Parution : 19/01/2012
ISBN : 978236040372 150 pages 148 x 210 16.00 euros |
André Bucher
Fée d’hiver
Alice, la quarantaine passée, secrétaire de la scierie, entend quitter son mari et échapper à la tyrannie de ses frères. Vladimir, le bûcheron clandestin, fuit son passé. Daniel et Richard, deux vieux frères un peu rock’n’roll qui vivent reclus dans la ferme du Val triste, ont des comptes à régler avec leur enfance. Tous vivent dans un coin de la Drôme, déserte et sauvage. Tous sont des échoués. Mais à force de rêves, ces écorchés-volant parviendront à dénouer le fil de leur existence... pour un hiver de toute beauté !
Écrivain-paysan, André Bucher est né en 1946. Après avoir exercé mille métiers (bûcheron, docker, berger), il s’installe à Montfroc, dans la Drôme, en 1975, où il vit toujours. Il est un des pionniers de l’agriculture bio en France. Il est aussi l’une des voix les plus singulières de la littérature française contemporaine. Grand lecteur de Jim Harrison et Rick Bass, son écriture mêle célébration de la nature sauvage et étude psychologique en un phrasé scandé, hâché, ourlé d’images à l’inquiétante beauté. Fée d’hiver est son sixième roman.
EXTRAIT
Alors tout redeviendrait comme avant. Avant d’être né. L’herbe bleue au firmament repousserait, sur la route 66 des nuages, le bon vieux temps continuerait de rouler et la lune, tendre groupie à sa fenêtre, le bercerait d’un sommeil éternel. Richard, un peu inquiet, estima qu’il était temps de rentrer. |
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La nature recèle d’inspiration poétique pour l’homme et la femme ; sans ces derniers, la nature n’a pas d’histoire à raconter. Par l’intermédiaire de ses personnages, évoluant dans un paysage de la Drôme, André Bucher nous révèle cette poésie. Quatre inconscients cheminent lentement au sein de cet espace vivant, dévoilant sa beauté comme sa cruauté. D’un côté il y a Richard et Daniel, deux frères sortis d’un fait divers qu’ils subirent enfants. Face à l’insolence de la vie qui continue sans s’arrêter sur ceux qu’elle a blessés, ils refusent de s’y inscrire : l’un reclus en mécanicien du bout du monde, l’autre muré dans son silence. Tel le vol du héron « soustrait au lent déroulé mécanique de l’horloge du temps », ils se suspendent dans leur souffrance. Ce qu’ils ne peuvent exprimer les empêche d’atterrir, de grandir. On sent dans la gorge « hennir les étoiles explosées » que la glace mêlée à la neige finit par obliger à se taire ; les flocons amortissent les beaux bruits blancs. On frotte les galets du fond de l’eau, « parents éloignés des étoiles », pour faire venir l’éclat des brillants qui cascadent sur « le grand toboggan du ciel ». On se projette dans « l’eau, le courant, qui détache les amarres, qui transporte dans une vie nouvelle ». On laisse le végétal lancer des défis à un déluge de mécanique. Et lorsque « l’aigle royal danse la bienvenue », que « le soleil presse timidement son citron » ou que « le nuage donne la réplique au ruisseau », le lecteur, aidé par le style, doit ralentir pour laisser naître l’image ou, si elle ne vient pas, se laisser bercer par la poésie. Un livre qui sort de l’hiver avec espérance. FESTIVAL DU LIVRE ET DE LA PRESSE D’ECOLOGIE AUDE BINET
FESTIVAL DU LIVRE ET DE LA PRESSE D'ECOLOGIE,
avril 2012
Conte de saison
Au Val Triste, ”il existe un site étrange dans le col quand le vent s’énerve où, d’une plate-forme taillée dans la roche, on peut écouter la montagne chanter.” Pascal Jourdana
LE MATRICULE DES ANGES,
avril 2012
André Bucher, un écrivain entre terre et ciel
André Bucher est écrivain, agriculteur biologique et bûcheron. Depuis plus de trente ans, il vit aux confins de la Drôme et des Alpes de Haute-Provence, dans la vallée du Jabron. Dans ce lieu sublime et sauvage, entre terre et ciel, l’écrivain des grands espaces, druide à la barbe broussailleuse, regard bleu, invente des récits de hautes solitudes, de résistances. Il publie Fée d’hiver, son sixième roman aux éditions Le mot et le reste. Deux frères de guingois reprennent à la guitare une chanson de Bob Dylan. Richard l’aîné boîte à cause de la guerre d’Algérie. Daniel le petit est muet. Un voile noir pèse sur le récit. Un drame de la jalousie. La mort tragique des parents. Daniel joue au sourd-muet. «A chaque fois on terminait le morceau avec l’impression que l’étau qui nous comprimait avait lâché, que notre poitrine lacérée s’était élargie. (…) un cri silencieux faufilé par le nez et distillé peu à peu par les yeux». Ce chant de Dylan fait remonter à la surface le traumatisme de l’enfance. Le roman s’ouvre avec le journal de Daniel. Richard découvre le journal et répond à son frère. Nous sommes dans la Drôme du sud, aux Rabasses, en haut du col de Perty. Présent, passé composé, passé simple et imparfait, comme des couches géologiques de la mémoire. «Alice, c’était ma fée d’hiver», écrit Daniel en mars 1975. Le récit est elliptique. Avec Alice, c’est une amitié amoureuse, les mots pour elle, les silences pour lui. Elle a treize ans de moins. Elle s’échappera. C’est la sœur de «ces deux cons de Robert et Pierre». Ces trois-là sont les enfants du «monsieur de la scierie», en bas du col, avec qui se promenait la mère de Richard et Daniel. Les Monnier et les Lacour. «Et puis, lui qui autrefois l’aimait tant, la neige sur le sang, la terre déchirée. La neige mensongère répandue sur les routes, les champs, les arbres détroussés de leurs feuilles». Vladimir – il n’a plus de nom de famille – est un autre personnage de la perte et de l’exil. Il traverse le chaos de la guerre dans les Balkans. Bûcheron, il fuit en Slovénie. Puis la Serbie, le Monténégro au bord du «lac noir de Durmitor», l’Italie. Un «vieux bonhomme» le guide par le col de Fréjus. Il vit au jour le jour de petits boulots : Grenoble, Gap, parc régional du Lubéron. En 1998, Vladimir arrive dans le canton de Séderon. «(…) en tant que bûcheron, tu devrais pouvoir trouver. Plus personne ne veut faire ce boulot». Le récit progresse de chapitres en chapitres, de personnages en personnages. Après Vladimir, Alice et sa vie désaccordée. «(…) on a qu’une envie : se retrouver au lit avec l’amour. Certainement pas avec des gants de boxe». Viendra un temps à la fin du livre où les voix seront mêlées, pour dire une communauté possible. Mais menacée. Pour Alice, l’arrivée de Vladimir, c’est une échappé belle, amoureuse et sensuelle. Pour Daniel et Richard, c’est un frère de solitude à aider. Mais pour Robert, Pierre et Louis, le cousin, qui entre-temps a épousé Alice, c’est un géant qui finit par gêner. Tragique processus de répétition de la violence. Alors, comme un sursaut, entre terreur et beauté, entre terre et ciel, ils résistent. André Bucher, arpenteur des émotions enfouies, installe ses personnages dans un royaume intermédiaire, entre fait divers et conte de fée. Il détourne le roman noir. Dans une danse du fond et de la forme, il accompagne le combat de liberté de ses personnages, leur quête d’amour, d’amitié et de beauté. Une écriture à fleur de peau. Sans pathos. Un récit épuré. Des voix-récits qui se rejoignent et se répondent. Une ribambelle d’expressions imagées dit la vie du ciel et des nuages, des montagnes, du soleil et de la lune, de la neige et du vent, des étoiles, de la lumière et des ombres. Imagées mais pas abstraites. «Où vont les petits nuages les poches gonflées de noisettes au lait en dépassant au sommet du col d’un tour de piste les écureuils sur leur vélo ?» Enfance du langage ; emprunts à l’oralité et au sens populaire, paysan ; effet de sidération ; propagation des affects. La nature n’est pas un décor mais un être animé. La Cascade aux miroirs mettait en scène l’affrontement du feu et de l’eau. Fée d’hiver accompagne le baiser de l’air et de l’eau. Un bestiaire habite cette histoire : ours, héron, cerf, lapins blancs, chien, moutons, mulots, hirondelles, grenouilles, aigle, merle blanc, corbeau, castors, corneilles, rouge-gorge, brochet, papillons… Entre réel et imaginaire. Les descriptions ancrent le récit dans une réalité concrète : technique de la coupe du bois, géographie, botanique, géologie. Les souvenirs rebondissent sur des objets transitionnels : une veste, une poupée, un ours en peluche, des galets… Ces galets sont métaphores du jeu littéraire, détours de la grammaire (zeugmas, inversions, métaphores filées, double sens concret/abstrait…), ricochets des mots et des sons, des images et du sens, musicalité de la phrase. «Langue source, eaux sourdes de ma bouche». Inventer une langue pour une expérience sensible. Traversée des ombres. Féérie fragile. BENOÎT PUPIER
PARUTIONS.COM,
30 mars 2012
André Bucher est qualifié en quatrième de couverture d’Écrivain-paysan. Installé dans la Drôme depuis 1975, il est l’un des pionniers de l’agriculture bio en France et “une des voix les plus singulières de la littérature française contemporaine”. Ce livre est son sixième roman. Un court roman – 150 pages – mais un roman qui exige de vous une attention certaine. Et qui vous paye en retour d’un plaisir certain. Deux frères orphelins, un étranger, deux autres frères, leur sœur, et un cousin sont les personnages principaux. Ils vivent dans un coin “perdu” – isolé, si vous préférez – de montagne. Les orphelins sont proches de la nature et en symbiose avec elle, comme l’étranger bûcheron qui travaille pour la scierie des deux autres frères, la sœur a malheureusement épousé le cousin. Il s’agit d’une histoire d’amour. D’amour de la vie, de la nature, de la liberté, du plaisir. Un amour gâché un temps par la bêtise et la jalousie. André Bucher aime ses personnages – les sympathiques – comme, il me semble, Conrad Lorenz aime “ses” animaux. Et il les observe de la même façon qu’il observe la nature avec une attention amoureuse. Comme un entomologiste, un ethnologue amoureux de son sujet. Et bien sûr, parce qu’il a du style, une plume, nous prenons faits et causes pour ceux dont on décèle qu’ils sont proches de lui et plus intéressants que les autres, les soiffards un peu abrutis. Ceux à qui il fait dire : “On est entre gens intelligents, non ? Alors évitons d’échanger des idées.” Un livre pour faire un beau voyage au pays des humains, pas pour prendre le train. NOÉ GAILLARD
MURMURES MAGAZINE,
27 mars 2012
Fée d'hiver : naturellement inspiré !
Il fait froid, et c’est avec désormais une certaine amertume que l’on reluque notre thermomètre. Glacial… Et si se réchauffer le cœur et apprécier de nouveau le froid vous semble difficile, ce petit bijou gelé qu’est Fée d’hiver d’André Bucher est le bon remède littéraire. Ecrivain-paysan, cet auteur basé à Montfroc a le chic pour sublimer la Drôme aux prises avec les saisons. Un livre à déguster, lentement, d’une poésie et d’une beauté rare. Égratignés par la vie Du Boris Vian hivernal JUSTINE MINET
LA TRIBUNE,
16 février 2012
Livres du mois
Variant les styles, donnant la parole à chaque protagoniste, André Bucher, fidèle au sud de la Drôme, nous raconte une nouvelle tranche de vie et un amour difficile entre Alice, secrétaire dans une scierie familiale et Vladimir, sans papiers croates. Avec une écriture très lyrique, la description au fil des saisons, d’un coin perdu des Alpes du Sud. Une fable contemporaine qui semble pourtant en dehors du temps.
Silence,
Mars 2012
"Les gens cabossés peuvent garder une ferveur"
Fée d’hiver, le sixième roman d’André Bucher, vient de paraître aux éditions Le Mot et Le Reste. Docker, bûcheron, berger puis paysan, cet Alsacien d’origine vit à Montfroc, dans les Alpes de Haute Provence. Rencontre avec un homme entré en littérature. Comment vont Alice et Vladimir ? C’est la première question que je pose à André Bucher quand je rencontre ce géant perché sur sa montagne dans la ferme du Grignon, à Montfroc, où cet Alsacien d’origine s’est installé il y a plus de trente ans. « Mes personnages sont tous des échoués, des cabossés » dit l’auteur. Certes mais on découvrira, au fil de l’histoire que certains ont davantage droit au bonheur que d’autres. Fée d’hiver commence par l’évocation d’un drame de la jalousie au lieudit Les Rabasses dans le col de Perty, au sud de la Drôme. Deux frères, Daniel et Richard, se retrouvent orphelins et après avoir grandi dans une famille d’accueil, retournent à l’âge adulte dans la ferme familiale. A deux pas vivent Robert, Pierre et Alice, dont le père est lié aux tragiques évènements. « Dans ce que j’esquisse, on a deux familles poursuivies par l’histoire. Mais ce n’est pas leur histoire. Dans ces régions c’est souvent le cas. La haine ancestrale. Entre eux, point de salut. Mais hors d’eux, oui. » Daniel est mutique depuis la mort de ses parents. Il est amoureux d’Alice, mais André Bucher renonce à cette « dualité attendue et classique ». Le salut viendra de Vladimir, un exilé sans papier, un bûcheron serbo-croate qui a fuit son village après le massacre de sa famille. « Un personnage de la perte aussi. Il est neuf pour eux. Ça m’intéressait. Vladimir est le nœud gordien. Il arrive comme un ovni. C’est un être humain qui va raviver un contexte. Un accélérateur. » André Bucher n’a pas souhaité une fin tragique : « J’ai détourné les codes du roman noir. C’est un fait divers transformé en conte de fée. » Le premier coup de baguette magique sera pour Alice et Vladimir, mais comme l’auteur ne voulait pas faire d’Alice la seule muse, il fait apparaître une deuxième fée. Richard, vieux garçon esseulé dans ses montagnes, rencontre Donna, danseuse dans une boîte de nuit. Rencontre improbable ? Ce n’est pas l’avis d’André Bucher qui pense qu’ « il n’y a rien d’inexorable, les gens cabossés peuvent garder une ferveur ». LE PAYS, UN PERSONNAGE NE PAS ÉCRIRE À LA BONNE SAISON Nicole GELLOT
L'AGE DE FAIRE,
février 2012
Une magie singulière
André Bucher, écrivain paysan bio au parcours atypique (admis à Normale Sup’, il préfère voyager et enchaîner les boulots de docker ou de berger) fait dialoguer quatre éclopés de la vie, isolés dans les cols du sud de la Drôme. Les destins d’une secrétaire fuyant son mari, de deux frères marqués par une enfance dramatique et d’un bûcheron clandestin se rencontrent dans cette ode à la nature et au verbe troussé. Fanny Stolpner
Témoignage Chrétien,
19 janvier 2012
André Bucher dédicace au Bleuet
Il s’agit là d’une exclusivité nationale. En effet, l’attachant écrivain-paysan qui réside dans les Baronnies et la Vallée du Jabron est aujourd’hui encore chez Joël Gattefossé à la librairie “Le Bleuet” à Banon. De 10 heures à 19 heures, vous aurez tout le loisir de demander une dédicace de l’auteur sur la page de garde de son dernier ouvrage : “Fée d’hiver” (éditions le Mot et le Reste).Le sixième roman de l’auteur est de nouveau captivant. Tout commence par un fait divers comme il en existe des dizaines tout au long d’une année. Celui-là est particulièrement triste. Non pas parce qu’il concerne un drame de la jalousie qui se solde par deux coups de fusil, mais parce qu’il envoie du même coup des enfants à la Ddass, privés qu’ils sont désormais de leurs géniteurs. Daniel et Richard parviendront-ils à dénouer le fil de leur existence eux qui, repliés sur eux-mêmes semblent comme échoués sur une terre triste, privés d’affection depuis leur plus jeune enfance et sujets, dès lors, à des troubles psychiatriques ? André Bucher le sait bien : le soleil comme la mort ne peuvent regarder fixement. Le livre pourtant, par l’intermédiaire de la plume aiguisée de l’auteur y parvient. Et promet de beaux lendemains. Roberto Figaroli
LA PROVENCE,
15 janvier 2011
André Bucher signe un 6e roman mélancolique et douloureux
Alors qu’à 65 ans, il a pris sa retraite de paysan des montagnes du sud de la Drôme, militant bio de la première heure et pionnier d’un art de vivre alternatif, André Bucher (fondateur de la foire bio de Montfroc) poursuit sa carrière d’écrivain en livrant un 6e roman, “Fée d’hiver”. Ce dernier opus, sorti de derrière ses fagots de bois de la vallée du Jabron, est un de ces romans noirs, mélancoliques et douloureux que l’auteur nous a habitués à aimer. Un roman écrit d’une plume incandescente qui raconte la vie de personnages en proie à l’aventure intérieure et qui affrontent leurs démons en un huis clos fascinant. Une fois de plus, André Bucher nous envoûte à nouveau d’une dramaturgie aux accents panthéistes au cœur de la nature grandiose de ces Préalpes de Haute-Provence qu’il connaît si bien. Avec sa langue rocailleuse et sonore, il parvient à faire resurgir, dans ce lieu magique et imprégné de présences païennes un passé essentiel pour des personnages en quête d’identité. Un western rhônalpin Alain Bosmans
Dauphiné libéré,
3 janvier 2012
Fée d'hiver
Il faut croire à la chance. André Bucher nous invite à le suivre dans un livre en forme de poupée russe, où trois histoires s’emboîtent, en détournant les codes d’un roman noir à intrigue pour nous offrir un long poème en prose d’une singulière et inquiétante beauté. Jouant sur divers registres (journal, poème, chanson, introspection, dialogue, récit), l’écrivain se livre à un examen poétique de la nature — premier personnage de l’ouvrage — ce qui lui permet de plonger dans les profondeurs de l’identité humaine et de sa dimension spirituelle. Il s’immisce, en une finesse exquise, dans toutes les failles comportementales qu’il explore avec justesse. Ses antihéros qui évoluent dans un coin de la Drôme du Sud, déserte et sauvage, ne sont pas des caricatures du bien et du mal mais des êtres plein de doutes, de rêves et d’amour, dont « la vie d’avant ressemble à une promesse non tenue et l’avenir à un malentendu ». Certains ont des comptes à rendre avec leur enfance, d’autres avec l’exil, leur famille ou plus subtilement avec la prise de parole quand les mots tuaient les voix (bel écho de La Saga de Youza du lituanien Youozas Baltouchis) mais tous, bien qu’échoués, sont porteurs de lumière et d’espoir : « Une sorte d’équilibre se maintenait, des vies calées entre envol et chute, croissance et décomposition. Il a trouvé dans la nature une sorte de veine magique de la vie, une sorte de stase, une sorte de lieu où la vue et l’apparence des choses (les surfaces) disparaissaient pour laisser la place à leur essence (ces chaudes molécules d’odeurs) qui étant ainsi révélée, illuminée, circonscrite, possédée. » Dans le silence et la perte, ce conte surréaliste, d’une profonde tendresse et d’une chaude humanité, brille par une sobriété rare, une délicatesse de perceptions et d’impressions intimes, une admirable richesse métaphorique. Des héritages musicaux et des vertiges métaphysiques peuplent ses images poétiques. Les silences, les blancs, les non-dits sont d’une exceptionnelle densité. Quand ils s’agrandissent, la lumière devient plus intense, parfois plus grave. L’espace et le temps se télescopent alors pour luire dans une irrémédiable féerie. André Bucher est un poète, doublé d’un romancier, un nature writter qui a le goût de la langue, des sonorités, qui a le sens du rythme, de la fratrie et des affinités littéraires que ses lecteurs identifieront sans peine. On le lit quand on a « besoin de calme, de bienveillance et d’air pur, un petit capital d’oxygène et d’espoir. » On le lit quand on a besoin de la beauté d’un refuge, d’un endroit retiré du monde, idéal pour loger les rêves. On le lit souvent. On le relit. L’apparente simplicité de sa plume étant un si beau leurre. Pascale Arguedas
Livre de lecture,
19 janvier 2012
Parution d'un livre dans la vallée
Ecrivain-paysan, André Bucher vit à Montfroc depuis 1975. Son écriture entremêle l’histoire de personnages vivant dans une vallée du Sud de la Drôme avec l’évocation rude et sensible d’une montagne et d’un ciel qui nous sont familiers. A déguster sans modération pendant ces soirées d’hiver au coin du feu… En effet, c’est une histoire d’amour, de perte et d’exil, entre ciel et terre, comme échappée d’un roman noir – mais naturaliste – et déguisée en conte de fée que nous conte André Bucher. Cela commence par un fait divers, bien sûr, – il semble qu’il y ait des lieux comme la Haute-Provence prédestinés à abriter des drames – puis le temps et l’espace se déroulent, se déploient, immenses et insaisissables acteurs du récit. Devenus donc personnages à part entière, le fil de la vie, les paysages, les lieux ont une action primordiale sur les êtres que nous allons suivre et à qui nous allons nous attacher. Ainsi Alice, qui tente d’échapper à la scierie et à la tyrannie de ses frères, Vladimir, le bûcheron clandestin, serbo-croate, et qui fuit la guerre et son passé, Richard et Daniel – l’un boîte (l’on sait comme boiter peut augurer d’une manière de danser sa vie), l’autre se tait (et l’on sait comme le mystère d’une langue muette peut augurer d’une langue en attente de se déployer)- bref les deux frères un peu rock’n’roll qui vivent reclus dans la ferme du Val Triste. Vivre au Jabron,
17 janvier 2012
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