Parution : 18/09/2007
ISBN : 978-2-35122-019-1 164 pages 16 x 21 cm 22.00 euros |
Michel Henry
Entretiens
Michel Henry (1922–2002), un des plus grands penseurs français de la seconde moitié du XXe siècle, a complètement renouvelé le champ de la philosophie en établissant sa recherche sur cette réalité première, donnée à chacun, l’individu concret qui fait à chaque instant l’épreuve de sa propre vie. Vie qui est force affective, enracinée dans la subjectivité corporelle, tension invisible et personnelle. Vie qui est savoir premier tenant sous sa dépendance la connaissance proprement rationnelle et ce qu’on appelle conscience. Ces Entretiens portent sur les conséquences de cette révolution méthodologique qui permet la compréhension des grands aspects de l’existence. L’initiative de la plupart de ces conversations est le fait de jeunes philosophes. La concision et la clarté des réponses en font une voie d’accès naturelle à une œuvre encore trop méconnue. Michel Henry est reconnu pour l’un des plus grands penseurs français de la seconde moitié du XXe siècle. Le dernier à avoir édifié un système philosophique complet. Citons, parmi ses œuvres : L’Essence de la manifestation, PUF, 1963 (réédition 1990) ; Marx. Tome I : Une philosophie de la réalité ; tome II : Une philosophie de l’économie, Gallimard, 1976 (réédition 1991) ; La Barbarie, Grasset, 1987 (réédition PUF, 2001) ; Incarnation. Une philosophie de la chair, Seuil 2000.
Extrait: Thierry Galibert – Depuis votre premier essai, Philosophie et phénoménologie du corps, prolongé sur ce point par L’Essence de la manifestation, vous laissez entendre que tous nos maux viennent de ce que la signification du corps est perdue. Ce que vous avez appelé “subjectivité absolue” puis “vie” serait d’essence corporelle et devrait donc être considéré comme fondement de notre être. Or la philosophie, du moins depuis Descartes, est affaire d’intellect, pas d’affect. Vous vous êtes donc opposé à toute la tradition philosophique qui vous a précédé ? Michel Henry – Mon point de départ était effectivement en opposition à la philosophie classique et à la phénoménologie telle qu’elle a fait irruption en France au milieu du XXème siècle, moment où j’ai commencé à écrire. La définition de l’homme qui supportait ces systèmes ne me satisfaisait pas. Le concept de subjectivité dominait la philosophie moderne depuis Descartes, mais cette subjectivité était abstraite, c’était la pensée. Il me semblait que la subjectivité, c’est à- dire notre être profond, est quelque chose de tout à fait concret. C’est la raison pour laquelle j’ai découvert – et ce fut une grande émotion – que notre corps est subjectif, ce qui me mettait en possession de la preuve majeure du caractère concret de la subjectivité. Cette subjectivité concrète dont le corps était le lieu, je l’ai appelée “la vie”. Dans L’Essence de la manifestation, j’ai voulu comprendre en quoi elle différait de la subjectivité abstraite de la philosophie classique et de la phénoménologie contemporaine. La différence reposait sur son mode de révélation à soi. Il ne s’agissait plus d’une subjectivité indéterminée ouverte sur le monde, mais d’une subjectivité d’abord donnée à elle-même pathétiquement dans une immédiation radicale. C’est ce que j’ai nommé plus tard “notre chair” – une subjectivité impressionnelle, affective, beaucoup plus profonde que la subjectivité intellectuelle qui se borne à former des représentations ou des concepts. |
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