Parution : 23/10/2006
ISBN : 2-915378-31-2 336 pages 21 x 14,8 cm 20.00 euros |
Philippe Robert
Rock, Pop
Un itinéraire bis en 140 albums essentiels
Préface de Gilles Tordjman. Ouvrage publié avec la collaboration du GRIM (Groupe de recherche et d’improvisation musicales)
L’histoire officielle du rock a toujours préféré les postures à la sincérité. C’est ainsi que sont célébrés les musiciens à fort potentiel commercial au détriment des découvreurs de sons, aventuriers fragiles et amateurs d’embardées telluriques. La mise en perspective qu’autorise le recul du temps nous permet de relativiser cette évidence. La marge est aussi essentielle que le centre. Les 140 albums présents dans cette anthologie en donnent la preuve éclatante. Ils sont à considérer comme autant de manifestes à l’essence du rock et de la pop : « Il vaut mieux brûler que rouiller », comme l’affirme si bien Neil Young. L’approche alphabétique crée d’intéressantes rencontres pour aboutir à une histoire de l’underground Rock / Pop, loin des autoroutes mainstream trop souvent empruntées. Il ne faut pas oublier que cette musique s’est aussi construite en dehors des parts de marché de l’industrie du disque.
Né en 1958 à Paris, Philippe Robert vit dans le sud de la France d’où il écrit, notamment pour Les Inrockuptibles, Mouvement, Vibrations et Jazz Magazine. On lui doit deux disques avec des membres de Sonic Youth.
Choral du veilleur
Nick Drake, Robert Wyatt, Peter Hammill, Captain Beefheart, Can, Sonic Youth, ont rarement (ou jamais) fait les couvertures de magazines. Ils comptent pourtant parmi les artistes les plus cités par d’autres artistes plus connus, quand ceux-ci ont le souci de la reconnaissance. Chacun d’entre eux a inventé une manière d’être, un certain usage de la liberté qui, heureusement, a fait école. Car, contrairement à ce que laisse accroire une éthique de la « rupture », très ambiguë et très en vogue dans le discours autoritaire actuel, c’est en connaissant bien le monde d’hier que tous ces artistes discrets ont pu entrevoir l’horizon de leur désir, et donner envie à d’autres de s’inscrire dans cette histoire. Voici donc une autre histoire du rock, celle des chemins de traverse. Elle parle de passé, de présent et de futur sans hiérarchie. Elle se souvient que tout a commencé à la « croisée des chemins » où Robert Johnson affirme avoir passé un pacte avec le diable, mais elle dessine aussi une autre cartographie sans dieu ni diable. Juste des chemins tracés par des hommes remarquables ou pas, et dont l’aimable vacarme continue de sonner comme un choral de veilleur. (Préface de Gilles Tordjman) Pourquoi un itinéraire bis, lequel et comment l’emprunter ? Une autre histoire existerait donc, parallèle à celle d’Elvis Presley, des Rolling Stones, des Beatles, de Jimi Hendrix, de Bob Dylan, des Who, de Led Zeppelin, des Sex Pistols, de Nirvana ou de Jeff Buckley. Une « histoire bis » regroupant des acteurs parfois évincés pour ne pas faire d’ombre au potentiel commercial plus important de rivaux qui, eux, ne manqueraient pas d’être célébrés par la « grande histoire » et le Rock and Roll Hall of Fame. […] Pour les besoins de cette histoire bis, ont été choisis et commentés 140 albums. C’est-à-dire des œuvres conçues par leurs auteurs de manière ordonnée, des pièces de musique difficilement sécables, et à contre-courant d’une bonne part des disques sans canevas narratif des années deux mille, prêts à l’écoute « saucissonnée » à laquelle invitent les nouveaux moyens de reproduction sonore tel que le baladeur MP3 et les modes de consommation allant avec, comme « l’achat au titre ». […] Quelque soit leur rareté en LP, tous les albums qui ont été retenus sont disponibles en CD, ce critère de sélection ayant eu pour effet d’exclure une foultitude de pièces de collection onéreuses et souvent difficiles à dénicher, malgré l’importance indéniable de certaines. Toutes nos excuses à Galaxie500, aux Feelies, aux Lemon Kittens, à Saccharine Trust, à Pete Dello, The Left Banke, Elliott Murphy ou Dennis Wilson dont des disques étaient indisponibles au moment de la rédaction de cet ouvrage, sans quoi « Pacific Ocean Blue » aurait probablement figuré en bonne place, ne serait-ce que comme représentant par trop oublié des Beach Boys. […] Pour parer à toute forme de nostalgie, l’ordre alphabétique a été préféré au classement chronologique. Pas de « c’était mieux avant » qui tienne ! Toutes époques confondues, 140 albums cohabitent sans anicroches, générant souvent d’informatives et singulières collusions. De toute façon, Devendra Banhart ne prolonge-t-il pas ce qu’entreprirent autrefois l’Incredible String Band ou Tyrannosaurus Rex ? Faust ne s’inscrit-il pas dans le sillage de Red Crayola ? Un disque comme Laughing Stock de Talk Talk aurait-il été possible sans Rock Bottom de Robert Wyatt ? Que doivent Sagittarius et les Zombies aux Beach Boys de Pet Sounds et aux Beatles de Sgt Pepper ? N’entend-on pas déjà des bribes de XTC chez Judee Sill ? Silver Apples, n’est-ce pas en quelque sorte Suicide avant l’heure ; et les Ruins un Magma d’après l’Apocalypse ? Quel lien existe-t-il entre les expériences sonores –à la Jean Dubuffet- de la première mouture anarchisante d’Amon Düül et le No Neck Blues Band ? Quelle fut l’influence de Davy Graham sur le British Folk Revival et des groupes comme Pentangle ou Fairport Convention ? Quelle incidence a pu avoir en retour Trout Mask Replica sur Ornette Coleman au moment de son passage à l’électricité avec Prime Time ? D’où vient la voix de Joanna Newsom ? Afin de cerner au plus près ces questions, chaque disque a été abordé, non pas sous forme de chronique comme dans la presse spécialisée, mais de vignette et de mise en perspective autorisées par le recul historique. Ou plutôt de « short cuts », comme dans le film du même nom de Robert Altman, où des histoires adaptées de nouvelles de Raymond Carver finissent par converger, à la fin. De la sorte, chaque disque dévoile des liens avec d’autres du même artiste ou groupe, comme à d’autres encore, dans le même style ou entretenant des rapports de voisinage pertinents. Ainsi, l’histoire bis renvoie à la grande histoire ; et la marge au centre –plutôt que l’inverse comme c’est souvent le cas. (Avant-propos de Philippe Robert) De A… A Certain Ratio — To Each… Factory (1981) Les membres de A Certain Ratio s’étaient retrouvés autour d’influences communes, en 1978, à Manchester. Grosso modo, elles concernaient Wire (une formation britannique sévissant au même moment), surtout Kraftwerk et Brian Eno. D’ailleurs, leur nom était un emprunt à une des premières chansons composées par ce dernier en dehors de Roxy Music. Après avoir engagé un impressionnant batteur, A Certain Ratio creuserait plus profondément le sillon du funk martial et décharné qui deviendrait sa signature. Avant eux, jamais l’on avait imaginé qu’il soit possible de fusionner les ambiances sombres propres à la cold wave avec les rythmes noirs, voire latins. Pourtant, la greffe avait pris au-delà de tout espoir. À tel point qu’à propos de cet album l’on parlerait de croisement parfait entre Joy Division et Parliament, deux groupes a priori antinomiques. Par leur aspect mutant et déviant, ses sambas hybrides et ses rythmes robotiques au pouvoir étrangement hypnotique offriraient à la dance un visage halluciné qu’on ne lui connaissait pas auparavant. Les lignes de basse étaient incroyablement élastiques, les riffs de guitare réduits au seul rôle rythmique, et la trompette minimale. La voix quant à elle s’avérait typique de l’époque, et au moins aussi habitée que celle de Ian Curtis de Joy Division. Sur scène, le quintette se présentait dans des chemises militaires et en bermudas, avec une image singulière au diapason. Leur âge d’or correspondrait aux années 1978 à 1983, avant qu’ils ne quittent le label Factory pour rejoindre une major, et que leur chanteur, parti monter l’intéressant Quando Quango, ne soit remplacé par Martha Tilson, déjà présente sur cet enregistrement. Indéniablement, cet opus devait beaucoup à son producteur Martin Hannett, une sorte de Phil Spector new wave. Le feu semblait y couver sous la glace, comme si les séances avaient été réalisées dans une chambre froide. Peu de groupes aussi visionnaires sévissaient alors, en dehors de ESG à New York. Par contre, le terreau ensemencé par A Certain Ratio (qui ne connaîtrait jamais de vrai succès) allait avoir une influence profonde sur la scène « Madchester », dans les années quatre-vingt. Les Happy Mondays retiendraient si bien la leçon qu’ils rafleraient la mise à la place des inventeurs de cette mixture inédite. À écouter aussi : Sextet (1982) Également conseillés : Rip, Rig & Panic, ESG, The Pop Group, Mark Stewart & The Maffia, Liquid Liquid, 23 Skidoo, Konk *** À Z… The Zombies — Odessey And Oracle Columbia (1968) Comment expliquer qu’un disque d’une grâce aussi exceptionnelle ait raté son public ? A posteriori, cela ne pouvait paraître qu’invraisemblable, tant Odessey And Oracle possédait beaucoup des qualités ayant fait des chefs-d’œuvre du Pet Sounds des Beach Boys et du Revolver des Beatles. Ce serait d’ailleurs dans les studios d’Abbey Road, après que les Beatles y aient enregistré Sgt Pepper, que les Zombies réaliseraient cet album. Cela ne leur porterait guère chance puisqu’il constituerait leur chant du cygne. Pourtant, l’ensemble avait été ouvragé avec délicatesse, les deux compositeurs du groupe puisant allégrement dans leurs influences, c’est-à-dire dans Bach et les progressions harmoniques de la musique chorale de Herbert Howell, entre autres. À cela s’ajoutait une prédilection pour la mélancolie inhérente au mode mineur, transformant de simples chansons aériennes en purs bijoux ciselés par de vrais esthètes de la pop. Ces compositions en Technicolor s’avéraient même parsemées d’incongruités, un extrait d’enregistrement de Boulez défilant à l’envers. L’utilisation du Mellotron annonçait ce qu’en feraient certains groupes progressifs. Et Colin Blunstone chantait d’une belle voix dont nombre de ses confrères s’inspireraient par la suite, Ed Harcourt fournissant un exemple parmi tant d’autres. Alors que manquait-il à cet opus ? On se le demanderait encore longtemps, aucune ornementation superflue ni surcharge pondérale n’étant venues gâcher quoi que ce soit. Lassé de courir après le succès qu’il avait entrevu à plusieurs reprises, le groupe éclaterait. Après que les ventes d’un des 45 tours extraits de Odessey And Oracle aient dépassé le million d’exemplaires, un pont d’or offert aux ex-Zombies ne les motiverait pas à se reformer. Colin Blunstone serait le seul à entamer une nouvelle carrière intéressante, en solo et dans un style proche du folk existentialiste de Nick Drake, One Year et Ennismore étant des pièces de choix dignes du groupe dont il avait été le porte-parole. À écouter aussi : Begin Here (1965) Également conseillés : Colin Blunstone, The Beach Boys, The Beatles, Sagittarius, The Millennium, XTC |
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(….) Cette entreprise, à la bien considérer, est autre chose qu’une simple anthologie bis. Elle vaut comme outil d’évaluation dont pourraient bien s’inspirer les soi-disant critiques de jazz, de musique classique… et les responsables de nos secteurs disques en médiathèques. Philippe Levreaud
Revue des bibliothèques
Jean-Marc Grosdemouge
M la music
Philippe Robert analyse le contexte historique de chaque album, son créateur et la genèse de la création avec une grande précision et un sens du récit probant. Rock Pop vous confirmera qu’il existe des chemins de traverse et de magnifiques auteurs compositeurs qui ont aussi marqué l’histoire de la musique de ces cinquante dernières années, bien loin des habituels chanteurs consensuels cités habituellement dans ce type d’ouvrage. De nombreux créateurs méritent que vous tendiez une oreille attentive à leurs meilleurs albums que Philippe Robert a choisis avec passion et enthousiasme, afin de vous les faire partager. Ce recueil se révèle passionnant de la première à la dernière page et vous incitera certainement à partir à la recherche de ces oeuvres parfois méconnues qui recèlent une très grande richesse. Raymond Sérini
Nouvelle vague
TGV Magazine
Julien Welter
Magic
Les musiques électroniques ne sont donc pas, à proprement parler le sujet de cet ouvrage. Nous y croisons plutôt des précurseurs, des pionniers, des découvreurs (parfois malgré eux), bref, de ces artistes qui n’hésitèrent pas à outrepasser les dogmes et les clichés pour donner naissance à de nouvelles formes (« des monstres », aurait dit le Captain Beefheart, qui figure en bonne place dans ce panorama). Mais de musiques électroniques il en est malgré aussi question, puisque ce sont celles-ci qui avec leur cortèges d’innovations, permirent l’éclatement du blues, du folk, du jazz, du rock et de la pop. Qui a retenu les leçons des albums proto-électros de White Noise ou de Silver Apples, des collages supersoniques de Faust, d’Amon Düül ou des Residents, des premières expériences électro-pop d’Eno, de Laurie Anderson et de Young Marble Giant, des enregistrements audio de l’écrivain William Burroughs, du space-rock de Guru Guru ou du bruitisme frontal de Naked City, Merzbow ou Keiji Haino ? Philippe Robert, journaliste aux _Inrockuptibles, Mouvement, Vibration_ et _Jazz Magazine_, lui s’en souvient. Mieux, il les écoute régulièrement et cela se sent. Car comment parler, en effet, de musique – et a fortiori de musique « pop », dans le sens générique de « populaire », comme faisant partie du paysage musical global d’une époque – si ce n’est en se montrant attentif à ses échos les plus lointains, ses moindres remous, ses trésors cachés, ses déviances et ses mutations les plus improbables ? Personnage curieux (au propre comme au figuré), Philippe Robert s’est toujours passionné pour les rejetons abâtardis du rock et de la pop, ceux dont personne ne voulait, que personne n’écoutait. C’est sur cette base de connaissance, ces textes « apocryphes » de la pop music », que l’auteur bâtit pour nous sa discothèque idéale en 140 albums. Curieusement, parmi ces œuvres aliens qui sont parvenus jusqu’à nous, certaines sont même devenus cultes. C’est le cas du _Loveless_ de My Bloody Valentine, du Faith de The Cure ou des déconstructions à la fois savantes et désinvoltes de Captain Beefheart & his Magic Band (_Trout Mask Replica_) ou de Père Ubu (_The Modern Dance_). D’autres encore, par le biais d’internet et des nouvelles technologies de communication, ressurgissent régulièrement et bénéficient même des feux de la hype. C’est le cas du post-punk (A Certain Ratio, The Slits), du Krautrock (Can ; Neu !, Faust) ou du folk et son cortège de filles-fleurs et de bardes barbus (CocoRosie, Denvendra Banhart et avant eux, Nick Drake, Tim Hardin ou Vashiti Bunyan). C’est dans cet aspect cyclique des phénomènes de modes musicaux, accompagné de l’essor de l’échange sur les réseaux P2P – sans oublier l’aide non négligeable des labels qui rééditent ces œuvres en CD – qui rend le livre de Philippe Robert indispensable. En effet, aujourd’hui, tous ces albums (on aimerait dire, tous ses trésors) sont de nouveau disponible. Et l’on souhaite que s’ajoute également pour de nombreuses générations de lecteurs, l’écoute de ces albums mutants, bien souvent à l’origine d’avancées esthétiques toujours pérennes. Il manquait un ouvrage regroupant de façon simple et claire, ces albums essentiels – mais souvent négligés, ou ignorés – qui changèrent la face du rock et lui donnèrent la chance de devenir « autre ». Aujourd’hui, on ne peut que féliciter Philippe Robert d’avoir enfin comblé cette lacune. Maxence Grugier
Musiques & Cultures Digitales,
janvier/février 2007
Vincent Brunner B
Rolling Stone,
15/12/2006
La New Wave américaine de Pere Ubu, l’étrange et drôle obscurantisme des Residents, le monde inventif et délirant de Kevin Ayers, le funk martial de A Certain Ratio, les collages dadaïstes de The Faust, l’avant garde improvisée d’Henri Cow, les mélodies couleurs jazz de John Martin, Merzbow, My Blody Valentine, The Slits, l’Enfant Assassin des Mouches de Jean Claude Vannier, Colossal Youth des Young Marble Giants… Chacun de ces 140 albums est présenté sur une page avec sa date de parution, sa pochette et les disques du même artiste ou de la même famille musicale vers lesquels il serait bon d’aller si vous adhérez au premier. En quelques mots Philippe Robert va brillamment à l’essentiel et nous donne les clés indispensables à la compréhension de l’œuvre et a son rôle dans ces 50 ans d’histoire musicale. Bref ce livre édité par “Le Mot et Le Reste” est une ouverture vers des heures, des jours et des mois de bonheur. Pour finir j’ajouterai que, loin de tout snobisme, l’auteur n’a référencé que des albums disponibles en CD ce qui vous permettra de compléter votre discothèque sans peine. Et pour les habitants de Marseille et de sa région j’aimerai signaler qu’une conférence / écoute est prévue dans le cadre du festival Nuit d’hiver programmé par le GRIM / scène musicale de Montévidéo le jeudi 21 décembre à partir de 22h30 et pour toute la nuit si besoin, les croissants et le café sont prévus. Éric Serva
Tapage nocturne - France Musique,
15/12/2006
Ce n’est pas le premier livre qui se lance le défi — ô combien laborieux — de repenser l’histoire du rock à travers une sélection d’albums. Rarement brillants, ces essais brandissent clichés, nombres d’albums vendus, et une obligatoire subjectivité pour justifier leur propos. Si subjectivité il y a forcément aussi dans Rock, Pop, notons que l’ouvrage a le mérite de nous avoir fait ressortir quelques trucs mal écoutés du fond de notre tiroir, et lever plus d’une fois un sourcil étonné et curieux dès le premier feuilletage. Pêle-mêle, les artistes et leurs albums plus ou moins oubliés se succèdent, vieux jeunes, pop, rock, ou folk, accompagnés d’une mini discographie « à écouter également », ainsi qu’un réseau de groupe qui peuvent leur être apparentés. Destinés à une lectorat passionné et pointilleux sans trop tomber dans le « fanzine », ce (beau) bouquin n’usurpe pas le terme de « itinéraire bis » de son sous-titre. Julie Henoch
Vibrations,
décembre 2006
PLX
Ventilo,
décembre 2006
Supplément Hottes d'Or 2006 ,
28 nov.-4 déc. 2006
Du rock dont on fait des légendes
C’est le genre de livres dans lequel on plonge avec délectation. Ce dictionnaire subjectif du rock et de la pop comble plusieurs envies, mais sûrement pas celle de faire dans l’exhaustif encyclopédique. Son itinéraire bis en 140 albums essentiels, Philippe Robert, collaborateur des Inrocks, de Vibrations ou de Jazz Magazine, proche de Sonic Youth, l’a bâti d’abord comme son plaisir personnel. Un hommage à « l’autre histoire » du pop-rock, celle des losers géniaux, des oubliés magiques. Pas d’Elvis, ni de Stones, donc, dans ce recueil de 140 courtes chroniques traversées, à chaque fois, par une évidente sympathie, voire, dans certains cas, une passion débordante. Ici, même si l’on croise Paul McCartney ou Yoko Ono, on rend hommage à d’autre monuments. Certains à l’aura encore vivace (Captain Beefheart, les Clash, Richard Hell…) d’autres quasi-oubliés ou réservés à des cultes obscurs (Bert Jansch, Alexender Spence, les merveilleux Young Marble Giants). Des productions piochées entre 1965 et 2005 et classés par ordre alphabétique se dessinent en un parcours de traverse fascinant, des analogies musicales que la plume de Philippe Robert rend subitement évidentes. Avec, à chaque nouvelle découverte ou redécouverte, une envie récurrente : celle d’aller écouter la bande son de cet itinéraire…
Gilles Rof
Marseille L’Hebdo,
25/10/2006
Au bonheur des damnés
140 albums se tiennent chaud dans ce livre signé Philippe Robert (Les Inrockuptibles, Vibrations). Pourquoi pas 99 ou 250 ? Amoureusement consigné, le catalogue va des obscurs devenus classiques (Astral Weeks, Ram) à des disques tellement marginaux qu’ils échappent au grand livre du rock. Mais cette recension érudite et sensible, à laquelle on confronte inévitablement sa propre discothèque, finit par nous persuader qu’en la matière, il n’y a que des itinéraires bis. S’en dégage quelque chose comme la mélancolie du bon goût.
François Gorin
Télérama,
octobre 2006
Comme l’indique le titre de cet ouvrage, Philippe Robert nous propose un itinéraire bis de l’histoire de l’underground Rock / Pop Music au travers de 140 albums incontournables, tous disponibles au format CD. Passés au crible d’une écriture passionnée, l’auteur ne cherche pas à nous faire part du bien fondé de sa sélection, mais semble plutôt assouvir un besoin : celui de coucher sur papier son bonheur de l’écoute et de nous présenter une alternative à “la grande histoire”. L’anthologie de Philippe Robert rassemble une myriade d’artistes connus ou moins connus, qui, au travers d’un disque, d’une carrière, l’ont profondément marqué, mais qui n’ont pas (pour la plupart) connu la reconnaissance à l’époque de la publication de leurs créations. A posteriori, ces musiciens s’avèrent occuper une place primordiale dans ce que le Rock et la musique Pop ont pu produire de mieux ! Le livre présente au fil de 308 pages, 140 “vignettes et mises en perspectives autorisées par le recul historique” (et non pas chroniques musicales, comme le précise l’auteur dans l’avant-propos), classées par ordre alphabétique, sans célébration, ni hiérarchie aucune. Un itinéraire bis, juste et convaincant et qui se démarque clairement des trop consensuels “dictionnaires du rock” qui n’ont qu’un seul don, celui d’irriter par leur redondance narative ! Une précision et non des moindres : l’auteur a volontairement fait l’impasse sur “les musiques noires” (soul music, funk, gospel reggae, rap…) ainsi que sur la chanson française. La période est quant à elle limitée dans le temps : de 1965 (âge d’or du format LP) à 2005. Mais qui sont donc ces découvreurs, ces défricheurs, ces passeurs d’influences ou simplement musiciens convaincus ? Si certaines références semblent évidentes et incontournables pour qui affectionne les musiques de traverses, en dehors des circuits obligés de l’ordre marchand (Laurie Anderson “Big Science”, Can “Ege Bamyasi”, Nick Drake “Five Leaves Left”, Faust “the Faust Tapes”, My Bloody Valentine “Loveless”, Silver Apples “Silver Apples”, Talk Talk “Laughing Stock”, Throbbing Gristle “20 Jazz Funk Greats”, Robert Wyatt “Rock Bottom”...), la lecture de l’ouvrage comporte également quelques trouvailles, redécouvertes ou ré-évaluations, qui ça et là stimulent irrésistiblement le besoin d’écoute par le simple de fait de lire les lignes de l’auteur : A certain Ratio, Kevin Coyne, Egg, John Fahey, Dashiell Hedayat, Young Marble Giants, Scott Walker, Ruins, Joni Mitchell, Laura Nyro, The Penguin Cafe Orchestra, Annette Peacock, No Neck Blues Band, Yoko Ono “fille de l’océan”... Né en 1958 à Paris, Philippe Robert vit dans le sud de la France d’où il écrit, notamment pour Les Inrockuptibles, Mouvement, Vibrations, Octopus et Jazz Magazine. Cet ouvrage est publié avec la collaboration du Grim (Groupe de Recherche et d’Improvisation Musicales de Marseille). Un autre serait d’ailleurs en préparation sur les musiques improvisées et expérimentales ! Cette lecture vous conduira immanquablement vers une mise à jour de votre propre itinéraire bis, une exploration que vous pourrez poursuivre grâce à l’impressionnante bibliographie en fin d’ouvrage ! “A une époque, je souhaitais plus que tout me retrouver sur la grande route. Une fois dessus, je n’ai plus eu qu’une hâte : me jeter dans le fossé” Neil Young Sonhors.free.fr,
octobre 2006
Dans sa préface à Rock, Pop, un itinéraire bis en 140 albums essentiels, Gilles Tordjman nous rappelle que dès les origines du Rock, la rébellion aura autant été une force créatrice qu’un puissant concept commercial. Le show-biz aura ainsi élevé au rang d’icône des musiciens turbulents, mais s’adaptant rapidement aux lois du marketing. Beaucoup d’artistes sont restés en marge du système, préservant leur originalité, sans forcément en faire un combat quotidien. Certains de ceux-là auront même gagné une notoriété artistique respectable, voire une influence souterraine mais inestimable. À travers Rock, Pop, un itinéraire bis et sa sélection commentée de 140 albums, Philippe Robert se consacre à ces outsiders, ces recalés, ces indifférents au star-system, pour, en filigrane, faire apparaître “une autre histoire du rock, celle des chemins de traverse”. La démarche paraît trop subjective pour tenir lieu d’histoire au sens académique. Philippe Robert a d’ailleurs fait le choix d’un classement alphabétique plutôt que chronologique. Il s’agit plus ici du compendium d’un passionné de musique qui entrouvre sa caverne d’Ali Baba. L’expression “trésors cachés” revient d’ailleurs plusieurs fois dans ses lignes. La première démarche face à ce type d’anthologie est de tester la perspicacité de l’auteur sur quelques albums clés. Pas l’ombre d’un doute pour Rock Bottom de Robert Wyatt, Neu! 2 de Neu!, Loveless de My Bloody Valentine ou encore Astral Weeks de Van Morrison, Philippe Robert offre à chaque fois un condensé de ce qu’il est judicieux de savoir sur les albums et décrit avec justesse leur contenu insaisissable. Les lecteurs assidus de Mouvement, Vibrations, Jazz Magazine et des Inrockuptibles le savent déjà, la plume de Philippe Robert livre de très bons conseils. Se donnant à peine plus d’une page pour chaque album la deuxième étant au 2/3 occupée par la pochette de l’album (malheureusement pas en couleur), Philippe Robert va à l’essentiel. Il offre ainsi une sélection cohérente qui fait la part belle au folk maladif et au psychédélisme contaminé. Mais cette “histoire bis” paraît bien blanche. Pour ne prendre qu’un seul exemple, Inspiration Information de Shuggie Otis avait sa place dans cette sélection. Philippe Robert a choisi de ne pas y intégrer les musiques noires (Soul, Funk, Reggae, Rap…). Il l’indique lui-même dans son introduction, ces musiques méritent un ouvrage à elles seules. L’argument est valable mais il a la fâcheuse tendance à entretenir une attitude séparatiste. On ne peut pas prétendre à une histoire des marges en faisant l’impasse sur des styles musicaux qui ont longtemps été écartés de l’histoire officielle. On ne reprendra pas ici la liste complète des 140 albums sélectionnés et commentés. Prenons en un sur dix pour en donner une idée objective : A Certain Ratio To Each… (1981) ; Devendra Banhart Nino Rojo (2004) ; William S. Burroughs Dead City Radio (1990) ; Creedance Clearwater Revival Bayou Country (1969) ; Fairport Convention Liege & Lief (1969) ; Guru Guru UFO (1970) ; Jan Dukes de Grey Mice and Rats In The Loft (1970) ; Montage Montage (1969) ; The Nits Giant Normal Dwarf (1990) ; The Pentangle Basket of Light (1969) ; Sagittarius Present Tense (1968) ; Soft Machine Third (1970) ; Talk Talk Laughing Stock (1991) ; Townes Van Zandt Townes Van Zandt (1969) ; The Zombies Odessey And Oracle (1968). La sélection de Philippe Robert comporte une forte proportion d’albums publiés dans les années 1965/79 (102 exactement), un grand trou noir dans les années 80 et une petite trentaine d’albums de 1990 à 2005. Quelques grands classiques “underground”, beaucoup d’illustres inconnus (qu’il nous tarde déjà de découvrir) et quelques nouveaux venus qui font l’histoire immédiate des marges de la musique (Banhart, Cocorosie, la grande revenante Vashiti Bunyan…). Chaque album est agrémenté des petites rubriques “A écouter aussi” et “Egalement conseillés” qui indiquent d’autres pistes. L’importante bibliographie (quatre pages, plus de 90 références) attise la curiosité et pourrait elle-même être affublée du titre de “Rock, Pop, 90 livres essentiels” ! Philippe Robert apporte de nombreuses balises à ceux qui ont déjà parcouru eux-mêmes une portion du chemin qu’il propose d’arpenter. Les esthètes ont maintenant à disposition une carte au(x) trésor(s) pour continuer à explorer un territoire imaginaire et mouvant. P.S. : Une chronique rédigée en écoutant en boucle Pearls Before Swine One Nation Underground / Balaklava (ESP, 1968 – Rééd. 2005), qui fait partie des 140 essentiels de Philippe Robert : “le folk médiéval et gothique venait d’être inventé”. Éric Deshayes
Néosphères.free.fr,
octobre 2006
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