Parution : 01/01/1992
ISBN : 2-940055-25-4 160 pages 14,5 x 19,5 cm 20.00 euros |
David Constantine
Sorlingues
Traduction d’Yves Bichet & texte anglais en regard
David Constantine, traducteur anglais de Hölderlin, auteur de plusieurs recueils de poèmes unanimement applaudis en Grande-Bretagne, est l’un des écrivains anglais les plus doués de sa génération. Sorlingues possède à la fois cette force nue des mots jaillie du plus profond de la langue et l’émotion des sentiments qui font si souvent défaut à la poésie française.
Yves Bichet a obtenu le Prix Rhône-Alpes du Livre 1993 pour cette traduction. Oranges
1 Ma mère a recueilli les linges du Minnehaha, J’ai moi-même acheté pour un demi-souverain La cloche du navire à Stanley le muet. Chacun glane de la sorte, une chaise, un peu de laiton Et les jours de grand vent on ne s’éveille jamais Sans espérer la venue De quelque butin. Ce matin pourtant Tout était calme après la calme nuit. 2 La baie apparut, entièrement coloriée D’oranges dansantes. Quel silence alors Avant d’y sauter tous jusqu’aux genoux Les femmes retroussant leurs jupes Les hommes se débattant dans leurs barques Quel butin facile. On retira cette multitude Pour lentasser sous le soleil froid. Puis avec son canif Matty Découpa un fruit intact, rouge Comme un grenat. Ses filles En sucèrent le jus. 3 Ce soir les poutres dérobées à la mer Semblent inquiètes mais chaque demeure Luit Sous les oranges. C’est arrivé tout près d’ici, Affirme-t-elle, sinon le sel Les aurait attaquées. Moi je me demande Qui les yeux exorbités, les aperçut Rugissant comme des metéores Quand le navire perdait son sang dans la paix nocturne, Qui les a vu s’échapper fuyant comme des rats, Bancs de lueurs folles, bulles compactes. Puis, face à notre baie rompue, je me demande Ce qui demain pourrait nous échoir. |

