Parution : 21/11/2009
ISBN : 978-2-91496865-2 324 pages 14 x 20,5 22.00 euros
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11.00 euros |
Julien Brachet
Migrations transsahariennes
Vers un désert cosmopolite et morcelé (Niger)
Depuis le début des années 2000, les flux migratoires qui traversent le Sahara central focalisent l’attention des médias et des pouvoirs publics, tant en Afrique qu’en Europe. En dépit des obstacles qui entravent la circulation dans cette région, reflets des dysfonctionnements de l’État nigérien et du durcissement des politiques migratoires des États maghrébins, des migrants originaires de toute une partie du continent se rendent via le Niger en Afrique du Nord, d’où la plupart reviennent après quelques mois ou quelques années. Ces migrations entre les deux rives du Sahara constituent le principal facteur de dynamisme et de transformation de la région d’Agadez, dans le nord du Niger, et tendent plus largement à redéfinir une nouvelle géographie saharienne en mettant en contact des lieux et des acteurs de façon inédite. En analysant ces mouvements migratoires tant du point de vue de leur organisation propre, des logiques et des structures qui les sous-tendent, que de leurs incidences sur les sociétés et les espaces traversés, le présent ouvrage déconstruit nombre des discours médiatiques et politiques qui entretiennent la peur d’un péril migratoire illusoire, en montrant que la grande majorité des migrants qui traversent aujourd’hui le Sahara ne sont pas des individus fuyants des situations de misère extrême ou de conflit, et n’ont pas pour objectif de se rendre en Europe. Dans un contexte global de crispation identitaire et de durcissement des politiques migratoires, l’analyse des effets et des enjeux du contrôle croissant de ces circulations dans les espaces de transit soulève en définitive la question du droit à la mobilité, tant au niveau local qu’à l’échelle internationale.
Julien Brachet est chercheur à l’Institut de recherche pour le développement, membre de l’UMR 201 Développement & Sociétés (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - IRD). Il travaille depuis plusieurs années sur les mouvements migratoires, les trafics marchands et les réseaux de transport au Sahara central. Ses recherches portent actuellement sur les recompositions des espaces sahélo-sahariens et les stratégies d’adaptation des populations à un contexte de durcissement généralisé des politiques de contrôle et de gestion des circulations internationales.
Introduction Les migrations internationales mettent en contact des populations et des régions toujours plus diversifiées, plus lointaines, plus nombreuses. Elles participent de la transformation des cultures et des économies, du social et du politique. Elles interrogent les sociétés et les individus sur leurs certitudes, leurs habitudes et leur devenir. Elles imposent la confrontation à l’altérité et à l’extériorité, à l’Autre et à l’Ailleurs jusque-là inconnus ou méconnus, dont on rêve ou que l’on appréhende, mais que l’on ne peut plus ignorer. Ces dernières décennies, l’évolution des phénomènes migratoires s’est accélérée, eux-mêmes étant orientés, modelés par les transformations des sociétés dans un processus d’interaction constante. La circulation des images et des informations, l’accroissement des inégalités et la modernisation des systèmes de transport sont autant de facteurs qui participent de l’envie de partir et qui suscitent ou attisent l’émergence de nouvelles dynamiques migratoires à l’échelle de la planète. Et alors qu’il n’a jamais été aussi simple pour une petite partie de la population mondiale de se rendre en n’importe quel point du globe, les peurs et les communautarismes restreignent aujourd’hui autant que la pauvreté les possibilités de circulation du plus grand nombre. Tandis que certaines migrations sont encouragées, d’autres sont entravées et en deviennent toujours plus coûteuses, plus risquées, plus éprouvantes. Lorsque la liberté de circulation est davantage octroyée ou tolérée selon les besoins de l’économie que par principe d’égalité et de liberté des individus à se mouvoir et à vivre là où ils le souhaitent, la dimension politique de la mobilité se révèle. La recherche académique n’est pas en reste et porte également une attention particulière à ces mouvements migratoires allant des pays du Sud vers ceux du Nord, sans doute en raison de leur augmentation plus rapide que celle des autres flux ces trente dernières années , de leur présence croissante dans le débat public, ou plus prosaïquement et corrélativement des financements alloués à ces thématiques de recherche. Ainsi, pour ce qui concerne l’Afrique, les travaux sur les migrations depuis ce continent vers l’Europe sont nettement plus nombreux que ceux concernant les migrations à l’intérieur du continent pourtant numériquement beaucoup plus importantes. Et parmi eux, les travaux sur les migrations entre l’Afrique du Nord et l’Europe ont amplement prédominé durant toute la seconde moitié du xxe siècle. Mais depuis quelques années, d’autres mouvements migratoires font également l’objet d’une attention particulière : il s’agit des migrations entre l’Afrique subsaharienne et l’Afrique du Nord. Le Sahara, espace de la mobilité en constante mutation Les migrations, Fragments d’itinéraire. De l’expérience au discours |

