Parution : 15/12/2000
ISBN : 2-9514990-4-3 96 pages 12 x 20,5 9.91 euros |
Serge Rezvani
Les Américanoïaques
Roman préfacé par l’auteur pour cette réédition
Illustration de couverture : Serge Rezvani Dans cette énorme farce Rezvani met en scène deux charmants clochards, Loupiote et Cypriuche, que leur grand amusement – trucider à coup de bouteille des marins américains – mènera dans une terrible aventure jusqu’au fin fond des geôles nord-américaines.
Écrit pendant la guerre du Viêt-Nam, ce pamphlet lumineux utilise l’arme du rire et de la dérision pour décrire et dénoncer les horreurs et les absurdités du monde moderne. « Comme chaque matin, nous sommes descendus vers le vieux marché du Suquet. Les journaux titraient – on s’y attendait – grand comme la main :
TROIS MARINS AMERICAINS ET UN QUARTIER-MAITRE ONT TROUVÉ LA MORT DANS LES, etc. Les gens s’arrachaient les canards et commentaient l’affreux bain de sang dans lequel la paisible ville de Cannes se trouvait brutalement plongée blabla... » *** Cette sortie date du temps de la guerre du Viêt-Nam. C’est-à-dire des années 70. Ce n’est pas un texte militant mais une marque de solidarité envers un peuple qui, à l’époque, se battait « à mains nues », comme on disait, contre les USA — puissance la plus armée de la planète. Au même moment d’ailleurs, j’avais réalisé une série de grandes toiles sur le thème des « horreurs de la guerre électronique » que le Musée d’Art Moderne de Paris (l’ARC) avait exposées parallèlement à la création de ma pièce Capitaine Schelle, Capitaine Eçço au TNP (Palais de Chaillot). Ces tableaux aussi, ainsi que cette pièce, prétendaient être des actes artistiques de solidarité avec ce petit peuple vietnamien d’un héroïsme fou. D’autres raisons aussi m’avaient poussé à écrire Les Américanoïaques. Raisons éditoriales, celles-là. Je m’en suis suffisamment expliqué dans mon Testament amoureux pour m’en dispenser dans ces quelques lignes de préface accompagnant la réédition de ce joyeux petit ouvrage. À défaut d’un véritable engagement, il me semblait, à l’époque encore, pouvoir marquer par le rire ma compassion et ma solidarité envers ceux qui subissaient une des premières guerres modernes (après Hiroshima et Nagasaki) où les superpuissances testaient sur le vif les armes sophistiquées de la technologie de meurtre en masse. Aujourd’hui, je n’écrirais pas un tel ouvrage… même si mes idées quant aux armes de destruction massive n’ont pas changé mais disons radicalement évolué car les pays développés ou en voie de développement stockent un tel potentiel de meurtre massif qu’il me semblerait opportun qu’une sorte de tribunal Russel — si ce n’est de Nuremberg — mette en jugement anticipé ceux qui participent à l’élaboration de ces technologies humanicides. Comme après il sera évidemment trop tard, l’avant s’impose, ne serait-ce que par une condamnation d’intention de meurtre en masse. Alors en attendant, rions de mes deux justiciers… plus « sérieux » qu’on ne le pense. REZVANI Août 2000 |
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L'utopie Rezvani
Les éditions de la Mauvaise Graine ont la bonne idée de ressortir une farce hilarante du peintre-écrivain : Les Américanoïaques.
Deux vieux clochards amoureux, Loupiote et Cypriuche, font les 400 coups dans le Cannes des années 70. L’obsession de ce couple infernal à qui on donnerait le bon Dieu sans confession : zigouiller artisanalement (à la chopine, s’il vous plaît) de l’Amerlock ! L’auteur du Tourbillon chanté par Jeanne Moreau dans Jules et Jim écrivit ce précipité d’humour atomique en 1970, c’est-à-dire du temps de la guerre du Viêt-nam. Comique Terroriste Dans ce roman au langage joliment argotique et sacrément enlevé (la forme, très dialoguée, donnerait envie de l’adapter illico pour le théâtre), le rire devient très vite une arme des plus efficaces : dénoncer l’impérialisme américain et ses "grosses dents de mangeur de crispies-rice", et surtout combattre par la farce les méthodes de meurtre en masse d’une des premières guerres modernes, jusqu’aux camps de la mort. Le pied de nez est jubilatoire, et Rezvani manie l’ironie comme personne, évitant tous les poncifs de la littérature engagée en stigmatisant par la seule force de l’écriture la technologie carnassière des superpuissances. Littérature utopiste Mais Les Américanoïaques est aussi pour Rezvani l’occasion de défendre une littérature vivante, ludique, à rebours de bon nombre de mouvements littéraires du XXe siècle. Rezvani s’inscrivait en faux de tout système abstrait qui marcherait à l’écart du monde, et se plaisait à ne jamais dissocier ses activités d’artiste (romans, poésies, théâtre, peinture…). Que ce soit dans ses poésies d’amour ou ses toiles, les œuvres de Rezvani participaient au monde. C’est ainsi que parallèlement aux Américanoïaques il réalisait en 1972 une série de tableaux, visant eux aussi la guerre du Viêt-nam, intitulés Horreurs de la guerre électronique. Abordant à chaque fois sa vision du monde en fonction de l’expression propre à un art, il réussissait à dénoncer les pires horreurs en les ridiculisant par l’utopie d’un monde où la personne huaine prime sur tout. Les Américanoïaques en est une parfaite illustration : fustiger les horreurs de la guerre du Viêt-nam en inventant une farce américanophobe tout droit sortie de la tête d’un couple de clochards célestes, c’est totalement utopique, et pour cela diablement efficace. Luc Hernandez
Le petit bulletin n°151, 10/17,
Janvier 2001
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