Parution : 12/10/2006
ISBN : 2-915378-32-0 256 pages 21 x 14,8 cm 18.00 euros |
Norbert Truquin
Mémoires d’un prolétaire
Préface de Paule Lejeune
Norbert Truquin est né le 7 juin 1833 à Rozières, dans le département de la Somme. Autodidacte, il décide de raconter l’aventure de sa vie faite de gagne-pain divers et variés qui le mènent à travers le monde. Mémoire d’un prolétaire s’achève sur une date : avril 1887 et un lieu : Independencia au Paraguay ; on perd ensuite la trace de l’auteur. En effet, Norbert Truquin a vécu la révolution de 1848 à Paris, a connu la prison, avant de tenter les mirages de la colonisation de l’Algérie. Il donne de la condition du paysan autochtone traité « à coup de sabre et d’eau bénite », un tableau très éloigné du « rôle positif de la France dans ses colonies ». De même sa description vécue de la condition des canuts en 1850 est un témoignage unique sur la vie du petit peuple de Lyon. Enfin, son exil au Paraguay pour tenter les expériences naissantes de communautés socialistes, ne sera pas exempt de misère ou d’esclavage. Auteur d’un seul ouvrage, emblématique de ce que l’on appellera plus tard la littérature prolétarienne, il exprime avec force le drame d’une vie qui, envers et contre tout, porte l’espoir d’un monde meilleur. À la manière d’un roman d’aventure, cet ouvrage est un témoignage impitoyable sur la difficulté d’une vie passée à être exploité, dans cette première mondialisation que fut l’avènement de la révolution industrielle du XIXe siècle. Qui connaît Norbert Truquin ? Une poignée de lecteurs à la recherche de témoignages d’autodidactes, un peu comme on va dénicher dans les brocantes une toile de peintre naïf. La fièvre du combat Tout Paris était en mouvement ; on n’osait presque plus dissiper les attroupements. La suppression des ateliers nationaux faisait l’objet de toutes les discussions. Les ouvriers traitaient d’infamie cette mesure qui, en affamant une population aussi nombreuse, constituait une véritable provocation à la guerre civile. Les réactionnaires prétendaient que la ville n’avait plus d’argent ; ce à quoi les ouvriers répondaient que le gouvernement trouvait bien de l’argent pour payer les gros traitements ; et qu’il ne lui serait pas difficile de fournir la paie des ouvriers qui se montait à huit francs par semaine, alors que ces derniers avaient exécuté tous les travaux publics et nourri les rentiers. Des ouvriers disaient même aux réactionnaires : « Avouez plutôt 1. Le lecteur qui voudrait avoir des renseignements plus détaillés sur l’insurrection de Juin les trouvera dans l’ouvrage de Victor Marouck, intitulé: Juin 1848 (prix: 2 F, en vente à la Librairie des Deux-Mondes). C’est ce qui a été jusqu’ici publié de plus exact et de plus complet sur ces événements. (Note de l’édition originale de 1880.) franchement qu’après vous être enrichis par la sueur du peuple c’est son sang maintenant que vous voulez, et la preuve c’est que les pouvoirs publics, au lieu de venir en aide aux prolétaires, ont insulté leurs délégués. » La réaction était furieuse ; la classe ouvrière, au contraire, conservait son sang-froid, mais on sentait qu’elle ne tenait pas à céder aux provocations. Les bagnes lyonnais Je laissai de nouveau le métier de puisatier pour reprendre celui de tisseur ; j’eus de la difficulté à m’embaucher, parce que mes vêtements, ma physionomie me donnaient l’apparence d’un terrassier. Enfin je finis par trouver de l’ouvrage, mais pour un article que j’ignorais complètement et où je réussis néanmoins dès le premier moment. Cet atelier tenait la nouveauté, ce qui m’obligeait constamment à passer d’un article à un autre, si bien qu’au bout d’un an je devins un ouvrier passable. L’atelier était situé rue Sainte-Catherine, à la Croix-Rousse, à un troisième étage. C’était un atelier de six mètres occupé par des jeunes filles qui tissaient le satin. Ces jeunes ouvrières travaillaient, en été, depuis trois heures et demie du matin jusqu’à la nuit ; et en hiver, depuis cinq heures du matin jusqu’à onze heures du soir. La révolution sociale L’Amérique du Nord suit les mêmes errements que l’Europe. En Angleterre, les manieurs d’argent ont accaparé successivement toutes les petites propriétés ; les cultivateurs qui vivaient paisiblement du produit de leurs champs et de leurs vaches, ont été refoulés dans les villes et réduits à la plus grande misère. Plus le machinisme se perfectionnera, plus il sera facile à quelques habiles de tenir les masses sous leur joug. Que les ouvriers de la ville et de la campagne ouvrent les yeux ainsi que les petits bourgeois et les petits propriétaires ! Leurs descendants seront fatalement acculés au prolétariat. Toutes les nations s’organisent industriellement ; tous les États cherchent à se suffire à eux-mêmes. […] |
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Inter CDI ,
janvier 2007
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