La Dogana Poésie
La Rose des temps
Parution : 15/11/2000
ISBN : 2 940055 32 7
64 pages
16,5 x 21,5 cm
16.50 euros
Grytzko Mascioni
La Rose des temps
Traduit de l’italien par Patrice Dyerval Angelini
Poète, romancier, essayiste, Grytzko Mascioni, né en 1936 dans les Grisons, a fait ses études à Milan avant de s’installer à Lugano où il fut l’un des pionniers de la Télévision suisse italienne, notamment dans le secteur cuturel et il s’est longtemps occupé – comme auteur, réalisateur, producteur – de radio, télévision, théâtre, cinéma et arts visuels. Il a vécu en Suisse, en Italie, en Grèce, en France et en Croatie, s’intéressant principalement aux rapports entre la Mitteleuropa et le monde méditerranéen. Durant les années de guerre en ex-Yougoslavie (1991-1996), il a d’abord dirigé l’Institut culturel italien de Zagreb, puis il représenta la culture italienne auprès du Centre universitaire international de Dubrovnik. Il mit fin à ses jours à Nice en septembre 2003. Traduite à plusieurs reprises en langues étrangères, son œuvre a été couronnée par divers prix, notamment en automne 2000 le Grand Prix Schiller qui est la plus haute récompense littéraire suisse.
De l’amour, 1967

Madame, c’est toujours une erreur de connaitre un écrivain.
(Ernest Hemingway)

Naturellement.
On exige l’emphase du ciel
en chaque vice qui nous plaît,
colère,
orgueil capital, luxure.
restent plus ou moins la paresse
qui tournoie très lentement dans le vide,
et à vaincre, tu le sais,
l’envie, encore moins sainte :
naturellement
si la patience te vient
en aide tu vois
qu’il ne te reste rien.

Jours d’avalanche en Rhétie
Eau de pierres : vertigineuse
montée du regard
dans le ruissellement
vers le ciel d’effroi, elle était déjà là, connue
de ma petite enfance meutrie.
Mais à présent musique sombre qui revient
à cette relecture de vie,
tonnerre retentissant dans les vallées
jusqu’à la tombe encore ouverte, sillon
exsangue de blessures blêmes :
tandis que, boue coulante, s’écroule l’avalanche
du temps dans l’éboulement
des pensées,
sur des sentiers qui rendent plus imminents
le cimetière assassin,
la ritournelle funèbre (ô sort
montagnard : tutoyer
la mort).
Revue de presse
- Consulter Mascioni, Prix Schiller : une poignée de poèmes Monique Laederach La Liberté, 07/10/2000
Mascioni, Prix Schiller : une poignée de poèmes
Dans l’urgence, le traducteur de Grytzko Mascioni et les Editions de la Dogana ont rassemblé sous le titre de La Rose des temps une poignée de poèmes extraits de Zoo d’amore pour les présenter en édition bilingue à l’occasion du Prix Schiller.

Grison de naissance, Mascioni ne peut pas vraiment être assimilé aux poètes tessinois, même si l’on détecte chez lui, ne serait-ce qu’à niveau des titres, un goût comparable pour la réalité quotidienne; ses titres, en effet, renvoient à des lieux précis comme le Palace Hôtel de Montreux, Vienne, ou Madère; ou encore, ils situent le lieu du poème, son moment : La vanité d’écrire, Anna - et ils comportent des dates.

La poésie de Mascioni paraît un peu amère, un peu désabusée, et parfois même à la limite de la dérision. Plus exactement, il y a presque constamment un jeu de va-et-vient entre deux pôles opposés, parfois même s’annulant l’un l’autre, entre présence et absence, gain et perte, mais tout ce qui pourrait ou devrait être gagné se perd aussitôt, dans le temps, dans l’espace, en fumée, et même, on dirait que la perte précède la présence, que l’absence de lumière, par exemple, précède la lumière, "lumière que j’entrevoyais/ de Pienza où je me préparais/ à son absence", Ou encore : "Brusquement la vanité d’écrire/ reparaît à sept heures du soir" - "reparaît", écrit le poète, ce qui signifie donc qu’elle existait déjà, en négatif.

L’un des procédés de Mascioni consiste à faire grincer les mots les uns par rapport aux autres, soit à un niveau verbal similaire ("Vainement l’été vain meurt", ou : "Je vis à la campagne/ je ne vis guère"), soit par un changement de niveau verbal qui, ici, fait penser à Prévert : "A rebours dans le rien le nada le néant". Ou encore par une rupture sémantique avec recours, le plus souvent, au mauvais goût. Ainsi, à propos du Palace Hôtel de Montreux : "ce bateau meringue à la dérive", ou "le stuc des sourires".

Autour d’un centre vide

A cause des moyens mis en oeuvre, les poèmes semblent des vacuités tournant autour d’un centre vide qu’elle creusent tout en feignant de le combler, en une spirale qui paraît faire un sens mais qui l’abolit dans le même mouvement. C’est ainsi que le fin mot du désespoir (à supposer que ce soit du désespoir) sera pour "le vide incalculable de l’espace ivre". Quant à la traduction, qui était délicate, elle a été parfaitement établie par Patrice Dyerval Angelini.
Monique Laederach
La Liberté, 07/10/2000
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