce film. Ce que je n’avais pas prévu, en revanche, c’est la difficulté qu’il y aurait à trouver une chaîne de télévision prête à m’aider pour mener à bien ce projet. J’ai tout naturellement pensé à ARTE mais la chaîne franco-allemande ne s’est pas pour l’instant montrée suffisemment intéressée par le projet pour me passer commande d’un portrait de Pierre Bourdieu. Or à part ARTE je ne vois pas bien qui pourrait se lancer dans cette aventure. |
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Comme dirait Godard que ton sujet ne rate pas (” il a un certain talent, quand même… C’est un poète ”), c’est toujours bien de filmer les gens au travail et je trouve que c’est la grande qualité de La sociologie est un sport de combat de montrer Bourdieu en plein turbin et jamais en représentation, même quand il parle à une radio libre ou participe à un débat chaud. Après avoir vu ton film, quelle que soit la forme définitive qu’il va prendre, plus personne ne pourra écrire sans se déconsidérer que Bourdieu est un médiatique ou un contre-médiatique. C’est un a-médiatique et je crois qu’il faudra bientôt conceptualiser cette notion. Je définirai donc, grâce à ton film, l’intellectuel moderne comme un a-médiatique, quelqu’un qui ne fonctionne ni pour ni contre les médias, mais à côté, et qui peut ainsi se permettre d’en parler comme un sujet comme les autres (d’où Sur la télévision). [...] La possibilité laissée à Bourdieu de parler le temps qu’il faut est une chose que l’on voit rarement dans ce genre de films documentaires. Tu es l’antithèse des films manipulateurs comme celui sur Chomsky ou de ces exercices égotiques comme Veillées d’armes (quoique j’éprouve du plaisir devant les provocations primaires d’Ophüls) [...] Voir cet homme sous toutes ses facettes en train d’expliquer continuellement sa pensée, parfois presque la rabâcher, finit par faire basculer le film vers de la ” métaphysique ”, terme que le philosophe frustré qu’est Bourdieu, devenu adepte du ” sport de combat ” qu’est la sociologie, utilise souvent. Car, en accompagnant Bourdieu dans tous ses déplacements, on se demande s’il n’y a pas en lui un désir de transcendance qui expliquerait pourquoi il fait tout ça. Pourquoi va t-il au Val-Fourré monologuer face à des gens qui “veulent se le payer” ? Pourquoi accepte t-il de parler à Günther Grass ? Pourquoi fait-il des vidéoconférences ? Pourquoi s’adresse t-il aux grévistes du service public ? J’ai déjà écarté tout à l’heure l’idée du moi médiatique, de l’envie de puissance et de gloire. .. Encore une fois, je pense qu’il fait tout ça parce qu’il doit le faire, parce qu’un intellectuel digne de ce nom doit le faire. Il y a du kantien chez Bourdieu à l’image des hussards noirs de la République, de ces professeurs qui apportaient leur parole là où on ne parlait pas. Et cette parole n’est ni messianique ni mécanique, mais contient la haute idée de transmettre… Cette transmission orale de Bourdieu est à mon avis fondamentale : elle est là pour contrer la lisibilité difficile de son oeuvre scientifique. Bourdieu est un Janus a deux faces : au Bourdieu penseur, qui se lit avec effort, le crayon a la main, succède un Bourdieu vulgarisateur qui rend limpide ce que le savant honnête qu’il est ne peut pas rendre lisible sous peine de simplifications, d’àpeu-près, bref de malhonnêteté. Tu auras compris que ton film complète magistralement ma vision que j’avais de Bourdieu. Mon avis est peut-être biseauté par le fait que je lis et apprécie depuis longtemps l’oeuvre de Bourdieu. Pour quelqu’un qui ne connaît l’auteur de La Noblesse d’Etat et de La Distinction que de nom, je ne puis juger si le portrait que tu traces de lui comprend ou non trop de choses à assimiler, à décrypter. Je pense qu’une personne ne connaissant pas du tout Bourdieu découvrira ce qu’est un intellectuel qui joue encore ce rôle aujourd’hui et aura pour lui beaucoup de respect (enfin, je m’illusionne peut-être…). Tu as fait finalement une oeuvre pro-intellectuels à une époque où règne leur contraire bien caractérisé par les énarques (les vrais ennemis de Bourdieu si j’en crois un énergumène de leur tribu que je fréquente). C’est une vraie provocation pour le moment, avant que ce portrait rigoureux ne devienne un document de base pour la connaissance des ” résistants ” à la société marchande néo-libérale de cette fin de siècle… Philippe Person
Person magazine n°10,
octobre 2000
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