Le Mot et le reste
Qui sommes nous ? Diffusion/Distribution Librairies/Bibliothèques Salons / Festivals Lettre d'information Agenda Foreign Rights
Nouveautés
À paraître
Fée d'hiver
Parution : 19/01/2012
ISBN : 978236040372
150 pages
148 x 210
16.00 euros
André Bucher
Fée d’hiver
Alice, la quarantaine passée, secrétaire de la scierie, entend quitter son mari et échapper à la tyrannie de ses frères. Vladimir, le bûcheron clandestin, fuit son passé. Daniel et Richard, deux vieux frères un peu rock’n’roll qui vivent reclus dans la ferme du Val triste, ont des comptes à régler avec leur enfance. Tous vivent dans un coin de la Drôme, déserte et sauvage. Tous sont des échoués. Mais à force de rêves, ces écorchés-volant parviendront à dénouer le fil de leur existence... pour un hiver de toute beauté !
Écrivain-paysan, André Bucher est né en 1946. Après avoir exercé mille métiers (bûcheron, docker, berger), il s’installe à Montfroc, dans la Drôme, en 1975, où il vit toujours. Il est un des pionniers de l’agriculture bio en France. Il est aussi l’une des voix les plus singulières de la littérature française contemporaine. Grand lecteur de Jim Harrison et Rick Bass, son écriture mêle célébration de la nature sauvage et étude psychologique en un phrasé scandé, hâché, ourlé d’images à l’inquiétante beauté. Fée d’hiver est son sixième roman.
EXTRAIT
Alors tout redeviendrait comme avant. Avant d’être né. L’herbe bleue au firmament repousserait, sur la route 66 des nuages, le bon vieux temps continuerait de rouler et la lune, tendre groupie à sa fenêtre, le bercerait d’un sommeil éternel.
Richard, un peu inquiet, estima qu’il était temps de rentrer.
Revue de presse
- Consulter AUDE BINET FESTIVAL DU LIVRE ET DE LA PRESSE D'ECOLOGIE, avril 2012
- Consulter Conte de saison Pascal Jourdana LE MATRICULE DES ANGES, avril 2012
- Consulter André Bucher, un écrivain entre terre et ciel BENOÎT PUPIER PARUTIONS.COM, 30 mars 2012
- Consulter NOÉ GAILLARD MURMURES MAGAZINE, 27 mars 2012
- Consulter Fée d'hiver : naturellement inspiré ! JUSTINE MINET LA TRIBUNE, 16 février 2012
- Consulter Livres du mois Silence, Mars 2012
- Consulter "Les gens cabossés peuvent garder une ferveur" Nicole GELLOT L'AGE DE FAIRE, février 2012
- Consulter Une magie singulière Fanny Stolpner Témoignage Chrétien, 19 janvier 2012
- Consulter André Bucher dédicace au Bleuet Roberto Figaroli LA PROVENCE, 15 janvier 2011
- Consulter André Bucher signe un 6e roman mélancolique et douloureux Alain Bosmans Dauphiné libéré, 3 janvier 2012
- Consulter Fée d'hiver Pascale Arguedas Livre de lecture, 19 janvier 2012
- Consulter Parution d'un livre dans la vallée Vivre au Jabron, 17 janvier 2012

La nature recèle d’inspiration poétique pour l’homme et la femme ; sans ces derniers, la nature n’a pas d’histoire à raconter. Par l’intermédiaire de ses personnages, évoluant dans un paysage de la Drôme, André Bucher nous révèle cette poésie. Quatre inconscients cheminent lentement au sein de cet espace vivant, dévoilant sa beauté comme sa cruauté.

D’un côté il y a Richard et Daniel, deux frères sortis d’un fait divers qu’ils subirent enfants. Face à l’insolence de la vie qui continue sans s’arrêter sur ceux qu’elle a blessés, ils refusent de s’y inscrire : l’un reclus en mécanicien du bout du monde, l’autre muré dans son silence. Tel le vol du héron « soustrait au lent déroulé mécanique de l’horloge du temps », ils se suspendent dans leur souffrance. Ce qu’ils ne peuvent exprimer les empêche d’atterrir, de grandir.
De l’autre il y a Alice et Vladimir, ceux qui malgré leurs blessures ne renoncent pas. Elle, leur fée d’hiver à tous, affirme que l’on est en rien obligé de porter le fardeau de ses parents : « elle en refusait l’héritage, ce n’était pas une fatalité ». Lui, exilé d’un pays en guerre, veut « se confronter à une nature vivante », il « ne conçoit pas que puisse s’évaporer le souffle, l’espoir d’une vie nouvelle ». Pourtant, malgré la chaleur délicate qu’il instille en elle, malgré l’envie de « se retrouver au lit avec l’amour », la crainte d’un virage incertain les retient de prendre le train qui siffle sous le lit.
Dans ce « grand livre naturel » où « chacun dissimule ses manques dans son caisson de fureur étanche », l’univers poétique de la nature, complice, animé lorsque le silence et la solitude se parlent, leurs permet de s’envoler dans des imaginaires qui soulagent la souffrance, qui prédisent l’avenir.

On sent dans la gorge « hennir les étoiles explosées » que la glace mêlée à la neige finit par obliger à se taire ; les flocons amortissent les beaux bruits blancs. On frotte les galets du fond de l’eau, « parents éloignés des étoiles », pour faire venir l’éclat des brillants qui cascadent sur « le grand toboggan du ciel ». On se projette dans « l’eau, le courant, qui détache les amarres, qui transporte dans une vie nouvelle ». On laisse le végétal lancer des défis à un déluge de mécanique. Et lorsque « l’aigle royal danse la bienvenue », que « le soleil presse timidement son citron » ou que « le nuage donne la réplique au ruisseau », le lecteur, aidé par le style, doit ralentir pour laisser naître l’image ou, si elle ne vient pas, se laisser bercer par la poésie.
Portés par ces visions subliminales, les quatre naufragés progressent intérieurement, douloureusement, au rythme de leurs temporalités respectives. Petit à petit, « alors que fondamentalement rien ne change, tout paraît différent ». Chacun attend son tour, sans amertume, pour réussir à « se parler autrement que du bout des lèvres, se toucher davantage que du bout des doigts ».

Un livre qui sort de l’hiver avec espérance.

FESTIVAL DU LIVRE ET DE LA PRESSE D’ECOLOGIE

AUDE BINET
FESTIVAL DU LIVRE ET DE LA PRESSE D'ECOLOGIE, avril 2012
Retour au sommaire des articles
Conte de saison

Au Val Triste, ”il existe un site étrange dans le col quand le vent s’énerve où, d’une plate-forme taillée dans la roche, on peut écouter la montagne chanter.”
S’il est un écrivain français qu’on peut rattacher au courant “Nature Writing”, où l’on croise les Américains Jim Harrison et Dan O’Brien, c’est bien André Bucher. Son nouvel éditeur le confirme en intégrant Fée d’hiver, sixième roman de l’auteur, au sein d’une collection qui accueille aussi le Walden d’Henry D. Thoreau. S’il y trouve sa place avec logique, par la présence des paysages bruts de la Drôme reculée et leur description poétique, son intérêt littéraire réside surtout dans la justesse d’une confrontation de cette nature omniprésente aux actions et aux sentiments des personnages.
L’on démarre par un journal relatant un fait divers tragique survenu en 1948, quand un père en proie à la folie abat sa femme devant ses deux fils. On retrouve ces frères dix-sept ans plus tard, l’un devenu mutique, l’autre blessé par la guerre d’Algérie, mêlant leurs destins à ceux d’autres personnages, eux aussi en déséquilibre entre passé et présent, espoir et échec. Ainsi Vladimir, un bûcheron d’origine serbo-croate, unique rescapé d’une famille décimée par la guerre des Balkans, vit un exil secret et douloureux. On le voit d’abord errer, seul, dans les paysages noircis et détruits de son pays, où il ne reste que ”l’odeur diluée de la peur”. Des années plus tard, en France, changement de perspective : il attend le printemps et s’occupe de reboisement en songeant à Alice, joyeuse et rayonnante, avec qui il devrait ”pouvoir oublier et tâcher de recommencer”.
Malgré sa briéveté, Fée d’hiver surprend plus d’une fois par ses changements de direction narrative et la variation de ses points de vue. Complexe dans sa structure mais simple dans son trajet, le roman, empreint d’une atmosphère de conte merveilleux, avance avec sérénité de la douleur à la lumière.

LE MATRICULE DES ANGES

Pascal Jourdana
LE MATRICULE DES ANGES, avril 2012
Retour au sommaire des articles
André Bucher, un écrivain entre terre et ciel

André Bucher est écrivain, agriculteur biologique et bûcheron. Depuis plus de trente ans, il vit aux confins de la Drôme et des Alpes de Haute-Provence, dans la vallée du Jabron. Dans ce lieu sublime et sauvage, entre terre et ciel, l’écrivain des grands espaces, druide à la barbe broussailleuse, regard bleu, invente des récits de hautes solitudes, de résistances. Il publie Fée d’hiver, son sixième roman aux éditions Le mot et le reste.

Deux frères de guingois reprennent à la guitare une chanson de Bob Dylan. Richard l’aîné boîte à cause de la guerre d’Algérie. Daniel le petit est muet. Un voile noir pèse sur le récit. Un drame de la jalousie. La mort tragique des parents. Daniel joue au sourd-muet. «A chaque fois on terminait le morceau avec l’impression que l’étau qui nous comprimait avait lâché, que notre poitrine lacérée s’était élargie. (…) un cri silencieux faufilé par le nez et distillé peu à peu par les yeux». Ce chant de Dylan fait remonter à la surface le traumatisme de l’enfance. Le roman s’ouvre avec le journal de Daniel. Richard découvre le journal et répond à son frère. Nous sommes dans la Drôme du sud, aux Rabasses, en haut du col de Perty. Présent, passé composé, passé simple et imparfait, comme des couches géologiques de la mémoire. «Alice, c’était ma fée d’hiver», écrit Daniel en mars 1975. Le récit est elliptique. Avec Alice, c’est une amitié amoureuse, les mots pour elle, les silences pour lui. Elle a treize ans de moins. Elle s’échappera. C’est la sœur de «ces deux cons de Robert et Pierre». Ces trois-là sont les enfants du «monsieur de la scierie», en bas du col, avec qui se promenait la mère de Richard et Daniel. Les Monnier et les Lacour.

«Et puis, lui qui autrefois l’aimait tant, la neige sur le sang, la terre déchirée. La neige mensongère répandue sur les routes, les champs, les arbres détroussés de leurs feuilles». Vladimir – il n’a plus de nom de famille – est un autre personnage de la perte et de l’exil. Il traverse le chaos de la guerre dans les Balkans. Bûcheron, il fuit en Slovénie. Puis la Serbie, le Monténégro au bord du «lac noir de Durmitor», l’Italie. Un «vieux bonhomme» le guide par le col de Fréjus. Il vit au jour le jour de petits boulots : Grenoble, Gap, parc régional du Lubéron. En 1998, Vladimir arrive dans le canton de Séderon. «(…) en tant que bûcheron, tu devrais pouvoir trouver. Plus personne ne veut faire ce boulot». Le récit progresse de chapitres en chapitres, de personnages en personnages. Après Vladimir, Alice et sa vie désaccordée. «(…) on a qu’une envie : se retrouver au lit avec l’amour. Certainement pas avec des gants de boxe». Viendra un temps à la fin du livre où les voix seront mêlées, pour dire une communauté possible. Mais menacée.

Pour Alice, l’arrivée de Vladimir, c’est une échappé belle, amoureuse et sensuelle. Pour Daniel et Richard, c’est un frère de solitude à aider. Mais pour Robert, Pierre et Louis, le cousin, qui entre-temps a épousé Alice, c’est un géant qui finit par gêner. Tragique processus de répétition de la violence. Alors, comme un sursaut, entre terreur et beauté, entre terre et ciel, ils résistent.

André Bucher, arpenteur des émotions enfouies, installe ses personnages dans un royaume intermédiaire, entre fait divers et conte de fée. Il détourne le roman noir. Dans une danse du fond et de la forme, il accompagne le combat de liberté de ses personnages, leur quête d’amour, d’amitié et de beauté. Une écriture à fleur de peau. Sans pathos. Un récit épuré. Des voix-récits qui se rejoignent et se répondent. Une ribambelle d’expressions imagées dit la vie du ciel et des nuages, des montagnes, du soleil et de la lune, de la neige et du vent, des étoiles, de la lumière et des ombres. Imagées mais pas abstraites. «Où vont les petits nuages les poches gonflées de noisettes au lait en dépassant au sommet du col d’un tour de piste les écureuils sur leur vélo ?» Enfance du langage ; emprunts à l’oralité et au sens populaire, paysan ; effet de sidération ; propagation des affects. La nature n’est pas un décor mais un être animé.

La Cascade aux miroirs mettait en scène l’affrontement du feu et de l’eau. Fée d’hiver accompagne le baiser de l’air et de l’eau. Un bestiaire habite cette histoire : ours, héron, cerf, lapins blancs, chien, moutons, mulots, hirondelles, grenouilles, aigle, merle blanc, corbeau, castors, corneilles, rouge-gorge, brochet, papillons… Entre réel et imaginaire. Les descriptions ancrent le récit dans une réalité concrète : technique de la coupe du bois, géographie, botanique, géologie. Les souvenirs rebondissent sur des objets transitionnels : une veste, une poupée, un ours en peluche, des galets… Ces galets sont métaphores du jeu littéraire, détours de la grammaire (zeugmas, inversions, métaphores filées, double sens concret/abstrait…), ricochets des mots et des sons, des images et du sens, musicalité de la phrase. «Langue source, eaux sourdes de ma bouche». Inventer une langue pour une expérience sensible. Traversée des ombres. Féérie fragile.

PARUTIONS.COM

BENOÎT PUPIER
PARUTIONS.COM, 30 mars 2012
Retour au sommaire des articles

André Bucher est qualifié en quatrième de couverture d’Écrivain-paysan. Installé dans la Drôme depuis 1975, il est l’un des pionniers de l’agriculture bio en France et “une des voix les plus singulières de la littérature française contemporaine”. Ce livre est son sixième roman.

Un court roman – 150 pages – mais un roman qui exige de vous une attention certaine. Et qui vous paye en retour d’un plaisir certain. Deux frères orphelins, un étranger, deux autres frères, leur sœur, et un cousin sont les personnages principaux. Ils vivent dans un coin “perdu” – isolé, si vous préférez – de montagne. Les orphelins sont proches de la nature et en symbiose avec elle, comme l’étranger bûcheron qui travaille pour la scierie des deux autres frères, la sœur a malheureusement épousé le cousin. Il s’agit d’une histoire d’amour. D’amour de la vie, de la nature, de la liberté, du plaisir. Un amour gâché un temps par la bêtise et la jalousie. André Bucher aime ses personnages – les sympathiques – comme, il me semble, Conrad Lorenz aime “ses” animaux. Et il les observe de la même façon qu’il observe la nature avec une attention amoureuse. Comme un entomologiste, un ethnologue amoureux de son sujet. Et bien sûr, parce qu’il a du style, une plume, nous prenons faits et causes pour ceux dont on décèle qu’ils sont proches de lui et plus intéressants que les autres, les soiffards un peu abrutis. Ceux à qui il fait dire : “On est entre gens intelligents, non ? Alors évitons d’échanger des idées.”

Un livre pour faire un beau voyage au pays des humains, pas pour prendre le train.

MURMURE MAGAZINE

NOÉ GAILLARD
MURMURES MAGAZINE, 27 mars 2012
Retour au sommaire des articles
Fée d'hiver : naturellement inspiré !

Il fait froid, et c’est avec désormais une certaine amertume que l’on reluque notre thermomètre. Glacial… Et si se réchauffer le cœur et apprécier de nouveau le froid vous semble difficile, ce petit bijou gelé qu’est Fée d’hiver d’André Bucher est le bon remède littéraire. Ecrivain-paysan, cet auteur basé à Montfroc a le chic pour sublimer la Drôme aux prises avec les saisons. Un livre à déguster, lentement, d’une poésie et d’une beauté rare.

Égratignés par la vie
Aux alentours de la ferme des Rabasses, avoir le cœur en charpie semble être la règle. Tous des gueules cassées, égratignés sérieusement par la vie. Daniel et Richard d’abord, deux frères unis à la vie à la mort par l’assassinat de leur mère et le suicide coupable de leur père, et ce malgré la Ddass et les foyers, ont vieilli ensemble de leur ferme-ferraillerie. Le premier, la quarantaine passée, ne s’est jamais départi de son mutisme volontaire sans pour autant renoncer à communiquer. Le second, boiteux mais solide de caractère, veille sur son petit frère et sait aujourd’hui parler autrement. Deux hommes de la nature, un poil bourrus, un peu sauvages, que l’on regarde bizarrement au village. Puis il y a les frères Monnier, patrons de la scierie, notables sûrs d’eux, ennemis jurés des deux autres car leur mère fut l’amante de leur père. Et enfin Alice Monnier, douce sœur de ses brutes de frangins, à l’âme qui doute entre les conventions et ce qu’elle attend vraiment. C’est qu’on ne s’amuse pas tous les jours aux Rabasses, sauf des choses simples…
Le plaisir des choses simples, Vladimir ne cherche que ça. D’origine serbo-croate, il a fui son pays pour ne laisser derrière lui que les cadavres de sa famille, fauchée par la guerre. En vrai homme des bois, il échouera dans la scierie des Monnier. Mais c’est auprès de Daniel, Richard et Alice qu’il construira sa vraie famille.

Du Boris Vian hivernal
Arbres gelés, terre qui craque, vols d’oiseaux tourmentés, frémissement de la nature… André Bucher parvient à saisir la beauté de la forêt de façon saisissante. En bon contemplatif (oserons-nous parler de jouisseur ?), il met son adoration du paysage et de ce qui l’habite au profit de ses textes. Fée d’hiver vous entraine par bourrasque, vous pousse à sortir de chez vous et regarder droit dans les yeux cet hiver qui s’accroche. Autant dans l’humain que dans l’animal ou le végétal, il est d’une justesse remarquable, d’une douceur et d’une poésie inimitable. Suivant ses personnages sans jamais les brusquer, il les observe et sa bienveillance est lumineuse. Ecrivant comme il ressent les choses, ses mots se suivent dans une logique mi-absurde pleine de beauté.
“La lune nonchalante refuse de s’en aller. Elle se parfume avec un dé à coudre, au bord de l’archipel de cirrus dessiné par la nuée. Elle aimerait que les poissons dansent et mouchent, la bouche pleine de brioche. Elle sait que le ciel va s’obscurcir.”
Du Boris Vian hivernal et “naturellement inspiré”, magique !

LA TRIBUNE

JUSTINE MINET
LA TRIBUNE, 16 février 2012
Retour au sommaire des articles
Livres du mois
Variant les styles, donnant la parole à chaque protagoniste, André Bucher, fidèle au sud de la Drôme, nous raconte une nouvelle tranche de vie et un amour difficile entre Alice, secrétaire dans une scierie familiale et Vladimir, sans papiers croates. Avec une écriture très lyrique, la description au fil des saisons, d’un coin perdu des Alpes du Sud. Une fable contemporaine qui semble pourtant en dehors du temps.
Silence, Mars 2012
Retour au sommaire des articles
"Les gens cabossés peuvent garder une ferveur"

Fée d’hiver, le sixième roman d’André Bucher, vient de paraître aux éditions Le Mot et Le Reste. Docker, bûcheron, berger puis paysan, cet Alsacien d’origine vit à Montfroc, dans les Alpes de Haute Provence. Rencontre avec un homme entré en littérature.

Comment vont Alice et Vladimir ? C’est la première question que je pose à André Bucher quand je rencontre ce géant perché sur sa montagne dans la ferme du Grignon, à Montfroc, où cet Alsacien d’origine s’est installé il y a plus de trente ans. « Mes personnages sont tous des échoués, des cabossés » dit l’auteur. Certes mais on découvrira, au fil de l’histoire que certains ont davantage droit au bonheur que d’autres. Fée d’hiver commence par l’évocation d’un drame de la jalousie au lieu­dit Les Rabasses dans le col de Perty, au sud de la Drôme. Deux frères, Daniel et Richard, se retrouvent orphelins et après avoir grandi dans une famille d’accueil, retournent à l’âge adulte dans la ferme familiale. A deux pas vivent Robert, Pierre et Alice, dont le père est lié aux tragiques évènements. « Dans ce que j’esquisse, on a deux familles poursuivies par l’histoire. Mais ce n’est pas leur histoire. Dans ces régions c’est souvent le cas. La haine ancestrale. Entre eux, point de salut. Mais hors d’eux, oui. » Daniel est mutique depuis la mort de ses parents. Il est amoureux d’Alice, mais André Bucher renonce à cette « dualité attendue et classique ». Le salut viendra de Vladimir, un exilé sans papier, un bûcheron serbo-­croate qui a fuit son village après le massacre de sa famille. « Un personnage de la perte aussi. Il est neuf pour eux. Ça m’intéressait. Vladimir est le nœud gordien. Il arrive comme un ovni. C’est un être humain qui va raviver un contexte. Un accélérateur. » André Bucher n’a pas souhaité une fin tragique : « J’ai détourné les codes du roman noir. C’est un fait divers transformé en conte de fée. » Le premier coup de baguette magique sera pour Alice et Vladimir, mais comme l’auteur ne voulait pas faire d’Alice la seule muse, il fait apparaître une deu­xième fée. Richard, vieux garçon es­seulé dans ses montagnes, rencontre Donna, danseuse dans une boîte de nuit. Rencontre improbable ? Ce n’est pas l’avis d’André Bucher qui pense qu’ « il n’y a rien d’inexorable, les gens cabossés peuvent garder une ferveur ».

LE PAYS, UN PERSONNAGE
Dans les romans d’André Bucher, le pays est toujours un personnage, aimé, quitté, retrouvé, idéalisé par des bûcherons, des paysans et des bergers – trois métiers qu’a exercés cet agri­culteur bio à la retraite. Campé sur ce socle inébranlable, l’auteur s’impose le challenge de « trouver une focale différente à chaque roman ». Il cherche un « angle, une atmosphère » qui va engendrer une autre écriture. « Sou­vent un auteur marche dans ses pas. On reproduit l’univers dans le même moule. Rien de tel pour m’agacer que les descriptions récurrentes, comme « la brume bleue des montagnes ». Il faut trouver d’autres images. » Pour renouveler son écriture tout en conser­vant son style fait de phrases courtes, André Bucher a choisi « d’animer » la nature qui devient une personne : « Si à la place de la nature, c’était un ani­mal, je dirais que je fais de l’anthro­pomorhisme. Le plus flagrant ce sont les nuages. Ils surveillent, sont bien­veillants, inquiétants. » Au chapitre intitulé le Val Triste, André Bucher écrit : « Où vont les petits nuages les poches gonflées de noisettes au lait en dépassant au sommet du col d’un tour de piste les écureuils sur leurs vélos?” « Depuis La cascade aux miroirs (2009), je suis plus dans le chant », explique-t-il. « Avant j’étais plus dans la narration. Si vous écrivez les phrases l’une sous l’autre, vous verrez qu’il y a des rimes. Si on se met à lire à voix haute, on comprend mieux. Mais attention ce n’est pas un poème, l’histoire doit entraîner les gens. Je travaille ma langue, une his­toire sans langue, c’est comme un jour sans pain. »

NE PAS ÉCRIRE À LA BONNE SAISON
« Les idées germeront des émotions », c’est la démarche qu’André Bucher propose aux lecteurs. « Je suis là pour rendre compte d’un territoire autant intime que géographique. Je cherche à partager des sentiments et des sen­sations. » Quand André Bucher met en scène une magnifique rivière pleine de crevettes et d’écrevisses, c’est sa manière de montrer que l’eau n’est pas polluée, ce qui est de plus en plus rare. « Mon travail, c’est qu’on s’interroge. Le monde en a assez des sentences ! La conscience écologique doit passer par la beauté de la planète. » Dans son prochain roman, le héros est un cerf « de 12 ou 14 cors », il ne sait pas encore, mais ce sera une figure tutélaire de la vallée, traquée par les chasseurs. Il a déjà des quantités de notes accumulées lors de ses moments de dis­ponibilités, la nuit ou en hiver. « Je suis agriculteur à la retraite mais mon fils a repris la ferme et j’ai pris l’habitude de ne pas écrire à la bonne saison, car je l’aide. » André Bucher a déjà quelques personnages dont un marionnettiste. Il se verrait bien faire réapparaître la la jeune-fille de 17 ans qui disparaît dans Déneiger le ciel (2007), ou bien Jérémy, personnage de son premier roman, Le pays qui vient de loin (2003). Le casting n’est pas bouclé, et bien qu’il ait accumulé assez de notes pour nourrir des centaines de pages, André Bucher ne se lancera pas avant d’avoir trouvé son scénario.

L’AGE DE FAIRE

Nicole GELLOT
L'AGE DE FAIRE, février 2012
Retour au sommaire des articles
Une magie singulière

André Bucher, écrivain paysan bio au parcours atypique (admis à Normale Sup’, il préfère voyager et enchaîner les boulots de docker ou de berger) fait dialoguer quatre éclopés de la vie, isolés dans les cols du sud de la Drôme. Les destins d’une secrétaire fuyant son mari, de deux frères marqués par une enfance dramatique et d’un bûcheron clandestin se rencontrent dans cette ode à la nature et au verbe troussé.

Témoignage chrétien

Fanny Stolpner
Témoignage Chrétien, 19 janvier 2012
Retour au sommaire des articles
André Bucher dédicace au Bleuet
Il s’agit là d’une exclusivité nationale. En effet, l’attachant écrivain-paysan qui réside dans les Baronnies et la Vallée du Jabron est aujourd’hui encore chez Joël Gattefossé à la librairie “Le Bleuet” à Banon. De 10 heures à 19 heures, vous aurez tout le loisir de demander une dédicace de l’auteur sur la page de garde de son dernier ouvrage : “Fée d’hiver” (éditions le Mot et le Reste).
Le sixième roman de l’auteur est de nouveau captivant. Tout commence par un fait divers comme il en existe des dizaines tout au long d’une année. Celui-là est particulièrement triste. Non pas parce qu’il concerne un drame de la jalousie qui se solde par deux coups de fusil, mais parce qu’il envoie du même coup des enfants à la Ddass, privés qu’ils sont désormais de leurs géniteurs. Daniel et Richard parviendront-ils à dénouer le fil de leur existence eux qui, repliés sur eux-mêmes semblent comme échoués sur une terre triste, privés d’affection depuis leur plus jeune enfance et sujets, dès lors, à des troubles psychiatriques ?
André Bucher le sait bien : le soleil comme la mort ne peuvent regarder fixement. Le livre pourtant, par l’intermédiaire de la plume aiguisée de l’auteur y parvient. Et promet de beaux lendemains.
Roberto Figaroli
LA PROVENCE, 15 janvier 2011
Retour au sommaire des articles
André Bucher signe un 6e roman mélancolique et douloureux

Alors qu’à 65 ans, il a pris sa retraite de paysan des montagnes du sud de la Drôme, militant bio de la première heure et pionnier d’un art de vivre alternatif, André Bucher (fondateur de la foire bio de Montfroc) poursuit sa carrière d’écrivain en livrant un 6e roman, “Fée d’hiver”. Ce dernier opus, sorti de derrière ses fagots de bois de la vallée du Jabron, est un de ces romans noirs, mélancoliques et douloureux que l’auteur nous a habitués à aimer. Un roman écrit d’une plume incandescente qui raconte la vie de personnages en proie à l’aventure intérieure et qui affrontent leurs démons en un huis clos fascinant. Une fois de plus, André Bucher nous envoûte à nouveau d’une dramaturgie aux accents panthéistes au cœur de la nature grandiose de ces Préalpes de Haute-Provence qu’il connaît si bien. Avec sa langue rocailleuse et sonore, il parvient à faire resurgir, dans ce lieu magique et imprégné de présences païennes un passé essentiel pour des personnages en quête d’identité.

Un western rhônalpin
Alice, la quarantaine passée, secrétaire désenchantée de la scierie, entend quitter un mari médiocre et échapper à la tyrannie de ses frères, pourris par l’argent. Vladimir, le bûcheron serbo-croate clandestin, fuit son passé et la guerre des Balkans. Daniel et Richard, deux vieux frères un peu rock’n’roll, ont des comptes à régler avec leur enfance. Une fille de joie triste et un vieux berger solitaire complètent leur univers. Tous sont des cabossés de la vie. Mais à force de rêves, ces écorchés vifs parviendront à dénouer le fil de leur existence. A la fin du récit, ils auront découvert que leurs véritables racines plongent dans l’amour profond qu’ils vouent à la nature sauvage, rude et belle, comme une promesse tranquille.
“Fée d’hiver” est un roman qui se lit d’une traite, comme un polar, comme on écoute un morceau de blues. Un hymne aux grands espaces, un western rhônealpin dont l’écriture rythmée par les chansons de Bob Dylan évoque les grands écrivains amérindiens contemporains Rick Bass ou Jim Harrison dont l’auteur est un grand lecteur. La parution de “Fée d’hiver” est prévue le 19 janvier aux éditions le Mot et le Reste.

Alain Bosmans
Dauphiné libéré, 3 janvier 2012
Retour au sommaire des articles
Fée d'hiver

Il faut croire à la chance.
Elle peut aider le talent,
même si, souvent,
on le voit suivre la chance en boitant…

C’est un vrai bonheur de découvrir le précieux catalogue d’une petite maison d’édition par ce superbe livre d’André Bucher ! De là à penser qu’il revient aux petits l’avantage et le courage de prendre le risque incombé d’antan aux grands — en publiant des trésors littéraires pas assez marchands ou dans l’air du temps — il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas car « A quoi bon parler, aboyer des mots ou les promener en laisse si c’est pour que les gens vous mordent… » Nous sommes des épicuriens pacifistes, d’heureux archéologues du plaisir savourant leurs trouvailles. Comment d’ailleurs ne pas sourire au clin d’œil nominal de cette maison marseillaise qui édite un ouvrage où Le Mot est la source d’une si belle langue et le Reste une idée chaleureuse de son partage.

André Bucher nous invite à le suivre dans un livre en forme de poupée russe, où trois histoires s’emboîtent, en détournant les codes d’un roman noir à intrigue pour nous offrir un long poème en prose d’une singulière et inquiétante beauté. Jouant sur divers registres (journal, poème, chanson, introspection, dialogue, récit), l’écrivain se livre à un examen poétique de la nature — premier personnage de l’ouvrage — ce qui lui permet de plonger dans les profondeurs de l’identité humaine et de sa dimension spirituelle. Il s’immisce, en une finesse exquise, dans toutes les failles comportementales qu’il explore avec justesse. Ses antihéros qui évoluent dans un coin de la Drôme du Sud, déserte et sauvage, ne sont pas des caricatures du bien et du mal mais des êtres plein de doutes, de rêves et d’amour, dont « la vie d’avant ressemble à une promesse non tenue et l’avenir à un malentendu ». Certains ont des comptes à rendre avec leur enfance, d’autres avec l’exil, leur famille ou plus subtilement avec la prise de parole quand les mots tuaient les voix (bel écho de La Saga de Youza du lituanien Youozas Baltouchis) mais tous, bien qu’échoués, sont porteurs de lumière et d’espoir : « Une sorte d’équilibre se maintenait, des vies calées entre envol et chute, croissance et décomposition. Il a trouvé dans la nature une sorte de veine magique de la vie, une sorte de stase, une sorte de lieu où la vue et l’apparence des choses (les surfaces) disparaissaient pour laisser la place à leur essence (ces chaudes molécules d’odeurs) qui étant ainsi révélée, illuminée, circonscrite, possédée. »

Dans le silence et la perte, ce conte surréaliste, d’une profonde tendresse et d’une chaude humanité, brille par une sobriété rare, une délicatesse de perceptions et d’impressions intimes, une admirable richesse métaphorique. Des héritages musicaux et des vertiges métaphysiques peuplent ses images poétiques. Les silences, les blancs, les non-dits sont d’une exceptionnelle densité. Quand ils s’agrandissent, la lumière devient plus intense, parfois plus grave. L’espace et le temps se télescopent alors pour luire dans une irrémédiable féerie. André Bucher est un poète, doublé d’un romancier, un nature writter qui a le goût de la langue, des sonorités, qui a le sens du rythme, de la fratrie et des affinités littéraires que ses lecteurs identifieront sans peine. On le lit quand on a « besoin de calme, de bienveillance et d’air pur, un petit capital d’oxygène et d’espoir. » On le lit quand on a besoin de la beauté d’un refuge, d’un endroit retiré du monde, idéal pour loger les rêves. On le lit souvent. On le relit. L’apparente simplicité de sa plume étant un si beau leurre.

Pascale Arguedas. Gif-sur-Yvette le 4 janvier 2012

LIVRE DE LECTURE

Pascale Arguedas
Livre de lecture, 19 janvier 2012
Retour au sommaire des articles
Parution d'un livre dans la vallée

Ecrivain-paysan, André Bucher vit à Montfroc depuis 1975. Son écriture entremêle l’histoire de personnages vivant dans une vallée du Sud de la Drôme avec l’évocation rude et sensible d’une montagne et d’un ciel qui nous sont familiers. A déguster sans modération pendant ces soirées d’hiver au coin du feu…

En effet, c’est une histoire d’amour, de perte et d’exil, entre ciel et terre, comme échappée d’un roman noir – mais naturaliste – et déguisée en conte de fée que nous conte André Bucher. Cela commence par un fait divers, bien sûr, – il semble qu’il y ait des lieux comme la Haute-Provence prédestinés à abriter des drames – puis le temps et l’espace se déroulent, se déploient, immenses et insaisissables acteurs du récit. Devenus donc personnages à part entière, le fil de la vie, les paysages, les lieux ont une action primordiale sur les êtres que nous allons suivre et à qui nous allons nous attacher. Ainsi Alice, qui tente d’échapper à la scierie et à la tyrannie de ses frères, Vladimir, le bûcheron clandestin, serbo-croate, et qui fuit la guerre et son passé, Richard et Daniel – l’un boîte (l’on sait comme boiter peut augurer d’une manière de danser sa vie), l’autre se tait (et l’on sait comme le mystère d’une langue muette peut augurer d’une langue en attente de se déployer)- bref les deux frères un peu rock’n’roll qui vivent reclus dans la ferme du Val Triste.
Tous ceux-là ont des comptes à régler avec leur enfance, les vieux chagrins et les drames anciens qui peuvent en cacher de nouveaux. Ils vivent là, dans ce coin perdu près du col de Perty, désert et sauvage.
Le récit, en cet endroit donné, la montagne – et ses labeurs, et ses neiges, et ses près – est celui d’un voyage dans le temps et l’espace : itinéraires, mouvements du coeur, déplacements, climats, présence étrange de la lune, éphémérides, danse et langage amoureux des nuages, suspens, déchirements, basculements.
Un voyage orienté, comme aimanté.
Mais à force de rêves – de par l’étoffe même des rêves dont on est fait – l’on peut peut-être dénouer un drame ou le fil d’une existence et s’évader vers un hivers somptueux. Ainsi Alice, Vladimir et les deux vieux frères, nos échoués magnifiques, vont-ils nous ouvrir une brèche et André Bucher nous guider dans l’espace d’un monde qui s’accorde merveilleusement avec l’espace de sa langue. Son écriture y mêle célébration de la nature sauvage autour d’une étendue humaine profonde, en une scansion poétique tissée d’images à la magique beauté. Son récit n’est pas le long compte-rendu d’une vie, mais la partition musicale de l’histoire d’Alice et ses hommes formidables, qu’il nous donne à lire et à écouter, attentifs au rythme d’une harmonie polyphonique entre les voix de chacun et les éléments telluriques.
Il se met lui-même en tant qu’écrivain au service d’une quête, celle de ces gens qui sont en suspens de leur destin, en attente presque majestueuse de l’autre et d’instants privilégiés à partager, mais aussi en quête d’un langage où l’harmonie avec la nature et l’intemporel s’approche terriblement de nous, de notre propre battement de cœur. Tel est le lieux exact de l’alchimie qu’André Bucher vient d’opérer dans un échange mouvant et émouvant du récit et de la poésie, des hommes et d’un pays : son écriture.

Vivre au Jabron, 17 janvier 2012
Retour au sommaire des articles
Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net