Parution : 17/11/2005
ISBN : 2 940055 505 120 pages 17 x 24 cm 31.00 euros |
Natacha Allet
Le Gouffre insondable de la face
Autoportraits d’Antonin Artaud
Collection «Images». Avec 12 reproductions en couleurs.
Natacha Allet, jeune critique issue de l’Ecole de Genève, interroge cinq autoportraits dessinés par Antonin Artaud au cours des derniers mois de son existence mouvementée. Le dessin y apparaît comme une autre forme d’expression, parfois plus radicale encore que l’écriture, dans la lutte acharnée menée par cet écrivain hors normes, pour échapper à l’identité et à la prison de l’être. En l’occurrence, la finesse de l’analyse est servie par une langue qui ne se paie pas de mots, mais qui, au contraire, cherche à convaincre avec patience, à l’aide d’expressions justes, mesurées, en s’appuyant constamment sur des exemples probants et sur des citations du poète qui renouvellent substantiellement la compréhension de l’œuvre. Ce nouvel ouvrage s’inscrit idéalement dans la collection « Images », créée il y a quelques années à La Dogana, où l’art des peintres et des poètes trouvent à se croiser grâce, également, au soin extrême accordé à la reproduction des œuvres.
Au cours de ses études à l’université de Genève, Natacha Allet a développé un intérêt croissant pour le portrait et l’autoportrait, en littérature comme en peinture. Elle prépare actuellement une thèse sur Antonin Artaud et les théâtres du moi, et a déjà rédigé plusieurs articles en relation avec ce thème.
« À prêter une attention prolongée aux dessins d’Artaud, on perçoit le muet dialogue que nouent entre elles les formes disposées dans le cadre de la feuille. Leur position respective, leur taille, leur contour, leur teinte ainsi que leur nature (lettres ou figures) composent dans chaque image un équilibre subtil d’où sourdent des échos et des discordances. On distingue un mouvement dans l’immobilité de la page, une circulation, on devine la danse des figures arrêtées. On voit apparaître la scène d’un théâtre du souffle dont les acteurs sont le dessin, l’écriture. On décrypte une chorégraphie des formes. En suivant le tracé de ces autoportraits, en traquant le geste même du dessinateur, on découvre les multiples valeurs attachées au trait : la lutte, l’extraction, le parcours (jet, trajet), la biffure (rejet), et le rythme. Une musicalité émane de l’image, par la cadence des lignes et des points. Si le trait est scansion, il est aussi vibration : il porte une intensité. À propos d’un dessin perdu, Artaud déclare : "pas les couleurs mais la mélodie que de l’une à l’autre elles appellent." Ses autoportraits ne sont pas tous rehaussés par la craie de couleur, mais on y trouve constamment des rapports, entre les figures, entre les traits, entre leurs ombres. La silencieuse musique de ces dessins, musique élémentaire, c’est leur souffle, c’est la force invisible qui emporte les formes : le crayon d’Artaud, pareil à une baguette magique, frappe, dissipe et transfigure ; il dirige l’orchestration des formes et les résout en un unique cri, infiniment modulé. »
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