Parution : 14/03/2006
ISBN : 2-915378-23-1 550 pages 21 x 14,8 cm 25.00 euros |
Maurice Dommanget
Histoire du Premier Mai
Préface de Charles Jacquier
L’Histoire du Premier Mai de Maurice Dommanget est le seul ouvrage majeur réalisé, en
langue française, par un témoin contemporain sur cette vaste manifestation. Il y développe une réflexion sur les luttes socio-politiques qui ont amené cette date à être la journée internationale des travailleurs à partir de 1889, puis la fête du travail, jour chômé. Un important travail de recherche lui a permis de nous donner à lire les heures sombres et glorieuses de ces manifestations, commémorations du 1er Mai sanglant de 1886 à Chicago. Au travers de cette réédition, c’est tout un pan de l’histoire sociale du XXe^ siècle qui se déroule sous nos yeux, jusqu’aux années soixante-dix. Maurice Dommanget, (1888–1976) est l’auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages importants d’histoire sociale. Parmi les plus connus nous pouvons citer L’Histoire du drapeau rouge, Les Grands Socialistes et l’éducation, Le Curé Meslier, Saint Just, Blanqui, etc… À son décès, il lègue ses archives à l’Institut français d’histoire sociale, à Paris. Son oeuvre disparaît de la circulation malgré son ampleur inégalée, notamment dans ses études des grands mouvements sociaux. Instituteur, pédagogue, syndicaliste actif et un chercheur dont il devient important d’exhumer et de réhabiliter les ouvrages qui sont la mémoire des luttes sociales, et de valider ses travaux de recherche historique.
Le 1er Mai, en dépit de ses points faibles, de sa tendance à des manifestations stériles, conventionnelles, infécondes, d’une part, à des manifestations bruyantes, spectaculaires, sectaires d’autre part, comme à ces déformations qui, en le sclérosant, l’éloignent de son principe originel, reste une des plus nobles aventures qui aient traversé notre époque. L’amalgame libéral/liberté est un des principaux lieux communs qui fait des libertés fondamentales un élément consubstantiel de l’économie de marché. Un simple regard en arrière suffirait pour voir qu’elles n’ont pas été généreusement octroyées par les classes dominantes mais conquises de haute lutte durant deux siècles, si « les travestissements de l’histoire » ne les avaient pas fait passer aux oubliettes. « Parmi ceux qui défilent paisiblement le 1er Mai, combien savent qu’ils commémorent la grève sanglante de 1886 aux usines McCormick à Chicago ? » Nul doute qu’ils ne soient guère nombreux. Mais pour que les premiers intéressés — ces travailleurs, syndiqués ou non, qui défilent le 1er Mai — puissent l’apprendre, encore aurait-il fallu que cette histoire-là soit accessible aux lecteurs. Une grande histoire du 1er Mai avait bien été écrite par Maurice Dommanget, mais ce livre n’était depuis longtemps plus disponible. [...] S’il est encore trop tôt pour juger du devenir, de l’élargissement et de l’enracinement de cette initiative, elle illustre parfaitement la nécessité d’un renouvellement de la problématique du 1er Mai tenant compte des modifications de fond du salariat et du système capitaliste — certains s’interrogent sur la naissance d’un précariat en passe de le remplacer. Si d’autres journées de contestation tentent de s’imposer, comme, par exemple, la journée sans achat, au mois de novembre de chaque année, elles sont encore loin de pouvoir rivaliser avec le 1er Mai qui garde le bénéfice d’une existence séculaire et d’une symbolique forte. Pour revenir à ses orgines subversives, il lui faudra avant tout adopter une revendication unifiante, telle celle des huit heures au XIXe siècle, autour de laquelle une classe salariale morcelée et précarisée pourrait se retrouver majoritairement afin d’imposer de nouveaux droits, indispensable premier pas non seulement pour arrêter les reculs sociaux enregistrés depuis une vingtaine d’années, mais aussi pour refonder en actes l’espoir d’une autre société enfin humaine et solidaire. (Charles Jacquier) |
|||||||||||||||||||||||||
![]()
Marcel Leglou
À contretemps,
septembre 2006
La bibliographie de cette « personne » qu’est le 1er mai
« Parmi ceux qui défilent paisiblement le 1^er mai, combien savent qu’ils commémorent la grève sanglante de 1886 aux usines Mc Cormick à Chicago ? », interroge Charles Jacquier dans sa préface de Histoire du Premier Mai de Maurice Dommanget, que les éditions marseillaises « Le mot et le reste » viennent de publier.
Accéder à cette histoire redevient donc possible. Instituteur né en 1888, syndicaliste dans sa conception révolutionnaire, auteur ignoré d’une cinquantaine d’ouvrages, Maurice Dommanget a écrit cette histoire en 1953. Rééditée en 1972 puis en 1980, elle restait malgré tout inaccessible. D’où la décision de la maison marseillaise de la remettre en scène. Aux côtés d’un travail sur les livres d’artistes, les écritures contemporaines ou les débats critiques sur les arts, Le mot et le reste compte aussi la collection Attitudes, qui lui permet « d’intervenir aussi dans le champ social en exhumant des livres permettant de comprendre comment la population ouvrière de la fin du XIXe siècle a su se coaguler, trouver des idées et les développer », explique l’éditeur Yves Jolivet. Des utopies au congrès En quelque 500 pages, Maurice Dommanget retrace donc l’histoire de ce qui deviendra l’un des symboles forts du mouvement ouvrier international (avec le drapeau rouge (1). Cette histoire se décline en deux temps, la période « héroïque », de sa naissance aux années 20, avec les revendications autour de la journée de travail de 8 heures, puis son institutionnalisation. L’ouvrage ne débute cependant pas en 1886 à Chicago. Les premières lignes remontent à… 898 et Alfred d’Angleterre ! Égrenant succinctement les dates et les lieux d’une histoire précédée et annoncée « d’utopies et de phénomènes plus modestes ». Maurice Dommanget nous emmène ensuite dans l’Amérique des années 1830, « grosse » des utopies et batailles portées par les migrants, forte d’un syndicalisme en construction. Il nous conduit chez les charpentiers de Philadelphie en 1827, nous fait rencontrer le « monomaniaque des 8 heures », Ira Stewart à Chicago, nous raconte les luttes pour les 10 heures, les bagarres qui passent par la case de la loi, les échecs. Il nous mène sur le banc du congrès de Chicago qui en 1884 décide de faire du 1er mai une journée revendicative autour des 8 heures, retrace les deux longues années qui seront nécessaires à la mise en place, dit les premières victoires qui s’accompagneront de baptême dans le sang à Milwaukee et devant les usines Mc Cormick. Après la genèse, Maurice Dommanget revient en France où dans une société laminée par l’expérience de la Commune et le chômage, le développement des idées sur les « 3 x 8 » passera par la Suisse mais où 1889 sonnera comme l’internationalisation de ce 1er mai qui sera célébré partout et de manière synchronisée l’année suivante. Il entre dans le détail de l’année noire 1891, dans un paisible bled du Nord de la France, Fourmies, où le paternalisme fonctionne sans empêcher la crise, la manifestation vire à la boucherie. Il sait dire les filles qui dansent dans la joie de la revendication, les tirs, les cervelles éclatées. Il écrit les noms de Maria Blondeau, Louise Hublet ou Émile Cornaille qui a 20 ou 11 ans, sont morts d’avoir revendiqué. C’est tout le précieux de cette histoire, écrite année après année, lieu après lieu et surtout, noms après noms. Car si, depuis, le 1er mai s’est institutionnalisé, s’il a su continuer même après avoir obtenu gain de cause sur la revendication des 8 heures, son histoire est celle d’une conquête où rien n’a été donné. Nécessité d’une « revendication unifiante » Maurice Dommanget écrit « comme s’il s’agissait d’une vie, de la bibliographie de cette « personne » qu’est le 1er mai ». Yves Jolivet y voit, lui, « quasiment un polar où chaque année, on se demande s’il va tenir ». Il tiendra, et s’institutionnalisera. Avec des changements, des abandons, des tentatives de récupérations. L’ouvrage s’arrête dans les années 50 mais la préface judicieusement confiée à Charles Jacquier en dit beaucoup sur la période actuelle. Ces batailles ont été menées par des hommes et des femmes qui travaillaient, sans droit, sans règle et dans la précarité la plus terrible. Beaucoup de points communs avec aujourd’hui donc, à l’exception du fait que le travail est remplacé par le « précariat » pour reprendre la formule de Jacquier. Mettant en garde contre la tentation nostalgique, Charles Jacquier tire comme enseignement de cette page d’histoire qu’il « faudra avant tout adopter une revendication unifiante, telle celle des 8 heures au XIXe siècle, autour de laquelle une classe salariale morcelée et précarisée pourrait se retrouver majoritairement afin d’imposer de nouveaux droits, indispensable premier pas non seulement pour arrêter les reculs sociaux mais aussi pour refonder en actes l’espoir d’une autre société enfin humaine et solidaire ». Des informations précises, une bibliographie complète, Histoire du Premier Mai propose aussi un recueil des déclinaisons dans les poésies et chansons populaires. 1 : qui fera l’objet d’une nouvelle publication en septembre prochain. Angélique Schaller
La Marseillaise,
26/04/2006
Jean-Jacques Gandini
Le Monde diplomatique,
Août 2006
Le poing ou le muguet
Depuis son adhésion à la S.F.I.O. de Jean Jaurès, en 1909, jusqu’à L’École émancipée et la Libre Pensée, en passant par le Parti communiste, puis la CGTU, Maurice Dommanget aura milité pendant soixante ans au sein du mouvement social et arpenté bien des cortèges du 1er Mai. En 1952, il entreprend de raconter l’histoire de cette journée-symbole, comme s’il s’agissait de la vie d’une personne, et c’est toute l’histoire des luttes ouvrières qui défile en cinq cents pages limpides et passionnantes. Quatre ans avant sa mort, en 1972, il publie une nouvelle édition augmentée de ce livre qui est reprise aujourd’hui. Le Premier Mai étant intimement lié à la revendication de la journée de huit heures, Maurice Dommanget commence par rappeler d’où remonte l’idée de répartition des heures du jour en trois tiers. On la trouve dès le haut Moyen-âge, entre travail, sommeil et exercices de piété, puis à partir du XVIIIe siècle, l’éducation ayant remplacé les prières, dans les projets de sociétés idéales. À l’aurore de la société industrielle, les réformateurs clairvoyants qui militent pour l’amélioration de la condition ouvrière dans l’intérêt de la production et du capital, prônent à leur tour la limitation du temps de travail. En toute logique, c’est dans le pays où est née la révolution industrielle, l’Angleterre, que sont organisées les premières grèves pour les huit heures, à partir de 1825, avant d’apparaître peu de temps après sur le continent. L’idée d’une date synchrone pour arrêter le travail suit le même chemin quelques années plus tard. La première journée de revendication organisée internationalement par la classe ouvrière date donc du 1er mai 1890. Grèves et manifestations revêtent une ampleur impressionnante dans les démocraties industrialisées, tandis que l’événement passe pratiquement inaperçu dans les pays pauvres, les colonies et les dictatures. Pour récompenser les travailleurs de s’être bien fait tuer, le gouvernement de la République française vote la loi des huit heures le 25 avril 1919, quelques jours avant le premier 1er Mai de paix depuis cinq ans. Pourtant, cette année-là, les manifestations dépassent en amplitude tout ce qu’on avait vu avant la guerre, comme si la classe ouvrière se réveillait d’un long cauchemar, et plus d’un militant, devant cette démonstration de force, dût regretter amèrement la reddition sans combat du 1er août 1914. Le 1er Mai devint officiellement chômé et rémunéré pour les Français en 1947. Le patronat avait depuis longtemps accordé les huit heures, il pouvait même, bon prince, payer en prime aux salariés leur journée de « fête du travail » Que représentaient ces aumônes alors que la productivité avait été multipliée par 20 depuis le début du XIXe siècle ? François Roux
Le Monde libertaire, n°1436,
27 avril au 3 mai 2006
Un important travail de recherche a permis à l’auteur de faire vivre comme un être humain ce jour si chargé de symboles. Anarlivres.free.fr
|
||||||||||||||||||||||||||


