La Dogana Poésie
Une constellation, tout près
Parution : 11/10/2002
ISBN : 2-940055-36-x
420 pages
15,2x20,3
28.00 euros
Philippe Jaccottet
Une constellation, tout près
Choix de poètes français du 20esiècle
Depuis quelques années Philippe Jaccottet a noté dans un cahier personnel les textes de la poésie française de son siècle, qui, par la qualité de leur chant ou la profondeur de leur émotion, parvenait au gré des lectures successives, à le retenir. De Paul-Jean Toulet, Péguy, Supervielle, aux amis récemment disparus, comme Georges Schéhadé, André du Bouchet ou René-Louis des Forêts, Jaccottet livre dans ces pages un témoignage inestimable et, fidèle à son image parfaitement subjectif, d’une vie consacrée à écouter, découvrir, défendre et juger avec passion la poésie en train de se faire : « Quand, régulièrement, entre 1948 et 1968, épisodiquement plus tard, je parlais de poésie dans des chroniques de journal ou de revue, c’était, avant tout, poussé par un mélange de tristesse et de dépit à l’idée que la clarté qui me venait de ces lectures restât si peu visible à tant de gens ; si bien que j’aurai été au fond une sorte de propagandiste […] mais, toutes ces chroniques n’avaient jamais été que des commentaires, ornés de citations aussi parlantes que possible. Voici, aujourd’hui, les pièces : voici ce qui luit, brûle, rayonne encore dans ma main ouverte. » (extrait de la préface).

De Paul-Jean Toulet, Péguy, Supervielle à Schehadé, Du Bouchet ou Des Forêts, Philippe Jaccottet nous livre dans ces pages un témoignage inestimable d’une vie consacrée à écouter, découvrir, défendre et juger avec passion la poésie en train de se faire.

L’anthologie de poètes contemporains de Philippe Jaccottet se poursuit avec un second volume consacré cette fois aux poètes de langues étrangères, D’autres astres, plus loin, épars (Dogana, 2005).

Poètes cirés :
Paul-Jean Toulet - Paul Claudel - Francis Jammes - Paul Valéry - Charles Péguy - Léon-Paul Fargue - Max Jacob - O.V. de L. Milosz - Jean de Boschère - Charles-Ferdinand Ramuz - Guillaume Apollinaire - Valery Larbaud - Jules Supervielle - Saint-John Perse - Blaise Cendrars - Pierre Jean Jouve - Pierre Reverdy - Pierre-Louis Matthey - Paul Eluard - André Breton - Antonin Artaud - Edmond-Henri Crisinel - Gustave Roud - Louis Aragon - Jacques Audiberti - Francis Ponge - Henri Michaux - Robert Desnos - Raymond Queneau - Jean Follain - Armen Lubin - Jean Tardieu - Jean Tortel - René Char - André Frénaud - Eugène Guillevic - René Daumal - Georges Schehadé - Patrice de la Tour du Pin - Henri Thomas - Jean-Paul de Dadelsen - Louis-René des Forêts - Jean-Michel Frank - Pierre-Albert Jourdan - André du Bouchet - Nicolas Bouvier - Christian G. Guez-Ricord - Bernard Simeone
Philippe Jaccottet est poète. Il est né à Moudon en Suisse en 1925. Après des études de lettres à Lausanne, il a vécu quelques années à Paris, comme collaborateur des éditions Mermot. Lors de son mariage en 1953, il s’est installé à Grignan dans la Drôme. Il a publié de très nombreuses traductions notamment d’Homère, Gongora, Hölderlin, Leopardi, Rilke, Musil et Ungaretti.

Quelques livres de Philippe Jaccottet : l’Effraie et autres poésies, Paysages avec figures absentes (proses), Pensées sous les nuages (poèmes), Ecrits pour papier journal. Il faut signaler aussi la série de ses carnets publiés sous le titre de la Semaison. La plupart de ses œuvres ont été publiées chez Gallimard. On peut notamment trouver trois recueils dans la collection Poésie/Gallimard. Il a également publié quelques textes chez Fata Morgana.
Aux éditions de la Dogana :
D’autres astres plus loin, épars (Anthologie de poésie étrangère, 2004),
Le Bol du pélerin (à propos du peintre Morandi, 2001),
Libretto (prose, 1990)
Truinas (poésie, hommage à André du Bouchet, 2004).

Signalons également que les éditions Le Temps qu’il fait lui ont consacré un cahier, Philippe Jaccottet, Cahier Quatorze (2001).
Préface de Philippe Jaccottet

«Was bleibet aber» («Mais ce qui demeure»), tel est, emprunté à un vers de Hölderlin dans «Souvenir» (Mais ce qui demeure, les poètes le fondent), l’intitulé d’un cahier qui, à la date d’avril 1984, s’ouvre sur ces mots: «une idée qui durera ce qu’elle durera: noter, par une relecture non systématique des poètes ce qui demeure pour moi - ce qui m’atteint encore, sans esprit d’objectivité ou intention d’histoire littéraire. En me bornant d’abord aux oeuvres d’après 1900, et françaises.» La page continue, très significativement, ainsi: «Je rouvre cette Cantate à trois voix achetée en 1942. Là, la recherche du mot «joie» n’avait pas lieu d’être, car la plénitude y est, presque sans faille: la rose, le cercle - celui des montagnes», et s’achève par une première citation: Toutes les sources de bien loin entendent sa voix, comme les vaches qui de cime en cime répondent à la corne du pasteur.

Le cahier se poursuit par quelques notes de relecture concernant, outre Claudel: Jammes, Péguy, Max Jacob, Fargue et Jabès. Viennent quelques pages blanches et, à la date du 3 août 1986, ceci: «C’est probablement un bilan un peu vain pour moi, qui sais d’avance que je ne ferai pas de découvertes importantes et aurais mieux à lire sans doute. Les grandes rencontres ont été faites.»

Il aura fallu la conjonction de l’«an 2000» et d’une trop longue période d’«incapacité de travail» poétique pour que je reprenne cette idée et la conduise à son terme; sans même en avoir envisagé d’ailleurs, initialement, l’éventuelle publication.

*

Comme je l’avais noté d’emblée, nul souci d’équité ne m’a conduit dans ce choix. Pour cette période de notre poésie, nous ne manquons pas de panoramas qui se veulent aussi complets et objectifs que possible. Pour moi, je n’ai voulu recueillir ici que les poèmes français de ce siècle qui, à des degrés divers et pour des raisons diverses, m’ont été à quelques moments des occasions de plaisir, d’émotion, d’admiration: et dont le rayonnement durait encore à mes yeux, fût-il, dans certains cas, un peu affaibli et, dans d’autres, avivé, avec le temps.

*

Quand, régulièrement, entre 1948 et 1968, épisodiquement plus tard, je parlais de poésie dans des chroniques de journal ou de revue (chroniques dont certaines ont été reprises dans L’Entretien des muses et Une transaction secrète), c’était, avant tout, poussé par un mélange de tristesse et de dépit à l’idée que la clarté qui me venait de ces lectures restât si peu visible à tant de gens; si bien que j’aurai été au fond une sorte de propagandiste, mais toujours sincère et, me semble-t-il, légitime, laissant à d’autres, mieux armés que moi, le soin d’approfondir l’analyse avec plus de science et de subtilité. Mais enfin, toutes ces chroniques n’ont jamais été que des commentaires, ornés de citations aussi parlantes que possible. Voici, aujourd’hui, les pièces; voici ce qui luit, brûle, rayonne encore dans ma main ouverte.

*

Le langage de la poésie m’est toujours apparu comme celui qui rend le compte le plus juste de nos vies dans toutes leurs dimensions, celui qui peut réconcilier fumée et parfum; celui qui sait tirer un chant, ou une simple chanson, de nos peines, légères ou violentes, de nos voyages - dans le temps, dans l’espace du dehors comme dans celui du dedans -, qui bâtit une musique même à partir de l’ombre et de l’absence, qui fait scintiller pour notre joie même la course des jours. Oui, cela brille, cela luit ou brûle dans la main ouverte. Une constellation tout près de nous, dans la main ouverte, dans le livre ouvert. Je ne crois pas qu’il faille en dire plus.
Revue de presse
- Consulter Richard Blin Le Matricule des Anges n°45, juillet-Septembre 2003
Un traité du regard. Un art de la notation. Un peu de verte éternité sur fond d’Âge d’Or et d’énigme. Les entrevisions infiniment fragiles et belles de Philippe Jaccottet, poète, critique et traducteur, né en 1925.

À l’instar de l’arc-en-ciel dont la soudaine apparition dévoile d’insoupçonnables aspects de la réalité, les proses poétiques que rassemblent Cahier de verdure (1990) et>em> Après beaucoup d’années (1994), rendent sensible et presque tangible la secrète beauté du monde. Car derrière l’harmonie d’un paysage, le langage secret des fleurs ou l’eau qui dévale une montagne, ce que Philippe Jaccottet réussit à saisir, c’est l’éclat et la transparence de ce qui, en tel lieu, à tel moment, a soudain convergé et coagulé.
Ces rencontres, ces noces éphémères, jamais les mots ne seront à leur hauteur. Mais il s’agit de dire quand même l’innocence et l’accord, l’évidence et le mystère, ce mélange d’éveil et d’élévation qui, soudain, nous met, comme par magie, en relation avec ce qu’il y a de plus réel, de plus intense, de plus mystérieux dans la nature, et qu’il nous est parfois donné d’entrapercevoir en filigrane des phénomènes les plus humbles. Comment, par exemple, évoquer les pivoines ? Bien sûr, il y a la manière de Francis Ponge, mais on peut aussi procéder par approximations successives, par condensation de traits ou d’équivalences, ce que fait Jaccottet. Mais demeure toujours cet « autre chose » qui les déborde, ce quelque chose qui tient d’un secret impossible à approcher, d’une présence bouleversante. « Non qu’elles soient farouches, ou moqueuses, ou coquettes ! Elles ne veulent pas qu’on parle à leur place. Ni qu’on les couvre d’éloges, ou les compare à tout et à rien. (...) Elles habitent un autre monde en même temps que celui d’ici; c’est pourquoi justement elles vous échappent, vous obsèdent. Comme une porte qui serait à la fois, inexplicablement, entrouverte et verrouillée ».
Cette présence qui se dérobe dans l’absolue, dans la pure intensité de sa manifestation, cette sorte de transparence que le monde acquiert soudain sous les auspices d’un cerisier chargé de fruits, du « blason vert et blanc » d’un petit verger de cognassiers en fleurs ou d’un hameau traversé un dimanche d’avril dans une vallée perdue, « semble rejoindre en nous ce que nous avons de plus intime ». Comme si, par-delà ce qui « nous touche plus loin que les yeux, que le corps, le coeur, la pensée elle-même », s’ouvrait une brusque perspective sur la fuyante réalité du monde, comme s’il nous était donné d’apercevoir un reflet de l’autre côté du monde. « Pour moi (...), j’en viens à me demander si la chose "la plus belle", ressentie instinctivement comme telle, n’est pas la chose la plus proche du secret de ce monde, la traduction la plus fidèle du message qu’on croirait parfois lancé dans l’air jusqu’à nous; ou, si l’on veut, l’ouverture la plus juste sur ce qui ne peut être saisi autrement, sur cette sorte d’espace où l’on ne peut entrer mais qu’elle dévoile un instant ».
Malgré le « minutieux travail du temps destructeur », (mais ce n’est pas « parce que la fête prend fin, parce que musiciens et danseurs, tôt ou tard, cessent de jouer et de danser », qu’il faut « en refuser les dons, en bafouer la grâce »), il s’agit de s’enchanter encore de la beauté du monde. Sur le fond sombre de ce qui tôt ou tard nous terrassera, - ce fond sombre sans lequel la lumière n’apparaîtrait pas -, et parce qu’« on n’est pas absolument tenu de n’accorder de réalité qu’à l’ignoble » et à l’insoutenable (que Jaccottet n’escamote jamais, et qu’il évoque, par exemple, avec une rare justesse dans À partir du mot Russie), il faut célébrer le mystère de la beauté, en faire une des figures de cette lumière qui parle à l’être tout entier et rend possible la poésie. Philippe Jaccottet est d’ailleurs un des rares poètes qui savent vraiment évoquer la rencontre de la beauté, ce mélange amoureux de découverte, d’étonnement et de grâce native dont elle nous illumine. Et ce n’est certainement pas un hasard s’il convoque si souvent la figure de la jeune fille pour incarner l’enchantement ou l’émerveillement épiphanique, pour traduire une proximité qui bouleverse, pour personnifier un écho de l’Âge d’Or, ou un rêve d’idylle ou de pastorale. Sorte d’érotique de la sensation, pure de tout pathos ou de toutes humeurs; quête d’une vérité -sur soi, sur le monde- encore et toujours virginale, et dont la beauté serait la dédicace. Une écriture poétique qui revirginise le monde en même temps qu’elle nous incite à nous mettre à l’écoute de ce qui, pour être sans voix, nous parle. Une écriture qui invite à (se) recueillir plutôt qu’à cueillir.
Recueillir, c’est ce qu’a fait Philippe Jaccottet dans Une constellation tout près, une anthologie réunissant cinquante poètes du XXe siècle, de Paul-Jean Toulet à Bernard Simeone en passant par O.V. de L. Milosz, Jean de Boschère, Armen Lubin, Jean-Paul de Dadelsen, Jean-Michel Frank, Pierre-Albert Jourdan ou C. G. Guez-Ricord. Chez chacun, il a retenu des poèmes qui ont été pour lui « des occasions de plaisir, d’émotion, d’admiration », et dont le rayonnement dure encore à ses yeux. Témoignage d’une vie consacrée à écouter, à découvrir, à défendre et à juger avec passion et exigence la poésie en train de se faire, comme le souligne Florian Rodari dans sa postface. Un ouvrage qui assume complètement sa subjectivité, rassemble en un tout, étonnamment homogène, des oeuvres qui illustrent ce que Philippe Jaccottet a toujours attendu de la poésie. Qu’elle réconcilie « fumée et parfum ». Qu’elle sache « tirer un chant, ou une simple chanson, de nos peines, légères ou violentes, de nos voyages - dans le temps, dans l’espace du dehors comme dans celui du dedans ». Qu’elle bâtisse « une musique à partir de l’ombre et de l’absence ». Qu’elle fasse « scintiller pour notre joie même la course des jours...»
Richard Blin
Le Matricule des Anges n°45, juillet-Septembre 2003
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