Parution : 01/10/2006
ISBN : 978-2-9168-6203-3 80 pages 15 x 23 cm 20.00 euros |
Herman Melville
Timoléon
Traduit par Thierry Gillyboeuf
La première vocation de Melville (1819–1891) fut poétique. Lorsqu’il entreprend son œuvre romanesque, il l’envisage comme une entreprise strictement professionnelle, comme le fut sa vie maritime. Ses romans deviendront de plus en plus personnels et poétiques, à partir de La Vareuse Blanche et de Redburn, et suite aux relatifs échecs commerciaux qui s’affirment. Il est un lieu commun aujourd’hui de voir en Moby Dick et Pierre ou les ambiguïtés de grands poèmes en prose. D’ailleurs sa prose est parfois émaillée de poèmes, comme Redburn et Billy Budd. On sait aussi, notamment grâce à Charles Olson, le caractère shakespearien de l’opus melvillien; il y a, de plus, ces surprenants chapitres de Moby Dick conçus comme des poèmes dramatiques en prose.
D’échec en échec, de celui de Moby Dick jusqu’à celui plus cuisant encore de Pierre, Melville décide de se retirer dans les « terres » (geste combien symbolique pour ce marin) et de se consacrer exclusivement à l’œuvre poétique qu’il porte en lui, en vers cette fois. Naîtront, essentiellement Clarel et son ultime recueil poétique, Timoléon en 1891. Tout l’univers de Melville traverse ce dernier livre achevé, la mer, les mythologies qui le hantent, sa connaissance de l’humaine nature, Hawthorne, l’exil et la mort. Fils d’une famille aisée, Herman Melville (1819–1891) doit à la mort de son père alors qu’il a douze ans, abandonner ses études et travailler. Il découvre alors la réalité du prolétariat et des clivages sociaux. Devenu marin, il parcourt le monde cinq années durant. De retour à New York, il se consacre à l’écriture et devient un auteur à succès grâce à ses romans d’aventures inspirés de ses propres expériences. Lorsqu’il s’essaie à d’autres genres, c’est le début d’une mécompréhension. Le public et les critiques n’attendent de Melville que l’auteur de romans d’aventures alors qu’il aspire à construire une œuvre véritablement littéraire. Ses dernières œuvres, tel Bartleby le scribe se font de plus en plus sombres et pessimistes sur la nature profonde de l’Homme. Ce n’est qu’au XXe siècle que la qualité de ses romans a été reconnue, et aujourd’hui, Moby Dick est considéré comme un chef d’œuvre.
MONODIE
L’avoir connu, l’avoir aimé Après une longue solitude ; Avant que la vie nous sépare, Sans qu’aucun n’ait tort ; Et voici la mort à laquelle il consent – Soulage-moi un peu, mon chant ! Près des collines hivernales, les bourrasques De neige drapent son tumulus d’ermite, Et sans toit, l’oiseau des neiges volette Sous le crêpe des sapins : La vigne claustrale se recouvre de glace Qui cache son raisin le plus humble. |

