Parution : 20/04/2004
ISBN : 2 940055 44 0 112 pages 14,5 x 20 cm 31.00 euros |
Hugo Wolf
Le Tombeau d’Anacréon
Livre accompagné d’un CD de 70 minutes (Angelika Kirchschlager – mezzo soprano / Helmut Deutsch – piano)
Lieder d’après Goethe, Möricke, Eichendorff, Byron et Gottfried Keller Édition bilingue allemand/français. Traduction de Frédéric Wandelère La remarquable mezzo soprano autrichienne Angelika Kirchschlager met son art et sa passion au service de la poésie. En acceptant de consacrer un disque-livre aux lieder de Hugo Wolf, elle offre à La Dogana l’occasion d’inaugurer une collection d’ouvrages consacrés au chant et à la voix. Un CD de plus d’une heure de musique, enregistré dans des conditions optimales, accompagne une publication qui contient en plus des poèmes originaux et de leur traduction (par Frédéric Wandelère), une étude sur ce génial compositeur méconnu en France (par Frédéric Wandelère), un essai sur la voix (par Florian Rodari) et un passionnant échange de vues entre les interprètes. Une contribution fondamentale à l’année Wolf. Le Tombeau d’Anacréon (Hugo Wolf) et L’Amour et la vie d’une femme (Robert Schumann) sont réunis en un coffret, Le Coffret Angelika Kirchschlager (pour le retrouver sur ce site, cliquez ici) SOMMAIRE DU LIVRE CONTENU DU CD Enregistrement réalisé du 26 au 29 août 2003 à Vienne, Casino Baumgartner Le premier ouvrage de cette collection est consacré aux lieder du compositeur viennois Hugo Wolf, manière discrète de rappeler aussi le centenaire de sa mort. Les lieder de cet admirable musicien, encore insuffisamment connu dans les pays francophones, trahissent un souci intense du rendu des poèmes, choisis après de longues heures de lecture passionnée. Dans son travail de composition Wolf voue en effet une attention extrême à tout ce qui doit devenir matériel sonore, en veillant à la couleur de chaque mot, en respectant au plus près rythmes et assonances des vers. Par l’harmonie et les variations du tempo, confiées à la partie de piano, il parvient à restituer fidèlement l’atmosphère particulière de chacun des textes, pourtant si différente les unes des autres si l’on considère que le musicien s’inspire aussi bien du classicisme de Goethe que du réalisme fantastique de Gottfried Keller, et qu’il transcrit scrupuleusement les effets romantiques de Mörike ou de Eichendorff. Dans ce répertoire si subtil, face à cette musique inquiète, si dense, si directe, la jeune mezzo-soprano autrichienne Angelika Kirchschlager fait merveille. Révélée sur les scènes européennes par ses interprétations des rôles mozartiens de Zerlina ou de Cherubino, de l’Octavian de Richard Strauss ou du compositeur d’Ariane à Naxos, du Niklaus des Contes d’Hoffmann ou, récemment encore, de l’héroïne du Sophie’s Choice de Nicholas Maw, Angelika Kirchschlager est avant tout l’une des voix les plus émouvantes et les plus naturelles que l’on puisse entendre en ce moment. L’intelligence de cette artiste est extrême, non seulement en raison de sa remarquable compréhension de la musique et de ses nombreux registres affectifs, mais en raison de la profonde conviction intérieure qu’elle met à transmettre, sans considération de genre, des airs du répertoire populaire viennois, des berceuses, des arias de Bach ou des lieder romantiques. Angelika Kirchschlager refuse de s’appuyer sur la seule virtuosité ; bien au contraire elle développe chaque jour davantage les qualités humaines, émotionnelles de son instrument, questionnant la partition, la réinterprétant en témoin vivant de son siècle, tout en s’efforçant de respecter scrupuleusement les données musicales du texte. Aussi, dans sa manière d’aborder le lied, semble-t-elle aller sans cesse plus profond et désirer déchiffrer un lointain secret de l’âme, une nostalgie universelle qui trouverait à se résoudre en quelques notes de musique, en une soudaine inflexion de la voix.
Pour ce choix de lieder de Hugo Wolf Angelika Kirchschlager est accompagnée par le pianiste Helmut Deutsch qui a prouvé à maintes reprises que ce qu’on nomme d’ordinaire, et souvent avec une légère condescendance, « l’accompagnement » est en fait une disponibilité de tous les instants à l’improvisation exigée par le lied. A l’écoute de sa partenaire, il mêle intimement fougue et délicatesse du toucher aux élans de la voix. Tous deux ont en outre accepté de s’exprimer dans les pages de ce livre, à l’occasion d’un entretien réalisé lors des séances d’enregistrement à Vienne, sur leur amour du lied et leur manière d’aborder cet art. Anacréon fut dans l’Antiquité le poète de l’amour, de la jeunesse et du bon vin. Dans son admirable Anakreons Grab, Goethe déclare que les dieux ont accordé au Grec l’éternité dans le sein de la nature. Quelques décennies plus tard Hugo Wolf fleurit son tombeau de splendides harmonies. Aujourd’hui, en reprenant le chant, Angelika Kirchschlager et Helmut Deutsch assurent définitivement la présence du poète parmi nous. Florian Rodari et Peteris Skrebers, Genève, septembre 2003 |
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Deux évocations de la mort encadrent ce récital : sur le seuil, c’est le tombeau d’un poète (Goethe : Anakreons Grab) et sur la fin c’est une entrée au paradis (Keller : Wie glänzt der Helle Mond). Ces deux Lieder ont aussi en commun une indication de tempo : ruhig – indication rare chez un musicien qui affectionne pourtant les dynamiques lentes. De fait, la musique inscrit dans la lenteur de son débit et la suspension de ses phrasés tout ce qu’il faut d’immobilité pour chanter la condamnation des destinées. Elle laisse aussi aux musiciens le temps de souligner chaque couleur – telle harmonie dissonante, tel intervalle mélodique inattendu. Ainsi se dessinerait le monde des Lieder de Wolf, entre deux pages funèbres, comme pour le border de tragédie. Et on pourrait se presser de commenter la tonalité souvent inquiétante de cette musique, si différente des beaux thèmes consolateurs d’un Schubert, ou des effusions séduisantes d’un Schumann, et radicalement étrangère aux sereines architectures d’un Brahms. [1] Lieder d’après Goethe, Mörike, Eichendorff, Byron et Gottfried Keller. Avec Angelika Kirchschlager, mezzo soprano et Helmut Deutsch, piano. Un livre-CD, poèmes originaux et traduction (par Frédéric Wandelère). Contient également une étude sur Wolf par Frédéric Wandelère, un remarquable essai sur la voix par Florian Rodari et un échange de vues entre les interprètes. La Dogana éd., Genève, 2004. Fériel Meyer
NRF,
Avril 2006
À la différence d’un Schubert qui exprimait une intimité ne s’appuyant pas sur la pertinence d’un texte (poèmes choisis souvent "légers"), les lieder d’Hugo Wolf mettent à égalité poésie et musique. La mezzo-soprano Angelika Kirchschlager et le pianiste Helmut Deutsch sont parvenus à trouver ce point d’équilibre où tout se met en tension et parvient pourtant troublé, murmuré ou violent à l’oreille de l’auditeur. Ainsi dans La Petite Servante abandonnée (poème de Mörike) il faut entendre Angelika Kirchschlager aboutir au dernier vers, au sujet du jour, ("Pourvu qu’il passe vite", soit : "O ging es wieder"), avec une inflexion légèrement nerveuse et angoissée sur "ging" et la confirmation cette fois-ci ouverte et presque alanguie de "wieder". Il s’agit bien, comme toujours, d’une possibilité d’interprétation, mais ici terriblement pertinente, qui nous renvoie au texte et nous réapprend à lire les nuances de toute poésie. Ce souci d’interprétation intelligente, les deux artistes en témoignent en fin de volume, donnant ainsi un final enthousiaste et humble à leur recherche. C’est tout ce travail sur le "grain de la voix", selon l’expression heureuse de Roland Barthes, qu’introduit d’abord Florian Rodari au seuil de ce Tombeau d’Anacréon, poète qui découvrit l’art de la mémoire. En ouverture, Florian Rodari ne manque pas de souligner, dans un travail identique de mémoire et de perception : "La voix s’élève, dit-on. S’élève comme l’horizon s’élève : en suggérant un espace, une grandeur, une distance. Et dans ce mouvement d’élévation, elle semble chercher un point, quelqu’un." Dans cette longue méditation sur la voix, l’initié comme le néophyte pourront entrer avec bonheur, tout comme s’instruire du parcours, qui mena jusqu’à la folie, d’Hugo Wolf, avec le texte de Frédéric Wandelère. Les traductions de ce dernier pourront sembler plus discutables : là aussi il s’agit via la traduction de réinterpréter, et donc de ne pas donner toujours un sens moins littéral à un vers. Avec ces deux objets en un, la poésie de Wolf, née du flanc d’une poésie écrite, retrouve l’origine : voix et paroles sont d’un seul élan. Par leurs tonalités sombres, leur recueillement, les lieder de Wolf gardent en leur sein une flamme anxieuse, et semblent se déployer lentement, comme des ombres antiques. Marc Blanchet
Le Matricule des Anges,
Juillet-Août 2004
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