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Conquête du désastre
Parution : 02/04/2008
ISBN : 978-2-35122-039-9
160 pages
13 x 20 cm
15.00 euros
FP Mény
Conquête du désastre

L’auteur se revendique « écrivain vagabond », mais notre monde brutal lui renvoie une image en forme de sigle : SDF ! C’est donc sa vie de marginal que nous conte ici FP Mény. Oscillant constamment entre le réalisme le plus cru et les fulgurances poétiques, le livre brasse les révoltes et les errances. Il explore aussi les contrées où langage et pensée prennent forme et s’allient. « Lyrique, gouailleur, insinuant, sarcastique… Répétitions incantatoires, polémiques, ellipses, interruptions, ruptures, où se mêlent inserts, maximes, aphorismes. La question étant de glisser à travers. »

Le rythme et l’invention verbale conjugués – et un humour désespéré toujours présent – portent la langue à un rare niveau d’incandescence.

FP Mény (1965 – 2008) a publié en 2005 White Trash Napoléon aux éditions du Quartanier et Homeless Story, en 2009, aux éditions Sulliver.

Extrait:

- Tout arrive conformément à la logique d’une idée, quand on est plus conscient d’un truc, on est plus conscient de rien, quand on sait pas où on va, on est conscient de nulle part : théâtre d’ombres peuplé de personnages d’infortune qui font franchement pitié, pour une ville indifférente ils se regardent beaucoup, cherchant sans doute chez l’autre leur nombril.
– Le fil qui mène à l’isolement des cellules souches embryonnaires à la manière du ressac sur les rochers manifeste la puissance invisible de la houle ; ignorant de sa propre mort, le scorpion ne se suicide pas, monsieur le banquier.
– Toujours à l’affût du bon mot, c’est pas trop logique, c’est pathologique, mais je me bats contre les bourgeois infiltrés dans les territoires de la marginalité et plus généralement ceux qui font de ce pays une colonie de vacances pour privilégiés en attendant de pouvoir partir et ne plus avoir affaire à tout ça, matois, je disparaîtrai derrière les trois petits points de l’et cetera, bats-toi comme la chenille attaque le haricot.
– “Qui trop se hâte s’empêche”.
– Regarde les équinoxes et regarde les solstices, si le monde a un sens alors de ces prémices entre désespoir rude et ressentiment, ne prends le genêt que sous contrôle médical.
– Des malaises à l’état pur et des oranges sanguines, on dirait la brume, on dirait l’agrume, si on veut me canaliser, bah je suis au bord du canal latéral, j’habite une ville fantôme dans un hôpital ancestral, j’habite une maison de retraite devant la maison du Grand Meaulnes, j’habite chemin du paradis, j’habite en haut de mon chemin de croix, j’habite une chapelle du douzième siècle chez les sauvages de Lozère où l’on soigne dans la fontaine l’eczéma des enfants, je n’ai rien à vous dire, je n’habite nulle part pour le plus grand nombre et pour le Grand Meaulnes comme disent les journalistes fumeux pour conclure un article, et si c’était ça, écrivain raté, tout le monde l’a lu comme une corvée de chiottes à l’école et personne ne sait qu’il a mangé son képi, ça m’arrangerait d’aller nulle part mais je préfèrerais presque rester n’importe où, de notre âge à l’outrage et notre rage aussi, dans les terres mouvantes du discours où se réfugient les pisse-froid ; aux antipodes de l’arbre creux, aux premières ruches du beffroi, le nombril au bas du corps, ma crosse de noisetier sur ta gueule au nectar de ces bleds qui aboient, faut niquer comme l’abeille le bourdon dans le pot de fleurs sous les ultraviolets.
– Le discours est l’ennemi du réel.

Revue de presse
- Consulter Isabelle Baez Le Couac
- Consulter Stéphane Beau Le Grognard
- Consulter Anne-Sophie Demonchy La Lettrine
- Consulter Philippe Chauveau-Beaubaton Le Mague
- Consulter Serge Rivron e-torpedo.net
La vie d’itinérance de Mény lui fait affronter la rue, le froid, la solitude, mais il demeure un itinérant, un homme « du dehors » par bien d’autres aspects. Il se trouve en effet en dehors de la littérature puisque, quelque soit la lecture publique ou le festival ou il arrive, on s’étonne toujours de sa présence et on lui rappelle constamment qu’il n’est pas « in ». Il est aussi en dehors de l’itinérance elle-même puisque, étant souvent « bien vêtu », il ne correspond pas à l’image du SDF. Cette position d’outsider, avec toute l’exclusion qu’elle sous-tend est également ce qui donne à Mény la liberté absolue d’épingler qui le mérite. Qui peut se vanter de pouvoir en faire autant ? Mais c’est certainement dans le langage que se joue la plus grande liberté de cet écrivain vagabond. Mény manie les mots, français ou anglais, sans aucun complexe. Il nous offre tout un spectacle verbal qui nous donne le tournis et nous plonge dans une poésie douce amère.
Isabelle Baez
Le Couac
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[...] par la pureté de son cri, par la force de sa dénonciation des absurdités sociales, Meny est une sorte de résistant : un résistant contre l’abrutissement généralisé, contre l’avachissement béat des masses, contre l’anéantissement dans les sables mouvants de la standardisation et de la mondialisation.
Stéphane Beau
Le Grognard
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Certains passages sont surréalistes, l’auteur divague, joue avec les mots, rebondit et par ricochet déroule ses phrases qui parfois sont absurdes, fantasques, insensées. D’autres pages au contraire sont très réalistes et relatent le quotidien d’un type rejeté parce qu’il pue, boit, vit en marge. […] C’est un texte très original, étrange, en marge de la République des lettres.
Anne-Sophie Demonchy
La Lettrine
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Poète et routard F.P. Mény porte sa révolte contre la bêtise humaine, tout comme le Christ portait sa Croix. [...] Du jamais lu auparavant ! Ce récit, d’un bien long voyage de 43 années, entraîna F.P. Mény jusqu’aux frontières de l’irréel et de l’impossible. Ne perdons jamais de vue que, comme le chantait Georges Brassens : “Non les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux”. Ce livre est sorti deux mois avant que l’on retrouve le corps sans vie de F.P. Mény (Frédéric Pontonnier-Mény dit “Efpé”), au fond d’une grange sur une route de Corrèze…
Philippe Chauveau-Beaubaton
Le Mague
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[...] plus je laissais ses lignes m’apprivoiser, plus je les laissais m’amuser, m’agacer, me surprendre et me suspendre, plus j’avais envie de rencontrer FP Mény. Ça ne se fera pas. Hier 12 juin 2008, Isabelle Dubois m’a annoncé qu’on venait de retrouver son corps dans la grange d’un village de Corrèze où il s’était réfugié pour se protéger du mauvais temps. Reste ce curieux bouquin, morceaux “captés” à son enfance un peu et à quinze années d’errance. Frédéric avait 43 ans.
Serge Rivron
e-torpedo.net
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Réalisation : William Dodé - www.flibuste.net