Parution : 16/04/2008
ISBN : 978-2-9153-7859-7 420 pages 21 x 14,8 cm 23.00 euros |
Guillaume Ruffat
Révolution musicale
Les années 67, 68,69 de Penny Lane à Altamont
Quand Penny Lane des Beatles, sort début 1967, les baby boomers occidentaux ne sont plus des teenagers, la musique qui les accompagnent est devenue, elle aussi, adulte : les 45 tours sont remplacés peu à peu par des 33 tours, les instruments médiatiques et commerciaux qui vont avec sont devenus une industrie florissante. La maturité d’une génération en marche, celle de la jeunesse du monde occidental est devenue évidente. Cette déferlante occupe toutes les sphères de la culture : disques, festivals, presse, art plastique, stylisme… Cependant, cette génération qui rêvait d’un monde meilleur, ne peut s’affranchir d’une dure réalité. En 1968, le Vietnam est en guerre, la Tchécoslovaquie est envahie, des révolutions sont en marche et les affres des réalités économiques et politiques commencent à prendre le pas sur la génération du flower power. L’année suivante, 1969, portera à l’apogée cette génération à Woodstock, avant de sombrer au festival d’Altamont, organisé par les Rolling Stones. L’économie est désormais au cœur de l’industrie du disque et les années soixante-dix vont surfer sur cette immense vague qui se sera mise en place au cours de ces trois années. Une centaine de disques de l’époque, tant français qu’anglo-saxons, le son d’une génération en marche, sont étudiés et mis en corrélation avec les phénomènes sociaux qui les ont environnés.
Professeur certifié de lettres modernes et d’histoire des arts, Guillaume Ruffat est membre fondateur de l’association B-Side Rock dont l’activité tend à promouvoir la culture rock en France. Ces dernières années, il a écrit de nombreux articles critiques ou historiques pour le webzine Inside Rock. Cet ouvrage a été réalisé avec la collaboration d’Audrey Le Bail, Cyrille et Fabien Archambaud. |
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Remarqué pour ses rééditions d’études classiques de Maurice Dommanget sur le 1er mai et le Drapeau rouge, les éditions Le mot et le reste développent de plus en plus leur dimension de critique musicale, ainsi avec l’étude d’Eric Deshayes, Au-delà du rock , qui s’intéressait au courant progressif allemand des années 70, électronique en particulier. Guillaume Ruffat, pour sa part, en enseignant passionné qu’il est, nous propose une approche particulièrement intéressante sur un tournant de trois années qui ont révolutionné la musique, compris entre la parution de l’album Penny Lane des Beatles et le tragique festival d’Altamont, en décembre 1969, qui se solda par quatre morts. Son ouvrage débute par une analyse précieuse du contexte de cette ébullition de la seconde moitié des années 60, à la confluence de plusieurs évolutions : l’émergence d’une jeunesse nombreuse, aux exigences nouvelles, et plus éduquée (l’insistance sur les « Art schools » anglaises semble pertinente) ; une politisation surtout sensible aux Etats-Unis (lutte des Noirs, opposition à la guerre du Vietnam), et qui s’exprime à travers le folk d’un Dylan ; le développement de la consommation de drogues, essentielles dans l’émergence du psychédélisme, et d’un syncrétisme spirituel… (les 300 premiers exemplaires de l’album Anthem of the Sun de The Grateful Dead étant même commercialisés avec une dose d’acide !). C’est dans cette ambiance que la musique rock connaît une véritable crise de croissance, avec l’apparition de l’album concept (Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles et Days of Future Passed des Moody Blues), et le soin renforcé apporté aux textes et au visuel, aussi bien pour les pochettes que sur scène. Mais le corps du livre, ce sont les pages critiques de 90 disques, sélectionnés par ses soins, et considérés comme spécialement marquants et représentatifs de la problématique privilégiée, non seulement dans la veine rock, mais avec des incursions assez larges, y compris dans la variété française (Françoise Hardy, Serge Gainsbourg et Brigitte Fontaine). La subjectivité, inhérente à ce genre de classement, est totalement assumée. Il n’en reste pas moins que certains disques, assez peu révolutionnaires, sont à la limite du hors sujet, ainsi de The Dubliners ou de l’album Speak Like a Child d’Herbie Hancock, tourné vers le jazz des années 50. La plupart des 33 tours choisis témoignent d’une volonté d’enrichir le rock par l’apport d’arrangements et d’instruments extérieurs. C’est le cas d’artistes déjà connus, comme les Rolling Stones (Beetween the Bottom), Georges Harrison (Electronic Sound, réalisé entièrement au moog), The Hollies (le bien nommé Evolution), The Who (Sell Out ou le chef d’œuvre Tommy), The Grateful Dead, Sly and The Family Stone (Stand ! et son « funk progressif »), ou de jeunes arrivés, The Doors, le Velvet Underground de Lou Reed, la fusion d’un Traffic ou de Carlos Santana, le rock symphonique des Moody Blues (utilisation d’un orchestre et du mellotron), Love et son « rock baroque », ou Jimi Hendrix (Electric Ladyland). Sans parler de l’émergence d’artistes hors normes, Frank Zappa et ses Mothers of Invention (Absolutely Free et son melting pot musical), son ami Captain Beefheart alias Don Van Vliet, l’œuvre météoritique de Pierre Henry (Messe pour le temps présent, jalon de la musique électronique), ou la confirmation d’un Terry Riley (A Rainbow in Curved Air). La politique n’est jamais très loin, ainsi de Hendrix qui, à la fin de sa trop brève vie, se déclarait proche du Black Panther Party, tout comme James Brown, MC5 fondateurs d’un White Panther Party, Zappa qui s’en donne à cœur joie contre le modèle étatsunien, ou le groupe The Bonzo Dog Doo-Dah Band, dont l’humour rock revendiquait sa proximité avec le mouvement dada. On notera en tout cas que bon nombre de groupes, à la suite des Moody Blues, se mettent à utiliser le mellotron, y compris les plus inattendus (Rolling Stone, The Kinks). Le courant du rock progressif proprement dit est bien sûr représenté : Pink Floyd (présent pour The Piper At The Gates of Dawn et Ummagumma), The Soft Machine, The Moody Blues, King Crimson, Caravan (encore très pop, mais avec l’annonciateur « Where But For Caravan Would I ? »), et même The Can, futur Can, pour l’Allemagne. Il est clair, au vu de la fertilité et des expérimentations tous azimuts, que le qualificatif de musiques progressives est pour cette période particulièrement pertinent. Le seul bémol que l’on peut émettre par rapport à ce précieux travail réside dans l’éclairage sans doute un peu trop exclusif porté sur ces « trois glorieuses » : la révolution musicale dont il est ici question se poursuit en effet pendant quasiment dix ans à travers l’œuvre de divers groupes (citons Magma, Yes ou King Crimson, de nouveau). Certes, la profusion d’albums de qualité sortis à ce tournant pose pour beaucoup les bases de styles développés la décennie suivante, reggae (Toots and the Maytals), rock sudiste (Creedence Clearwater Revival), rock progressif (Pink Floyd, Moody Blues, King Crimson), punk (MC5, Velvet Underground, The Stooges) ou hard rock (Cream, The Jeff Beck Group, Led Zeppelin). Mais la fin du « rêve hippie » que Guillaume Ruffat diagnostique ressemble un peu trop à l’acte de décès proclamé du gauchisme français avec l’enterrement de Pierre Overney en 1972. L’insistance est d’ailleurs portée sur les morts, celles de figures musicales dues aux drogues, celles causées par Charles Manson et celles, enfin, ayant lieu dans le cadre du festival d’Altamont, parallèlement à la fin de quasiment tous les labels indépendants. Jean-Guillaume Lanuque
Dissidences
Gilles Borgogno
César ,
octobre 2008
Martov
Regards ,
été 2008
La révolution musicale du rock se dévore au fil des pages. Frédéric Isoletta
Zibeline,
juin 2008
Marc Olivier Cochard
Open mag ,
juin 2008
La Marseillaise ,
27/05/2008
[…] Où toute révolution tourne autour d’une bande-son. Cédric Fabre
Rolling stone ,
mai 2008
Éric Serva
Tapage nocturne – France Musique,
mai 2008
Jazzmagazine
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