Parution : 01/10/2006
ISBN : 978-2-9168-6201-9 204 pages 15 x 23 cm 20.00 euros |
Raymond Guérin
Lettres à Déjanire
Edition établie et préfacée de Bruno Curatolo
Raymond Guérin (1905–1955) bénéficie de nombreuses rééditions depuis plus de vingt ans. Depuis peu, des inédits apparaissent : extraits de ses carnets de prisonnier, chroniques littéraires, et plus récemment les lettres de captivité écrites à Sonia, chez Gallimard.
Inédites, les Lettres à Déjanire présentent un double intérêt. D’abord d’avoir été conçu comme un ouvrage destiné à la publication, il envisage en effet de le proposer parmi d’autres manuscrits à Gallimard, alors qu’il est en camps en Allemagne. Il demande l’avis de Sonia à ce propos (cf. Lettres à Sonia) voyant dans la publication d’un tel ouvrage la possibilité pour lui de montrer un autre aspect de son œuvre, plus lumineux car il est le récit d’une croisière en Méditerranée qu’il effectuera avec sa première épouse aux débuts des années 30. D’autre part, toutes les rééditions récentes et les inédits révélés occupent la période de captivité ou l’immédiat après guerre, l’œuvre d’avant-guerre restant méconnue. Raymond Guérin est aussi l’auteur de Zobain, d’Empédocle ; les Lettres à Déjarine, donne un éclairage de première importance sur le Guérin d’avant-guerre, à ce moment crucial où le monde est au bord de la catastrophe que nous savons. Nous y découvrons un Guérin, déjà sûr de ses moyens, pressentant les drames à venir, lucide devant les désastres de la colonisation, des impérialismes de toute sorte. Il est émouvant de le voir, en appeler à la raison, dans ce périple méditerranéen, comme ceux qui furent de ses amis et soutiens, Roger Grenier ou encore Albert Camus. Raymond Guérin est né à Paris en 1905. Après des études à Poitiers, il exerce différents petits boulots (notamment garcon d’étage dans des palaces parisiens, ce qui lui inspire son roman L’Apprenti) avant de s’installer comme agent d’assurances à Bordeaux. C’est en 1927 qu’il fait ses premiers pas en littérature en fondant La Revue libre(il côtoie notamment Maurice Fombeure), et en 1936, c’est la parution de sa première œuvre, Zobain, un roman épistolaire. Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier un an plus tard dans un camp de représailles en Allemagne (qui lui inspire son roman Les Poulpes). De retour à Paris en 1943, il retrouve une ville différente, sous l’Occupation. C’est le journal de cette période qu’il livre avec Retour de Barbarie. Il meurt à Bordeaux en 1955.
« Loin de vous, nous avons voulu, que dis-je ? nous avons essayé de renouer votre image à des choses pittoresques. Et ce n’est encore, et ce ne sera jamais que de l’art après l’amitié. Des villes, des océans, des dialogues, des paysages, les uns suivant les autres sont venus se poser entre nous et bientôt il n’est plus resté devant nos yeux qu’une surimpression aussi incertaine et plus subtile que le souvenir que laisse après lui le rêve de l’homme. Faillait-il que vous fussiez estimée ? Non. Je ne réalisais plus si le départ nous éloignait vraiment de vous ou nous rapprochait. Vous fûtes pour Denyse et moi et sitôt que de notre navire irrésistiblement les marins larguèrent les câbles, le symbole, la figure de la traîtresse amitié. Tous ceux qui nous sont chers, auxquels nous rêvons bien souvent et que nous imaginons dans le cadre de la ville, du quartier et de la rue où ils vivent, nous suivant par l’esprit au-delà des mers et des montagnes et guettant notre route, nos points d’arrêt, nos appareillages et nos accostages infinis, tous ceux-là, Déjanire, vous les représentiez. »
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