Parution : 27/10/2006
ISBN : 2 914968 23 X 256 pages 14 x 20,5 cm 18.50 euros |
Rémi Lefebvre - Frédéric Sawicki
La Société des socialistes
Le PS aujourd’hui
Avec l’effondrement du PCF, le PS est devenu, à partir des années 1980, le parti pivot de la gauche française. Il peine pourtant à se hisser au rang des principaux partis sociaux-démocrates européens, tant en nombre d’électeurs que de militants. Son image publique est plutôt négative chez les journalistes politiques comme chez les militants de gauche et bon nombre d’intellectuels. Ces représentations sont partagées par de nombreux militants dont la loyauté à l’institution socialiste s’affaiblit. La persistance d’une culture communiste et contestataire, la transformation du PS en parti de gouvernement, n’expliquent pas à elles seules le faible attachement que suscite ce parti. Fortement professionnalisé à la base comme au sommet, entièrement organisé autour de la préparation des échéances électorales, le parti socialiste connaît une rétraction de ses réseaux d’influence et semble incapable de renouveler ses cadres et ses orientations politiques. La société des socialistes apparaît ainsi comme une société de plus en plus fermée sur elle-même, où les enjeux liés à la préservation des positions de pouvoir apparaissent déterminants. Un certain cynisme y est de mise. Ses membres se rassurent en se représentant la société française non plus comme une société de classes, mais d’individus ou, à tout le moins, comme une somme d’intérêts catégoriels auxquels il s’agit de répondre au coup par coup. Le programme a remplacé le projet, tant au niveau local que national. L’engouement récent en faveur de Ségolène Royal est, dans ces conditions, à la fois un révélateur de la perte de confiance dans les dirigeants de ce parti et le symptôme de la faible prégnance des clivages idéologiques en son sein. Ce livre, fondé sur une importante expérience de terrain, explore à la fois ce monde relativement clos qu’est la société des socialistes et les représentations de la société que partagent ou véhiculent ses porte-parole. SUR LES ONDES Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki (l’un des fondateurs de la revue Politix) sont professeurs de sciences politiques à Lille 2 et membres du Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS). Ouvrages parus : |
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Comment peut-on être socialiste ?
Comment fonctionne le petit monde des militants et des élites PS ? En disséquant la « société des socialistes », Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki dressent le portrait à la fois sombre et pathétique d’un parti recroquevillé sur lui-même, au grand désespoir de ses militants. « Il faut avoir le cœur bien accroché pour rester au ps. » Michel, l’auteur de ce propos, est bien placé pour le savoir : il est militant socialiste à Lille. Propos paradoxal, mais que le lecteur fera sans doute sien s’il lit jusqu’au bout le très riche essai que Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki viennent de consacrer au Parti socialiste. Sans parti pris, les deux politistes dressent, à coups de statistiques, de rappels historiques et d’une enquête de terrain, un tableau clinique très sombre du principal parti de la gauche française. Partant de la conviction que « pour comprendre ce que font et disent les socialistes, il faut comprendre ce qu’ils sont et la société qu’ils forment », ils décrivent un parti de plus en plus hermétique, homogène socialement et ayant du mal à avoir une vision de la société et une ligne idéologique claires. Ils rejoignent en cela les critiques ordinairement adressées au PS, mais en montrant, grâce à leur vaste information, les mécanismes ordinaires, quotidiens, qui font de la « société socialiste » ce qu’elle est aujourd’hui. R. Lefebvre et F. Sawicki insistent sur le fait que ce sont ces liens rompus et la faible implantation du PS qui « (accroissent) la volatilité de l’électorat socialiste, condamnant le PS à faire fluctuer sa ligne idéologique ». Cela éclaire aussi les raisons de l’usage intensif des sondages : « Faute de réseaux puissants irriguant la société, les élites socialistes sont de fait conduites à s’appuyer sur des formes de production non “mobilisées” de l’opinion publique comme les sondages. » Et ce n’est sans doute pas non plus un hasard si la vision socialiste de la société dénie toute conflictualité sociale (« ouvrier » est un terme rare au PS) pour se nourrir avant tout des travaux sociologiques sur l’individu et les valeurs postmatérialistes (François de Singly, Marcel Gauchet) qui dessinent des individus « entrepreneurs de leur propre vie », selon l’expression, d’Alain Ehrenberg, qui fait florès. Difficile donc de « militer au ps et d’y rester tant intérêts, croyances et convictions, dispositions, ajustements à l’institution s’y articulent difficilement ». Cela explique, selon les deux chercheurs, une certaine forme de « malheur militant » qui, dans les entretiens qu’ils ont menés, s’exprime à travers les registres de l’insatisfaction (« on ne s’y retrouve pas »), de la déception, de la frustration (« il n’est pas facile de militer »). Malgré tout, et malgré leur grande lucidité, les militants semblent peu enclins à la défection, sans doute parce que, toujours à cause de la rétractation des réseaux socialistes, il est désormais difficile de reconvertir son militantisme socialiste. On voit donc se multiplier les formes de « distance à l’engagement » : ne pas voter socialiste aux élections, voter « oui » à la Constitution européenne lors du référendum interne pour ne pas cautionner Laurent Fabius en se promettant de voter « non » dans l’urne, adhérer à Attac ou encore, dans un autre registre, afficher délibérément son cynisme et valoriser la distance critique en raillant « l’engagement total » du militant de base… Xavier Molénat
Sciences humaines,
Mars 2007
A gauche, sans le PS
Philippe Corcuff maître de conférences de sciences politiques à l’IEP de Lyon. Le succès de Ségolène Royal à l’investiture socialiste pour la présidentielle suscite une inflation rhétorique. Le lien, initié par les Lumières et fondateur de la gauche, entre raison critique et transformation sociale apparaît out dans la frénésie poitevine de marketing électoral. Les deux, Ségolas et Nicolène, font bien la paire ! Les sondages ont remplacé l’esprit critique, le look personnel le projet de société... On confond le populaire avec le démagogique. Dans l’entre-soi d’un univers socialement et intellectuellement homogène, deux teintes de gris légèrement distinctes font facilement office de polarités politiques. Dernier ouvrage paru : avec Alain Maillard, les Socialismes français à l’épreuve du pouvoir (1830–1947) (collectif). Pour une critique mélancolique de la gauche (Textuel, 2006). Philippe Corcuff
Libération,
24/11/2006
« L'image du PS «parti de militants» est plus un mythe qu'une réalité »
Frédéric Sawicki a consacré de nombreux ouvrages à l'étude des partis politiques, notamment du PS. Il publiera le 27 octobre, avec Rémi Lefebvre, « La Société des socialistes. Le PS aujourd'hui », aux Editions du Croquant. L'UMP et le PS ont considérablement accru le nombre de leurs adhérents en proposant des cotisations réduites et en simplifiant le mode d'adhésion par le recours, entre autres, à Internet. Cela présage-t-il d'un changement de nature de ces partis ? Plus que le mode d'adhésion, c'est le pouvoir donné à ces nouveaux venus - la désignation du candidat à la présidentielle - qui peut avoir des conséquences sur les structures. Dans l'ancien RPR, les adhérents n'avaient aucun pouvoir, car les investitures électorales étaient l'apanage des élus et de l'appareil. Dans sa lutte contre la vieille garde chiraquienne, Nicolas Sarkozy a voulu asseoir sa légitimité sur un vote des adhérents, mais l'évolution n'en est qu'à ses prémices. Ainsi, en dehors de Paris, les militants de l'UMP ne désigneront pas les têtes de liste aux municipales. En outre, la désignation du candidat à la présidentielle s'apparente plus à un plébiscite qu'à une compétition en bonne et due forme avec une égalité de moyens entre les candidats en lice. Au PS, du fait de la multiplicité des candidatures et de la place qu'y occupe traditionnellement le vote des militants, les nouveaux adhérents vont peser beaucoup plus. Est-ce une rupture ? La rupture date en fait de 1995 lorsqu'il fut décidé de faire désigner le candidat socialiste à la présidentielle par un vote direct des adhérents, disposition étendue ensuite au choix du premier secrétaire et des premiers secrétaires de fédérations. Jusque-là, le suffrage indirect prévalait et le PS vivait sur l'idée que les décisions les plus importantes devaient être prises par les gens les plus investis dans le parti, les militants et les cadres. C'est une décision dont on n'a pas mesuré la portée à l'époque car les dirigeants socialistes souhaitaient ainsi retrouver une légitimité altérée par la guerre fratricide du congrès de Rennes et les dérives du second septennat de François Mitterrand. L'investiture de 2007 est dans le prolongement de 1995. Y a-t-il tout de même une spécificité des nouveaux adhérents ? On peut penser que le choix du candidat à la présidentielle est une motivation majeure de leur adhésion, qu'ils prêteront attention aux sondages et qu'ils ne seront pas très sensibles à l'argumentaire développé par Lionel Jospin sur le respect du parti, de sa tradition et de ses structures. Mais ils ne sont pas les seuls : les militants plus anciens sont aussi fatigués des luttes entre dirigeants qu'ils perçoivent comme déconnectées des clivages idéologiques. D'autres part, l'image d'un PS « parti de militants » est plus un mythe qu'une réalité depuis les années 1980 où cette formation s'est muée en parti d'élus, eux aussi sensibles aux sondages. N'oublions pas que, juste après la présidentielle, il y a les municipales ! Certains craignent pourtant que le PS se transforme en parti démocrate à l'américaine dont les membres ne se mobilisent qu'une fois tous les cinq ans pour désigner le candidat... On se fait en France une fausse image du Parti démocrate américain qui associe, lors de ses conventions, des associations et des syndicats. Le PS se porterait peut-être mieux s'il était ainsi organisé et ses moyens de mobilisation en seraient décuplés. Quand on sait qu'il y a en France 5 millions d'électeurs socialistes de premier tour, 2 millions de syndiqués et moins de 200.000 adhérents au PS, on se dit qu'il y a une marge de progression importante et qu'il revient au PS d'adapter ses structures d'une façon ou d'une autre. Internet n'est pas la panacée, ce n'est qu'un outil, qui touche en plus les plus éduqués. Mais son succès montre l'existence d'une attente vis-à-vis du PS que ses responsables ont peut-être sous- estimée. Si Ségolène Royal était investie, ce serait la première fois qu'un socialiste emmène le parti en s'appuyant au premier chef sur sa popularité ? C'est vrai. Mais le PS paie ainsi de s'être entièrement soumis aux institutions de la Ve République, qui personnalisent le pouvoir. Elsa Freyssenet
Les Échos,
04/10/2006
« Les militants en ont assez des querelles de pouvoir »
Frédéric Sawicki, professeur de science politique publie, avec Rémi Lefebvre : La Société des socialistes. Le PS d'aujourd'hui. Dans votre ouvrage à paraître, vous analysez le Parti socialiste du Nord. Pourquoi la fédération est-elle toujours aussi puissante ? Même si le lien s'érode, l'électorat est toujours populaire avec de nombreux ouvriers et employés. Historiquement, les hommes politiques ont su rester proches des milieux syndicaux et associatifs. Aujourd'hui, le lien se maintient par le contrôle des collectivités locales qui permettent d'avoir des leviers pour les militants sur le logement ou l'emploi. Qui sont les nouveaux socialistes aujourd'hui dans le Nord ? Ils sont de moins en moins issus des milieux populaires. Habitants les grandes villes et diplômés, ils se sont inscrits par Internet pour pouvoir participer à la désignation des candidats et contourner les obstacles d'une adhésion. Ils n'ont pas vraiment de liens directs avec les militants des sections. Quel est l'état d'esprit actuel des militants socialistes du Nord ? Ils sont particulièrement critiques à l'encontre des dirigeants. Ils se sentent déboussolés par les luttes de pouvoir à répétition entre les leaders socialistes qui ont presque toujours les mêmes idées. Les militants socialistes en ont assez des divisions. C'est ce qui explique, selon vous, la popularité de Ségolène Royal dans le département ? Oui. Malgré son expérience du pouvoir, elle ne fait pas partie des rivalités de personnes qui existent au PS depuis le congrès de Rennes il y a seize ans. Elle est moins prise dans ces divisions. Les militants ont souvent à la fois un réflexe légitimiste pour gagner et une volonté farouche de tourner la page des années Mitterrand et Jospin. Métro,
05/10/2006
Frédéric Sawicki : « Les militants PS de base sont perdus »
Pourquoi le PS, qui est pourtant le grand parti de la gauche française, ne se hisse-t-il pas au rang des autres partis sociaux-démocrates européens ? Telle est la question à laquelle répondent Frédéric Sawicki et Rémi Lefebvre dans La Société des socialistes (éd. du Croquant). Outre la persistance de l’extrême gauche contestataire, le parti socialiste souffre, selon les auteurs, de la forte professionnalisation de ses membres, de son incapacité à renouveler ses cadres et son programme qui s’éloigne d’ailleurs de plus en plus d’un véritable projet de société. Fermée ainsi sur elle-même et entièrement tournée vers le pouvoir et le maintien des positions de ses dirigeants, le PS fait l’objet de vives critiques aussi bien dans l’opinion publique qu’au sein des commentateurs du jeu politique. Quel est le profil des militants socialistes du Nord ? Un bon tiers d'entre eux sont des élus ou travaillent en lien avec une collectivité socialiste. Le PS a un ancrage social et territorial qui s'appuie sur ce réseau très dense d'élus. C'est un parti de professionnels de la politique. Du coup, quand le PS perd une ville, le nombre d'adhérents s'effondre. Les nouveaux adhérents sont-ils pareils ? Non. Inscrits par Internet, ils sont surtout issus de la métropole lilloise. Plus éduqués, ils ne développent pas la convivialité des cellules de base autour des parties de cartes, des banquets... Quand Pierre Mauroy rallie Ségolène Royal, le militant comprend-il sa décision ? Non. Dans l'ensemble, la base est perdue car ses leaders changent sans cesse de chapelle. Elle ne comprend plus le projet politique, ni la stratégie. On demande aux militants de débattre, sans formation. A l'église, on ne demande pas aux paroissiens d'écrire l'Evangile ! Après le retrait de Jack Lang, aucun candidat n'est donc issu des fédérations PS du Pas-de-Calais et du Nord, pourtant très importantes... Tous les candidats sont énarques ou universitaires. Ce qui est moins fréquent dans le Nord. Sauf pour les parachutages comme ceux de Martine Aubry et de Jack Lang autrefois inenvisageables. Les figures régionales préfèrent travailler dans l'ombre, comme Daniel Percheron ou Michel Delebarre. Pourquoi pas Martine Aubry ? Avant qu'elle soit ministre des Affaires sociales, on parlait d'elle en présidentiable ! C'est un portefeuille où il faut aller au front. Ségolène Royal, elle, n'a pas subi l'épreuve du feu, ses fonctions ayant touché à l'intime : le scolaire, la famille... Geoffroy Deffrennes
20 minutes,
04/10/2006
« Ségolène Royal incarne une forme de virginité partisane »
Professeur de sciences politiques à l'université Lille-II, Frédéric Sawicki consacré l'essentiel de ses recherches au Parti socialiste (1). Il met en évidence la difficulté du parti à renouveler ses cadres et ses orientation politiques, et replace dans ce contexte le «phénomène Ségolène» Quelle dynamique interne rend possible l'ascension de Ségolène Royal face aux éléphants ? La grande innovation, c'est que, pour la première fois, quelqu'un qui n'a jamais occupé de fonction importante au sein du parti est en passe de l'emporter. Les ralliements à Ségolène Royal sont le fruit d'un blocage des postes et d'une crise générationnelle du PS. A l'intérieur du parti, l'accès aux responsabilités, en particulier aux fonctions électives, est monopolisé par des gens rentrés au parti avant 1981. La seule réponse apportée à cette situation a été la parité, qui n'a d'ailleurs pas vraiment entraîné un renouvellement du personnel politique : les femmes ne constituent aujourd'hui qu'un quart des parlementaires socialistes... Se rallient donc à Ségolène Royal des gens écartés des postes à responsabilités dans les ministères sous Jospin, à la tête du parti ou dans les grandes villes. Ils ont envie qu'on donne sa chance à une autre génération. Comment analyser la spectaculaire influence des sondages dans le processus de désignation ? Le fait que les dirigeants socialistes regardent les sondages pour se déterminer n'est pas neuf. En 1995, Lionel Jospin, opposé à Henri Emmanuelli, avait mis en avant sa meilleure image dans l'opinion et des sondages le présentant comme un présidentiable plus crédible. Si de plus en plus de gens au PS accordent aujourd'hui une attention déterminante aux sondages, c'est parce que l'identité du PS est totalement brouillée : les orientations idéologiques des différents candidats sont largement interchangeables. En dehors de leurs personnalités, rien ne sépare vraiment les candidats déclarés. Par exemple, Laurent Fabius entend aujourd'hui incarner la gauche du PS, alors qu'il y a cinq ans, à Bercy, il préconisait une politique économique plutôt libérale, à coups de baisse d'impôts, de privatisation des entreprises publiques et de mise en place d'une épargne salariale en matière de retraite... Les militants, et un certain nombre d'élus, ne sont pas amnésiques. Personne ne croit vraiment que les uns sont plus à gauche ou à droite que les autres. Ce qui laisse la place à des critères personnels. Et quoi de mieux que des sondages pour départager les candidats en lice ? L'arbitrage par les sondages n'est pas le plus irrationnel qui soit, dès lors que les courants ne sont plus que des écuries rassemblées autour de personnalités. Le poids des sondages serait donc la manifestation d'une crise du Parti socialiste ? La perméabilité croissante des membres du PS aux sondages est le signe d'un discrédit des dirigeants en place. Si les candidats sont interchangeables, autant prendre celui qui a le plus de chances... Vis-à-vis des nouveaux adhérents ou d'un certain nombre de militants fatigués, Ségolène Royal incarne une certaine forme de virginité partisane. On lui prête, à tort ou à raison, une constance. Elle donne l'impression d'être sincère : elle dit ce qu'elle pense des 35 heures ou de Blair. Les ralliements à Ségolène Royal sont avant tout le produit du scepticisme généralisé vis-à-vis des éléphants socialistes. Tandis que Ségolène Royal cherche à se démarquer de ses concurrents, en allant jusqu'à jouer en marge du PS, Lionel Jospin, lui, se pose en garant de la culture du parti... Quand Lionel Jospin se présente comme le candidat du parti, il s'efforce de mobiliser les principaux responsables en agitant un chiffon rouge : «Ségolène risque, si elle est élue, d'être incontrôlable, de ne pas renvoyer l'ascenseur au parti. Le PS risque d'être marginalisé, transformé dans ses structures, avec la mise en place d'une démocratie d'opinion.» Son message subliminal, c'est un peu : «Avec moi, vous savez ce qu'il en est. Je ferai appel à des socialistes éminents au gouvernement, je gouvernerai en concertation avec le parti. N'ayez crainte.» Evoquer la fidélité au parti, c'est aussi jouer le maintien des positions et des équilibres acquis. Quel impact auront les nouveaux adhérents ? Au Parti socialiste, avant cette vague de 80 000 adhésions, on avait 120 000 adhérents, avec des sections qui fonctionnaient de plus en plus en vase clos et qui ne se renouvelaient pas. Personne n'avait vraiment intérêt à faire entrer de nouveaux adhérents, qui risquaient de bouleverser les équilibres locaux et de menacer les processus d'investiture aux élections. Les nouveaux venus, eux, ne sont pas dans les relations traditionnelles d'échange et de fidélité avec les secrétaires de section et les élus locaux. Leur préoccupation numéro 1, c'est d'abord que Sarkozy ne soit pas élu. Cela casse complètement les logiques habituelles à l'intérieur du PS : les élus locaux ne maîtrisent plus les votes des adhérents. Mais attention : les socialistes sont quand même experts en matière de contrôle des votes...
David Revault D'Allonnes
Libération,
16/09/2006
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