La Mauvaise graine L'Ivraie
Les noces de carton
Parution : 15/04/2005
ISBN : 2-915013-10-1
244 pages
12 x 20,5 cm
15.00 euros
Jean-Daniel Dupuy
Les noces de carton
Roman inédit
Ce récit pourrait commencer dans une ancienne ville minière de Sibérie après l’arrivée du capitalisme ou dans une ville fantôme de Cisjordanie après le passage de l’armée israélienne.
Ce récit pourrait aussi commencer – demain ou après-demain – dans une cité rebelle, une ville qui n’apparaîtrait sur aucune carte oficielle ; une cité imaginée, mal située, peut-être au nord du continent eurasiatique. Une pièce de la mosaïque.

Ce récit est composé de onze fragments de texte. Autant de mariage. Chaque fragment apparaît comme une collection de paysages et de visages poétiques. D’un texte à l’autre , les personnages et les images se répondent. Ou pas.
Ce roman est un texte « mozaïque », où chaque fragment complète petit à petit le puzzle. Jean-Daniel Dupuy imagine et se souvient d’un monde qui rêve et d’un monde qui vit dans le cauchemar. L’auteur invente un univers où Nëopol, la ville fantastique, est tout à la fois l’échec et la seule chance de renouveau d’une aspiration à l’humanité, à la révolution égalitaire.

La ville de Nëopol, capitale fantomatique de l’État de Mozaïque du Nord, vit sous le joug de Malaquin. Mots sous surveillance, propagande et espionnage, la population vit sous le contrôle des Services de Sûreté, dans les cours désertes et les immeubles délabrés de la cité en ruine. Le pouvoir tout-puissant menace par ses agents, enferme dans la Tour Malheur, verouille et rééduque les consciences avec son alphabet carcéral.
Pourtant, un frisson se propage avec l’arrivée du cirque des Métamorphoses. Ce convoi chaotique et misérable charrie la révolution. Nomade et libre, il est l’héritier du monde d’avant la Guérilla. Il apporte la poésie et entraîne avec lui les descendants des combattants de la liberté, les rêveurs d’avenir.
Le bruit court dans Nëopol : le cirque des Métamorphoses arrive, une représentation se prépare. L’étrange convoi se serait installé aux abords de la cité, dans cette zone perpétuellement balayée par la poussière blanche où survivent les enfants parias. Et malgré la surveillance des Symboles de Sûreté, malgré la propagande et la menace muette, sa simple arrivée défie le pouvoir de Malaquin. Le cirque charrie la révolution.
Le peuple de Nëopol se souvient de la résistance passée, des débuts de la cité nouvelle. Il a entendu les récits des anciens, se souvient de la révolte d’Ukraine, tremble en rêvant d’un pouvoir du peuple.
Dans les rues, les places, les cours, d’étranges figures se croisent et s’observent en silence : un collectionneur de mots, Dalan-Baïam, l’oiseau voyageur messager des causes perdues, les enfants d’Octobre, Aït Akanot, Anna Doïdou et Mel Kaboury, un balayeur amoureux de la belle Nadia, l’étrange veuve Beldogonna… Et cette vieille femme qui pousse son orgue de barbarie miteux en parlant aux oiseaux… Elle, dont on entrevoit parfois les plumes… Elle, la grand-mère du monde…
Titulaire d’une licence d’histoire, Jean-Daniel Dupuy est né en 1973 à Casablanca.
En décembre 1995, il crée avec un ami une revue politique (textes, dessins, poésie) vendue à la criée dans les rues de Montpellier. La même année, au sein d’un groupe d’amis, il crée une association (La Voie est livre !), il met en scène et interprète un spectacle de rue qui permet d’offrir un repas de rue aux inconnus le soir du 24 décembre. La Voie est livre perpétuera cette tradition nouvelle : Noël dans la rue, soit 6 nouveaux spectacles, six repas de rue où soufflent le vent de l’hiver et celui d’une fraternité réinventée.
En 1999, pendant la guerre du Kosovo, il éteint la télévision, prend un stylo et écrit Arrière-guerre. La même année il devient le papa d’un petit garçon.

Profession : veilleur de nuit dans une Maison d’Enfants à Caractère Social. Lorsque les enfants se sont endormis, il lit ou il écrit.
Ses trois livres cultes… qui peuvent changer demain ou l’an prochain !
Nuit blanche en Balkhyrie, Antoine Volodine
Le marque-page, Sigismund Kryzanowski
Les chants de Maldoror, Lautréamont

Pour lui, le livre serait une maison. Une maison pleine de fenêtres, de fenêtres de toutes tailles. La maison serait située sur une hauteur, en pleine campagne. Le livre qu’on écrit serait cette maison. Disons que les murs, les escaliers, la façon dont les pièces sont disposées seraient des mots, des phrases, l’architecture du texte. Mais le plus important, ce n’est pas de construire une grande ou une belle maison. Ce qui compte vraiment c’est d’entrer dans la maison pour se pencher à une fenêtre, pour voir le monde (que l’on connaît déjà) autrement.
Cet autrement, c’est celui écrit qui l’apporte et le donne à voir.
" La dérive vers le règne animal est irrémédiable. Pour comprendre ça, il faut lire la théorie de l’évolution à rebours. Une histoire inversée, une vie renversée. Son visage s’est déformé, jour après jour. Son visage s’est fermé et ses yeux se sont étrangement agrandis. Elle mastique inlassablement ces mots contagieux, ces verbes maudits qui pourrissent dans sa bouche et jaunissent ses dents, ces phrases venimeuses qui chargent son haleine :

MALHEUR À TOI, MALAQUIN !
MALHEUR À TOI, À TES MINISTÉRIENS
ET À TOUS TES FOUTRE-CHIENS…

La vieille ne parle pas aux gens du quartier. Personne ne s’approche, personne ne sait où elle habite. Elle traverse la ville comme une ombre, comme si elle n’existait pas. Et pourtant elle vit et meurt devant moi. Non, elle ne meurt pas encore, pas tout à fait, pas avant que la malédiction ne se réalise. Elle habite Nëopol, elle hante cette ville comme pour rappeler aux gens ce qui s’est passé ici, en Mosaïque du Nord ; raconter les heures belles, les heures rouges, le début et la fin de l’insurrection. Elle ânonne et murmure, en arabe et en russe, que la révolution aurait pu tout changer. Tout.” (« Mosaïque Nord», Chap.1, page 13)


“Les mauvais jours finiront car le cirque des Métamorphoses charrie la révolution. » C’est la phrase belle que la grand-mère du monde lui a donnée la première fois. Cette phrase-là, elle la répète dans sa tête pour elle-même, pour ne pas perdre courage. Elle, c’est Annaïa, la trapéziste numéro quatre. Elle a quitté son village et sa famille pour suivre le convoi. Elle est amoureuse du trapéziste numéro deux. Annaïa se mariera bientôt, à la fin du voyage.” (« Le cirque des Métamorphoses », Chap.2, page 40)
Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net