Parution : 19/05/2006
ISBN : 2 940055 52 1 72 pages 16 x 21 cm 18.50 euros |
Nicolas Cendo
Perdue aux lèvres
Fidèle à sa manière, Nicolas Cendo évoque, dans une langue à la fois fine et inquiète, toutes sortes de marges (rivages maritimes, extrémité du jour, fin de saisons), d’où celui qui regarde, fiévreux, vigilant, prend conscience, au gré des passages et des pertes, d’une menace sourde, universelle. Dans ces textes brefs, l’heure, la mémoire, le paysage, les voix, sont sur le point de se dissoudre. Quelque chose d’indistinct, de peu sûr, néanmoins, est à poursuivre en chaque instant, jusqu’à rejoindre une sorte d’épuisement, de relâchement s’exprimant sous forme de chant. Avec le peu de mots qui lui reste, le poète tente ainsi, dans ce dernier recueil, d’approcher le fond, s’obstinant à sonder l’autre versant, plus étroit, plus vertigineux soudain, au moyen de l’instrument dérisoire de la langue.
Né en 1947 à Montmorillon, Nicolas Cendo est le conservateur du Musée Cantini à Marseille. Il a publié des poèmes dans de nombreuses revues (Revue de Belles Lettres, Obsidiane, Action poétique, Le Mâche-Laurier, Le Nouveau Recueil, etc.).
Auteur d’une douzaine d’ouvrages depuis 1981, on peut citer La Verrière (Flammarion, 1991), Traverse de Carthage (5 dessins et 5 photographies de Yves Jolivet, Le mot et le Reste, 1998), Désaccordé parmi les ombres (Spectre familiers, 1999) et Trois mesures (Librairie l’Odeur du temps, avec Tristan Tarting et Antoin’, 2002). « Il a fait aujourd’hui très beau, un reste de bleu trouble encore la cime des eucalyptus. Par la fenêtre qui voudrait retenir le ciel, rien ne paraît de tout ce qui s’est dispersé, si ce n’est le calme terrible de l’air. »
*** « Fenêtre après fenêtre, une éclaircie sous la pluie. Et voici qu’au- dessus du gris, des nuages font signe, calmes dans le soleil, se déchirant pour laisser boire une gorgée dans un trou bleu. Attente après attente, ce qui se perd dans le regard comme un éclair, pour pardonner ou annuler un doute, une soif de naufragé. » *** « Jusqu’au vertige, étourneaux pris dans la spirale. Les pommes froissent déjà les vergers d’un vieux rouge. Par les sillons s’en vont sous les fumées les fragments de lumière, craquant au pas comme premières neiges. Pas une feuille qui ne cherche encore au vent l’écho d’une musique ancienne perdue aux lèvres. » *** « Chapelet compté à rebours, les jours de cet hiver où d’un bord à l’autre le canal a gelé. Rotules dans la neige, ou pieds glissant, quelque chose pourtant chemine encore d’haleine tiède. Pas même un souffle qui ramènerait de boules blanches les échos durcis sur le ciel, mais des yeux rivés à la marche, un pas pris dans l’autre vers le nez rouge du bonhomme immobile qui résiste en son manteau de fièvre blanche. L’espace dans les arbres sans feuilles n’en finit pas d’attirer au fond comme par ces jours de clarté basse où le soleil tombe. Maintenant chaque geste cherche à retrouver le battement qui se resserre et pourtant se disjoint chaque fois encore, au cœur de ce froid. » |

