Parution : 26/09/2008
ISBN : 978-2-3512-2047-4 224 pages 14 x 21 cm 21.00 euros |
Robert Lafont
L’Etat et la langue
Europe, de l’Antiquité au XVIIe siècle
Dès l’instant où les Grecs empruntent l’alphabet aux Phéniciens pour écrire leur langue, l’État pointe sous la forme de la Cité. Langue et écriture se prêtent désormais secours dans son service. Comme il y a pour la communication orale une fixation systémique dite phonologie, il y a pour fixer la langue en écrit un système phonématique, dont l’État établit les règles. D’après le codage grec se construit le codage latin, le nôtre, avec son contrôle maximal de la Lettre sous ses trois aspects de système de langue écrite, de système de ce qui sert à l’écrire, et de système de ce qu’on écrit avec elle sous l’autorité et quelquefois la censure de l’État. Ainsi naquirent en Gaule romaine deux langues nouvelles : oc au Sud, oïl au Nord, dont l’auteur suit en parallèle émergence et développement dans un réexamen de l’Histoire de France. Restera, au XVe siècle, à l’État France, à se bétonner sur l’hégémonie militaire, économique, administrative, littéraire, sous le joug culturel et même psychologique du Nord (spécialement de Paris) et selon une lente et continue dévoration linguistique du Midi. Ensuite il parcourra quatre siècles jusqu’au temps du Premier Empire, où une France déclarée une et indivisible est devenue un État intérieurement oppressif, extérieurement conquérant, intellectuellement convaincu de sa supériorité à tout autre. LE ROYAUME DE FRANCE : DÉBOIRES MILITAIRES, ÉCLAT CULTUREL La guerre des Albigeois avait installé le pouvoir royal sur la Méditerranée. Louis IX était mort à Tunis, mais avait fait construire l’énorme forteresse d’Aigues-Mortes. Les terres de Toulouse, par la mort, coup sur coup et suspecte d’Alphonse et de Jeanne son épouse, étaient intégrées directement au royaume, province de «Langue d’oc», du nom du langage qu’on lui reconnaissait. La maison parente des Anjou régnait en Provence. Mis à part l’Ouest aquitain, la France semblait avoir fait son plein de Midi occitan. LA « DESCENTE AU SUD » DU FRANÇAIS Il a été remarqué par les historiens de la langue française que sa conquête administrative des terres du royaume ménage, au Nord de l’occitan, une bande résistante tout au long du XIVe siècle. Il est hasardeux d’attribuer cette «marche» linguistique à des usages locaux protégés, alors qu’il s’agit visiblement de deux larges mobilités zonales. A l’Ouest, du recul d’un occitan du Poitou encore solide au XIe siècle et, en allant vers l’Auvergne, d’une instabilité dialectale qui a laissé jusqu’à nos jours la zone hybride du «croissant». A l’Est, tout est clair : c’est le franco-provençal de terrain qui résiste et résistera jusqu’à aujourd’hui. |
