Parution : 15/11/2002
ISBN : 2-940055-37-8 50 pages 16x21,5 18.50 euros |
Pierre Chappuis
Le Noir de l’été
Un voyage à Prague, une promenade au milieu des sonnailles, un tour à vélo, une méditation autour d’un feu de nuit... Dans ce recueil, le poète se sent le jouet de réminiscences épuisantes, de décourageantes prises de conscience, qui développent en lui maintes interrogations mais qui alimentent du même coup un violent désir de reprendre pied et de redonner l’éclat à son chant.
Pierre Chappuis est né en 1930 en Suisse. Il enseigne la littérature française à Neuchâtel. Collaborateur de la revue Les Belles Lettres, lié à des poètes suisses comme Anne Perrier ou Frédéric Wandelère, il a également noué un dialogue privilégié avec des auteurs français tels Michel Leiris ou Gérard Macé. Il a publié quelques essais et plus d’une dizaine de recueils de poèmes, principalement chez José Corti.
Aux éditions de La Dogana, il a aussi fait paraître Le Lyrisme de la réalité (prose, 2003) et a participé à l’ouvrage collectif Arts poétiques (1996) Le Noir de l’été
Perdue la joie en allée avec les rires, les voix de plus en plus plus lointaines, affaiblies, finalement tues. Noyant les minutes, les heures, l’âcre brouet de la nuit s’est épaissi. Comme qui aurait vu rabattre fenêtre après fenêtre tous ses contrevents, le voici, sous les grands arbres, plongé dans le silence, le délaissement. Sur lui s’est refermée la demeure des ténèbres, le noir de l’été. Braise après braise s’éteignent, étrange apaisement, les derniers éclats de la fête. Une exquise et secrète douceur de l’étreint, le retient attardé, après le départ des autres, près d’un feu mourant que le haut feuillage, déjà, ne protège presque plus de la pluie. Et la clairière, maintenant : un mur impalpable. * Dans ses veines coule sombrement, étrange pesanteur, un temps indéfini. Sa tristesse, son désarroi jusqu’à la lie… |
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Pierre Chappuis salué
Le poète neuchâtelois reçoit aujourd’hui un prix pour l’ensemble de son oeuvre et publie un nouveau recueil.
On connaît Pierre Chappuis tout d’abord comme poète du paysage, guetteur précis et furtif des métamorphoses de la lumière, de l’eau, des nuages, dans les poèmes épurés de Pleine Marge, Un Cahier de nuage, Dans la Foulée, Décalages. On connaît aussi ses notes réflexives, rassemblées dans La Preuve par le vide et Le Biais des mots; et on le sait ami des peintres, avec lesquels il entretient un dialogue soutenu. Or son nouveau livre renoue avec une veine plus romantique, rare chez le poète neuchâtelois. «Un conte est une image de rêve, sans cohérence.» Pierre Chappuis avait placé cette définition de Novalis en exergue d’un recueil de poèmes en prose paru il y a douze ans, Soustrait au Temps. Nous voici donc, avec les douze poèmes en prose rassemblés dans Le Noir de l’été, immergés à nouveau dans la musique plus effervescente et plus narrative du versant fabuleux de l’œuvre. Ici, la cloison entre le monde extérieur et le monde intérieur s’efface, une immédiateté s’établit entre la présence des choses et leur valeur mentale, ou symbolique: «Tangible réalité fabuleuse, imaginaire.» Atemporelles, des silhouettes passent, étrangement distinctes et fuyantes, saisies dans un geste, une émotion, un décor, un désir, une lumière. Une femme aveugle sur le pont Charles à Prague, un homme cerné par la nuit alors qu’une fête d’été se termine, un couple dans un champ émaillé de coquelicots, une marche en montagne, une jeune femme incarnant l’esprit du printemps, un malheureux que l’on retire de l’eau, une course à vélo brutalement interrompue, la mort fauchant un être en pleine jeunesse. Ces esquisses de récits, réminiscences de tableaux, fragments de scènes oniriques ou souvenues, ces Märchenbilder (images fabuleuses), comme les appelle l’auteur, juxtaposent abruptement l’embrasement de l’été, des couleurs, des sons, d’une part, et la béance du noir, du désarroi, du leurre, du malheur, d’autre part, avec une égale fervente intensité du regard. La forme discontinue des textes situe ces deux pôles de l’expérience dans une tension qui reste irrésolue, énigmatique, et si l’émotion affleure, elle est détachée de toute référence biographique ou anecdotique. Pierre Chappuis reste le poète de l’effacement du moi, le guetteur avide et prodigue d’espace: «Au hasard des chemins, comme qui guetterait un écho, aller par la forêt qu’assaillent mille pointes de feu.» Se révèle ainsi peu à peu dans sa cohérence discrète une œuvre qui tisse de livre en livre un rapport au monde empreint de légèreté, de ferveur et de rigueur. On ne peut que se réjouir, aujourd’hui, de voir ce poète reconnu et salué, et avec lui, un autre poète visionnaire de généreuse exigence, Jean-Georges Lossier, récompensé également pour l’ensemble de son œuvre. Marion Graf
Notre temps,
23/11/2002
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