Parution : 15/02/2005
ISBN : 2-915378-12-6 154 pages 21 x 14,8 cm 15.00 euros |
Jean Pierre Plasse
Journal de bord d’un négrier
Ce journal de bord a été écrit en 1762 par Jean Pierre Plasse, tombé dans l’oubli depuis bien longtemps. Il a fallu la ténacité d’un de ses descendants, Bernard Plasse, pour que le manuscrit, déposé au Musée de la Marine de Marseille devienne un ouvrage enfin accessible au public.
C’est un récit par lequel nous pouvons entrer directement dans des modes d’appréhensions du réel, presque dans l’intimité d’un négrier... Car s’il est bon de savoir une chose, il est toujours intéressant de se la représenter avec les yeux des contemporains. Sans cela il n’est pas, il ne peut pas être de vraie histoire. Le préfacier, Olivier Pétré-Grenouilleau, est l’auteur de la somme : Les Traites négrières, essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Histoires », 2004. « Écrit par un homme averti, ce journal de voyage est d’ailleurs beaucoup plus fourni que la plupart des journaux de bord conservés jusqu’à nos jours. Indications nautiques, informations commerciales éparses, le tout dans un style télégraphique avant l’heure, forment souvent l’ossature de ce type de récit […], les paragraphes plus consistants y sont rares.
Tel n’est nullement ici le cas. Le texte est bien écrit, dans un langage correct, précis et parfois raffiné. […] Relativement cultivé, soucieux d’être utile, il souhaite aussi captiver son lecteur. Son journal se lit ainsi très facilement, de bout en bout. » Olivier Pétré-Grenouilleau, extrait de la préface. « Samedi 11 septembre Ce matin, le temps au brouillard, à ne pouvoir découvrir la côte. J’ai envoyé le canot à terre pour savoir s’il y avait des esclaves mais la mer était si grosse qu’on n’a pas pu entendre les appels des nègres depuis le rivage, ils étaient couverts par le bruit des vagues et comme je ne pensais n’être pas très loin de destination, nous avons mis à la voile. […] Samedi 16 octobre Ce matin, nous avons mis à la voile avec un petit vent d’ouest en route pour Juda qui est à six lieux d’ici […] En effet, ce jour se passa à faire préparer tout ce dont j’avais besoin pour commencer ma traite. […] Après des compliment de part et d’autre, on s’assoit sur ces bancs dont celui du blanc est le plus haut par respect. On apporte à boire de l’eau-de-vie et on choque le verre avec le marchand […] Ensuite, il s’assied par terre en attendant que les esclaves paraissent pour faire la palabre, c’est-à-dire l’interprétation du marché. Les hommes captifs sont traduits attachés aux poignets ainsi que les garçons pour marquer à l’acheteur que c’est un homme. Les femmes et les filles ne le sont point. […] L’accord obtenu, on donne au vendeur une note de ce dont on est convenu et il vient le chercher au magasin quand il lui plaît. Ensuite, on fait apporter du feu où l’on fait chauffer son estampe et on marque les captifs sur une épaule, on adoucit l’effet du fer avec de l’huile de palme. Ensuite, on présente encore à boire et on prend congé pour aller chez un autre, le précédent vous accompagnant jusqu’à la rue. Voilà toute la cérémonie qui est observée en pareil cas. » |
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La banalité du mal - Journal de bord d’un négrier
Bernard Plasse est, de son propre aveu, « implacablement le descendant d’un négrier ». Il nous propose, réécrit en français d’aujourd’hui, le carnet de bord tenu par son ancêtre Jean-Pierre Plasse. Ce document d’époque ne manque pas d’intérêt, il nous permet de vivre au quotidien la pratique d’un homme se livrant au commerce des êtres humains, au XVIIIe siècle. Ce commerce est alors une profession reconnue et normée qui s’inscrit dans une organisation plus large, complexe et bien rôdée dont l’auteur va nous dévoiler le fonctionnement. Nous sommes en 1762. Jean-Pierre Plasse est subrécargue de l’Espérance, autrement dit, il est le représentant, à bord, de l’armateur français. Il pratique une sorte de cabotage sur la côte entre le Cap Vert et la Sierra Leone, qui s’avère être une succession de villages africains et de forts tenus par des Européens. Les Africains pratiquant la traite ont des attentes très précises en ce qui concerne leur rétribution, elles varient selon les lieux. Certains veulent des miroirs, grelots, rasades, mais aussi des objets utilitaires, des briquets, des limes, des gobelets, des bassins en cuivre ou en étain, des couteaux, des pots à eau en grés, des mouchoirs de Cholet préférés à ceux de Pondichéry ; d’autres exigent des barres de fer, du tissu d’indienne, du tabac, de l’alcool, mais également des fusils et de la poudre. Les Africains mêlés au commerce de la traite sont armés. Dada, le roi de Bomé, habite un palais muni de casernes et “sa gardé est de huit mille hommes, tous bien armés.” Jean-Pierre Plasse rassemble les captifs dans un magasin. Alors interviennent de nouveaux acteurs de ce commerce. Le négrier les nomme car il doit les payer en pagnes, suif ou eau-de-vie: le portier, la blanchisseuse, la porteuse d’eau, le tronquier qui met les captifs au fer, le garçon qui prévient de l’ouverture de la traite, celui qui avait annoncé 1’arrivée du bateau négrier, les remplisseurs de futailles d’eau douce… Pour finir, le négrier raconte comment il a acheminé les humains achetés vers le bateau : “Je fus chez le gouverneur à la tête des esclaves en ordre de marche. Ils chantaient au son du tambour, portant le drapeau du navire. Ce fut la première surprise des habitants, qui n’avaient jamais vu de bâtiment négrier avec des esclaves sans fers, et de les voir si contents (sic). ” Marie-Noelle Recoque
Le Progrès social n°2542,
17/12/2005
Gérard Molina
Monde diplomatique,
Août 2005
Baptiste Liger
Lire,
Juin 2005
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