Héros-Limite
En cours de phrase
Parution : 15/03/2002
ISBN : 2-9700300-0-4
80 pages
12,5 x 18,5 cm
18.00 euros
Roger Lewinter
En cours de phrase
(entretiens – 1996-2000 – avec Alain Berset)

« A partir de ce oui en 1963, les choses s’enchaînent,
c’est à partir de là que tout s’agence. A Noël un ami
me donne à lire de Groddeck Au fond de l’homme,
cela, (Le livre du ça) où s’expose une dialectique qui,
pour moi est une révélation…
On trouve, à l’extrême, ce dont on a besoin.»

Roger Lewinter, depuis une vingtaine d’année, recherche, quelle pourrait être, en français, la structure d’une phrase sans point.

qui – dans l’ordre – au rouge du soir – des mots –, et , vers, ses deux derniers textes — de, respectivement, quatre, et mille quatre-vingt-cinq pages —, se proposent tels des cachemires : touts d’une pièce, de paradoxale connaissance, tissue

Revue de presse
- Consulter Lorenzo Valentin Le Cahier du Refuge, CIPM n°72, Janvier 1999
Une phrase se termine par un point. Sa construction, la plus ordinaire - sujet/ verbe/complément -, permet souvent au lecteur, ou à l’auditeur, de comprendre, par anticipation, ce que l’auteur a voulu dire avant même que la phrase ne s’achève. On retrouve dans toute forme d’écriture ou de parole une représentation d’attente, une structure d’anticipation. Le point délimite un ensemble de sens, un espace défini, arbitraire, chaque phrase étant déterminée par ce que l’auteur avait l’intention de dire et ce qu’il a choisi de dire. Or, la langue et les mots ne sont jamais agencés, avant d’être mis en forme, suivant cet ordre de la phrase ordinaire. La langue et les mots sont en nous sans point dans un espace ouvert où s’établissent toutes sortes de rapports et de correspondances infinies que l’on suppose, pour la plupart, indicibles.

Depuis plus de huit ans, Roger Lewinter travaille à l’élaboration d’une phrase unique, sans point, c’est-à-dire plus précisément d’une forme logique syntaxique qui permette d’abolir le point. Jusqu’à présent personne n’avait jamais essayé d’écrire sans point, une telle écriture impliquant un bouleversement radical de toutes les articulations logiques de la syntaxe ordinaire. Il ne s’agit donc pas de supprimer le point et de conserver par ailleurs l’ordre des propositions

indépendantes en les juxtaposant, ce qui ne serait qu’un jeux purement arbitraire, mais de tirer toutes les con-séquences de cette suppression et d’élaborer une logique nouvelle permettant de disloquer toutes les structures de la phrase ordinaire, et d’utiliser la langue telle qu’elle nous parle intérieurement. Cela suppose une forme en suspens où les mots agissent les uns sur les autres non pas dans un seul sens, préalablement défini dans un champ clos, mais dans plusieurs sens, chaque mot prenant tout son sens suivant la place qu’il occupe. La suppression du point suppose également l’abandon de la forme linéaire et progressive du récit pour une forme verticale où plusieurs voix se superposent et se coupent par un jeu d’incises extrêmement rigoureux. Cette écriture à voix multiples, au sens polyphonique, peut être lue, à chacune de ses séquences, de vingt ou trente manières différentes, toutes étant justes et consciemment proposées au lecteur.


«Le travail de Roger Lewinter est essentiellement un travail de réflexion sur le sens, sur les unités de sens et les problèmes logiques posés par leur agencement dans la phrase : chaque mot, chaque sens conduisant à une remise en cause du texte dans son ensemble. Cette phrase, qui peut être comparée à un cachemire aux entrelacs infinis, tissé d’une

pièce et d’un seul fil, soulève, au delà de simples difficultés syntaxiques, des problèmes logiques de méditation qu’aucune écriture n’avait jusqu’à présent abordés.»
Lorenzo Valentin
Le Cahier du Refuge, CIPM n°72, Janvier 1999
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